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Étienne de la Böstie, amie de Montaigne

Ce n'est pas une simple biographie que j'ai eu l'intention de présenter au publie. Des travaux poursuivis depuis plusieurs années sur l'histoire du Bas-Empire et qui seront l'objet d'une publication prochaine . on me conduisant jusqu'à la fin du moyen àuie, m'avaient fait toucher à la Renaissance J'ai voulu étudier ce siècle dans un de ses

représentants les plus considérables à la fois et les moins bien connus.

La Boëtie m'offrait ce double intérêt : la critique s'est peu exercée sur cet écrivain qui, malgré sa célébrité, restait à juger. Les articles que les Biographies lui ont consacrés sont incomplets et fautifs. Si quelquefois on Ta jugé ailleurs , c'est légèrement et avec peu d'exactitude : il n'est fait de lui aucune mention , ni dans Bayle et son continuateur Chauffepié, ni dans le précieux Recueil de l'Académie des Inscriptions. Longtemps même ses opinions mal comprises attachèrent à son souvenir une défaveur imméritée. On ne s'occupa guère de lui dans le xvne siècle que pour le dénigrer (1). Lorsque, sous la dictature de Richelieu, r Académie française rédigea pour son Dictionnaire Je Canon de nos auteurs classiques , il fut laissé en oubli : injustice signalée et réparée de nos jours (2).

Avant de commencer une étude qui nous met si souvent face à face avec les grands événements et les grands hom-

I] V,, par exemple les notes de La Monnc-ye clans les Jlkjpmertù des Savants de Baillet; au nom de la Boëtie.

(2) V, Préface du Dictionnaire de F Académie française, dernière édition, p. P2

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mes d' une époque de rénovation et particulièrement avec Montaigne, il convenait de reporter les yeux en arrière, et, pour rassembler les éléments d'une appréciation plus sûre, de remonter jusqu'aux plus anciens monuments des lettres françaises , surtout de considérer le développement successif de la langue et la marche graduelle des esprits : de là cet aperçu rapide qui forme le début de notre livre et conduit le lecteur jusqu'au milieu du xvie siècle.

Qu'il soit maintenant permis à l'auteur de dire quelques mots de lui. Honoré en 1834 d'une distinction (1) qui répondait bien plus à son ardeur qu'à son mérite , il n'a vu dans cette précieuse faveur qu'un encouragement à continuer, à compléter de premières études , autant du moins que le lui permettaient les devoirs sévères de l'enseignement. Aujourd'hui le nouvel essai qu'il publie méritera-t-il le suffrage de ses maîtres et de ses collègues? C'est là son plus vif désir : leur approbation formerait sa plus belle récompense.

Ce travail qui a besoin de trouver auprès d'eux tant d'indulgence, il l'offre plus particulièrement à l'écrivain

[\) Prix d'éloquence, décerné par l'Académie Irançaise.

illustre dont les ouvrages l'ont si souvent dirigé, dont la bienveillance lui a confié le poste qu'il s'honore de remplir. Pénétré du sentiment des obligations que lui impose un choix qu'il veut justifier, fauteur s'estimera heureux si cet hommage d'une admiration sentie et d'une reconnaissance profonde ne paraît pas trop indigne de celui à qui sa pensée l'adresse.

Août 1843.

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