Tome 11 . Béai k-arts
Cet énoncé nous conduit à faire état d'autres éléments, de provenance étrangère, qui, par le tait de leur identité avec la tradition liégeoise, nous permettent de les tenir comme puisés à la même source. Ils nous seront, vu leur antériorité sur les livres liégeois, d'un puissant secours dans l'établissement de la généalogie et la constitution primitive de notre office. Nous voulons parler de Y Office de la Sainte Trinité renfermé, du moins en partie, dans le Collectaneum de Léofric et antérieurement dans le précieux antiphonaire du bienheureux Hartker (*).
La présence de YOffice de la Sainte Trinité dans le manuscrit sangallien pourrait peut-être faire naître quelque suspicion sur la validité de notre conclusion. Celui-ci ne serait-il pas un concurrent victorieux qui aurait fait rentrer dans l'ombre l'œuvre d'Etienne ? Une telle objection ne résiste pas à l'analyse la plus superficielle, qui, bien loin d'infirmer notre jugement, le corrobore parfaitement. Ainsi, le titre de l'office : Historia, la tonalité des mélodies par ordre numérique, le cursus liturgique canonial, la place qu'il occupe dans le manuscrit aux dernières pages, sont des éléments caractéristiques qui lui créent une physionomie particulière, distincte de celles des autres compositions contenues dans le manuscrit, où il semble même n'y avoir été accueilli qu'avec une certaine hésitation par le reclus de Saint- Gall, 1<- notateur de cet antiphonaire. Or chacune de ces anomalies, chacun de ces signes distinctifs forme un argument en faveur de son origine liégeoise.
Si leur témoignage ne suffil pas encore à motiver notre sentiment, nous ajouterons une dernière preuve, puisée dans Tel ude intrinsèque de la partie musicale, d'où il ressort clairement que !<■ compositeur de YOffice de la Sainte Trinité doit être celui de YInvention de saint Etienne. Une simple comparaison entre les mélodies de ces offices va le prouver :
(*) N° 390-391 do la bibliothèque de Saint-Gall (X« siècle), publié dans la Paléographie musicale, \V série, f»« lUl-10o. Nous présentons au docte rédacteur en chef de cette magistrale publication, dom Mocquereau, nos plus sincères remerciements pour les photos qu'il a bien voulu nous adresser pour notre .'ocumcr.tation.
i ; ■ 8 V. rf. : ■ " ■ i-3 pb ■ *- ;
Vi-dit î-gt-tur assiste-re si-bi vi-rum e- ta-te se-nem sta-tn-ra procé- rum
Invention de S! Etienne
I Nocturne
3e Antienne.
vul-tu de-côrum :
Gl6- ri- a laudis ré-sonet in ore ôtnni- um, Patri geni-taeque Pro-li,
S Trinité
édition Vatican»- p. 435.
Ant. Vêpres.
ri- tu- i Sancto pâ-ri-ter resûltet laude pe- r nui. [g— **-• — •-* — -«t-^— ««- ,• . y'tt ..
Va- de Luci- â- ne dsquequo non àpe- ris no- bis Tu- is
é-tenim, etc.
Inv. S1 Etienne 30 Répons.
►*ï — «^ — fttftr
1 IV ■■-: -t*—
Quis Dr- us ma- gnus sic-ut De- us nos-
ter
Tu
bm=t:
Ste Trinité
3e Répons
version liégeoise.
;s De-us, etc.
( )s- tendit sanctus Gama-li- el Hic autem sanguine- as babens ro- sas
Inv. S'- Etienne "■~V 1 Ant. à Magnificat.
qui sn-lus ex nobis marty-ri- o
D- De- um Patrcm ingé- ni- tum laudâ- mus
s Trinité Ant. à Magnificat
édition Vaticane
ue-ih-v inius
La conclusion s'impose : ces deux ouvrages sont bien l'œuvre du même auteur. Or, comme il est avéré que le compositeur de l'Office de T Invention de saint Etienne est l'évêque de Liège, il s'ensuit logiquement qu'il l'est également de celui de la Sainte Trinité. En conséquence, Léofric et Hartker ont puisé à la source commune : à la tradition liégeoise. Ce point s'éclaircira bien davantage lorsque nous aborderons l'office de sainl Lambert.
