‹ Etienne de LiegeChapitre 31 sur 46 · T^TT · texte numérisé non relu

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Es>f De- uni credat jam quisquis amâ-ve- rit unum.

2e Ant.

e— -ry

Hic inde-fl-ci- ens Dômi- ni sul> le- ge ma- nebal

Cu-jus nulla me- ans sub-érat con- tà-gi- o carni.

^""T^s ^— fte— ■— I B.

3» Ant. Ultima namque d bal sempei

lili- us undc bo- nuin fe-cit certain!- ne

Les cadences de la série B ne forment pas des rimes remarquables; ce ne sont guère, pour employer un terme analogue à la littérature, que des assonances. Par contre, celles des deux autres catégories rachètent bien l'indigence de celles-ci.

On peut taire la même constatation pour les antiennes de Laudes. Remarquons cependant, à leur sujet, que les neumes du manuscrit de Bruxelles diffèrent légèrement des neumes des antiphonaires de Sainte-Croix et de Saint-Paul, pour quatre rimes tout au plus. Chose curieuse, considéré isolément, chaque manuscrit voit ses rimes se correspondre presque exactement.

Quant aux deux antiennes du Magnificat, elles sont un exemple remarquable de l'emploi méthodique des rimes musicales au moyen âge.

Voici d'abord le Magna vo,r, avec ses quatre distinctions et ses consonances intérieures :

fl "

Ivlagfna vox

laude sono- ra

te decet

per

ômni- a A

b Quo po-li ch

ore- a gau-det

aucta

ta-li

compare.

rf

PV^-

Terra plaudit

et re- sûl- tat

d di- gria tanto

pré- su-le B

■ fm

♦là

O sa-cer Lambér-te martyr no^tra vo-ta sûb-cipe.

La coupe de cette antienne est curieuse et extrêmement rare dans le répertoire liturgique. Nous ne connaissons que l'antienne Virgo genitrix, citée par Gevaert (1). On dirait une strophe d'épopée.

i Gevaert, La Mélopée antique. (Op. cit., p. 142.)

L'antienne des M' Vêpres n'esl |>as moins curieuse avec son texte en poésie syntonique, ^'> rimes musicales recherchi avec l'emploi de Vanaphore dans !<■ texte el dans !<• chant.

Lae- i.i- re

et lau-d.

tpW

De- um

Lé-gi- a,

Anaphore

Pt

de patré-ni tu- i Lambér-ti pre-sénti- a,

cu-jus sângui- n<-

COnse- cr;i-ri,

^=âl—v

cn-jus côrpo- re di-tâ- ri m - u- is- ti.

Anaphore

O amâ-tor

casti- ta-tis,

ri--

de-fénsor

ve-

ri- t.i-tis,

Ji

■ xm\

Chi is>

i mari y\ el ■» ■

■ " sa< érdos

Lanil •

pw no- bis a-j ud De- um in- i<

Ces exemples suffisent amplement à nous démontrer que la présence de la rime n'est pas ici le fruit de quelque circonstance fortuite, mais bien une particularité d'un plan peu banal, conçu et réalisé de la plus heureuse façon par l'illustre évèque de Liège.

Les Antiennes des Vêpres.

Les Vêpres de l'Office de saint Lambert sollicitent, à divers titres, une mention spéciale.

Le manuscrit de la Bibliothèque royale de Bruxelles ne reproduit que le répons Consilium et l'antienne de Magnificat : Magna vox. Faut-il conclure de là que les autres antiennes sont postérieures à Etienne? Nous ne le pensons pas; voici pourquoi : ce codex n'est pas un monument liturgique, mais bien un recueil, un ouvrage de bibliothèque.

On peut objecter que l'Office de l'Invention de saint Etienne, œuvre du même auteur, utilise, même dans la liturgie liégeois. les antiennes des Laudes pour les Vêpres et qu'il en pouvait être de même pour l'Office de saint Lambert, au moins à l'origine.

La première partie de cette proposition est absolument exacte, comme il est également vrai que pour la Sainte Trinité, Etienne a composé pour chacune de ces heures : Laudes, Ire" et II" Vêpres, des antiennes propres. L'objection n'a donc aucune valeur. Nous sommes plutôt d'avis qu'il faut voir dans ces offices une extension du sens liturgique chez l'évèque liégeois, d'autant plus que ce développement est en concordance avec la chronologie de la rédaction de ces œuvres.

Peut-on arguer, avec plus de fondement, de l'absence de ces textes dans le Gesta S" Lamberti rédigé par Etienne, pour appuyer l'objection précédente? Non, car comment expliquer dans ce cas la présence *\u r Consilium qui, pas plus que le texte des autres pièces, n'est tiré de ce Gesta. Du reste, l'auteur ne s'esl pas engage à tirer de ce Gesta tout le texte de son office. Il mentionne des antiennes et des répons nouveaux, sans préciser

leur origine ('). L'identification des antiennes el des répons de Matines est aisée, nous l'avons établie plus haut.

