de senatu Celtico vel cuilibet
\ idere prompton est ille quid iam \iderit
— 2G3 — réduite à six mois. Lorsqu'il fît deux parts du conseil suprême, rhabileordonnateur les unit d'un lien merveilleux. C'est pour quelles se reposent et travaillent tour à tour, qu'elles se remplacent; c'est dans le labeur de Tune que réside le loisir de l'autre. »
« En effet , poursuit l'écrivain, il faut à l'esprit épuisé par la fatigue des délassements qui le régénèrent (1)... Et le Roi , dites-vous, pour châtier son parlement (2), l'a voulu mutiler. Ainsi Jupiter, du trop confiant Hermaphrodite , forma deux êtres nouveaux. Mais le Dieu n'a-t-il pas été bien mal avisé? Traiter ainsi , diviser par moitié le genre
Discrevit horis quisquis hune seuiestribus. Nam cum senatum solvit in partes duas , Miro has revinxit artifex mirus modo :
Haec cessât, illa agit, illa cessât, hœc agit, Rursusque cessât, sic sibi pra?stant vices, Et hujus otium illius facit labor. P. 118.
(1) Quippe a labore nulla si datur quies,
Animi fatiscunt languidi, atque nulla mens haud recreata sufficit laboribus. Ibicl.
(2) Hermaphroditum qui putas
Mulctassc corpore altero iratuin Jovem, Pœnas resectus ut daret superbise, Parker senatum dicis in partes duas Truncasse Regem, sic ut ordo jam lacer
humain , nelait-ce pas doubler son insolence t Je là vient sans doule qu'aujourd'hui elle esl au comble. N'ayons donc garde défaire croire au roi que par ces mutilations il forcera ses magistrats à être modestes : craignons plutôt que Jupiter ne prenne la Action au sérieux. : car s il lui venait 1 idée de nous séparer, suivant la mesure de notre orgueil, en plus ou moins de parties , combien de chaque homme il resterait peu de chose ? »
A cette physionomie de l'état politique et social, se joignent de piquants détails sur les arts qui ont brille d'un si vif éclat dans cette époque (4).
VFo:iitusque daimio ponat insolemiain.
Quod si in gemellis illa mens evat Jovis
Quod mitiores singulos duxit fore.
Nil egit ille nilque praestitit secans ;
Disseminavit latins féru in genus...
Et quid jam inausum singuli relinquimus?
Àt tu minaris insuper po?thac fore,
Ot si mutas amplius superbiat,
Faeiat biraestrem forte re\ vel menstruum.
Regem monendo non minus doces Jovem
Ut singulorum subsecet rursum gémis.
Quod si probant deinde commentum tuuni.
Si nos secabit pro modo Superbase,
Quantifia uostrum quïsque pars erit sui?
I t. M. de Chateaubriand . Analyse raiwmèe 4é I Histoire de France . Henri Ul. à la fin.
Oui y surprend néanmoins, grâce à notre auteur, l'origine et l'enfance de quelques uns. Un témoignage curieux de ce genre qui nous fait sourire, c'est l'enthousiasme qu'une invention toute récente excite en lui : il s'émerveille au sujet d'une horloge si habilement travaillée que l'on ne voyait pas le sable couler , et cette nouveauté lui suggère un distique gracieux (4).
Ainsi tous les sujets se succèdent sous la plume facile de La Boètie. Dans son style et les mètres qu'il emploie règne une agréable variété : tantôt touchant et attendri, tantôt grave et vigoureux, il est parfois badin, ou malicieux et mordant, mais sans jamais sortir des bornes d'une discrète réserve. Ici une pièce pleine d'un charme senti et d'une grâce légère sur la mort d'un homme obscur mais sage, qui avait su trouver le bonheur dans le calme de la médiocrité , dans les joies du foyer domestique (2) Là
(1) Quis cursutn teneat fugacis x\\ ?
"Vides ut fugit liora ncc videtur. P. 107 v1 .
2 Sors tam medio gradu locarat l't dcesset uiliil et nihil vacave(. Sic ut paaperibus Fuisse dives* Pauper divitibus queai t idei i
dans un langage animé et nerveux il lait le tableau des peines et des regrets qu'engendre l'égarement des passions, des suites ou ridicules ou funestes qu'elles traînent après elles (4) : vive peinture plus propre à les combattre que de froids conseils (2). La baine des travers qui corrompent la raison échauffe sa verve. Dans le vice il montre, avec la vanité des joies qu'il promet, l'angoisse toujours éveillée, l'amertume toujours présente, et dans la vertu seule. la source du véritable bonheur. Aussi Téloge de la vertu revient-il à tout moment sous sa plume; il veut lui réserver exclusivement ses louan-
Yeruin illi fuit uxor : o precainur, Si cselebs agis, o Deos precamur, Talem dent tibi conjugem!
