SIÈGE DE 167S
11 faut aller maintenant jusqu'à la guerre dite de Hollande pour se trouver en présence d'une attaque portée par les Fiançais contre le château de Bouillon. Lorsque Frédéric- Maurice de La Tour, héritier par son père des droits et prétentions des La Marck sur le duché, depuis si longtemps coi. signe l'acte d'échange des terres souveraines de Sedan et Raucourt, le 20 mars 1651, il sait intéresser personnellement le roi de France aux réclamations de sa famille, en déclarant que s'il « obtient le chasteau de Bouillon par l'entremise du roy ou quelqu'autre voyc que ce suit. Sa Majesté y pourra à l'instant mettre telle garnison qu'il luv plaira. » Cette habileté devait amener bientôt une solution définitive. Il ne fallait plus qu'une occasion favorable ; la guerre de Hollande va la fournir.
Au début de la guerre, en 1672, le prince-évéque de I. . Maximilien-IIenri de Bavière, fait alliance, comme archevêque
cité de Liège au pala il assemblé Messieurs le* Députez de Liège et de
Sedan pieca (naguère) commis [mur la vuidange et pacification du differen;
à cause de la foresl de Bouillon à scavoir du coslé de Liège Gabriel Bournel,
Guilleaume De deren, chanoines de Liège; Guy de Rosey, bailly de Besbaing,
et Maistre Henry </<' Veve, conseiller; et du costé de Sedan ('.lundi' Bertiau
ST <//' la Marsilhère el maistre Jehan bu Cloux bailly di -
ries souveraines de Sedan pour s'accorder en une Forme de lettres de ratification
3 ut' 1rs deux seigneurs feraient du contenu de l'accord par euh arresté le ' e juin^ 1 r» "7 : t . Après que lesdits députes se sont trouvez d'accordide la forme des lettres de ratification que lesdits seigneurs s'envoyeronl l'un à l'autre, prévoyants iceux commis que esdites lettn nt attribuer
desquels Tune et l'autre partie pourrait avoir quelque mescontentemenl meroil > avoir quelque préjudice. Lesdits députez smvanl ce que desja enl
convenu el accordé eu la vilii' deMouzon, en la journée tenue le premier jour de septembre 1570, ont derechef accordé el déclaré que le* tiltres el qualitez
3UI" lesdits seigneurs se peuvent car cy-devanl avoir attribut1 el par lesdites leitres e ratification qui se feront, se pourront attribuer, ne pourront à l'un ou à l'autre porter aucun préjudice ne dommage, ne leur attribuer plus de droit qu'il ne leur compete et appartient. I \natio uberior, etc., p. 84
de Cologne, avec Louis XIV et s'efforce, mais en vain, d'obtenir le respect de la neutralité liégeoise (1). En effet les troupes de Turenne traversent cette principauté et vivent sur le pays. Cependant, la guerre devient bientôt générale. Sous l'influence de l'ambassadeur impérial, François de Lisola, Maximilien-Henri se rapproche peu à peu de l'Autriche et finit par abandonner le parti de la France. Louis XIV se venge de cet abandon en faisant sauter la citadelle de Sainte-Walburge (2), que ses troupes occupaient depuis le 27 mars 1675 et par la surprise du château de Bouillon.
Cette dernière opération fut préparée de longue main par Louvois (3), qui commença par gagner le gouverneur du château et sa femme. Le 1er janvier 1675, il écrivait au sieur de Servigny (4), lieutenant de roi du château de Sedan : « L'intention du roi est que vous continuiez autant que vous le pourrez à entretenir commerce avec M. le Gouverneur de Bouillon ; et comme sa femme a, à ce que l'on publie, beaucoup de pouvoir sur lui, il faut que vous essayiez de lui faire envisager que, si elle portoit son mari à prendre la résolution de recevoir garnison françoise dans la place, Sa Majesté lui feroit une gratification de cinq à six mille écus. Enfin Sa Majesté vous laisse la liberté de la tenter par tout ce que vous croirez qui le pourra persuader le plus. Le roi veut bien que vous engagiez Sa Majesté à lui donner un gouvernement en
(]) Cf. Henri Lonchay. La principauté de Liège, la France et les Pays- Bas au xvne et au xviue siècle, 1890, p. 95 et suiv. — Maximilien-Henri de Bavière (16-25-1688), fils d'Albert VI, duc de Bavière et de Mathilde de Leuchtenberg, coadiuteur de Cologne en 1613, prince-évèque de Liège en 16-19, archevêque de Cologne et évèque d'Hildesheim en 1650.
f2] La citadelle de Liège se dressait sur la Montagne dite de Sainte- Walburge, qui domine la ville. La citadelle actuelle ne date que de 1816.