Les antiennes des Vêpres proviennent d'une autre source : du Vitaprima légèremenl remanié. Les trois premières émanent respectivement : du § 3, Erat vere dignus; du (^ 8. Consilium et opus; du f^ "11, Lambertus Christi martyr . Les deux autres sont plus difficiles à reconnaître; la dernière s'inspire certainement du psaume cité au § 2i, Laudemus Dominum

Un excellent argument en faveur de leur antiquité est la mention qui en est faite dans la liturgie d'une église de la Grande-Bretagne, ainsi que nous l'apprend le Collectaneum de Léofric, évêque d'Exeter, en 1050. Si donc au XI siècle ['Office de suint Lambert avait des antiennes propres aux Vêpres, il y a tout lieu de croire qu'elles sonl du même auteur que les autres parties du même office, c'est-à-dire d'Etienne. Pouvons-nous supposer un instant que ce savant écrivain eût laissé ainsi son œuvre de prédilection inachevée ou incomplète?

Les antiennes du Magnificat : Magna vox e( Laetare, jouèrent dans le coins des âges un rôle qui mérite d'être signalé.

Il n'y a pas lieu de douter de l'authenticité du Magna "<;. puisqu'il se trouve dans le manuscrit bruxellois du \ siècle. C'est donc par erreur que M igné le cite parmi les œuvres attribuées à Fulbert (4).

Remarquons d'abord l'heureux choix fa.il par le poète «lu mètre le plus apte à traduire les nobles sentiments exprimés par le texte : le septenarius, le mètre par excellence de la poésie liturgique (5). M. J. Demarteau a transcrh cette pièce en dimètres ' . tandis que le manuscrit du \ siècle nous la

') Chape a ville, op. ni., p. 359.

(-) l);m> l'édition de Krusch, '/. G. H. Rerum merovingicarutn, t. VI, pp. 364 el 378.

(*) Idim, Urid., p. 380.

* Mignb, P. / ... t. CXLI, col (:; l.i'.\ Gai i ikk. Œuvres poétiques d'Adam de Saint-Victor, t. 1. p. cuv. Paris,

(•) Saint Lambert. Vie en vers par Hucbald. Op. en . p. 9.

présente sous forme de strophe en vers trochaïques tétramètres catalectiques, ce qui est meilleur.

Le rythme septénaire était chez les Latins, comme chez les Grecs, du reste (1), spécialement réservé aux chants populaires, qui, fondés surtout sur l'accent, prenaient généralement leurs modèles parmi les mètres classiques. C'est à ces rythmes populaires que la poésie liturgique doit son origine (2). Les légions romaines de Vitellius marchant contre les Perses chantaient, paraît-il, des strophes ainsi cadencées; c'est aux mâles accents de Magna vox que les troupes liégeoises fonçaient sur l'ennemi et enlevaient les forteresses.

Populaire, le Magna vox le fut excellemment, puisqu'il devint de bonne heure l'hymne national de la Principauté (3).

Sa destinée, intimement liée à celle de la nation, partagea et ses gloires et ses infortunes. Lorsque la tourmente révolutionnaire fit disparaître l'État liégeois, cet hymne, neuf fois séculaire, fui supplanté par le Valeureux Liégeois, au rythme entraînant, mais aux paroles mièvres (4).

Non seulement le Magna vox fut exclu de toule participation à la vie civile, mais sa disgrâce eut une répercussion jusque

(*) Geyaert. Histoire de la Musique dans l'antiquité. (Op. cit.. t. Il, p. 54.)

(2) Ulysse Chevalier, Poésie liturgique (Op. cit., p. 33); A. Leclercq, Chants romain et grégorien, dans le Dictionnaire d'Archéologie et de Liturgie de dom Cabrol, t. III, col. 261

(3) Il est cité dès le XIe siècle dans le Triumphiis S1' Remaeli. (ML G. H., Scrip tores, t. XI, p. 452, et t. XIII.) De même dans le Vila Odiliae. (Analecta Bol- LANDIANA, t. XIII [1894]. p. 241.) C'est encore au chant «le cette antienne que le duc de Brabant, le vaincu de Steppes, vint en 1214 l'aire amende honorable à Suint- Lambert. « ... ecclesiam intravit, crucifixum de terra relevavit, ante corpus beati Lamberti humiliter procubuit, et cantantibus clericis .Magna vox, ips-e orationi incubuit. » (Reineri, Annales, dans Bibliophile liégeois, iv 12. Liège, 1874.)

