‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 28 sur 133 · CHAP. VII. L 0RA · texte numérisé non relu

CHAP. VII. L 0RA

quoique ce livre ait été réimprimé fréquemment et traduit en français du vivant de l'auteur, c'est un ouvrage qu'on ne consulte pas souvent, qu'on lit encore moins et qui semble du reste n'avoir que peu de valeur. Suivant La Monnoye1, « [es V de Charles YJII, de Louis XII et de François I' sont remplies de digressions, de harangues ennuyeuses, de relation-, hors d' œuvre et sont une peine infinie au lecteur, par la manière dont plusieurs noms, soit d'hommes, soit de lieux, y sont énonci s, lesquels n'ont pas toujours été' bien expliqués par le traducteur Jean Regnard3». D'un autre côté, Le Gendre :î porte sur lui un jugement plus favorable. «Si le continuateur», dit-il, - n'écrit pas aussi poliment que l'historien (Paul-Emile) qu'il continue, du moins il est plus exact, et sans comparaison mieux informe. Son histoire est ample, sans être trop longue, et il y a beaucoup d'anecdotes et de détails curieux.- J. C. Scaliger, dont les jugements sur les ouvrages de ses contemporains reflétaient le plus souvent ses affections ou ses haines personnelles, et qui dans plusieurs de ses lettreporté Le Ferron aux nues, avait perdu son procès au moment oii parut la première édition du livre; aussi à la fin d'une de ces lettres où perce sa mauvaise humeur il dit en parlant des Historiœ: hicptu' sunt, puériles sunt, senti barbarœ sunt, ineruditœ sunt*. Le Ferron se contenta d'éclater de rire en lisant ce jugement, et Scaliger changea bientôt de ton et se modéra considérablement. Arnoul le Ferron était aussi un helléniste accompli, c'était une distinction à l'époque où, de ce

Scaliger nous expliquent pourquoi il donna le surnom d'Atticus à s

jeune ami :

Ferronus illc propter eloquentiam

Puram, suavem, candidam, scitam, gravem.

Quem ego vocavi jure primus Atticum.

1 Note à Duverdier, vol. 1, p. i55 édition de Rigolet de Juvign; -' C'est 1 un défaut assez commun dans les écrivains latins du i?' cl du 16e siècle.

; Hi-t. de France, 1. 12.

' J. C. Scaligeri Epistola; Hanoviœ, 1612, y

côté-ci des Alpes, la connaissance du grec était chose rare. Il traduisit en latin plusieurs des traités de Plutarque et le livre attribué à Aristote sur Xénophane, sur Zenon et sur Gorgias; Le Ferron ajouta cette dernière traduction à une édition d'un opuscule que Bessarion publia pour défendre Xénophane et d'un travail, qui est de lui-même, intitulé: Pro Aristoteli adversus Bcssarionem. Il mourut en 1563, il n'avait que quarantehuit ans; il fut regretté de tous ceux qui aimaient les lettres et qui étaient heureux de voir siéger au parlement des hommes remarquables par leur savoir et leur intégrité.

Dans l'édition de ses Commentarii consuetudimim Burdcgalensium publiée en 1565, peu après sa mort, nous ne trouvons pas moins de quarante-quatre pièces de vers écrites en son honneur, l'une de ces pièces est de Jean de Boyssone l.

Quoiqu'il n'eût que dix-neuf ans, il préparait déjà des cours sur quelques questions de droit, fort probablement sur les coutumes de la Guyenne. Il s'était depuis quelque temps lié avec

1 Four Arnoul Le Ferron, voyez Taisand : Vies des plus célèbres Jurisconsultes, Paris, ijSj livre utile et très difficile à trouver"; Teissier: Eloge des hommes savans, Leyde, 1713, vol. II, p. ioô ; Epistolœ J. C. Scaligeri; Sainte-Marthe: Elogia; More'ri: Le Grand Dict. Hist.; L. de Lamothe : Xotes pour servir à la biographie des hommes utiles ou célèbres de la ville de Bordeaux, Paris i863; Boscheron des Portes: Histoire du Parlement de Bordeaux, 1878 (ouvrage qui ne tient pas ses promesses); on annonçait dans le prospectus une notice biographique sur Arnoul Le Ferron et sur plusieurs autres membres e'minents du Parlement de Bordeaux, mais la notice consacrée à Arnoul Le Ferron (comme aux autres) est fort peu satisfaisante; la seule chose intéressante qu'on trouve dans cette publication, c'est qu'Arnoul Le Ferron naquit à Vérone. Le livre est écrit sans méthode et ne renferme aucun détail sur la constitution et l'autorité du Parlement, renseignements que l'on cherche évidemment dans un ouvrage de cette nature et qui sont très importants pour qu'on puisse se faire une idée de la procédure légale. Duverdier (Bibliothèque française) confond Arnoul Le Ferron avec Arnoul du Février, contemporain plus célèbre, à l'époque ou peu après professeur de droit à l'université de Toulouse et ensuite président de la Cour des Requêtes au Parlement de Paris; Duverdier attribue à Le Ferron la très rare traduction française d'Athenagoras qui est de Du Ferrier et fut imprimée à Bordeaux par Simon Millanges en i r>77. Paul Freher, dans la notice sur Doneau (Donellus) de son Theatrum virorum eruditione clarorum Nuremberg, 1688), p. 2<|4, fait la même confusion de noms, il dit que Arnoul du Ferron lut le professeur de droit de Doneau, tandis que ce fut Arnoul du Ferrier.

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