Au XIIIe siècle, l'œuvre d'Etienne vit s'élever devant elle un rival dangereux, qui parvint même à la supplanter pour un temps dans plusieurs enlises. Nous disons dangereux, car ce nouveau venu jouissait de la protection du monde officiel dans la personne des religieux franciscains chargés par le Souverain Pontife de réformer la liturgie romaine, dont, durant de nombreuses années, ils réglementèrent l'économie. Ce fut Sixte IV (1 i"l-l i-Kii. moine du même ordre, qui lui porta le plus rude coup par l'approbation officielle qu'il accorda a l'office patronné par les franciscains, lequel passa rapidement des livres romains a ceux des autres églises. Nous faisons allusion ici à l'office composé par Jean Peccham (f 1291 ou I2ÎI2), dont la première antienne des Vêpres débute par ces mots : Se<lenti super solium (*). Cet auteur, chanoine de Lyon, puis archevêque de Cantorbéry, serait aussi un lils de saint François, ce qui explique la préférence des religieux de cet ordre. D'après P. Wagner les mélodies sont « empruntées à l'office Julien de saint François, dont il est une imitation exacte » (2).
Malgré l'appui de ses influents protecteurs, celui-ci ne parvint pas a maintenir ses pnsitinns, bientôt reconquises par l'office primitif. Quels furent les motifs de son abandon? Baillet nous donne le suivant : << il étail d'un style rude et dégoûtant [sic)
(<) 11 écrivil encore les ouvrais suivants : Deratione diei Dominicae el Spéculum Ecclesiae <le missa. (hum Gi i ranger, Institutions liturgiques, t. 1. p. 341, édition de 1878 )
(ï) Origine. (Op. cit., y. 307.) Un trouve à la même référence ce qu'il faut entendre par office h
et plein d'expressions barbares et fort obscures II reçut
son coup de grâce loi-, de la réforme «lu bréviaire entreprise par Pie V el continuée par Urbain VIII el Clément MIL ;i 1m suite de laquelle l'office franciscain lui banni «lu réperl romain et remplacé par le titulaire légitime. Les fils de sainl François finirent par adopter celui qu'ils ayaienl ainsi dédaigné. Depuis lors, l'office d'Etienne n'a plus encouru * I * - disgi Quant à son compétiteur, complètement oublie depuis longtemps, on peut encore I.- rencontrer dans des éditions antérieures au XVII siècle (2).
Cette reprise de possession ne se fit pas sans quelques légers accrocs à la tradition liégeoise. \j- variantes sont cependant minimes; on aurait pu tout aussi facilement les éviter. La liturgie liégeoise s'écartant peu de la romaine, même réformée, se trouvait, par suite de la conservation de ses usages antiques, plus conforme à l'ancienne liturgie romaine qu'à celle suivie alors à Home même.
Nous ne prétendons point par là faire croire a l'immutabilité absolue du rite liégeois qui sérail demeuré par exemple complètement indifférent aux divers mouvements réformistes des Alcuin et des Amnlaire. Non pas, mais plus tard, lorsqu'à la suite de circonstances qu'il est inutile de rappeler ici, la chapelle papale et, à son exemple, bon nombre d'églises modifièrent leurs rites. Liège, qui s intitule la fille aînée de l'Eglise romaine en Belgique, resta fidèle à ses traditions séculaires, acceptant seulement les modifications nécessitées par des besoins nouveaux.
Pour VOfficede la Suinte Trinité composé par Etienne, nous
(•) Histoire des Fêtes mobiles. (Op. cit., p. 138.) Il cite comme référence le ce GavantUS, un des reviseurs de l'office actuel.
