LIEGE
D. CORMAUX, IMPRIMEUR-LIBRAIRE
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L'église Saint=Joseph à Verviers en 1912.
L'ancienne e'glise des Carmes, actuellement paroissiale de Saint- Joseph à Verviers, sera démolie au printemps prochain pour être remplacée par un plus vaste édifice.
Sa reconstruction ayant été décidée dés 1895 (1), on va exécuter les plans d'une église ogivale, dus à l'élaboration de M. Emile Burguet, architecte, à Verviers.
En 1 65 1 , le prince-évêque Maximilien-Henri de Bavière venait d'ériger Verviers en Bonne Ville de la Principauté. A cette époque, les édifices religieux se bornaient à l'antique église paroissiale de Saint Remacle et à celle des Récollets commencée en 1647. Conduits par le R. P. Albert Hovius, commissaire général de l'ordre, les Carmes achetèrent en i656 un pied-à-terre « en Secheval », l'ancienne propriété dite « Tour Quentin ». Ils rencontrèrent une vive opposition à leur établissement (i) de la part du magistrat, des Récollets et de Thomas de Bilstein, curé de Saint-Remacle. Ils ne s'établirent définitivement qu'en 1675, époque où ils construisirent leur couvent, non loin de la rue de Heusy.
La première pierre de l'église fut posée le Ier juin 1678 par le comte Ferdinand de Lynden. gouverneur de Franchimont, au nom du prince Maximilien-Henri de Bavière. Ouverte au culte le 16 mai 1 683, fête de saint Simon Stock, elle fut consaci saint Joseph, en 1709, par L nwiiiw 1U1 pqpm connu >iu Humi.
A la Révolution, l'église et le couvent furent confisques ; I fut toutefois reconnue comme annexe par décrets du 7 vendémiaire
• (1) Voir à ce sujet les numéros du Nouvelliste de Verviers des 24 octobre
1898 et ->- fê\ 1 ici' !<)(•}.
(a .1 Hahn, s .1 .. Les anciens Carmes chausses de Verviers, Verriers,
an XII et du 28 août 1808. Le 6 nivôse an VI, on avait installé dans le couvent, le tribunal de police et autres services publics. Le 9 avril 181 1, le Ministre des finances remit ces bâtiments au sous-préfet pour le service des tribunaux (l). A cette époque, l'ancien couvent se composait d'une série de constructions en briques, enserrant une cour centrale et sans architecture déterminée (2).
Ce fut à son emplacement que furent élevés l'ancien palais de justice et la première prison cellulaire.
Quant à l'église, elle fut érigée en paroisse le 12 janvier 1843. Son premier curé fut M. I.-P. Theunissen (f 27 octobre i865).
L'église Saint-Joseph est bâtie en briques avec chaînages et encadrements de croisées en calcaire de la Vesdre. Les fenêtres sont séparées par neuf pilastres en pierres et une série d'ceils-debœuf éclaire la partie haute de l'église, au côté Nord; la haute toiture est surmontée d'un élégant campanile de forme bulbeuse. Au-dessus du portail se trouve un grand Christ en bois, datant de la construction de l'édifice. Aux côtés de l'entrée, se voient deux statues en pierre, de Notre Dame et de saint Joseph, exécutées à la manière de Del Court, où se voient les inscriptions :
Deo gLorIa Iosepho CarMeLoqVe eXVrgo MarIa a Libf.rtIqYf. DeVoto CVLtV.
L'intérieur forme un rectangle comprenant un seul vaisseau (3), éclairé en partie par des fenêtres latérales séparées par des pilastres d'ordre ionique.
Saumery, dans les Délices du pays de Liège, disait en 1737 (4) : « Cette église est l'une des plus belles de la ville ; les lambris, les n bancs, la balustrade du sanctuaire, sont des boiseries aussi riches » que brillantes La voûte est haute, hardie et enduite d'un stuc » artistement travaillé; une tribune qui s'élève dans le fond sur » deux colonnes de jaspe, paraît être l'ouvrage d'un maître habile, » tant le dessin est merveilleux. » Saumery a peut-être exagéré, caries colonnes de jaspe sont en marbre de I. imbourg; mais, ce qui est certain, c'est que l'ensemble du mobilier, tel qu'il se pré-
(ij Dr J. Lfjaer, Histoire de la ville de Verriers, période française (1704- 1814), dans Bulletin de la Société verviétoise d'archéologie et d'histoire, t. IV , Verviers, igo3.
(2) Renseignement de feu M. J.-S. Renier, de Verviers.
(3) Longueur 40 mètres, largeur 12 m. 5o.
(4) T. III, p. a5i.
sente actuellement, constitue un ensemble remarquable comme exécution et conservation. Et à ce point de vue, quoique les plans de la nouvelle construction projetée soient des mieux réussis on peut se demander s'il n'eut pas été préférable de les voir exécuter en style Louis XIV.
L'auteur de la plupart des boiseries fut le Père Dupont, originaire d'Ensival (1).
Les trois autels proviennent de l'ancienne église des Capucins, en Sommeleville, et ont remplacé ceux détruits en 1793. Ils sont d'ordre composite, style Louis XIV; lautel majeur possède une peinture d'un bel aspect, représentant l'incrédulité de saint Thomas. Il porte aux côtés du tabernacle les armes de François Franquinet, bourgmestre de Verviers, et d'Angéline Pirons, son épouse; six hauts chandeliers en laiton, style Louis XIV, complètent sa décoration.
