‹ Etienne de LiegeChapitre 45 sur 46 · SIÈGE IDE · texte numérisé non relu

SIÈGE IDE

Un ennemi redoutable allait bientôt se lever contre les princes-évèques de Liège. En effet, depuis la première moitié du xve siècle, le duché de Bouillon est livré à l'influence et aux convoitises de la puissante maison des La Marck, qui ont

les garnisons militaires, depuis le temps des croisades, a fait irruption sur la ville, le 21 juillet, à onze heures du matin. Un véritable fleuve de lave odoriférante s'est élancé dos hauteurs, entraînant tout sur son passage ; etc. »

Et le journaliste anversois, ayant peut-être à la mémoire le vers moqueur d'Alfred de Musset, dans son poème de Mardoche :

Admirable matière à mettre en vers latins, entame un développement métaphorique et s'en donne à cœur joie. Il évoque en termes émus les angoisses des Dinantais en face du fléau subit qui frappe leur cité ; il plaint leur sort et suit dans les caprices de sa course vagabonde le torrent fatal qui se précipite sur le marché Notre-Dame, pénètre impérieusement dans les cuisines, puis, après avoir causé des catastrophes sans nombre, tumultueusement s'écoule dans la Meuse, surprise de cet affluent nouveau, et de là enfin vers l'Océan, c'est-à-dire dans l'abîme d'oubli où toutes choses ici-bas vont se perdre et se confondre.

Mais aux périodes plus ou moins heureuses du chroniqueur d'Anvers, nous préférons, puisque la vérité est le premier devoir de l'historien, le récit d'un témoin oculaire, alors élève à l'école moyenne de Dînant.

Donc, c'était le 21 juillet, jour anniversaire de l'inauguration du roi Léopold Ier et, à cette occasion, un Te Deum solennel devait être chanté à l'église, en présence des notabilités dinantaises. Au moment où les élèves de l'école moyenne — qui occupait l'emplacement actuel du palais de justice — se préparaient à partir, arrive tout-à-coup une personne effarée, apportant l'étrange et stupéfiante nouvelle, que, par suite de la rupture de la rosse du château, la rue large était complètement obstruée et que, si l'on voulait assister à la cérémonie officielle, il fallait s'y rendre immédiatement par Meuse, tout autre passage étant décemment impraticable.

Que s'était-il donc passé? La fosse qui, de tout temps, recevait les résidus intestinaux de la garnison, avait également

acheté la seigneurie de Sedan en 1424 et qui prétendent l'arrondir aux dépens des terres voisines. Nous n'avons pas l'intention d'exposer ici la lutte diplomatique et militaire qui va s'engager à celle occasion, avec tous les détails qu'elle. comporte. Une semblable étude exigerait, pour être complète, les dimensions d'un volume.

Qu'il nous suffise de rappeler, pour la clarté du récit, qu'après le meurtre du baron de Luinmen (1), le famenx San-

le privilège de recueillir les eaux de cuisine de la citadelle et le moment était vomi ou il fallait enfin vider ce réservoir commun. Or l'entrepreneur, qui depuis aurait bien voulu pester ignoré, imagina de faire enlever plusieurs pierres dans le flanc du réservoir, à l'effet de faciliter l'opération dont il était chargé. Hélas ! il est toujours imprudent de jouer avec le feu. A peine en effel l'ouverture fut-elle pratiquée que le contenu de la fosse s'échappa avec violence et qu'il fut impossible d'en arrêter le jet. Les forces humaines ont des limites.

Le mélange incommode (servons-nous d'un euphémisme) suivit les escaliers, se répandil par la ville, remplit les batardeaux de façon à rendre les rues impraticables, pénétra mémo dans les demeures des paisibles bourgeois et finit par se jeter dans la Meuse avec les objets de toute nature qu'il avait entraînés sur son passage. Bien mieux — ou plutôt bien pis — il enveloppa et lit rouler, du haut en bas des escaliers, un artilleur imprudent qui remontait alors les quatre cent huit marches de la citadelle.

