‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 31 sur 133 · CHAP. VII. I. ORATEUR · texte numérisé non relu

CHAP. VII. I. ORATEUR

déserteur Quant à ce que vous me demandez au sujet de

Pinache, je ne crois pas me tromper beaucoup en vous affirmant qu'il ne répondra point à votre discours, a moins que toutefois (car il est d'un caractère Léger et inconstant) il ne change d'avis. Croyez-moi, il a mis sa lance de cote, et il ne descendra plus qu'à coup sûr dans l'arène. Qu'il aille dire partout, si cela lui plaît, que vous avez répondu à son discours sans y mettre beaucoup de talent, il n'en est pas moin-, certain que tant qu'il gardera le silence il fera voir qu'il est vaincu par la force '1'' vos arguments. Et pourtant il ne manque pas de gens qui le pressent de continuer le combat, aussi je n'ose pas vous dire positivement qu'il ne changera pas d'avis et qu'il ne se hasardera pas à vous répondre. Adieu, mon cher

Dolet, prenez mes légers reproches en bonne part On

ne peut s'attendre à trouver quelque éloquence dans un homme qui, à cause du fardeau que ses cours sur le droit civil font peser sur lui, est exclusivement plongé clans la lecture d'Accursius, de Bartolus, de Baldus et autres commentateurs indigestes. Enfin, il y a une chose que je vous demande tout particulièrement, à savoir que vous vouliez bien, pour le moment, garder pour vous ce que je vous ai écrit au sujet du défenseur de l'Aquitaine. Car il ne conviendrait pas que ce que j'ai confié à votre amitié fût divulgue à ceux qui ne voient partout que calomnie. Pinache m'a demande de lui montrer votre lettre, mais je lui ai répondu que je vous parlerai de la chose et que je ne lirai la lettre à personne sans y être autorisé par vous. Adieu et aimez-moi toujours. »

Etienne Dolet a Arnoul Le Ferron:

« Il m- tant p;e- que VOUS soyez surpris que je n'aie encore rien publie. Sachez que le proverbe: Sat cito si sat bene (proverbe digne d'un homme prudent) a motivé la détermination que j'ai prise. Je verrai bientôt quel est le goût du public en lui offrant un écrit que j'ai tenu secret depuis neut ans. qui

est mûri par l'âge et qui n'a pas été composé hâtivement. Il paraîtra bientôt sous une forme châtiée et polie, mais je me livre à ce travail sans qu'on le sache. Puisqu'il en est ainsi, attendez avec patience mes élucubrations et dans l'intérêt de votre ami permettez-lui de ne les livrer au public que dans quelque temps. Certains ouvrages que les savants jugent être rudes et grossiers plaisent quelquefois au vulgaire. Mais ce que j'ai sur le chantier maintenant — l'œuvre n'est que commencée et n'est pas encore complète — réussira, je l'espère, grâce à mes soins diligents à me concilier les suffrages des

ignorants aussi bien que ceux des lettrés

«Vous me dites de prendre garde que notre correspondance ne tombe en des mains étrangères. N'ayez aucune inquiétude à cet égard. Je détruirai vos lettres, si vous le voulez, mais je vous assure qu'elles seront si bien gardées et cachées que personne ne les verra jamais. Adieu. »

« Toulouse, 29 janvier. »

Arnoul Le Fer r on a Etienne Dolet :

« Deux causes m'ont empêché de répondre plus tôt à votre lettre. L'une de ces causes c'est que j'ai été fort gravement

et fort dangereusement malade ; mais me voilà rétabli et

c'est pour moi un vrai plaisir de vous écrire.

«J'approuve entièrement que, suivant le précepte du poète, vous gardiez neuf ans vos ouvrages avant de les livrer au public, et j'attendrai d'autant moins péniblement vos Commentaires que je me rends compte qu'en retardant cette publication, vous n'en recueillerez qu'une plus grande gloire. Ne changez pas d'avis sur ce point, car je vois dans quel ridicule tombent ceux qui, prenant à droite et à gauche des phrases qu'ils relient mal entre elles, présentent au public des œuvres sans se rappeler le proverbe qui dit: Cetnis festinans cœeos parit catulos. Toutefois je ne condamne pas moins ceux qui, sous prétexte qu'ils ont publié deux ou trois brochures après

Page 1