‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 109 sur 133 · CHAP. XXIV. — LA PLACE M ALBERT · texte numérisé non relu

CHAP. XXIV. — LA PLACE M ALBERT

Flamma tameneum puriorem non effecit : ipse flammam potius effecit impuriorem1.»

Il est agréable de savoir qu'il y eut quelques hommes de lettres qui déplorèrent la mort de Dolet et ne craignirent pas d'exprimer leur sympathie à son égard et le chagrin que leur causait sa perte. Théodore de Bèze, encore jeune et ardent, Théodore de Bèze dont le cœur n'était pas encore aussi dur que celui de son grand maître, et pour lequel l'humanité et les muses n'avaient pas perdu tout leur charme, composa et ne craignit pas d'imprimer une ode où il fait l'apothéose de l'érudit et du poète2:

Ardentem medio rogo Doletum Cernens Aonidum chorus sororum, Chorus ille diu chorus Doleto, Totus ingemuit ; nec ulla prorsus E sororibus est reperta cunctis, Naïas nulla, Dryasve, Nereïsve, Quae non vel lacrymis suis, vel hausta Fonds Pegasei studeret unda, Crudeles adeo domare flammas, Et jam totus erat sepultus ignis, Jam largo madidus Doletus imbre, Exemptus poterat neci videri, Quum cœlo intonuit severus alto Divorum Pater, et velùt peraegre Hoc tantum studium ferens sororum At cessate, ait, et novum colonura Ne diutius invidete cœlo; Ccelum sic meus Hercules petivit.

1 P. 3o5. Ce passage est traduit plus haut, p. 20Ô.

- Cette ode, imprimée par Théod. de Bèze dans la première édition de ses Juvenilia, Paris, 15+6, p. 5l, et réimprimée dans l'édition sans indication de lieu ni de date qui porte une tête de mort, fut retranchée par l'auteur dans les éditions qu'il donna en l56g et en 1 r> 7<">, alors qu'il était tout 1 la domination spirituelle de Calvin. Cette ode figure esidemment dans édition qu'a publiée mon ami M. 1 iseux. avec une traduction français* M. Machard.

Un autre contemporain, dont le nom n'est pas venu jusqu'à nous, a écrit l'épitaphe suivante, où l'on sent plus de sympathie et plus de vraie émotion * :

Mort est Dolet, et par feu consommé Oh ! quel malheur ! oh ! que la perte est grande, Mais quoy ! en France on a accoustumé Toujours donner à tel saint tel offrande. Bref, mourir faut, car l'esprit ne demande, Qu'issir du corps, et tost estre délivre, Pour en repos ailleurs s'en aller vivre. C'est ce qu'il dit, sur le point de brusler Pendant en haut, tenant ses yeux en l'air « Va-t-en esprit droit au ciel pur et munde Et toy mon corps, au gré de vent voler, Comme mon nom voloit parmy le monde.!»

1 Le Laboureur: Additions aux Mémoires de Castelnau, vol. I, p. 3+S (édition de i~'i\).

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