La nouvelle de cette invasion inattendue fut bientôt connue de tous. Le bourgmestre se montra à la hauteur de la situation et fit appel au dévouement de ses concitoyens pour désencombrer les rues. A dire vrai, les malheureux perdirent d'abord la tête. « Ils sont trop, » murmuraient-ils découi se rappelant sans doute la parole désolante des soldats de Carabronne à Waterloo. Cependant le c ir revint.

Grâce à leur énergie, Dinant retrouva vite sa coquetb vie et -a propret/' habituelles, et, seul, le souvenir surnagea de cette catastrophe, heureusement peu commune dan- es de

-ire.

Nous devons les renseignements qui précèdent a M. Octave Putman, professeur à Dinant. que nous tenons à remercier ici

de son obi

i Lummen, canton de Herck-la-Ville, arrond. do Basselt, prov. de I.imbourg.

glier des Ardennes, Robert Ier de La Marck, seigneur de Sedan, déclare posséder les droits de son frère sur le duché de Bouillon,, prend aussitôt le titre de duc, et que le roi de France, Charles VIII, lui accorde celte qualité par le traité de Yincennes, en 1486. Mais si Robert II est tout d'abord assez heureux pour hériter entièrement de tous les droits et prétentions de son père, et pour les faire reconnaître par ses voisins les plus puissants, il se voit bientôt dépouillé du duché de Bouillon par l'ordre de l'empereur Charles-Quint, et les traités de Madrid, en 1526, et de Cambrai, en 1529, consacrent momentanément cette spoliation, tout en admettant qu'il pouvait revendiquer certain droit.

Aussi lorsque, en 1552, la guerre recommence entre la France et l'Empire, le petit-fils de Robert II, Robert IV, alors prince de Sedan (1) espère reprendre par les armes ce que la guerre avait enlevé à sa maison. Son mariage avec Françoise de Brézé (2), fille de Diane de Poitiers, la célèbre favorite de

(1) Robert IV de La Marck, chevalier de l'Ordre du roi, capitaine de cinquante lances, capitaine de la compagnie des Cent-Suisses de la garde ordinaire du roi, le 1er janvier 1537, à la place de son père, le maréchal de Fleuranges; maréchal de France, par étal donné le 29 avril 1547, à la place du maréchal u'Annebaud, dont on n'avait point rempli la charge, depuis qu'il s'en était démis en 1544. (Voir la note 1 de la page 29;.

11 obtint des bienfaits du roi, au mois de juin 1547, les seigneuries de Château- Thierry et de Chàtillon-sur-Marne.

Le 2G du même mois, le roi par sa Déclaration ayant créé trois départements dans le royaume pour le maintien de la discipline des troupes, le maréchal de Bouillon eut dans le sien la Bourgogne, la Champagne, la Brie et les pays enclavés dans ces provinces.

Il rendit au pape, Jules III, l'obéissance filiale, en 1550, au nom du roi, dont il était l'ambassadeur, etc. Voir Pixahd, Chronologie historique militaire, t. 11, p. 255.

(2) Louis de Brézé, (f 1531), comte de Maulévrier, grand sénéchal de Normandie, premier chambellan du roi, lils de Pierre de Bréze et de Charlotte, bâtarde de France (elle était tille de Charles Vil et d'Agnès Sorel), eut de sa seconde femme, Diane de Poitiers, qui fut faite duchesse de Valentinois en octobre 1518, deux filles : Françoise de Brézé, mariée en 1538, à Bobert IV de La Marck, et Louise de Brézé, mariée en 1547, à Claude de Lorraine, duc d'Aumale.

Par Françoise de Brézé, les La Marck de Sedan se rattachaient donc indirectement à la maison de France. C'est aussi par elle qu'ils prirent dans la suite les titres de marquis de Cotron ou Cotteron, comte de Maulévrier, baron de Sérignan, baron de Mauny, seigneur de Plannes et du Vivier, chastelain de Nogent-le-Boy, etc. Les terres de Cotron et de Sérignan étaient en Dauphiné ; celles île Maulévrier, Mauny, Plannes et Le Vivier, en Normandie; de Nogent-le-Boy, en pays chartrain.

