‹ Etienne de LiegeChapitre 26 sur 46 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Office de saint Lambert.

Le culte de saint Lambert.

Parmi les ouvrages attribués à Etienne, l'Office de suint Lambert est celui don! l'authenticité peut s'établir avec le plus de facilité. Nombreux et précis sont les chroniqueurs qui confirment ce point. Polcnîn i1), l'annaliste saxon (2), Anselme l'annaliste de Saint-Bertin (4), Sigebert (5), Gilles d'Orval l'anonyme de Saint-Trond ['). Tritheim (8), pour ne citer que les plu> anciens, le font en termes si formels qu'on sérail tenté d'adhérer, sans aucun examen, à leur assertion.

Toutefois, pour pester fidèle aux principes de la critique historique, nous ne nous arrêterons pas là. Pénétrant plus avant d;uis la question, nous ferons appel à des documents

(' « Hic passionem beati Lamberti impolito digestam stilo urbanius elucidavit. » (Gest. ahb. Lobb. M. <;. II.. Scriptores, t. IV, p. 62.)

(*) « [Stephanus] vir sanctitate et scientia clarus qui passionem S'' Lambertiad Uerimanuin Coloniae archiepisco|»um urbanius edidit. » (M. t>. II.. Scriptores, t. VI, p. 590.)

(3) « ... item [Slephanus] vitara S" Lamberti simpliciter antiquitus dictatam urbani sermonis expolivil facetiis. » (Maktène et Durand, Amplis. Coll., t. IV. col. 840; M. G. II.. Scriptores, t. VII, p. 200.)

(*) MARTÈNE e! DUIIAND, Thesaur. miccd.. t. III. p. 538.

(»i Chronica, anno 903. (Migne, P. />., t. CI.X, col. I7.V. M. G. II.. Scriptores, t. VI, p. 345.) De scriptoribus eccles. (Migne, P. L., t. CLX, col. 373.)

(6) M. <;. H., Scriptores, t. XXV, p. 42.

(7) Manuscrit de la bibliothèque <ie L'Université de Liège, n° 39. P» 147.

(H) Chronique d'Hirsange fop. cit., t. I, p. 51); Cutalog. script, eccles. (Op. CIT., f° i.x v°.)

nouveaux recueillis dans ce Ijui el don! le témoignage confirme celui des i» h leurs précités. !)•• |tlu>. nous essayerons de mettre en relief la valeur musicale de cet office et, occasionnellement, nous signalerons certaines caractéristiques de la partie littéraire. .Nous compléterons ensuite ce travail par la i ranscription, d'après un manuscril de l'époque, de cette œuvre admirable, la plus parfaite qu'ait composée Etienne.

.Nous croyons superflu de donner la biographie de saint Lamberl : <ju il nous suffise de mentionner l'étude critique et définitive de Krusch, où l'on en trouvera la bibliographie complète (' .

Nous allons ouvrir ce dernier chapitre par l'énumération des nombreuses solennités établies en l'honneur * 1 # - sainl Lamberl dans la liturgie liégeoise, et signaler leur extension dans les églises séculières el régulières tant en Belgique que dans 1rs pays étrangers. Cela nous permettra d'apprécier la popularité dont bénéficia l'office composé par Etienne el l'influence grande qu'il exerça sur \<-- compositeurs d'offices. Nous pouvons l'avancer hardiment, {'Office <lc saint Lambert servit de modèle, tant pour la partie littéraire que musicale, aux écrivains <l<^ lieux premiers siècles qui I»- suivirent.

Berceau <lr la cité de Liège, le tombeau de saint Lamberl Fut encore la pierre angulaire du superbe édifice élevé à sa mémoire, devenu de bonne heure le cœur «lu diocèse et la tête de la principauté. C'est à la protection du glorieux martyr saint Lamberl que Liège esl redevable de la gloire recueillie ;i travers les âges dans le domaine politique, intellectuel el religieux ^ussi

saint Lambert r>i-il le ^ini populaire par excellence, le saint national de la Principauté. Rien d'étonnant, par conséquent, (jii)' son culte occupe une place d'honneur dans !•■ calendrier "i>.

»/ G. //. Renan Wernomgiearum, t. VI. p. 1

- Ki kih. /. i Citi lit- Liège. <>p. cit., t. II. pp. iSO et suit.

En suivant l'ordre chronologique de leur institution, nous avons en premier lieu :

La fête patronale de saint Lambert. — Elle se célèbre au jour anniversaire de son martyre, le 17 septembre (*). Selon le formulaire usité aux différentes époques, on la trouve classée sous le Litre de rite solennel, double ou triple. Au XVIIe siècle, le 2 septembre 1642, le chapitre de la cathédrale entreprit des démarches auprès du Saint-Siège dans le but de la faire admettre dans le bréviaire romain (2). Favorablement accueillie d'abord par Urbain VIII, elle fui définitivement repoussée par son successeur Innocent X. Les pourparlers durèrent près de cinq années (3).