(3) Cf. Camille ROUSSET, Histoire de Louvois et de son administration politique et militaire, p. "210 et suiv.
(I) .lean de Pellart, chevalier, sieur de Servigny et de Barirourt, lieutenant de roi du château de Sedan. — Daniel Sahuguet, sieur de Termes, était lieutenant de roi de la ville de Sedan et souverainetés de Sedan, Raucourt et Saint-Menges et prévôté il" Y vois ; la ville payait annuellement 300 livres pour « le louage de la maison » où il résidail. — Le gouverneur de Sedan étail Ceorges Cuiscard, comte de La Bourlie, qui avait succédé en 1669 au fils du maréchal Fabcrt.
France, s'il venoit à perdre celui de Bouillon à cause qu'il auroit reçu garnison francoise dans la place. »
L'affaire, ainsi engagée, fut poussée rapidement et, le ^ avril suivant, un pouvoir fut envoyé au sieur de Servigny à l'effet de traiter avec le sieur comte de Poitiers (le gouverneur), touchant le château de Bouillon. Sans doute qu'il s'éleva quelque malentendu ; car, le 2 janvier 1G76, Louvois écrit au maréchal de Rochefort pour surseoir à l'affaire du château. Deux jours après, le même maréchal informe par lettre le minisire que le comte et la comtesse de Poitiers exigent, pour se vendre, un siège en règle, « se faisant l'un et l'autre un point d'honneur sur cela. Du reste, ils agissent avec affection, » ayant soin de tenir la place en désordre, sans munitions et sans vivres. Le comte de Poitiers est pauvre, disait Rochefort en terminant, et demande au roi quelque gratification pour subsister.
Louvois refusa, semble-t-il, de revenir sur sa détermination et ne traita point avec le malheureux gouverneur, qui tenait moins à son honneur qu'à sa réputation. Le comte de Poitiers, sans doute compromis, démissionne peu après (janvier) et le comte Amour de Berloz, bailli d'Entre-Sambre-et-Meuse, est nommé à sa place (1). A la reprise des hostilités, Louvois donne l'ordre au maréchal de Créqui de s'emparer de Bouillon. Le maréchal arrive bientôt à Charleville (fin avril) et fait demander les clefs de la place au comte de Berloz, qui offre aux officiers français « un repas splendide au nom de la ville, )) mais qui s'en tient là. Il se transporte ensuite à Sedan, où le Conseil de ville lui fait les présents d'usage (2).
(1) Cf. Joseph Dams, Histoire du diocèse et de la principauté de Liège pendant le xvir siècle, 1877, t. Il, p. 78. — D;in> 509 Hittoire <!•• Louvott, C. Rousset fait entendre que le comte de Poitiers demeura on fonction jusqu'au siège et que ce fut lui qui rendit facilement la place. C'est là, comme on le voit, une grosse erreur, qui étonne île la part d'un historien anssi consciencieux, d'autant plus ga'i] aurai) pu se référer 'i Dxhuy, Histoire de Bouille- ■, i. 1. p. I4.">. qui, s'il n'est pas complet, est du moins exact en ce qu'il avance ici.
(2) On sait que les personnages de marque prélevaient ainsi une sorte d'impôt sur les villes où ils passaient. Cet impôt ne
Des renforts l'y attendaient , détachés de l'armée de Flandre : deux bataillons du régiment des Gardes, deux de Normandie, un de Vermandois et un de la Couronne, en tout six bataillons, qui campaient dans la prairie de Torcy, parce que la place manquait dans la ville, gorgée de troupes (1). En outre, le
(1) Pendant deux ans, un service spécial des « estappiers » fut installé à Sedan. Il fut logé dans a une partie de l'auberge, où pend pour enseigne le Dauphin, » moyennant la somme de 102 livres payée chaque année par le budget de la ville.