Uxor flamuieolis decens labellis, Cujus basioluin rosas récentes Et forsan flagrat Indicos odores , Quantum suspicor ipse : nautique scire Qui vult, evocet inferis maritum. P. tU'J.
(t) Consulter sur cette excellente satire les Essais de Montaigne. 1. 1, c. 27. C'est la plus étendue des pièces connues de la Boëtie.
1 Voyez par exemple comme il dépeint l'homme asservi par l'amour :
Pendet
Ex oculis totus auto que movetur herili ;
Flet, ridet domina; arbitrio, gaudetque doletque. P. 113.
Rapprocher de celle satire de La Boëtie le c. 3b du I. 1 des Essais ou Montaigne accuse la dépravation des JMtjem&tis et d<-s mœurs dp son siècle.
ges(4). et pour en exprimer l'image comme pour Ja faire aimer, il trouve sans cesse de nouveaux traits (1 une force et dune délicatesse achevées.
Beaucoup d'abondance dans les idées, un touraisé et ingénieux qui les relève, des saillies pleines de finesse, de nobles sentiments souvent rendus en beaux vers, tels sont donc les caractères du talent de La Boëtie dans ses poésies latines. Un autre attrait qui nous captive dans ces productions, c'est que nourries, pour revenir à une observation déjà présentée , des inspirations de l'ancienne littérature, par de judicieux emprunts ou des allusions ingénieuses elles en réveillent à chaque instant chez nous le souvenir. Tout à 1* heure, en llétrissant le vice , en attachant à sa suite les chagrins qui le punissent, avec la finesse enjouée d'Horace il
(1) Virtus, delicise verae, Charis ipsa, meruin mel... Autnihil est felix usquani, aut prasstare beatum Sola potest virtus...
Indiga nullius si-bi tota iunititur: extra Nil cupit aut metuit, nullo violabilis ictu, Insanos spectat, média atque immobilis, œstus, Vera fruens, ipsoque sui fit ditior usu. P. 1 1 5 v°.
Il n'aspire qu'à la vertu, il exhorte son ami à s'élancer vers elle, comme lui-même :
O nrihi si Kceat taiitos decerpere (Vuctirs,
Si liceat, Montaiie, tibi ! Experiamur uterque ;
Qnod ii î habitis potiemur, ai iminoriamur babendîs. P. 110.
rappelait la véhémence de Juvénal. Plus loin dans les eonseils affectueux d'un père qui, enlevé à ses enfants. revient du séjour des ombres les consoler ( I ) , il reproduit quelque chose de ce charme emu dont Properce a pénétré les accents de Cornélie à 1 époux qui lui survit (2).
La Boëtie. s'il touche ainsi nos cœurs , n'est pas moins propre à les élever : car en lui 1" homme n a jamais à rougir du poète. Sa noble fierté, sa loyauté vertueuse se révèlent dans toutes ses paroles. Surtout il ne les prostitue pas à la flatterie : c'est pour célébrer le mérite qu il les réserve, toujours justes, toujours sincères. Lui-même il le dit, rien ne déshonore autant les Muses que le mensonge (5) : comme elles, il en a horreur et préoccupé du bonheur des peuples, il sindi-
I De ine securi, felices vivite nati ;
Nil jam quod pietas vestra queratur habet... Quam timui emeritus ne longa recurreret fêtas ,
Vita foret fracto neu repetenda mihi.
Sat vixisse semel : jamdudum fessa maligno
Pollice prolixiim Parca trahebat opus.
Quin ego, ceu carpeus tua tempora, nate, verebar
Ha-c tibi ne possent adiuimeraie Dei. P. 1 I <>
1 Properce, I. IV, Eh>g. XI.
3 ... Si quis forte ad mendacia Musas Ambitiosa vocat, veuiunt cuuctanter, et il lis Vil -g meus ftfbor haud alias magisora noiavk. P, 10H.
La plume du poète, écrivaii Pasquier à lionsard, en le blàmanl
gnede voir la sainte vérité chassée loin des palais ( 1 ). reponssée de l'oreille de princes ; il les prend en pitié de n'en point entendre lau>i\(2) : 11 voudrait la faire parvenir jusqu'à en\.
Dans ces vers se reflètent en outre, avec les généreuses passions qui ont animé cette courte existence, tous les tendres sentiments qui lui donnent je ne sais quoi de suave et de poétique. Au moment de s'éloigner de sa femme pour une absence de quelque durée, comme il lui peint (3). pour consoler son regret.