Henri II, lui avait déjà valu le bâton de maréchal de Franc pour ne point parler du litre de prince souverain qu'il avait usurpé. 11 profile de ce que l'armée royale (2), après sa campagne fructueuse dans « les villes qui appartenaient d'ancienneté à l'empire et qui ne sont pas de langue germanique, » revient dans le Luxembourg et après la prise d'Yvois, il obtient du roi trois mille hommes de pied et quinze cents chevaux avec six pièces de canon, pour faire le siège de Bouillon. C'était là une bien faible troupe pour s'emparer d'une ville aussi fortifiée.

Pour tromper les assiégés sur la force de son armée,

(1) On trouve dos renseignements curieux sur ce point dans les Mémoires d? la vie de François de Scepeaux, sire i>k Vieilleville et comte île Durestal, maréchal de France, livre II, chapitre VI. — Le sieur de Saint-André, qui avait demandé on état vacant de maréchal de France, raconte à Vieilleville qui de Poitiers est allée trouver Henri II, « se plaignant du tort que l'on faisait à M. de La Marche, son premier gendre ; alléguant un milliasse de services qne ses prédécesseurs de la Marche ont laits à la couronne, desquels toute- les terres sont en combustion pour avoir plutost suivy le party de France que de l'Empire; et que mesme aujourabuy leur forteresse de Scedanestune dei et sur rempart de ce royaume du costé de la Champaigne et Lorraine, que jamais l'empereur ny autre grand prince n'a ausé regarder, non que l'assaillir; laquelle sondit gendre garde Port soigneusement, munit et fortifie à ses propres cousis et dépens, sans que le roy y face aulcune despence, ny mettre du sien un double; et qui plus est à considérer que son gendre, qui est de nature et condition libre et de franc aleu, netenant ses terres que de Dieu et de l'espée, se veult rendre vassal du roy, et offre sans cesse 1rs bomniaiger, et relever de la eouronne de France ; qui est bientost non seulement oublier, mais indiscrètement mépriser une si pure, si gnave (si Ferme) el tant Bdelle affection; avec une infinité d'autres propos qui ont mis le roy en une extrême peine; car de la malcontenter, il ne voudrait pour rien l'entreprendre, etc i)

Nous avons tenu à reproduire ces plaintes de Saint-André, parce qu'elles mettent en pleine lumière l'influence surprenante que Diane de Poitiers exerçait sur son royal amant, au grand profit des siens, et qu'elles expliquent suffisamment la transformation, qui se fit alors, de la seigneurie de Sedan en principauté' souveraine.

Sans doute, la communication faite au récent congrès scientifique des Catholique- par l'abbé' l'.h. Marchand, professeur à l'Université catholique d'Angers, I prouvé que si les Mémoires de Vieilleville offrent un vif intérêt de lecture, ils ne doivent inspirer qu'une confiance médiocre en beaucoup d'endroits. Mais, dans le cas présent, il semble qu'on peut admettre leur autorité.

(8) Les Mémoires du sieur François de Boyyin, chevalier, banni di Yni.uis, etc., non- donnent (p. 119 du tome X de la collection Mkhaud] un (officiel) des force- que le roy aura en l'année qu'il fait assembler, en laquelle il a délibère de se trouver en personne ; ensemble de celles qui demeureront mson es pals de Picardie, Champagne, Lorraine, Luxembourg el Bourgogne. ■ M. le duc de Bouillon y esl compris dan- la gendarmerie avec 50 lances. Pour les garnisons de Sedan et Bouillon, on y porte : Gendarmerie, le reste de la compagnie de M. le duc de Bouillon ; gens de pied, L'Amery, qui n'a que cent cinquante hommes, remplira sa bande si besoin est.