laissait pas d'être onéreux. Nous avons relevé, pour la curiosité de nos lecteurs, les principales dépenses de ce genre, payées par le budget de la ville de Sedan de 1671 à 1679. (Rappelons, en passant, que l'année financière à Sedan allait alors du 1er juillet au 30 juin suivant}. Ex. :
1(171-72. Payé la somme de 748 1. 7 s. 9 d. tant aux sieurs Chevallier. Didier, Berlhellemy et autres qui ont fourny les vins de présent, dragées, massepains, confitures et autres choses présentez a tous- les grans et autres personnes de condition qui ont passé en cette ville pendant lad. année ;
1672-73. Payé la somme de 429 1. a Paul Houssart, Mozet, La Morlette, Ducloux, Archambaulf qua là damlle Servas ei autres qui ont fourny les vins de présent, dragées, maspins, confitures et autres choses présentées a tous les grans et autres personnes de considération, etc. ; — Item, payé la s. de 520 1. pour recompense, gratifications et presens donnez a des personnes de qualité dont la ville a eu besoin de rechercher lasistance et la protection durant le cours de celte année ;
1673-74. Payé pour les presens donnez à M. le prince de Cimay el Geniter et pour la voiture du vin envoyé audit seigneur prince pour tacher davoir sa faveur pour la conservation des villages de ce gouvernement a lestablissemeni des contributions que les ennemis le demandoieni et de leurs menaces la somme de 599 1., suivant le résultat de la police en cette .somme, non compris la despence du sieur Billot qui a t'ait plusieurs voyages à cet effet à Luxembourg; — Iiem payé la somme de 1,387 1. 13 s. aux sieurs David. Archambault, La Morlette, Didier, Mozet, Esnard, Martin et autres qui ont fourny les vins de présent, confitures, et autres choses présentée à tous les grands et personnes de considération qui ont passé en cette dite ville pendant ladite année, mesme pour la despence faite aux presens envoyez à .1/. de Montglas, lorsqu'il devoit venir loger en cette ville et dans les villages en dependans avec les trouppes quil commandoit venans de lescorte de ceux de Collogne ; — Item pavé la somme de
maréchal incorpore à sa petite armée les compagnies de la Jeunesse de Sedan (1), alors commandées par les sieurs Trouillart et Didier, et rapproche suecessiveme de la place de Bouillon. Plusieurs de ces marches ont dû se faire de nuit, car la ville de Sedan paya cette même anné
(1) Les sieurs Pierre Guerin et Pierre Béguin avaient cette année-là, i dire en 1675-1676, gagné les deux prix île tir, « un chapeau décent offerts par la ville à la Jeunesse. Les concours avaient lieu le •"> septembre el mai de chaque année. Voir les comptes de la ville. — Pour plus de détails, consulter dans I'Echo des Ardennes des 12, 19 el 26 décembre 1889 des notes curieuses de M. J.-B. Brincouit, sur la Compagnie de la Jeunesse de Sedan:
1,242 1. pour les presens qui ont esté donnez de la part de lad. ville aux personnes de qualité et autres qui lont tant au laid des passages frequens des trouppes de Sa Majesté desquels elle a esté pour partie libérée que pour autres choses ; — Item payé aux sieurs Grison et Hiblot la somme de 52 1. <i s. pour les fagots quils ont fournis et livrez a lad. ville pour les feux de joye et rejouissance de la prise de Mastrik et pour le feu de la Saint-Jean dernière; — Ilem payé a Jean I «roches la somme de 1<> 1. pour la quantité de 20 livres de poudre quil a fournie a lad. ville pour tirer les canons le jour de la Suint-. Iran dernier ;
1674-75. Payé la somme de 1,416 I. 6 d. au sieur Jean Cher, Esnard, de Gesvre, Vestry, Cousin, Bertbellemy et Marie liaiilay. Jean llibert, La Morlette et autres qui ont f urny les vins de présent, confitures et autres choses présentez a tous les grands et personnes de considération qui ont passé en cetle ville pendant lad. année, mesme pour la despence Faite au présent envoyé à M. te mareschal de Crequy quand il estoit campé dev. Mouzon pour empescher le passage des ennemys et encore quand il estoit campé à Sacny ; — Item I yé la somme de 1,583 1. 11 s. pour les presens qui uni esté faits de la part de lad. ville aux personnes de qualité et autres
3 ni lont serw tant au sujet des passages fréquents des trouppes Majesté desquels elle a esté pour partye li mtres