(-i Nous signalerons île préférence un antipbonaire franciscain en belle notation carrée du XIV» siècle, n°643f, P" Î96 ei suiv., a la Bibliothèque royale de Bruxelles. Parmi les imprimés, la rarissime édition des Junta. Venise, 157 On trouve dans cei antipbonaire, mais en forme d'Appendice, l'office <-.>:nj»"-- Etienne. Nous présentons ici an R ">« Jom IVthier l'expression de noire profonde gratitude pour l'amabilité avec laquelle il a uns a noire disposition ce précieux Ouvrage et d'autres importants documents.
ferons immédiatement remarquer le peu de variations subies depuis le Xe siècle jusqu'à la réforme de Pie V. A Liège, l'antique tradition, sauf un fléchissement léger, se perpétua plus longtemps encore, jusqu'au XIXe siècle. Tous les manuscrits et imprimés que nous avons consultés se répondent avec une fidélité remarquable. L'antiphonairedeSainte-Croix(XIVesiècle)} l'ordinaire de Liège (1492), le bréviaire liégeois de 1535, l'antiphonaire de saint Paul (1746) sont parfaitement identiques à l'antiphonaire d'Hartker pour l'emploi des Antiennes et Répons à Matines. Pour les Laudes, Hartker et saint Paul n'ont pas les beaux versets ad repetendum (*); là est toute la différence. Même fidélité pour les petites heures entre les éditions liégeoises; Hartker ne les mentionne pas.
A cette série, nous pouvons ajouter aussi un manuscrit provenant du monastère de Y al -Sainte- Marie, près de Huy, daté de 12()9 (2); il se différencie des précédents uniquement par le premier Répons du 3e nocturne : Tibi laus, qui est au 2e nocturne au rite romain et à Vêpres dans le liégeois.
La similitude est aussi parfaite en ce qui concerne les Vêpres, sauf que Hartker, étant à l'usage monastique, possède 6 antiennes au lieu des 5 du cursus canonial en usage dans le clergé liégeois. Le manuscrit de Léofric n'étant qu'un liorae diurnae, ne renferme pas les Matines; pour les Vêpres il suit la version liégeoise avec une variante pour le Répons des Ires Vêpres : 0 beata Triititas au lieu de Tibi laus.
Il règne une grande variété dans L'emploi des Hymnes; cela
(*) P. Wagner, Origine (Or. cit., |i. 153), signale le manuscrit 1*20-44 de la Bibliothèque nationale de Paris (XII« siècle), fos 124 et suiv., comme renfermant des versets de ce genre, précisément pour les Laudes de la Sainte Trinité; comme il ne cite que ['incipit de l'Antienne, il nous est impossible de Les identifier avec les nulles. On sait que ces sortes de versets, fréquents à la messe, étaient 1res rares à L'office. Nous pouvons encore citer, dans la liturgie liégeoise, des versets de ce genre à la fête de la Commémoration de saint Paul.
(*) bibliothèque royale de Bruxelles, n° 139. Manuscrit sur parchemin, avec notation carrée sur quatre lignes. A rapprocher du n° 268, également du XIII' siècle et provenant probablement de l'abbaye Saint-Laurent de Liège.
se conçoit facilement ei n'influe ni rien sur l'authenticité des autres pièces. On suit qu'au Y siècle, c'est-à-dire à l'époque de la rédaction de cet office, les hymnes n'étaienl pas encore en usage dans les églises séculières. Lorsqu'elles furent adoptées, Liège en gratifia les Laudes el les Vêpres, mais jamais elle ne voulut les admettre à Matines.
A l'aide de ers renseignements, il nous est aisé de rechercher dans l'office actuellement en usage les pièces advent sont : a) les hymnes: b) la dernière antienne de Matines : Pater et Filins; c) les répons : Vidi Dominum sedentem «lu 1 nocturne et le Duo Seraphim du 3e nocturne. L'ordre primitif a été interverti, il est vrai, mais ce détail n'a pas de conséquence. Le bréviaire romain possède les mêmes Antiennes pour les Laudes, les I'es et les IIe* Vêpres, tandis que le liégeois en exige de différentes pour chacun de ces otïices. Pour les petites heure-, pas plus Rome que Liège n'emploie des pièces propres; elles sonl choisies de préférence parmi celles de Laudes. Une caractéristique de la liturgie liégeoise est, aux I et IL Vêpres, le Capitule qui suit L'Hymne au lieu de la précéder. Vient ensuite, comme à l'office monastique, un Répons. Citons encore le Te Deum taisant suite au IX" Répons mais ne le remplaçant point.
