CHAI'. VII. L ORATEUR
pendant longtemps à être un ouvrage faisant autorité.
3 commentaires sur les lois de sa province natale, dit de Thon, sont dignes d'un bon patriote et d'un excellent jurisconsulte. • Pendant les vingt-sept années qui suivirent il ne cessa pas d'être l'un des principaux ornements du parlement de Bordeaux, quoique, jusqu'à sa mort, il restât simple conseiller. Encore que son génie et ses mérites littéraires palissent à Côté de ceux de ses illustres collègues La Boëtie et Montaigne, il n'en est pas moin- le seul des membres du parlement de Bordeaux qui, au seizième siècle, se soit fait une réputation de juriste. Mais il ne doit pas son grand renom fort mérité à ce titre seulement, comme juge il se lit remarquer par son intégrité, par son impartialité et par son amour de la justice; et tout en s'occupant des questions d'hérésie et des accusations portées contre les hommes de lettres déclarés suspects, il se montra toujours très tolérant, très clément, il ne permit jamais à ses affections ou à
sympathies personnelles de peser dans la balance du droit ou de la justice. Il n'était avec personne aussi intime qu'avec Jules-César Scaliger, et il n'admirait personne autant que lui. Ce fut peut-être parce qu'il était né à Vérone (ou qu'il était le fils d'un Yéronais) que, le premier, il s'attira la bienveillance du descendant de Can Grande. Et il n'est pas improbable que Scaliger et Jean Le Ferron se soient connus de bonne heure. Axant d'avoir vingt et un ans, Arnoul était devenu l'Atticus du Cicéron d'Agen; les lettres de Scalig écrites a son jeune ami — quelques-unes sont même dal de 1533 ■ " montrent que le grand érudit le traitait à tous égards comme son égal, et le ton de ces épîtres pourrait taire supposer qu'elles étaient adressées à un homme d'un grand savoir, d'un âge mur, occupant une éminente situation. En 1538 Scaliger fut soupçonné d'hérésie: il avait ch< pour être le précepteur de son fils, Philibert Sarrazin, h< tique reconnu; de plus, on avait trouvé en sa possession des livres compromettants, et il était accuse d'avoir dit que le
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Carême n'était ni une institution du Christ, ni une institution des apôtres, que la transsubstantiation n'avait été déclarée article de foi que par le Concile de Latran, et on lui reprochait encore d'avoir mangé de la viande un jour d'abstinence. L'inquisiteur général reçut un ordre spécial du roi lui enjoignant de faire une enquête sur les cas d'hérésie qui se produisaient à Agen; mais, heureusement pour Scaliger, son dossier fut retiré des mains de l'inquisiteur et ce furent trois conseillers du parlement de Bordeaux que le roi nomma pour instruire son affaire. Le roi aimait encore la littérature et les savants; et le choix des juges, qui étaient Briand de Vallée, l'ami de Rabelais, Geoffroy de Chassaigne, le plus populaire des conseillers et poète latin distingué, et Arnoul Le Ferron, ami intime et correspondant de Scaliger, n'indiquait pas qu'on désirât user de grande rigueur contre l'accusé. Avec de tels juges le résultat ne pouvait guère être douteux et Scaliger ne tarda pas à être mis en liberté l. Mais quelques années plus tard, dans un procès dont Scaliger était l'une des parties, Le Ferron, malgré les instances de son ami, refusa de se laisser influencer et de placer ses affections au-dessus de la justice; la décision ne fut pas favorable à Scaliger, ce qui attira au juge deux ou trois lettres pleines de violences et de reproches. Mais ce ne fut pas seulement comme juriste et comme juge que Le Ferron s'assura une grande réputation. Dans le domaine des lettres il se distingua comme historien et comme savant. Sa continuation de l'histoire de Paul-Émile, imprimée pour la première fois par Vascovan en 1550, lui valut à l'époque un succès signalé-. Mais
1 Th. de \Mzz : Hist. Ecclésiastique, liv. I, et Gaullieur : Hist. du Collège de Guyenne, ib~.
2 Moréri nous dit (et cela a souvent e'te' répété) que la réputation de ce livre et de ses autres ouvrages lui valut le surnom d'Atticus. Mais cette assertion est peu correcte: le surnom d'Atticus lui fut donné par .1. C. Scaliger, comme nous l'avons vu, dès i3?5 ; il n'avait encore rien publié alors et n"avait que vingt ans. Voyez les lettres de Scaliger données par Schelhorn dans le huitième \<>lume de ses Amœnitates Literarice, p. 554-6i8. Les vers suivants qui sont de