‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 102 sur 133 · CHAP. XXIII. — LE SECOND ENFER · texte numérisé non relu

CHAP. XXIII. — LE SECOND ENFER

pour savoir s'il connaissait la langue grecque. Duverdier affirme qu'il était «.bien versi >- lang\ I que et Latine*. Baillet est du même avis. La Monnoye cependant, dans son édition des Jugemens des Savans*, dit:

« Pour Dolet il ne me paraît point par ses œuvres qu'il le grec. Ses prétendues versions de YHipparchus, de Platon, et de YAxiochus, ont été faites d'après les interprétât: latines. » Maittaire cite ce passage, mais il parait dispocroire plus volontiers l'affirmation de Dolet, qui dit avoir consacré beaucoup de temps et de travail à l'étude du grec et du latin -.

Cependant Née de la Rochelle, tout en admettant que l'argument de Baillet a peu de poids, essaye avec beaucoup d'ingéniosité de combattre l'assertion de La Monnoye, et de montrer que Dolet était un helléniste. Il se fonde3 d'abord sur l'affirmation de Dolet lui-même qui, dans sa Manière de bien traduire, dit que la lecture des auteurs latins et grecs était sa principale occupation ; ensuite sur le privilège que lui avait accordé François Ier pour imprimer les livres grecs, latins, français et italiens, composés, traduits, revus, corrigés, expliqués ou annotés par lui; troisièmement il déclare qu'il eût été impossible à Dolet de comprendre ou de traduire les au . de Cicéron sans comprendre le grec, puisque Cicéron fait souvent usage de mots grecs, cite dans ses livres un grand

1 Vol. 1 , partie z, p. |3.

- Maittaii 'p. vol. 111. p. s.^. M. Boulmier s'est étrangement mépris

au sujet delà remarque de Maittaire. Il dit p. 2l3): «Maittaire, qui produit en note cette assertion du savant Dijonnais 'La Monm ibatau moyen d'un

argument plus spécieux que solide, en invoquant l'autorité de l du

Maine et de Duverdier, tous deux probablement verses dans ('.'est tout /<• contraire de ce que dit Maittaire. Il démontre que Baillet pait en citant 1 a Croix du Maine pour prouver que Dolet connaissait le ^ puisque l'écrivain ne dit rien à ce sujet, et bien qu'il considère que I a M \\o\c a tort en disant que Duverdier ne savait pas un 1 '.opinion

se fonde non pas sur ce que pense Duverdier, mais sur l'assertion mém< Dolet.

; \ : de n let, p. 71.

nombre de passages grecs en vers et prose, et traduit et imite du grec plusieurs autres passages plus nombreux encore; de sorte que, sans la connaissance du grec, Dolet aurait été arrêté à chaque ligne de sa traduction des Epistolœ familiares, et surtout à chaque ligne des Tusculanes; enfin il répond à l'objection qu'on pourrait lui faire, à savoir que Dolet n'avait imprimé aucun livre grec, en disant qu'il n'avait imprimé aucun livre italien, et que malgré tout on ne saurait nier qu'il ne sût pas ce langage après avoir passé plus de quatre années en Italie. Née de la Rochelle rappelle encore les vers grecs adressés à Dolet par Honoré Vérace, en disant : « C'est à mon avis se moquer d'un savant, que de se louer en face dans une langue qu'il n'entend pas l. »

Est-il nécessaire d'ajouter que M. Boulmier, qui adopte invariablement les conclusions les plus flatteuses pour la réputation de son héros, dit que «Dolet savait encore assez de grec pour comprendre et traduire Platon, non seulement à l'aide de telle ou telle version latine, mais directement et sur le texte original2?» J'ai eu la bonne fortune de découvrir trois livres en partie grecs, imprimés par Dolet, lesquels étaient demeurés entièrement inconnus jusqu'ici : les distiques de Caton, les Institiitiones et les Meditationes Grammaticœ de Clénard3. En tète du second de ces livres on lit une ode latine de Dolet lui-même. L'argumentation de Née de la Rochelle ne me semble pas avoir beaucoup de poids. Tous les passages cités par Cicéron dans les Tusculanes empruntés aux auteurs grecs sont donnés en latin, et il n'y a pas plus d'une douzaine de mots grecs isolés dans cet ouvrage; pour ce qui est de ces mots et des vers d'Honoré Vérace, si ce sont des vers, ils auraient pu facilement être traduits à l'aide

1 Vie de Dolet, p. 94.

3 Les Meditationes comprennent l'épître de saint Basile à saint Grégoire. Outre ces Meditationes , Dolet imprima la traduction grecque de T. Gaza du De Senectute et du Somnium Scipionis de Cicéron.

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