(Jette solennité demeura, jusqu'à la chute de la Principauté, une fête d'obligation avec vigile, jeûne et octave. Elle occupe aujourd'hui le rang de double de lri classe avec octave.

Translation des reliques de saint Lambert. — dette fête se célébrait primitivement le 24 décembre, jour du transfert de la dépouille du saint, de Maastricht à Liège, l'an 718.

Plus tard, l'évêque Albéron II (1136-1145) rapporta cette fête au 28 avril (4).

Grâce à une dotation a perpétuité d'un capital de 18,000 tl<>rins, que versa en 1512 l'évêque Erard de la Marck, cette fête

(<i Les avis sont partagés quant à l'année. (Voir Van der Essen, Essai critique, of. cit., p. 22, et Kkusch, M. G. H. Rerum Merovinyicarum, t. VI, p. 364.)

(2) Conclusions capitulait es, f°8 v. Manuscrits conservés aux Archives de l'État à Liège.

(3) Conclusions capitulnires, t'° 196 v°. « Le 15 février 1647, l'erd. de Bocholtz fait connaître les démarches qu'il a faites à Rome pour l'insertion des fêtes de saint Lambert et de saint Hubert dans le bréviaire et dans le missel romains. »

(*) BOKNAKS et Schoolmeesters, Liber officiorinn Ecclesiae Leodiensis, dans Bulletin de la Commission royale d'histoire de Belgique, 15e série, t. VI, p. 485, note t; .1. Daris. Histoire du diocèse, t. I, p. 523; Hacha, Chronique de 140t. (Op. cit.. p. 131.1

se célébra, à partir (Je 1526, in foro solemnis et fesliva, d'après un cérémonial qu'il rédigea ;i cet effel l). La grand 'messe était suivie d'une procession grandiose, à Laquelle participaient les trente-deux métiers, le clergé séculier el régulier ainsi que les autorités civiles et judiciaires.

La huile Universa d'Urbain VIII ~1~2 décembre Mi 'ri limitant les l'êtes d'obligation, lit abandonner r la dévotion des fidèles la Translation de saint Lambert r) ; le synode de Mil M avait déjà restreint son obligation à la seule ville de Liège .Nous la trouvons inscrite, en 1707, au rite triple '/<• /" daêSt Depuis le Concordat, elle occupe le rang <le double majeur, avec transfert de sa solennité au dimanche suivant, selon l'occurrence.

Le triomphe <lc saint Lambert. — Cette fêle fut instituée en souvenir de la prise de la forteresse de Bouillon, le "21 septembre 1141, dont la victoire fut attribuée à l'intervention miraculeuse de suint Lambert (5). « Bellum Bullonicum, ubi gloriosus martyr Lambertus est delatus el prodigia memorie est operatus » (6), écrit encore un chroniqueur contemporain, moine de l'abbaye Saint-Jacques, à Liège.

A cause sans doute de son voisinage a\ec lu fêle patronale, 17 septembre, on la transféra au 2N avril, où elle se confondit avec celle de la Translation

(*) Charte du i mai !.V2ti. Cartulaire <lc la collégiale Sainte-Croix, manuscrit II, f°79: Documenta Leodiensia, du Séminaire, i. VII, p. 4ti: I ■'. Poki iii.i. Cartulaire <ir Saint-Lambert, i. V, p. -IWl. On trouve le décret /// extenso dans le manuscrit 9598-606, f»« I \-l et suiv. de la Bibliothèque royale de Bruxelles (XVI- si<

(-) .1. Daris, Histoire du diocèse au \ \ Il sièt le, t. 1. p. 321. Mamgabt, Praxis pastoralis. (<m>. cit., t. III, p Î61.

(*) Rubricae générales, i** partie, p. 153. Liège, Plomteux, r

(5) Triumphale Bulonicum, écrit par IIkmi h db Saixt-Lai rj m en reH

dans M. <;. H., Sert pions, t. \\, p. 197; fi ■:/, Thésaurus anecd., t. IV, part III, p. 1*9, et dans Hignb, /'. /... i. IX1V, col. 99.

(6) Lambertx Paroi Annales, dans Bibliophiles lIégbois, n° l-, p

(T) Liber ofliciorum (op. cit., Daris, Hist In lud Op. cit., Ll,

Le triomphe de saint Lambert. — Malgré l'identité de son vocable, celte fête ne l'ait pas double emploi avec la précédente. Elle fut instituée en commémoration de la bataille des Liégeois contre les Brabançons dans les plaines de Steppes, prés de Montenaeken, le 13 octobre 1218 (*).

