‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 103 sur 133 · CHAI'. XXIII. - LE SECOND ENFER · texte numérisé non relu

CHAI'. XXIII. - LE SECOND ENFER

du dictionnaire de Craston, de Gylle ou de Morrhius, par le premier venu qui eût pu lire l'alphabet grec; de ce qu'on peut traduire ces quelques mots et ces vers, il ne s'ensuit pas qu'on puisse lire Platon dans l'original; et une lecture attentive de la traduction des Epistolœ familiares et des Tusculanes par Dolet, ainsi que de ses autres écrits, me porte à croire qu'il avait acquis une certaine connaissance superficielle du grec, mais rien ne me prouve qu'il fut en état de lire Platon, ou surtout de traduire ses œuvres sur l'original. De plus une comparaison que j'ai faite de la traduction de 1'. ixiochus de Dolet avec les versions latines d'Agricola et de Ficinus me fait voir clairement que la traduction de Dolet est faite sur celle d'Agricola, et non pas sur le texte original; mais ceci ne veut pas dire que je croie que Dolet n'a pas consulté les originaux en s'aidant d'une ou de plusieurs traductions latines '.

Le Second Enfer et les deux dialogues furent livrés à l'impression par Dolet pendant son court séjour à Lyon , mais il n'est pas probable qu'il pût en surveiller lui-même la publication, car tous ses biographes supposent que quelques jours après son arrivée à Lyon il fut découvert et arrêté. Touu il n'y a pas de preuves, et je suis disposé à croire qu'il ne fut

'Le dialogue intitule Axiochus, quel qu'en soit l'auteur, était au seizième siècle plus populaire qu'aucune des œuvres authentiques de Platon. Quatre traductions latines différentes de ce dialogue avaient paru avant i?+\. et deux de ces traductions avaient eu de nombreuses éditions. Celle qui fut impr la première était celle de Marsilius Ficinus, qui attribua ['ou -- x- L Axiochus tut imprimé, avec la traduction d'iamblicus et d'autres écrits, par Aide en [497, et ensuite en i5l6. Huit autres réimpressions au moins parurent avant i?+o. le dialogue avait cependant été traduit par Rodolpfa première édition de sa traduction que je connaisse parut fut réimprimée en i5li>, deux fois en |538, et ensuite en |358. En l5 heimer publia une traduction à Nuremberg, et en i?±i on impr; réimprima l'année suivante à Bâle, une édition d ■ It»-

tion de Joachim Périon. De ces traductions je ne connais que CC -nus

et d'Agricola, que j'ai comp 1

Dolet. .le ne connais aucune traduction de

si ce n'est celle de Ficin

pas arrêté à Lyon, mais ailleurs, peu après avoir quitté la ville et peu de temps avant le mois de septembre. Dans la lettre à François Ier, mise en tête des deux dialogues l, Dolet affirme que son but principal, en quittant le Piémont, était de se rendre au camp royal en Champagne, afin d'obtenir luimême, chose qui lui paraissait facile, la grâce du roi pour s'être échappé de prison. Or, dans cette même année (1544), au moment où paraissait à Lyon le Second Enfer, ou peu après une autre édition de cet opuscule, accompagnée de plusieurs compositions de Marot, fut imprimée à Troyes en Champagne par Nicole Paris 2. Les poèmes de Marot sont judicieusement choisis, ils répondent au but que Dolet se proposait — à savoir : s'attirer la bienveillance du roi. Ils comprennent l'épître de Marot au duc d'Orléans, lui demandant d'intercéder auprès de son père pour obtenir que le poète fût rappelé d'exil, plusieurs compositions pieuses et très catholiques à la louange de la Vierge et de Notre Seigneur, et un dernier poème adressé au roi.

J'ai déjà dit que je crois que la femme de Dolet était née à Troyes ou y avait des parents (Troyes était alors le grand centre de la fabrication des papiers en France), et il me semble probable que Dolet, après avoir confié son manuscrit à sa femme ou à quelque ami sûr pour le faire imprimer, quitta Lyon (voyant peut-être que sa présence était connue ou soupçonnée) et partit pour Troyes, afin de se rendre au camp royal, si le roi s'y trouvait, qu'une fois à Troyes il se décida à faire imprimer son Second Enfer d'après un second manuscrit qu'il avait emporté avec lui, ayant l'intention de l'offrir à François Ier, enfin je crois qu'il fut arrêté à Troyes par Jacques Devaulx, le messager de justice de Lyon, qui réclama ensuite mille couronnes pour ses frais et débours à l'occasion de la fuite et de l'arrestation de Dolet, et qui, nous pouvons le supposer, avait su la présence de Dolet à Lyon, et de là l'avait poursuivi jusqu'en Champagne.

1 Voir plus haut, p. 430.

2 Sur cette édition, voyez l'appendice bibliographique.

Page 1