Robert IV de La Marck eut recours à une ruse fréquemment employée et fit passer et repasser plusieurs fois aux mêmes endroits ses compagnies à cheval et à pied, de façon que les Bouillonnais, à la vue d'un si grand nombre d'enseignes, s'imaginassent avoir affaire à toute l'armée française. « Peu après, raconte François de Rabutin (1), il feit affûter son artillerie sur la croupe de ceste mesme montagne au lieu le plus prest, commode et batable que fut choisy, mais encore tant mal aisément que falloit retenir les pièces avec gros chables pour qu'elles ne roulassent pas du haull en bas. Il n'eut pas tiré six volées, n'ayant égratigné que le dessus de la muraille, avec si peu d'apparence de brescheque rien moins, » que le commandant du château, le bâtard Guillaume de Horion, demanda à parlementer. Après une courte discussion, on convient que, s'il n'était secouru dans les cinq jours, il rendrait la place, vies et hardes sauves, en réservant l'artillerie et les autres munitions. Les cinq jours écoulés, il sortit en effet avec ses compagnons (5 juillet 1552) ; mais ceux-ci, indignés de la conduite de son chef, le ramènent captif à Liège, ou il fut condamné à mort par la cour des êchevins et exécuté le 15 avril 1553 (2). Sa trahison recevait ainsi sa juste récompense. Il se trouve d'ailleurs dans l'acte de capitulation (3) un pa qu'il n'aurait jamais dû signer et qui consacrait officiellement cette trahison. « Et pourra ledit capitaine, y est-il écrit, demorer en ladite place comme auparavant. »

Le duché de Bouillon étant occupé, Robert IV de La Marck s'empara facilement du reste du duché, qui ne fut pas « de grande résistance et difficile oppugnation. » Il y établit comme

(1) Cf. François de Rabutin, Commentaires des guerres, etc., liv. III.

(2J Ses biens furent confisqués au profil de l'Etat, racontent les historiens. Le lait esl que ses héritiers réclamèrenl la restitution de six mille sept cents Florins, que la Chambre de Spire leur adjugea. Cf. Josei»h Daris, Histoire </» diocèse el de la principauté de Liège, pendant le xv siècle, 1884, p. 158.

(3) Cel acte esl imprimé à la page :!•"> de YExplanalio uberior el omnimoéa asserlio excelsioris el supremt juris in Ducatum et arcem Bulloniensem, pro Serenissimo Maximiluno Henrico, utriusque Bavariœ duce, episcopo ri principe Leodiensi, ejusque ecclesia et capitula cathedraU Leodiensi, aajunclis probationibus (parE. Foulon i. 1- lit, 1681, in-l°.

gouverneur le sieur des Ayvelles(l), « gentilhomme de ses plus cognuz, )> avec une bonne garnison et s'en vint retroir Sedan le roi Henri II, alors un peu souffrant, « lant pour les fatigues de ces guerres que pour les grandes el extraordinaires chaleurs de celte saison. »

On comprend aisément que les ennemis tentèrent bientôt de prendre leur revanche. Les garnisons impériales de Damvillers, de Montmédy et d'Yvois, qui avaient obtenu les honneurs de la guerre, après une défense sérieuse, reçurent l'ordre de se réunir non loin de Saint-Hubert et, de là, menacèrent les nouvelles conquêtes de la France et de ses alliés. Le maréchal de La Marck fait part de cette situation au duc François de Guise, beau-frère de sa femme Françoise de Brézé, dans une

lettre (2), dont voici le passage le plus important : « Ils

font courir le bruit qu'ils sont là pour assiéger ma maison de Buillon et pour faire nouvelles courses dans le pays de France, estans déjà trois mil fort bien armez et esquipez, cinq cens chevaux et cent arquebusiers à cheval, attendans, comme ils disent, l'artillerie qui leur doit venir de Marche pour se saisir en passant de tous les clochers des églises fortes qui sont là à l'entour. El de faict, sont venus pour prendre l'église d'un de mes villages deppendans de madite duchié de Buillon. mais j'y avois sy bien pourveu et my de sy gens de biens dedans, et qui se deffendirent sy vaillamment contre eux, quil en demeura des leurs 43 ou 50 sans qu'il en soit demeuré un seul des miens, fors un qui eut un coup d'arquebuse, mais ce ne sera rien. J'ay donné ordre que sils se mettent en devoir de faire ce dont ils se vantent, el demeurent encore quelques jours, de leur envoyer des gens à la queue, qui les hasteront bien

d'aller De Sedan, ce 2\ aoust 1552, Votre obéissant à

vous faire service. Robert nr. la Marck. »

De son côté, la maréchale de La Marck ne restait pas

i Let \yvelli », cant. et arrond. de Méaères, dép. «tes Ardennes.