La solennité de cette tête a varié aux différentes époques. Elle fut célébrée au rite double en 1492 (2) et 1 04 i (3) ; de 1 740 (4) jusqu'au XIX1 siècle, au rite triple de deuxième elasse. Le rite double réparait de nouveau au début de ce siècle jusqu'en 1857, où nous voyons disparaître cette solennité des livres liturgiques.

Citons pour mémoire la Dédicace de l'église de Saint-Lambert, au 28 octobre, fête également abandonnée aujourd'hui.

Saint Lambert ne l'ut pas seulement honoré par les habitants du pays de Liège, mais encore par tous les fidèles de la Belgique, au point que son culte occupa bientôt la première place dans tous les diocèses belges après saint Jean-Baptiste, saints Pierre et Paul et saint Martin (5).

Bien plus, franchissant les mers, cette dévotion s'établit en Angleterre dès l'année 720. C'est du moins ce qui ressort d'une donation faite à Saint-Willibrod, dans laquelle il est fait mention d'une église dédiée à ce glorieux martyr à Bakel (6).

En France, plus de trente communes, réparties dans les

0) Le récit en a été fait par un contemporain, l'archidiacre Hervard. (M. G. H., Scriptores, t. XXV.) Quant à l'authenticité de cette attribution, voyez Kubth, 1/ archidiacre Hervard, dans Bulletin de la Commission royale d'histoire de Belgique, t. LX1I (1903); L. Polain, Warde de Steppes ou Le triomphe de saint Lambert. Liège, Jeunehomme frères, -1838, brochure de 43 pages.

(2) Ordinaire de Liège de 149*2. f° 151 r°.

(5) Offices propres. Liège, Guillaume Hovins, 1644, p. 124.

(•*) Bréviaire liégeois de 1746 au 13 octobre. Rubricae générales. (0p. cit., -1" partie, p. 170.)

(») Baillet, Vie des Saints, t. III, pp. 208 et suiv. Paris, Roulland, 1716; Ghesqdières, Act. S. Ben., t. VI, pp. 121 et suiv.

(6) A l'occasion du XIIe centenaire de ce martyr, M. J. Demarteau a fait une enquête minutieuse sur le développement du culte de ce saint. Le résultat en est consigné dans la Vie de saint. Lambert. Liège, 1896, pp. 49 et suiv., et dans Bulletin de la Société d'Art et d'Histoire du diocèse de Liège, t. IX, 2e partie, pp. 46» et suiv.

diocèses de Soissons, Cambrai, Reims, Angers, l'onl actuellement comme patron.

Dans les diocèses de Ruremonde et Bois-le-Duc, en Hollande, cinquante-deux paroisses ^<»nt placées sous son patronage. Il est vrai que, jusqu'au morcellemenl de 1558, ers lerritoires tirent partie «lu diocèse de Liège.

Après la Belgique, l'Allemagne est le pays où ^;iint Lamberl est le plus vénéré. Plus d'une centaine d'églises lui sont consacrées et l'origine <le ><»n culte remonte bien haut, au \ III siècle pour le diocèse de Mayence.

En Bohème comme en Espagne, partout enfin, le culte du fondateur de la cité de Liège eut des fidèles nombreux et

dévoues.

Son nom est inscrit dans les [dus antiques martyrologes cl son office, noté dans bon nombre de manuscrits liturgiques d'origine tant régulière que monastique

Une charte du prince-évêque de Liège, Robert de Thourotte, nous montre cette fête étendue dans tous les monastères de l'ordre de Cîteaux (J). L'authenticité de ce document est contirmee par le témoignage d'un moine de Saint-Trond ' que nous connaissons déjà de par ailleurs.

(') Tels le martyrologe de Bède le Vénérable et de son continuateur Florus. et encore dans celui de Wandalbert de Priim, d'Adon de Vienne. >\v Kéginon de Priiiu, de Notker, etc.

(*) N«» 22031-2 du XII" siècle, f" 90 r»; n - 923-925 du \\l siècle, f 1: n° 917 du XIIIe siècle, t'° 182: n° II. 3822 des Xe et XIe siècles, f" 128 v°. Tous ces manuscrits appartiennent à la Bibliothèque royale de Bruxelles; ce sent des Graduels.

(3i NaRTÈNB, Thésaurus anecd.. t. IV. col. 138b': Mr SCHOOLMBESTBRS, Les r< . de Robert de Tliourotte.ihu^ BULLETIN m i \ SOCIÉTÉ i»'\ri i i D'HlSTOIBS DU DIO Dl LtéGB, t. XV, l" partie, i». 83.

