CHAP. VI. LES JEUX FLORAUX
peine d'être retenu dans des vers adressés aux muses, à Phébus et aux juges. Les poèmes de Dolet ne sont pas plus vides et plus insignifiants que ceux qui, soit à Toulouse ou ailleurs, ont obtenu des prix; s'il y en avait d'autres qui les valaient ou qui étaient meilleurs, quand il concourut, il faudrait croire qu'on cultivait le vers latin à Toulouse avec plus de succès qu'on ne pourrait le supposer. Nous ne savons pas si Dolet remporta un prix, mais je crois avec Maittaire et avec Boulmier, qu'ilya tout lieu de penser qu'il ne fut pas heureux. La modestie et l'humilité n'étaient guère le fait de Dolet, et il est évident que, s'il avait eu un succès, il n'aurait point manqué de nous en faire part, et qu'il ne se serait pas contenté de nous dire que tel ou tel de ses poèmes avait été récité au concours1. Toutefois à en juger d'après ce que nous savons de Toulouse, à cette époque, et de ceux qui, sans doute, concoururent avec lui, il est peu probable qu'aucune des pièces récitées fût meilleure que celles de Dolet, ou même les égalât; et si, grâce à la protection et à l'ignorance des juges, des poèmes inférieurs remportèrent le prix, si Drusac , le lieutenant de la sénéchaussée, ou Jean Maur, le vieux pédant, fut l'heureux vainqueur, on n'en comprend que mieux les sentiments amers que Toulouse inspira à Dolet, et qui devaient bientôt exciter son indignation dans les discours qu'il allait lancer contre les barbares Toulousains. Deux épigrammes de Youlté nous font voir que, suivant lui a, les prix des jeux floraux n'étaient pas
1 » Vainqueur, il n'eût pas manque de nous apprendre son triomphe, car je
mvenir que la modestie était son moindre défaut*. Boulmk: : Vulteii epigrammatum, libri III, Lugd., 1 3 L; 7 . lib. II, p. :
De ludis TTtolosanis:
Lege sub hac moriens ludos Clementia t'ecit.
Ut tandem partis victor haberet opes.
At Clementia, nunc facta inclementîa qu
De victore suo, qui superatur ovat
Id Clementiam, ju.v Tholosce ludos Uterarios instituit.
o Clementia te qusnam démentis cœpit; Heredem ingratam constituisse domuc
toujours accordés aux plus méritants, et que, l'année à laquelle il fait allusion, le vrai vainqueur ne fut pas celui qui remporta la fleur d'or; Maittaire1 laisse entendre — et c'est fort probable — que ces épigrammes ont trait à la défaite de Dolet.
Il est certain que, à cette époque, avaient déjà commencé les longues querelles du conseil municipal de Toulouse et des membres du collège de la gaie science, et que, avant 1532, les capitouls avaient obtenu le droit de se réunir aux Mainteneurs du collège pour juger les poèmes et accorder les prix. Il n'est pas improbable que ce fut à l'occasion de l'insuccès de Dolet et de l'injustice des juges, que Boyssone composa sa mordante épigramme contre les capitoîds marchands qui jugent des flairs à Tolose.
Recta fuit forsan, sed non tua facta voluntss Munera ni démens hase tua nullus habet Ut quondam victa est caeco suh judice Pallas, Sic minor est ludis docta Minerva tuis.
1 Ami. III, 73.