On trouve dans la Chronique de 1402 un autre fait mémorable où le Magna vox joue encore son rôle national. Hacha, op. cit., p. 180, année 1253.

(*) La musique est anonyme et les paroles de l'abbé J.-E. Kamoux. curé de Glons, né à Liège en 1750. Ce morceau fil son apparition lors de la révolution liégeoise de 1788. (ULYSSE Capitaine, Le chaut national liéqeois. dans BULLETIN DE institut ARCHÉOLOGIQUE LIÉGEOIS, I. Il, pp. I 10-1 18 et 237-240.)

Valeureux Liégeois, texte el musique. Liège, Muraille. Sans date ni auteur.

dans la vie religieuse. Le nouveau régime craignait-il «pie l'audition de ce chant ne rallumai dans le cœur des fidèles des sentiments favorables à l'ancienne forme de gouvernement ? et l'autorité religieuse le sacrifia-t-elle pro bono pacis? Nous l'ignorons. Ce que nous pouvons avancer, c'est qu'à partir de cette époque (fin du XVIIIe siècle) aucun livre de chant liturgique liégeois n'en donne la notation f'i. Seule l'antienne Laet are apparaît encore, mais hélas! complètement transformée et à son désavantage, car sa mélodie est loin de posséder l'ampleur et l'élégance dont l'avait jadis parée avec tant de goûl l'évêque-artiste Etienne. Toutes les éditions, y compris celle de Dessain (2), nous présentent un chant syllabique du VIe ton, dont nous n'avons pas cherchée connaître l'origine.

Ces deux antiennes : Magna vox et Laetare, participèrent aux mêmes honneurs liturgiques. De par leur fonction de grandes antiennes, dénommées aussi antiennes de procession, elles devaient être triomphées, c'est-à-dire qu'aux jours de grande solennité, par exemple celle d'un rite triple, on les répétait jusqu'à trois fois et même davantage encore dans certaines églises (3). Elles devaient s'exécuter dans un diapason plus élevé et un mouvement plus lent que les antiennes ordinaires (4).

Comme les processions étaient fréquentes dans les églises de Liège, et en toul premier lieu à Saint- Lambert, soit qu'elles eussent lieu dans l'intérieur des édifices ou que leur itinéraire s'étendit jusque loin dans les rues de la cité, ces deux chant-.

(*) Grâce à l'initiative du chanoine Simenon, lors du millénaire d'Étienni Mutina vox est chanté, le quatrième dimanche de chaque mois, par les chanoines <le la cathédrale de Liège, lorsqu'ils se rendent processionnellement vénérer les reliques de saint Lambert.

(*) Propre du diocèse de Liège. Matines, 1947.

(3) Wagner, Origine (op. cit., pp. 149 et suiv.) donne de préc gne-

ments sur la structure et la destination de ces sortes d'antiennes. Aux jours d< triple, il y avait chapitre à Saint-Lambert. Bormans el Schooli - /

ofliciorum, op. cit., p. is I

(l) o Lantica quoque evangelii allius el morosius coeteris psalmis dici (Commemoratio brevis, dans Gerbbrt, Scriptores, t. I

les documents en font foi (1), ne cessaient de résonner aux oreilles des pieux Liégeois. Le Magna vox jouait un rôle prédominant, car il clôturait généralement les cérémonies de quelque importance (*).

Il fallait s'attendre à ce que dans une ville aussi musicale que Liège cette célèbre antienne tentât la plume de maints compositeurs. Citons le plus génial des musiciens liégeois, dont le degré d'oubli dans lequel il gît enseveli est en rapport direct avec son génie : nous voulons parler de Jean-Noël Hanial (3).

Tout près de nous, M. Sylvain Dupuis l'a prise comme basse donnée d'un beau chœur à quatre voix égales (4), transcrit plus tard par Fern. Mawel à quatre voix mixtes pour l'usage de la cathédrale

(*) Ru brume générales. (Op. cit., t. I, pp. 10b', 115, 133, etc.)

(2) Ordinaire de Liège de 1492 (op. cit., pp 141 et suiv.); E. Schookmeesters, Les processions des métiers, dans Leodium, janvier 1913, p. 10.

(3) Bibliothèque du Conservatoire de Liège. Fonds Terry, a" 678.

(4) Liège. Léop. Muraille. Composé et exécuté à l'occasion des fêtes du XIIe centenaire du martyre de saint Lambert.

(5) Signalons, du même auteur, l'étude publiée sur la tonalité grégorienne de cette antienne, dans Bulletin de l'Institut archéologique liégeois, t. XXXIX (I909), p. 185.

ii7v°. UNDE SUPRA. ANTIPHON/K ET RESP[ONSORI]A. Responsorium ad Vesperos.

Consi-li-um et o- pus su- uni semper ad Dfe- ulm con- \-

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