Près du maître-autel, deux statues en bois : saint Joseph et le prophète Elie.
Au revers de l'autel latéral, du côté de l'épître, se trouve appliqué le portrait en pied du cardinal Palaviccini, protecteur de l'Ordre des Carmes, ainsi qu'une inscription assez effacée, énonçant que ce personnage fut élevé à la pourpre par Innocent XL N'oublions pas qu'il existe dans le chœur un beau lutrin Louis X IV et deux riches crédences Louis XV.
A part ces trois autels, le reste des boiseries existe encore telles que les exécuta le Père Dupont.
Les parois latérales sont revêtues de superbes lambris Louis XIV de 2 m. 65 de hauteur. Les quatre confessionnaux hauts de 2 m. 70, sont du même style; ils sont surmontés d'urnes et d'élégants cartouches portant les armoiries de familles patriciennes de Verviers: Franquinet, Hacray et Arnoldy (-2). La chaire de vérité est d'une très riche facture du style Louis XIV; elle porte à l'abat-voix les armes d'Everard Arnoldy, bourgmestre de Verviers, et de Marie- Marguerite Potesta, son épouse. (A ce dernier blason un fond de gueules a, par suite d'une erreur de restauration, remplacé un champ d'azur».
Le buffet d'orgues est également du style Louis XIV; au-dessus de l'entrée intérieure de l'église se trouvent les armoiries de Paul
(0 Renseignement de M. Frédéric Gilon, de Verviers. Le portrait de ce religieux est actuellement la'propriété de Mme Prosper Gilon, de Bruxelles, qui le tient de ses beaux parents M et Mme. Gilon-Grayet. qui étaient apparentés à la famille Dupont.
a .le. dois la iplus vive gratitude à notre érudit et distingué collègue M. H.-R.-F. le Pas, de Verviers, qui a bien voulu me documenter au sujet de la plupart de ces armoiries et relativement aux ramilles des titulaires
le Moine, bourgmestre de Verviers, et de son épouse Anne de Grand'Prez. Tout près, au-dessus de la porte sculptée qui jadis donnait dans les cloîtres, se voient les armes de l'Ordre du Carmel.
Non loin de la chapelle des fonts, existe un ravissant petit autel, en chêne, du style Louis XIV. Quant aux fonts baptismaux, provenant de l'ancienne église Saint- Remacle, ils rappellent un vieux souvenir qui doit être cher aux anciennes générations ; ils constituent, de plus, un meuble archéologique de premier ordre, et se composent d une cuve octogonale cantonnée de quatre têtes humaines pouvant dater du XVe siècle. Le couvercle, de forme mouvementée, est une belle dinanderie du XVIIe siècle, ornée de godrons et de multiples ornements Renaissance, repoussés et gravés. A côté, se trouve un curieux bassin oval en cuivre repoussé de la même époque, provenant également de Saint-Remacle.
Les deux cloches sont du XIXe siècle.
On voit à la sacristie une curieuse armoire horloge du style Louis XIV. portant au fronton les armes de Lambert Franquinet, conseiller de Verviers, et de Marie Hacray, son épouse.
Il s'y trouve également un remarquable ornement complet, chape et dalmatiques composés d'orfrois avec broderies formant médaillons, représentant des scènes de la Passion (XVIe siècle). Ces broderies, bien conservées, ont été réappliquées sur des étoffes modernes; de plus, un calice en vermeil repoussé et ciselé style Louis XIII, richement orné de pampres, avec l'inscription :
D. I. O. MATIAS HOVIVS D. D. EX FONDATIONE, 1679
et les armoiries du donateur.
Enfin, un ostensoir style Louis XIII en argent repoussé et ciselé; au centre, une gloire rayonnante soutenue par deux anges; au dessus, la couronne royale portée par des chérubins : pied chantourné orné de godrons, des attributs des quatre évangélistes et des bustes du Christ et de la Vierge. D'un côté, se voient le blason et de l'autre, l'inscription du donateur :
franCIsCUs saLesIUs bIoLLeY Deo aC eCCLesI.e pIkDICat.
Quant à l'épigraphie, elle se trouve actuellement représentée par des dalles encastrées dans la paroi Nord de l'église et dans ses dépendances. Ces inscriptions, au nombre de neuf, rappellent la sépulture d'anciennes familles de Verviers. Il existe, en outre, deux grandes pierres tombales près de la sacristie, consacrant le souvenir du Père Albert Hovius, promoteur de l'ancien couvent des Carmes, mort 4 mars 1708 et du Père Grégoire, dans le monde Hubert Olivier, ancien prieur, mort curé d'Andrimont en 1834.
Le Comité provincial des monuments a, en sa séance du 12 juin 1912, approuvé les plans de M. l'architecte Burguet; il a toutefois stipulé que l'ancien mobilier historique devait être replacé dans la nouvelle église. Même réserve a été faite pour les pierres tombales existantes ou à trouver éventuellement lors de la démolition de l'édifice actuel. Le Conseil de fabrique, s étant engagé à conserver ces objets mobiliers, la Commission Royale des monuments a, par sa lettre du i3 novembre 1912 adressée à M. le Gouverneur de la province de Liège, annoncé qu'elle avait autorisé l'exécution des plans projetés.
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