Est-il encore possible maintenant de douter que l'office en vigueur dans l'Église universelle soit hien, sauf le^ quelques détails signalés, celui compose au Y siècle par 1 eveque de Liège. Etienne?
Pour rendre cette vérité plus évidente, nous allons retracer
en un tableau les différentes étapes parcourues à travers les
et dans lequel il sera permis d'embrasser d'un seul regard
les différentes modifications ci-dessus signalées. A cet effet, nous
avons choisi les ouvrages les | > 1 u - propres a fournil une chaîne qui, sans solution de continuité pour ainsi dire, unit les points
extrêmes du chemin parcouru par notre office.
ANTIPHONAIRE DE HARTKER
Antiphonaire deVal-S^-Marie
Antiphonaire de S'<-Gro
Xe siècle.
daté de 1269.
milieu du XIVe siècle.
Inv. Deum verum unura .
Id.
! Id.
In
Ant. Adesto Deus unus.
Id.
Id.
Ant. Te unum in substantia .
Id.
Id.
Ant. Te semper idem esse
Id.
Id.
Rép. Benedicat nos Deus . .
fi Deus miseretur.
Rép. Benedictus Dominus
j^ Beplebitur majestate.
Rép Uuis Deus magnus y .Nota m i'eeisti.
Id.
Id.
Id.
In
Ant. Te invocamus .
Id.
Id.
Ant. Spes nnstra ....
Id.
Id.
Ant. Libéra nos
Id.
Id.
Rép Magnus Dominus
î- Magnus Dominus.
Rép. Gloria Patri geniteque fi l»a gaudiorum premia.
Rép. Honor virtus
fi Trinitati lux.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
In I
Ant. Caritas pater est .
ld.
Ant. Verax est pater
Id.
Id.
Ant. Una igitur
Id.
Id.
Rép. Summe Trinitati
v Presta m 'bis pratiam Rép. Benedicamus Pairi
v Benedictus es Domine.
Rép. Te Deum Patrem fi Quoniaiii magnus.
Tibi laus.
v Et benedictum.
Id.
Summe Trinitati.
v Prestet nobis.
Summe Trinitati.
fi Prestet nobis.
Id.
Te Deum Patrem.
fi Quoniam magnus.
Bréviaire liégeois
de lo3o.
Bréviaire liégeois
de 1746.
Bréviaire romain Junia-4572.
Bréviaire romair
turno.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
turno.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
turno.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
M. Id.
Id. id.
Id. M.
Id. Vidi Dominum sedentem
v Seraphim stabant.
Id. Id.
Id. Benedicat nos Deus.
v Deus misereatur.
Id.
Quis I>cii< magnus.
v Nota m fecisii.
iilii laus.
v l-'.i benedictum.
Magnus Dominus.
v M;n:niis Dominus.
Id.
Id.
Pater et Filins.
Benedicamus Patrem.
\ Benedietus es.
Duo seraphim.
v Très snnt.
Hymne. Te Deum.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Antiphonaire de Hahtker
COLLECTANEUM DE LÉOFR1C
Antiphonaire de Ste-CR(
Xe siècle.
XI« siècle.
milieu du XIVe siècle.
Ad
Ant. Gloria tibi Trinitas .
Id.
Id.
Ant. Laus et perennis
Id.
Id.
Ant. Gloria iaudis resonet
Id.
Id.
Ant. Laus Deo Palri
Id.
Ant. Ex quo omnia
Id.
Id.
Hymne. 0
lux beata.
Ant. Gratins tibi Deus .
Rép 0 beata Trinitas.
v Tibi laus.
Ant. Te Deum l'atrem.
Rép. Tibi laus.
v Et benedictum.
Ant. Gratias tibi Deus
Ad
Ant. Benedicta sit
Id.
ld.
Ant Gloria et honor Deo .
Id.
Id.
Ant. In l'aire manet.
Ant. Sanctus, sanctus, sanctus.
kl.
Id.
Ant. Gloria et honor et
Id.
Id.
Hymne. 0
lux beata.
Ant. Benedictio et claritas
Rép. Summe Trinitati.
£' Prestet nobis.
Ànt. Te Deum vel.
Gratias tibi Deus.
Rép. Summe Trinitati
f Prestet nobis.