que pour autres choses; — Item payé a Jean Desroches, Ferlin et Nizet la somme de 398 1. 7 s. 6 d. pour avoir fourny Ir-s poudres et chose- nécessaires pour faire sauter les mines et enlever les lianes du Rocq de la Cassine et de (escarpement, mesme pour tirer les canons a larrivée de M. l< marquis de Bochefort et pour charger les canons du Palatina, et
pour tirer les ca is le jour du Saini-S d ;
1675-76. Payé aux sieurs Hamal, Loriot, Sadier, Quautret, maîtres brasseurs, la somme de i33 1. 5 s. pour
Jean Maget et à Jean Dyon, maîtres ciriers demeurans audit Sedan la somme de trente-sept livres dix sols pour plusieurs flambeaux par eux fourny pour laditte ville au passage des gens de guerre. » Bientôt l'investissement est complet et les travaux du siège commencent (29 septembre). Le maréchal de
eux livrez a six bataillons campés à la prairie de Torcy, scavoir deux bataillons des Gardes, deux de Normandie un de Vermandois et lautre de la Couronne ; — Item, la somme de 1,163 1. 7 s. payez tant aux sieurs Frédéric Berthelemy, Mozet, Degesvre, Archambault, Beaufay, Buisset, La Morlette, Brulard et autres qui ont fourny les vins et présents, confitures et autres choses présentées a tous les grands et personnes de considération qui ont passé en cette ville pendant lad. année; — Item, ledit comptable demande luy eslre alloué la somme de 1,566 1. 9 s. 6 d. quil a payez pour les présents qui ont esté faits de la part de lad. ville aux personnes de qualité et autres qui lont servy tant au sujet des passages fréquents des trouppes de Sa Majesté desquels elle a esté pour partye libérée que pour autres choses ;
1676-77. Payé au sieur Nicollas Guillart, marguillier de la paroisse de saint Lorant dud. Sedan la somme de 226 1. 10 s. pour les frais qui ont esté faicz pour le service de monseigneur de Turenne ; — Item, la somme de 102 1. pour empescher le deguast dans les villages du Gouvernement; — Item, la somme de 1,130 1. 12 s. 6. payé tant aux sieurs Claude Gevre, Jean Archambault, Charles Poulain qu'autres personnes qui ont fourny les vins de présent, confitures, armes et autres choses présentées à tous les grands seigneurs et autres personnes de qualité qui ont passez en cette ville pendant lad. aimée ;
1677-78. Payé au sieur Desroches la somme de 58 1. 16 s. 4 d. pour bouteilles par luy fournyes lors que on a présenté du vin aux personnes de qualitez qui sont venus en cette ville ; — Item, la somme de 769 1. 17 s. aux sieurs Jean Ragoin, Jean Archambault, Claude Gevre, Noël Pierrard, Jean Buisset, Pierre Mozet et autres personnes qui ont fourny les vins de présent et autres choses présenté à tous les grands seigneurs et autres personnes de qualité comme Monsieur le mareschal de Creguy qui ont passé en cette ville pendant lad. année ;
1678-79. Payé pour les frais faicts à la publication de la paix de Hollande aux tambours, trompettes, timbaliers, cannoniers, valets de ville et soldats employé pour la garde du feu de joye fait le 23e octobre 1678, soissante et quinze livres ; — Item, au sieur Déroche 73 1. 10 s. pour poudre par luy fournye
Créqui donna pour raison, pour prétexte si l'on veut, que le château était menacé par les armées alliées el que la sûreté de la frontière champenoise l'avail contrainl d'agir ainsi.
Malgré son vif désir de se défendre, el les Français dé tèrenl peu à près sa propriété de Merlemont (1) pour l'en punir, le comte de Berloz doit se rendre le lendemain même du siège, à huit heures du soir (2), les soldats ne voulant pas résister davantage. D'ailleurs la place, qui comptait avant tout sur la neutralité liégeoise, n'avait pas assez de vivres et de munitions pour tenir longtemps. Le sieur de Sen . lieutenant de roi du château de Sedan, reçut le commandement de Bouillon et les compagnies de la Jeunesse lui servirent de garnison jusqu'à la paix.
Cependant Godefroy-Maurice de La Tour, fils aine de Frédéric-Maurice, le signataire du contrat d'échange, fait représenter à Louis XIV que « la propriété et souveraineté de la
[) Merlemont, canl. et arrond. admin. de Philippeville, prov. de Namur. Berloi, cant. et arrond. adm. de Waremme, prov. de Liège. rji C'est 'i P. Baylb, alors professeur de philosophie à l'académie de Sedan, ius devons ce dernier renseignement. Ci. dans ses Œuvres diverses, édition île 1731, tome IV, p. 567, la lettre adressée à Bon ami, .M MinuMi.
