I HAP. VI I. L ORATEUR
un temps très long et un travail ('norme, prétendent insolemment s'arroger le titre de grand savant. Continuez donc à polir votre ouvrage autant que possible et efforcez-vous d'acquérir la réputation que vous vaudra sans nul doute la publication de vos Commentaires
« Quant à l'Aquitaine je vois que vous avez excité la
colère de ceux que vous m'avez dépeints si admirablement et si ingénieusement dans votre dernière lettre; ce sont des hommes qui, devant vous, admirent vos poèmes, louent vos lettres et approuvent vos discours, mais qui, une fois que vous n'êtes plus là, parlent de vous en termes bien différents. Je suis disposé à vous en nommer un ou deux (mais c'est inutile, vous voyez bien de qui je veux parler) qui montrent tant d'affection pour votre adversaire, qui le portent tellement aux nues, qu'ils excitent mon indignation; et même devant moi ces gens parlent de vous d'une façon si désobligeante' que je les accable de mes reproches et les éloigne de ma
présence Mais je suis d'avis que vous méprisiez ces
individus sans valeur et que vous ne teniez pas plus compte de leur vil langage que Démocrite, dit-on, ne l'a fait en pareille circonstance. Il comparait les médisances de ses détracteurs aux exhalaisons de l'estomac, qui font un bruit aussi inconvenant
qu'elles viennent du haut ou du bas du corps Mais afin
de ne pas me mettre ces gens à dos, je vous conjure de veiller, comme vous me l'ave/ promis, à ce que nos lettres amicales ne tombent pas en des mains ennemies. C'est à vous de décider si vous devez brûler mes lettres. Mais je préférerais vous les voir garder, afin qu'elles pussent parfois vous rappeler un ami. Soyez bien persuade que l'affection que j'ai pour vous ne s'éteindra qu'à ma mort; et i' s croire que vous me paverez de retour. Aussi, me tondant sur notre sympathie mutuelle peu commune, je n'hésite pas nous demander une preuve de l'amitié que VOUS pour moi.
«J'apprends, mon cher Dolet, par des hommes de grand
savoir, que vos épigrammes sont fort admirées pour le tour facile de l'expression (qualité bien rare), et pour l'harmonie des nombres. Puis-je souhaiter que vous ne m'oubliez pas dans vos épigrammes !, afin que la postérité sache qu'Arnoul Le Ferron était un de ceux que le grand Dolet n'avait pas crus indignes de son amitié? Vous pourriez faire passer mon nom dans quelque petite épigramme. Je mets de côté toute fausse honte pour oser vous demander cette faveur, et je vous prie de l'ajouter à toutes celles dont je vous suis déjà redevable. Adieu. »
Etienne Dolet a Arnoul Le Ferron:
« J'ai été fort chagrin d'apprendre que vous n'avez pas joui d'une très bonne santé dernièrement et je suis bien heureux de savoir que vous êtes remis. . . Je suis charmé que vous soyez d'avis que mes écrits doivent être tels qu'ils soient pour moi les prémices de la renommée que vous voulez bien me prédire. Quoi qu'il en soit, mon rejeton viendra au monde à terme, et s'il ne procure pas à son père une réputation d'homme fécond, il empêchera du moins qu'on l'accuse de stérilité
«Je ne manquerai pas d'agir selon vos souhaits, et ce que vous désirez, vous l'obtiendrez sans difficulté aucune. Je ferai de mon mieux pour que la postérité sache que Le Ferron était l'ami intime de Dolet et lui était attaché par les liens de la plus étroite affection
« Je m'empresserai de vous envoyer quelques vers et d'accéder à votre prière1. Prenez le plus grand soin de vousmême et veillez surtout à votre santé. Adieu. »
« Toulouse, 18 février -. »
1 II ne paraîtrait pas que Dolet eût tenu sa promesse avant i5x>; il écrivit alors une ode assez courte intitulée: De Ferron i commentariîs in constitutiones (sic) Burdigalenses.
- Pour ces lettres voyez: Orat. duce in Tholoscim, p. 75-85 et i52-i62.