Ant. Te Deum Patrem
Ant. 0 beata et benedicta .
.1/?/. 0 beata ei benedicta 1 Ant. 0 vera su m ma Ant. (t vera summa Ant. Te jure laudanl
Id.
v ad renetendum : Tibi h
Id.
v ad repet. Miserere.
ld.
v ad repet. Tibi laus.
Id.
î' ad repet. Miserere.
Id.
y ad repet. Tibi laus.
Hymne. Tu Trinitatis
Ant. Benedicta sit . . .
Ant. Benedicta sit.
RDINAIRB
Bréviaire
Bréviaire
Bréviaire romain
Bréviaim romain
! >E LiÉr.E | de 1492.
liégeois
de 1535.
liégeois
de 1746.
Junta-1572.
actuel.
Piperas.
Id.
Id.
ld.
ld.
Id.
Id.
ld.
ld.
Id.
Id.
ld.
Id.
Id.
Id.
Id.
ld.
Id.
Id.
ld.
ld.
Id.
Id.
Id.
Id.
Hymn. Jam sol recedit.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
ld.
speras.
Id.
Id.
Antiennes
Antiennes
Id.
Id.
■ et
et
Id.
Id.
hymne
hymne
Id.
Id.
Id.
des
des
Id.
Id.
ld.
lret vêpres.
/''fs vêpn
ld.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
ld.
unies.
ld.
ld.
ld.
Id.
ld.
Antiennes
Antiennes
Id ld.
Id
ld.
des
îles
Id.
Id.
Ire* vêpres.
1 près.
Id.
ld.
ld
enedictus.
Id.
1 ld-
1 ld.
Pour ce qui est du texte de cet office, sur lequel nous passerons rapidement, Etienne ne l'a pas tiré de son propre fonds; une grande partie en est empruntée à la sainle Écriture, particulièrement au Psautier, selon la manière des Anciens.
Suivit-il, dans cette rédaction, un plan littéraire déterminé, ou se laissa-t-il simplement conduire par son goût? Nous l'ignorons; un l'ait à constater, c'est la grande variété des formes employées par l'écrivain. Ce texte se compose de pièces en prose ordinaire; d'autres sont conçues d'après les lois de la versification rythmique; certaines obéissent scrupuleusement aux règles de la métrique, tandis que plusieurs enfin sont simplement soumises aux divers procédés de l'hoinoiteleute (assonance, consonance, etc.).
Sans doute, ces exemples ne sont pas tous des modèles achevés d'une application rigoureuse de ces formes littéraires; eu égard à l'époque qui les a produits, ils sont intéressants à connaître; c'est pourquoi nous avons cru bon de les signaler.
Parmi les pièces appartenant à la rythmique, nous citerons l'Antienne du Cantique des Laudes, dans laquelle le parallélisme des membres et l'énumération des accents sont frappants.
Benedfcta sft creâtrix et gubernatrix omnium sancta et indivfdua Trfnitas et mine et sémper, et per infinfta saeculôrum saécula.
Antienne de Benedictus.
Té Déum Pâtrem ingénitum 9 syll. 4 ace.
Té Filium unigénitum 9 syll. 3 ace.
Té Spfritum Sanctum Parâclytum m syll. 4 ace.
sanctam et indivfduam Trinitâtem îs syll. 3 ace.
tôto corde et dre confitémur il syll. 4 ace.
laudamup, âtque benedfcimus 10 syll. 3 ace.
tfbi glôria in saécula. 9 syll. 3 ace.
Antienne à Magnificat des Iles Vêpres.
Gratias tfbi Déus Grâlias tfbi véra et ûna Trfnitas iiua et sûmma Déitas sâneta et ûna Ûnitas
Antienne à Magnificat des /''«* Vêpres.
Kl!» —
En voici, qui ne sont pas, à proprement parler, des aimais s'en rapprochent beaucoup, surtout par leurs rimes :
Ex <|uo omnia,
per quem omnia,
in quo omnia,
ipsi gloria
in saecula.
S|)ps nostra salus nostra honor noster 0 beata Trinitas.
Libéra nos salva nos
JUSti'
La Tnnitas.
5e Antienne des Laudes. -■' Anti* nne du II Nocturne. .7 A ntienne du II- Nocturne.