« A Sedan, le 4 d'octobre 1676 Nous avons eu Messieurs Fabry dans
notre voisinage ces jours passez, à cause du siège de Bouillon. Ce château qui est 1res forl el de situation et de structure, n'a tenu qu'environ vingt-quatre heures. Il se rendit le dernier septembre, à huit heures du soir le fus assez malheureux pour ne pouvoir pas joindre ces Messieurs dan- leur quartier, lorsque j'allai me promener a Bouillon, pour voir ci c'étoil mécredi dernier 30. de septembre »
a l'arrivée de Messieurs le mareschal de Sch Stras-
bourg, '■! encore pour celle employée à la publication de la paix de 11 illande ; — Item, la somme de ôSl 1. 1 s. 6 d. pour vins, dragées, confitures seiches et armes présentés pendant lad. année à Messieurs les maréchaux de Créquy et dt Sckomberg, à Messieurs Robert et Miromenil intendant el a quantité d'autres personnes de. qualité ; — Item, la somme de 1,028 1. lii s. pour depence de voyages ei deboursemens fails à Paris • ■i .'i Reims, et •. : — enfin, payé à Jean More! el La C ilombe portefaix, tant pour eux que pour leurs camarades :!•"> 1. tant pour avoir transporté les grenades du corps Bourbon à la voûte du bastion de Turenne que pour avoir manié el tiré les canons à l'arrivée ûeMonsu n Monsieur de Strasbourg.
place et duché de Bouillon lui appartient si légitimement, qu'elle n'a pu lui être contestée avec justice, ledit duché ayant été usurpé sur ses prédécesseurs. » Le roi, par arrêt du 6 février 1678, nomma trois conseillers d'Etat pour étudier la question. A la suite de leur rapport, favorable à Godefroid- Maurice de La Tour, un second arrêt fut porté, le premier mai suivant, par lequel, « Sa Majesté étant en son Conseil, a permis et permet au sieur duc de Bouillon, de se mettre en pleine et entière possession dudit duché de Bouillon, pour en jouir en toute propriété et souveraineté, ainsi qu'ont joui ses prédécesseurs ducs de Bouillon et depuis les évèques de Liège. »
Pendant les négociations de Nimègue, le prince-évèque de Liège, Maximilien-IIenri, et son chapitre cathedra! firent tous leurs efforts pour rentrer en possession du château et du duché. Ils écrivirent lettres sur lettres au pape, à son nonce, Bevilaqua, à l'empereur et aux chapitres nobles de l'empire (1). Mais toutes leurs protestations furent vaines et de nul effet : l'article 28 de la paix de Nimègue rendait à Godcfroy-Maurice de La Tour le duché de Bouillon que les La Marck avaient jadis possédé. Pour se consoler, le prince-évèque déclara que les plénipotentiaires liégeois avaient outrepassé leur mandat (2) et
(1) Cf. L'Inventaire analytique et chronologique des chartes du Chapitre de Saint Lambert, à Liège, publié par J.-G. Schoonbroodt, 1863, Liège, à partir du numéro 1,248. — On peut lire les protestations officielles du chapitre cathedra! et du prince-évèque de Liège, contre la cession obligatoire du duché de Bouillon dans Dumont, Recueil des Traités, tome Vil, I" partie, p. 376.
(2) On leur reprocha surtout d'avoir signé la déclaration suivante, le 2 février 1679 :
« Les soubsignez ayant apris que la déclaration par eux faite cy-devant au sujet du duché de Bouillon ne donne pas appaisement entier à Messieurs de l'Ambassade hnpérialle et que l'on est sur le point de rompre le traité pour respect dudit Bouillon, Messieurs les Ambassadeurs de Sa M. T. Chrestienne ayant déclaré ouvertement d'avoir ordre précis du roy au sujet dudit Bouillon, déclarent que leur avis et sentiment est que la paix ne doit estre retardée en aucune façon pour ledit duché de Bouillon, estant persuadé que S. A. E. l'Eveque et prince de Liège et son église a plus d'inclination pour la paix si nécessaire à l'empire que de l'empêcher ou retarder à ce sujet. Fait à Nimègue, le 2 de février. »
Cette déclaration est imprimée à la page 23 de la Réponse a la defence des euvo>/e.i de S. A. Monseigneur l'Eveque et prince de Liège, au congrei de Nimègue au sujet de Bouillon, in-8° carré, 82 p., sans date ni nom de lieu. (Voir la collection d'Ulysse Capitaine, à la bibliothèque de l'Université de Liège).
leur fit faire leur procès ; il va sans dire qu'ils furent condamnés.
Le récit qui précède des quatre sièges du château de Bouillon est tout à la gloire des Bouillonnais. Pour triompher de leur résistance, il a fallu en 1141 l'intervention souveraine de saint Lambert de Liège ; il a fallu en 1407 des procédés de poliorcétique tout à fait irrésistibles. Enfin, si les Français en 1552 et en 1(576 entrèrent aussi facilement dans la forteresse, c'est que la trahison leur en avait ouvert les portes.
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La B^bLLoth&quz Université d'Ottawa Echéance
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