« d'avoir hault-loué quelques uns qu'il sçavoit notoirement n'en estre dignes, doit estre seulement vouée a la célébration de ceux qui \r méritant. » Lettres, I, 8.
' I Devitat proceres refugitque palatiâ longe Veri pulcher amor; sonat undique regia fictis Carminibus; strepit et média dominât ar in aula Vilis adulantum cœtus, fallitque placendo. IbuL
Montaigne partageait l'aversion de son ami pour les flatteurs. V. Essais, 1. II, c. 16 : «11 n'est chose qui empoisonne tant les princes que la flatterie, ny rien par où les meschants gaignent plus ayseement creditautour d'eulx: » et ailleurs, 1. III, c. 13 : « Il n'y a nul de nous, dit-il, qui ne valust moins que les roys. s'il estoit ainsi continuellement corrompu comme ils sont,, de cette canaille de gents.» « Les sujets, remarque aussi Pasquier, doivent par dessus tout la vérité à leurs prince. » Lettres Xl\, 71.
(?) Regibus hoc commune malum : vix forsitan unus Vel toto quicquam veri semel audiit anno. Ibid.
(3) « Ad Carliam uxorem. o On ne s'étonnera pas que LaBoè'tieait parlé à sa femme la langue de Virgile, dans une époque ou beaucoup
I allégresse du retour (I) ! « Quelle joie enivrante (2), quelle émotion fera battre ton cœur, quand enfin après sept mois d'absence je franchirai tout à coup le seuil de ma demeure ! Tu ne pourras sans changer de visage supporter tant de bonheur ; et la couleur altérée de tes joues trahira l'agitation de ton âme. Que tes doigts légers courent sur la laine ou manient l'aiguille, ou qu'un au-
de dames se distinguaient par leur mérite littéraire et leur savoir. Il suffira de rappeler les noms de Mesdames de La Trémouille, de Nevers. deRohan. de La Vergue, de Champ-Baudouin, etc. A la cour de François Ier et de ses successeurs, aussi bien qu'à la cour d'Angleterre, vers la même époque, de jeunes et belles princesses entendaientetparlaient plusieurs langues anciennes et modernes. L'Hôpital adressait à Marie Stuart, pour célébrer son mariage avec François II, des vers latins [V. édition d'Amsterdam, p.23-1,) qu'elle goûtait fort. Celle-ci composait, suivant Brantôme, des harangues latines. La jeune Marguerite de Valois fille de Henri II, Madame de Guise, Anne d'Esté, qu'on appelait « Venus lasaincte » , sa mère Renée de France les lisaient et les admiraient.
( 1 ) La pièce est composée de strophes formées d'un petit asclépiade, d'un glyconique. d'un iambe dimètre et d'un second glyconique, mètre dont la vivacité est fort bien appropriée à la nature des idées.
(2) Qiue pectus tremulum turbida gaudia
Uxor concutient tibi ,
Cum mense tandem septinm
lrmmpam subitus fores?
Non una facie fervida perferes
.Estum lœtitiaî gravis,
Motumque mentis concita*
Prodent instables gêna*.
>M'ti te lana tenet pendilla, seu levés
tre soin te captive , lu quitteras tout pour voler au devant de mes embrassenients. Combien de lois les mains me presseront-elles, combien tes bras caressants enlaceront-ils ton époux ravi ; comme immobile et silen cieuse tu contempleras avidement ce visage bien-aimé ! Lorsque enfin, retenue par les larmes qui remplissaient tes veux, ta voix trouvera un passage, de quelles douces et joyeuses paroles tu fêteras mon heureux retour! •Vlors et les longs ennuis du chemin et les terribles menaces de l'hiver, j oublierai tout, à la vue de l'allégresse, des transports de ma maison enpressée de m'accueillir. Oui j'entends déjà ma demeure frémir d'un nouveau tumulte : de tous côtés mes serviteurs précipitent leur pas. Ils accourent pour revoir leurmaî-
Exercet digilos acus, Ut ut futura, sic volans Amplexus répètes meos.
Festinas quoties adjicies manus, Et nectes avido mihi, Optataque ora immobilis Obtutu tacito leges !
At cum vox facilem repperiet viam Expletis oculis diu, Tu m blanda lœtum vocibus Festis excipies virum.
Tum rai longa viaîtœdia, tum fera1 Exhaustas hyeinis minas Delebit exultât io Et plausus nitida3 domus.