Le» Mémoires-journaua de François di Lorrains, duc d'Adiuij ei de Gi isk, tome VI de la collection Michaud, p. 77.

inactive. Le château de Lûmes (1) avait pour gouverneur le sieur de Buzancy, « le plus insigne voleur de toute la contrée ; car ce chasteau estoit sur les marches de Champaigne pour aller aux Pays-Bas, et sur le chemin des marchands fréquentans les foires d'Anvers et de Francfort ; et, paix ou guerre, amis ou ennemis, il faisoit ordinairement de grandes prises et butins ; de quoy M. de Nevers avoit infinies plaintes, qui avoit bien juré et prolesté, si jamais il le prenoit, de le faire pendre au portail de son chasteau. Mais quand il sceut la prise de Danvillier et d'Yvoy, il mourut de peur et de desplaisir. » C'était là un moyen comme un autre de tirer son épingle du jeu. Son neveu, le sieur de Malberg. prend aussitôt sa place, mais ses soldats l'abandonnent. A cette nouvelle, Françoise de Brézé vient supplier la reine, Catherine de Médicis, de lui faire concéder par le roi la confiscation du château en question, qu'elle savait contenir d'immenses richesses, « pour rescompenser son mary et leurs subjets de Scedan des dommaiges, pertes, courses et volleries que la garnison de Lûmes faisoit incessamment, et avoit faict depuis dix ans sans discrétion de trêves ny de paix, sur leurs terres. » L'autorisation accordée, elle obtient du roi que le commandant du siège soit M. de Vieillevillc, qui n'était « nullement avare, déclara-t-elle à Henri II, et creveroit plutost que de s'enrichir du bien d'aultruy. » L'affaire, ainsi commencée, marche à souhait. l'aides menaces habilement formulées, le sieur de Vieilleville obtient bientôt la reddition de la place, prend lui-même les clefs de la salle, où se trouvaient entassées toutes les ricli du château, montant à « plus soixante mille escus, » et, pour plus de garantie, y fait coucher un homme sûr, « auquel fus! donné à soupper par une petite fenestre, avec commandement de n'ouvrir à personne. » La maréchale de La Marck arrive. toute joyeuse, le lendemain (2!) juin), et « toute nuict faict

(1)Sur l'affaire du château de Lûmes consultez, pour |>Ims de détails, Ut Commentaires de François de Rabutoi el les Mémoires du sire di Vieilleville. — Lume» est aujourd'hui une petite commune du canton de Mézières, 'i

six kilom. de cette ville.

transporter à Scedan tout ce qui estoit dedans Lûmes, au desceu de tout le monde, encores qu'il y eust plus de soixante chariots, faisant dire et semer partout que c'estoient vivres et munitions que l'on ménoit au camp de Douzy. »

De cette façon, « Madame la Mareschalc eut bien ses espingles des esmoluments de l'armée, et son mary ne faillit pas d'avoir encore plus richement ses esguillettes ; » car le duché de Bouillon « valloit bien de vingt-cinq à trente mille livres de rente. » Mais les aiguillettes durèrent moins longtemps que les épingles.

Robert IV meurt au commencement de 1556 (1). Son fils, Henri-Robert, lui succède. Mais l'époux de Françoise de Bourbon (2) ne conserve pas ce que la guerre a donné à sa

(1) 11 peut être curieux de faire remarquer que le père de Henri-Robert, qui a introduit le calvinisme à Sedan, a l'ait par son testament un don à l'église catholique de cette ville, comme le prouve l'article suivant :

« Faict aussi led. comptable recepte de la somme de soissante livres tournois receu par les mains de Jehan Chenuz recepveur sur et en déduction de 240 I t. deubz à leglise de monseigneur Saint-Laurent dudict Sedan suyvanl le don et octroy faict par feu Monseigneur (que Dieu absolve) expiré au compte précèdent rnyl cinq cents cincquàte et huict. »

Ce renseignement, uue le Père Norbert ne mentionne pas dans sa Chronique, est extrait des comptes de la ville ou, plus exactement, du « Compte mis et produit sur le bureau que rend et mect en avant par escript par devant vous messieurs les Aulditeurs commis esleus et députiez à lauldition dicclluy de bault et paissant seigneur Monseigneur le duc de Buillon seigneur souverain de Sedan et Kaulcourt, par Jacques Philippes procureur et recepveur des deniers communs... du 1er sept. 1558 au Ier sept. [558. »