Les Antiennes suivantes ajoutent deux procédés très usités au moyen âge : l'anaphore et L'allitération.
Té invocâmus, Té adorânius, Té laudâmus,
0 beâla Tn'nitas.
Ve Antienne du II* Nocturne.
Vérax ut Pâter, Veritas Fflius, Veritas Spfritus Sénctus, o beâta Trfnitas.
i Antienne du III Nocturne.
En métrique, nous avons plusieurs Antiennes donl le mètre préféré esi le dimètre iambique et trochaïque en forme strophique. Le moyen âge affectionnait beaucoup ce genre.
Gloria tibi Trinitas.
AEqualis una Deitas, El mte omnia saecula.
Et nunc ei in perpetuum.
1re Antienne des Laudes.
Laus et perennis gloria Heu Patri, ci Filio, Sancto siinul Paraclito, In saeculorum saecula.
•2' Antienne des Laudes.
h i gaudiorura praemia, l»a gratiarum munera.
Dissolve lilis vincula, Astringe pacis foedera ' .
du II Nocturne.
Terminons enfin par \e> strophes saphiques suivantes
Gloria laudis resonet in ore Omnium Patri, genilaeque Proli, Spiritui Sancto pariter resultet Laude perenni,
S Antienne des I. •unies.
Gloria Patri. genilaeque Proli.
Et liln eorapar utriusque semper Spiritus aime. Deus unus, omni Tempore saecli.
-' fi . lu d\ Il \ ■■' ne.
Laus Deo Patri, paritique l'roli, Et tibi Sancte studio perenni
Spiritus, nostro resonel al Omne per aevum.
/ t ntienne d
Cette strophe est empruntée à l'hymne d< \ du vendredi : Plasmator
hominis Deus. selon le texte primitif, Hominis superm I
actuel.
Les pièces tirées de la sainte Ecriture que nous avons réussi à identifier sont les suivantes :
I Répons : Benedicat nos, ps. 66, v. 8 ; II Répons, Benedictus Detis, ps. 71-18 ; III Répons : Quis Deus magnus, ps. 76-14; IV Répons : Magnus Dominus, ps. 47-2 ou 144-3, le verset, ps. 146-5; VIII Répons,? Verset : Benedictus, Daniel, 3-56; IX Répons,? Verset: Quoniam magnus, ps. 85-10.
Le verset ante Laudes : Excelsus, ps. 112-4.
Les capitules et oraisons sont extraits du Nouveau Testament.
Laudes : 0 Altitudo, Rom. II, 33; de Tierce : Tressunt, Ép. I de saint Jean, cap. V, 8; Sexte : Unus Deus, Ephes., cap. 4-5; None : Begi sunt, I Timoth, I, 17.
Pour les Leçons, Etienne fit de larges emprunts aux œuvres d'Aleuin, spécialement à son traité sur ce Mystère : De Scnicta Trinitate et Fide, Lib. I (*) : Nous inférons de là que les théories d'Agobard n'influencèrent pas beaucoup l'auteur de cet office; peut-être étaient-elles déjà oubliées à cette époque.
L'opinion émise par le Dr Wagner, concluant « à une compilation puisée à des sources différentes », reçoit ainsi confirmation. Nous sommes d'un avis différent lorsque, parlant de l'origine des offices versifiés, il écrit : « le mouvement partit probablement du monastère de Saint-Amand, dans les Flandres (2) ». Il en serait ainsi, s'il était prouvé qu'Hucbald prit une pari quelconque à cette rédaction, ou encore à celle de Y 0 /lice de saint Lambert; or, ce point est loin d'être acquis;
(4) Ce qui a fait écrire erronément à Tritheim : « Hic etiam ex libro Albini abbatis Turonensis cantum ordinavit [Stephanus] de Sancta Trinitate. » {Chronique historique, op. cit., t. I, p. 51.) Kl. {De script, eccles., op. cit., f° 60 v°.) Kdelestand i>lt Mérii. tombe dans une autre erreur lorsque, rapportant ce texte, il tire la conclusion qu'à cette époque « on refaisait les anciennes mélodies». {Poésies populaires latines antérieures au XIIe siècle, p. 1)9, note 2. Paris, 1843.)