Jam mot u, video, tecta fremunt novo.
ire; et tous animés d'uu zèle jaloux, rivalisent de dévouement. Les uns avec des troncs de chêne entassés tonnent un immense foyer; les autres vont puiser au tonneau soigneusement gardé et que mûrit le second hiver ; ils couvrent de coupes profondes la tahle déjà chargée de mets. Chère épouse ainsi , avec toi, je me plais à goûter les simples délices de mes humbles pénates et la modeste félicité des champs. Ici puissions-nous
Jam cerao famulis donuim
Fervere concursantibus :
Visuri doniinum ruunt, Ceiiantesque animis undiqne sedulam
Ostentant operam levés.
Pars curât altum sternere
Truncis ilicibus focum, Pars Bacchi relinit sepositum caduni
Vincentem altéra frigora,
Nigrisque obumbrat cantharis
Mensam jam dapibus gravem.
ïecum uxor faciles carpere, sicjuvat,
Parvi delicias laris,
Rurisque inempta gaudia, Hic, hic, o liceat diu !
Vitam nam sine te, Carlia, ducere
Intactam pariter malis ;
Hic et libet minacibus
Canis spargere verticem.
Hic mors uua ferat, sera tamen, dans,
Si quid vota valent mea,
Societque Parca fiinere
OonConéts bineras pari. P. în.i ci \
continuer à les gauler longtemps ensemble. Laisse ici, Marguerite, couler tes jours à l'abri du malheur ; et
|)iiissé-je moi-même y attendre que la vieillesse menaçante vienne blanchir mon front: qu'ici (I ) la mort nous frappe tous deux à la fois , mais sans hâter sa marche, si mes vœux ont sur elle quelque pouvoir ; et que la Parque à la fin renferme dans une même tombe nos cendres à jamais unies. » Ces vœux touchants nedevaient pas être réalisés pour le poète. Le terme de ses jours était proche. Vainement l'amour et toutes les affections douces resserraient leurs liens autour de son cœur : il allait bientôt leur échapper.
Du moins pour nous arrêter quelque temps sur ces idées pleines dévie et de charme, nous transcrirons ici le texte des vers par lesquels, comme on l'a vu plus liant, il exprime à Montaigne lardeur et la pureté du tendre sentiment qui les attacha l'un a l'autre :
AD MICHAELEM MONTANUM.
Prudenium bona pars, vulgo maie credula, uulli Fidit amicitico, nisi quani exploraient seias
Et varia casus luctamem exereuit usa Ai nos jungit amor paulo inagis annuus, et qui Nil tamen ad summum reliqui sibi fecit amorem Forte incoiisultr. ; sed nec fas dicere, uec sit Qnanivis morose sapiens, cou noverii ambos,
Et studia et mores, qui iiostri inquirat in annos Fœderis, et tanto gratus non plaudat amori. Nec metus in célèbres ne nostrum noraen amicos Invideant inferre, sinant modo fata, nepotes. Insita ferre negat malum cerasus, nec adoptât Prima pirus; non id valeat, pugnantibus usque Ingeniis, ant longa dies aut vincere cura. Arboribus mox idem aliis haud segnis adha>sit Siirculus, occulto naturae faedere; jamque Turgentes coeunt oculi, et communibus ambo Educunt fœtum studiis : viget advena ramus, Et patriura humorem stirps laeta ministrat et ultro Migrât in extemam mutato nom i ne gentem. Haud dispar vis est animorum : hos nulla revinctos Tempora dissocient ; hos nulla adjunxeris arte. Te, Montane, mihi casus sociavit in omîtes Et uaturapotens et amoris gratior illex Virtns : illa animum, spectata cupidine formai Ducit inexpletum : Nec vis prœsentior ulla Conriliatque viros et pulchro incendit amore.
Nous croyons être agréable au lecleur en ternii-
minant par la citation des vers de L'Hôpital sur la
mort de Jacques Dufaur, dignes à (ont égard dèlre rapprochés des précédents :
Ergo tam prope me et sine me decessit amicus JËqualisque meus, mihi primis notus ab annis llle Faber, qui me penitus mea que intima norat Consilia; illius noram omniaet ipse vicissim. Qui tanqitam fratres gemini duo viximus una ïEtatem junctis animis paribusque, nec ulla Ke nobis unquam, nullo unquam gratia dicto Dissiluit concassa ; bonîsqne malisque fidèles
Temporibus socii fortunam duximus imam
Communemque, mihi quaecumque vel obtigit illi...
Ule quidem moriens superaverat omnia tela
Fortunse, iuvidiam, confictaque crimina; Tantum
Me secum non esse moleste a?gre que ferebat,
Lurtuin mi lacrymasque ferens...
I prae anima, i pra? sancta, sequar te protinus ipse :
Una utinam regio, capiat locus unus et ambos ;
Def'unctis eadem maneat quae gratiavivis
Ambobus fuerat, nullo mutabilis ajvo ,
Si qnis pra^teriti modo sensus amoris in unibris.