(2) Françoise de Bourbon était le second enfant et la fille aînée de Louis de Bourbon, duc de Montpensier, pair de France, souverain de Bombes, prince de La Roche-sui-Yon et de Luc, comte dauphin d'Auvergne, de Castres et de Mortain, vicomte d'Ange et de Brosse, baron de Beaujolais, seigneur de Cbampignj, de Rocbe-en-Tenier et u'Azay-Ie-Duc, gouverneur et lieutenant-général pour je roj aux pays de Tourraine, d'Anjou et du Maine, puis au pays et duché de Bretagne (1513-1582), et de sa première femme, Jacqueline de Longwic.

Le contrat de mariage de Henri-Robert de La Marck et de Françoise de Bourbon fut passé à Paris le 1 lévrier 1558 ; la dot de Françoise de Bourbon s'élevait à 70,000 livres; le douaire préfii fut stipulé de 6,000 I. Cf. Scévole el Louis de Sainte-Marthe, Histoire généalogique île. la maison de France, 1628, t. 11. p. 219.

Les Sedanais offrirent un présent à leur nouvelle princesse, à son entrée dans leur ville : « Item, faict aussy mise led comptable de la somme de 50 1. t. qui ont estez pris sur lesd. deniers commungs par ladvis de messieurs du Conseil pour fournir au présent qu'il a convenu faire a l'entrée et bien venue de Madame.

Dans ee< mêmes comptes de 1558-1559. relatons encore une dépense curieuse : « Item, par ordonnance verbal de M* Michel Navière, procureur général seigneur ei Pierre Couard, lieutenant du prevosl a este pave la somme d tournois a frère Jehan Mesangcaux religieux du couvent de Bethléem lequel avait preschez durant le caresme aud. Sedan. »

maison : en vertu du traité de Cateau-Cambrésis (1), signé le 3 avril 1559, il doit restituer le duché au prince-évèque de Liège, Robert de Berghes, « sans en rien reserver, pleinement, de bonne foy, en lestât qu'il se trouve. » 11 est vrai que l'article se terminait en sa faveur : « et ce, sans préjudice du droict que le seigneur de Sedan et ceux de la maison de La Marche y peuvent prétendre; ains, se faisant ladicte restitution, leur sont réservées leurs exceptions, pour, par voye de justice, s'en pouvoir servir respectivement les uns et les autres, et non aultrement ; etc. »

Le prévôt "Winand de Wyngaerd, le chanoine Mercure JailloD, protonotaire apostolique, et Passart, qui avaient assisté au traité, furent chargés de se rendre sur les lieux pour recevoir les villes et villages qui devaient être rendus à la principauté de Liège. Il fallut les protections du marquis Jean de Berghes et du comte Guillaume de Nassau, pour qu'ils fussent remis en possession du château de Bouillon. Les délégués y rétablirent les autorités administratives et judiciaires et reçurent leur serment de fidélité (2).

Le prince-évèque de Liège et les La Marck nommèrent ensuite des délégués spéciaux, qui se réunirent le 1er septembre à Cambrai pour régler le différend. Mais ce n'était pas là une opération facile et les choses traînèrent forcément en longueur. De nouvelles négociations s'ouvrirent pour le même motif à Mouzon, à Saint-Hubert, à Mirwart, etc., et toujours avec le même résultat : le prince-évèque de Liège et le prince de Sedan prétendaient également porter le titre de duc de Bouillon. Mais comme leurs Etats étaient limitrophes et qu'il fallait en finir avec certaines questions de mitoyenneté, ils décidèrent, par une transaction conclue le 3 septembre 1573 (3), que tous deux pourraient prendre n'importe quel titre, sans porter atteinte à leurs droits dans l'avenir.

[i) Cf. Ce traite dans le recueil do Dumont. Il se trouve également reproduit dans les Mémoires du banni tl<>. Villahs, p. 3"3 du tome X de la collection Michaud.

î Cf. Joseph Daris, Histoire des Diocèse et de la Principauté de Liège pendant le \w- siècle, 1**1. p. 103.

(3) Vu l'importance de ce document, nous allons le reproduire en son entier : o Comme ce jourd'huy troisiesme jour de septembre l'an 1573 se fuissent en la

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