(2) Origine. (Op. cit., p. 2990
par conséquent el jusqu'il plus amples informations, tontes les garanties étant en faveur d'Etienne, nous regarderons Liège comme le point de départ de cette innovation.
Nous ne croyons pas superflu de donner la notai ion de cel office, rarement édité, d'après la tradition liégeoise. Nous attirons l'attention du lecteur sur l'intéressante étude comparative à laquelle il peut se livrer avec les chants de V Invention de saint Etienne.
Plus concis dans sa tenue littéraire et dans le développement de ses phrases mélodiques, ['Office de la Sainte Trinité est. parmi les compositions du même auteur, celui qui se rapproche le plu> de la forme traditionnelle i1). Il est probablement le dernier en date sorti de la plume Éd' tienne. D'une manière générale, il est supérieur à ['Invention de saint Etienne; d'autre part, VOfficede saint Lambert les surpasse tous deux, et par la beauté de la forme el par la richesse du fond mélodique. L'infériorité que nous croyons remarquer dans ÏO/ficc de la Suinte Trinité sur celui de saint Lambert témoigne-t-elle d'une aridité d 'inspiration de l'auteur? Non pas; nous l'attribuons plutôt à ce fait que, en le composant, Etienne limitait sa portée à un public très restreint — le mandement de Richaire le prouve suffisamment. Il était loin de prévoir l'extension merveilleuse qu'allait prendre si rapidement cette dévotion dont il était le promoteur. Au reste, notre réserve est suggérée seulement par sa comparaison avec ['Office de saint Lambert, alors que considéré objectivement, il revêt un cachet bien personnel et fort intéressant.
Aussi souscrivons-nous volontiers au jugement élogieux porté par les chroniqueurs du moyen âge et confirmé par les grégorianistes modernes, qui, tous, reconnaissent les mérites et la valeur réelle des nouveautés qu'il contient.
(,*) Ce qui ne l'empêche point de se différencier notablement des otlices plus anciens au point d'être présenté comme i-' spécimen le plus curieux de la nouvelle école grégorienne. « In officio Sanctae Trinitatis Stephani Lcodiensiâ apparet, quam in ullo alio, u, t. II, p. 40.)
L'Office de la Sainte Trinité est une œuvre intéressante au point de vue littéraire comme au point de vue musical; « la facture de ses mélodies — écrit un spécialiste éminent — s'écarte résolument de celle employée jusqu'alors, et clôt pour le genre des Antiennes et des Répons le style carolingien (*) ». A son tour, P. Wagner signale « la préférence donnée à la tonique et à la dominante dans les périodes et les cadences des divisions périodiques, enfin les mélodies plus riches dans les Antiennes (2) » .
La facture de ces chants avait attiré à plusieurs reprises l'attention d'un des plus grands musicologues du XIVe siècle : Jean de Mûris (3). Plus tard, Tritheim y revient de nouveau et en signale les particularités relatées ci-dessus (4).
La conclusion de ce chapitre découle d'elle-même des pages que nous venons d'écrire et dans lesquelles nous espérons avoir suffisamment prouvé que la fête de la Sainte Trinité prit véritablement naissance à Liège au Xe siècle, d'où elle passa, avec la date de sa célébration et l'office composé par l'évêque Etienne, à l'usage de l'Eglise universelle.
Ainsi ce riche fleuron qui brille au front de l'Eglise de Liège el dont certains historiens modernes ont voulu la dépouiller, demeure un des plus beaux joyaux de son glorieux diadème.
(«) A. Gastoué, Le Graduel. (Op. cit., pp. 88 et 102.)
("-) Origine. (Op. cit., p. 309, note \.)
(J) Summa musiea, dans Gerbert, Scriptores, t. III, p. 236.
(*) » ... pausae maçris illic fréquentes sont in chorda finali, et dominante psalmodiât' incertis modis, veluti in primo: multo plures tractus seu neumae notanim continent, et tractus isti positionem habent, qua affectabant auctores facere diversum ab antiquo Komano cantum. » {Histoire sur le chant eccl., p. 43, cité par Gerbert, De (lanUi, t II, p. 40.)