(*) « Hic |ttobertus| impetravil per lotum ordinem cislercens[iumj festum I>eati Lamberti celebrari. » (Manuscrit de la bibliothèque de l'Université de I.

,E TEXTE DE L OFKICE.

Connue nous l'avons écrit plus haut, le cycle des compositions de la messe était clos l)ien avant la rédaction de ['Office de .saint Lambert f1). La fête de ce saint reste donc dépourvue de messe propre. A part la séquence, qui n'est pas antérieure au XIIe siècle, toutes les antres pièces de la messe sont tirées du répertoire primitif, et encore celles-ci varient-elles suivant les temps et même les lieux.

Nous limiterons encore davantage le champ de nos investigations en éliminant de notre étude les petites heures : Prime, Tierce. Sexte et Noue, parce que leur texte est emprunté à l'office de .Matines, pour porter toute notre attention sur les jre> et jje> Vêpres, Matines et Laudes.

La IVte de saint Lambert n'avait pas encore, au début du Xe siècle, un office propre, c'est-à-dire sou officium nocturnum] c'esl à l'évêque Etienne que revient l'honneur d'avoir comble cette lacune. Il nous l'apprend lui-même dans la Préface de son Gesta S Lamberli : - atque nulla propria officiorum cantabatur modulatio » (2). Jusqu'alors on s'était contenté, suivant la coût unie générale, de la lecture, sous forme de Leçons, du l ila prima composé dans ce but « ut quotiescumque sanctorum solemnia curriculo anniversario celebramur o (3). Malheureusement les études étaient plus que médiocres lorsque ce biographe prit la plume. A l'instar des hagiographes contemporains, il ne réussil que très imparfaitement dans sa tâche. « Pauvres barbares \g ants et grossiers, ils n'avaient manie, avant leur

entrée au cloître, que l'épée ou la charrue; à peine revêtus de la

(M Le tenue tin;il «Je la période productive est tixé par Gevaerl à l'année 700. / igines 'lu chant liturgique, p. -1\. Gand, Ad. Hoste, 1890.)

Dans Chapeaville, Gesta Ponlificum Tungrensium. Liège, ltil-J. t. 1, p. 351. (*) Idem, ibid.

robe de moine, ils apprenaient les lettres et saisissaient la plume » ('). C'esl dire que le style du premier panégyriste de sainl Lamberl ne possède ni la pureté ni l'élégance cicéroniennes. Bien que mal écrit et incomplet, le Vita prima ■< est néanmoins raisonnable, véridique et de bonne foi » (2). Il exerça sa l'onction liturgique jusqu'au jour où, après l'avoir remanié et revêtu d'une forme plus élégante, Etienne y substitua sa rédaction Ce prélal lit plus encore : il compléta l'office en y ajoutant les pièces ([ni faisaient défaut : antiennes, répons, etc., dont il l>iiis;i les textes à «les sources diverses.

Plusieurs d'entre elles peuvent facilement être identifiées. En suivant l'ordre d'excellence, nous trouvons en premier lieu un poème anonyme en l'honneur de saint Lambert qui fournit la matière de la presque totalité des antiennes de Matines et des Laudes.

M. Demarteau attribue la paternité de cet ouvrage à Ilucbald de Saint-Amand (3). Cette opinion n'est point partagée par M. de Winterfeld, qui en a publié une belle édition critique (4). Cet auteur, tout en s'avouant peu convaincu par le raisonnement de M. Demarteau, ne se prononce pas, ce qui fournil occasion au docte écrivain de l'histoire lambertine de revenir sur la question et de renouveler son affirmation (5). De notre côté, nous ne souscrivons nullement à cette solution. Voici nos raisons :

Rien dans le poème ne trahit le moindre indice susceptible

(') KriiTii. Étude critique sur saint Lambert et son premier biographe, p. 101. Anvers, Plasky, 1876.

(*) Balau, Les Sources. (Op. cit., p. 36.)

(Ji Vie île saint Lambert rerite en vers par Eucbald de Saint-Amand. I. brochure de 139 pages, extraite du Bulletin db i 'Institut archéologique i iégeois, i. Mil. Cette opinion est partagée par l'abbé Poneelet. Bulletin i. I. 1894, p 16.)

(*) .1/. (',. II. Poetae latini médit aevi, t. IV, [w parti.', pp. I il et sui?.

/ Hum, li'o-J. pp. 65-67. Balau laisse toute la responsabilité d< ment

à M. Demarteau. > Les Sources, op. > rr., pp. 7s 80.

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