‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 36 sur 133 · HUET · texte numérisé non relu

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i les persécutions de ses ennemis, ni les constantes vexations, ni les vives inquiétudes que ces persécutions lui occasionnèrent n'avaient eu raison de l'énergie d'Etienne Dolèt Sa présomption, l'entière confiance qu'il avait en luimême, en l'excellence de si cau>e, en ses mérites littéraires, la resolution qu'il avait prise de se taire une renommée de savant, l'empêchèrent d'être troublé par ses malheurs. A aucune période de sa vie ses lettres ne révèlent plus de gaîté, de vigueur et d'espérance que pendant la période qui suivit son second discours et précéda son départ de Toulouse.

A cette époque, Guillaume Budé, mieux connu sous s nom latin de Budaeus, occupait la première place parmi les hommes de lettres français. Ses amis et peut-être la gêné-

ralité des Français croyaient que sa réputation était égale à celle d'Érasme; ils étaient outrés contre ce grand érudit parce que, dans son Ciceronianus , il l'avait mis au même rang que Josse Bade 1 ; mais bien que Budé pût être placé à côté d'Érasme et même au-dessus de lui pour son érudition grecque et encore pour la connaissance technique qu'il avait de la langue et de l'antiquité latine, il n'était après tout que fort instruit et n'avait nullement la vaste intelligence de l'auteur des Colloques et de X Eloge de la Folie, lequel n'était pas seulement un érudit, mais un homme de génie, un réformateur social, politique et religieux, bien plus absorbé par les hommes et les choses que par les mots et les phrases.

En 1533 Budé avait soixante-six ans. Ses épîtres grecques n'auraient pu être écrites par aucun autre Français de son temps ; ses annotations sur les Pandectes étaient reconnues en France comme le premier livre à consulter sur le droit romain; son traité: De Asse et part/bits ejus , publié tout d'abord en 1514, avait atteint déjà plus de dix éditions; cet ouvrage avait répandu le nom de son auteur dans toute l'Europe, il était aussi populaire et montrait une érudition aussi solide que les Adages d'Érasme, mais il est évident qu'on n'y trouvait pas ce jeu d'imagination, ces exemples heureux et ces réflexions politiques et morales qui ont pu conserver aux Adages une sorte de popularité même dans notre siècle.

Avoir l'amitié et l'approbation de Budé était pour tout jeune savant français une juste ambition, et Dolet, suivant la mode de l'époque, tout en ne connaissant point Budé personnellement, lui adressa une épitre latine très étudiée, dans laquelle il se recommande à sa bienveillance et, en même temps, sollicite les bons offices de Jacques Bording, qui était

1 Erasme a explique ensuite, et c'est une chose évidente pour quiconque lit l'ouvrage mentionné, que c'est seulement au point de vue du style latin qu'il place ensemble Budé et Bade; mais il n'est pas improbable qu'Érasme prit un malin plaisir, quelle qu'ait été son intention, de mettre son rival au mûne rang que cet imprimeur distingué et érudit.

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