‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 37 sur 133 · CHAP. VIII. - (,. BUDE ET .1. BORDING · texte numérisé non relu

CHAP. VIII. - (,. BUDE ET .1. BORDING

alors a Paris et était fort lie avec Budé. On se souvient que 1 e lin a Bording que Dolet dut d'avoir été présenté a Jean de Pins; mais bientôt après il y eut un certain froid entre eux et peu à peu leurs rapports cessèrent tout à fait. Lorsque Bording quitta Toulouse pour aller à Paris, il s'engagea à entretenir une correspondance littéraire avec Dolet. Cependant quelque faux ami fit croire à Dolet que Bording avait censuré sa conduite et s'était mis du côté de ses ennemis. Cette affirmation, qui semble être dénuée de tout fondement, blessa la suffisance et la susceptibilité de Dolet, et, après un échange de quelques lettres empreintes d'une animosité non dissimulée de la part de ce dernier, les deux amis cessèrent de s'écrire pendant quelque temps. Nous ne pouvons pas ne pas être surpris que Dolet ait livré cette correspondance à l'impression, car elle lui fait le plus grand tort; les lettres de Bording sont pleines de sentiments d'amitié et de bon sens, et font un contraste frappant avec les épîtres blessantes et irritées de Dolet. La publication de cette correspondance nous prouve que les cicéroniens de l'époque se préoccupaient bien plus de la forme que du fond. Pourvu seulement qu'un écrit eût le ton cicéronien reconnu, il donnait à son auteur des droits a l'admiration, quelque outrageants que fussent K-- sentiments exprimés, et quelque défectueux que fût le sens des phrases. L'excellent évêque de Rieux avait été fort peiné de la querelle qui s'était élevée entre ses jeunes amis, il supplia Dolet de se reconcilier avec Bording. On ne peut savoir si la lettre suivante fut écrite pour céder aux prières de Jean de Pins ou s'il faut y voir l'effet de l'intimité de Bording et de Budé; toujours est-il que le 26 novembre 1533 Dolet adressa à Bording les lignes que voici en lui envoyant la lettre qu'il avait écrite à Bu de :

«Je crois savoir que vous avez beaucoup de bonté et de bienveillance, et que vous désirez que mes sentiments, qui s'étaient empreints d'une certaine animosité a votre égard,

me portent à me réconcilier avec VOUS. Notre ami |ean de

Pins m'a dit que vous lui aviez écrit dans ce sens, et il m'a supplié, quels que soient les dissentiments qui ont existé entre nous, de les oublier pour lui être agréable et, si je ne pouvais le faire de mon propre mouvement, d'agir ainsi dans l'intérêt des lettres... Je le veux bien. Certaines observations injustes que vous avez faites sur mon compte m'ont blessé et peiné... Mais aujourd'hui que je suis disposé à croire que vos paroles ont été dénaturées ou à n'y pas faire attention, mes sentiments, qui tout d'abord étaient fort irrités, se sont calmés et toute l'animosité que vos attaques m'avaient inspirée a disparu. Aussi, afin de faire voir à tout le monde que je suis réconcilié avec vous, je vous envoie cette lettre... Mais prenons maintenant le ton familier qui convient aux amis. Je vais vous parler de ce qui se passe ici.

«On a toujours, à Toulouse, la même haine des lettres et le même amour des sottises. Pour ne pas être ennuyeux, je vous dirai en deux mots que les sots y sont toujours aussi nombreux et qu'ils n'ont pas changé. Mais je cesse de dire du mal, ou plutôt de dire la vérité, de peur qu'on me vienne accuser d'avoir un trop franc parler. Je m'occupe exclusivement de littérature et je jouis d'une excellente santé. J'aime mieux ne pas vous dire moi-même si j'ai réussi à augmenter ma réputation en accomplissant mes devoirs d'orateur (j'ai dû cette charge, vous le savez, aux suffrages des Français), je préfère que d'autres que moi vous l'apprennent. Je puis toutefois vous faire savoir que personne avant moi n'avait parlé à Toulouse avec autant de liberté. J'ai combattu les décisions prises par le parlement contre l'association française dans un discours qui est aussi brillant que sévère. Je vous copierai bientôt ma harangue et je vous l'enverrai par la première occasion. Vous pouvez sans nul doute attendre cela de votre ami. Je dois encore ajouter que, mon temps de service étant expiré, j'ai été remplacé par Thomasin dont le talent d'écrivain et d'orateur vous est, je crois, bien connu. Vous saurez bientôt jusqu'à quel point il réussira.

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Notre ami Jean de Pins souffre de violentes attaques de goutte et rien ne semble pouvoir calmer son mal, si bien que depuis deux jours c'est à peine --'il a pu respirer et dormir. Je vous donnerai de plu^ amples détails dans ma prochaine lettre. C'est à votre tour maintenant de me renseigner a amicalement et aussi souvent que possible sur tout ce qui vous concerne; dites-moi tout au long avec qui vais . surtout lié, quelles sont vos amitiés, où en sont les études a Paris; faite-moi savoir dans quelle mesure on y cultivela littérature grecque, nommez-moi (-eux que vous suspectez, ceux que vous méprisez, ceux que vous admirez et ceux que vous négligez; dites-moi quels sont les gens qui sont rép pour leur éloquence maintenant, et ceux qui, selon vous, ont atteint le sommet de la montagne; en un mot, si vous m'écriviez tout ceci dans une lettre amicale, je la recevrais avec plaisir et je vous en serais reconnaissant; je me considérerai toujours comme votre obligé si vous m'accordez une aussi grande faveur.

« On dit ici que vous êtes très intime avec Budé, je vous félicite bien cordialement d'avoir gagné l'amitié d'un homme aussi ^minent et je vous demande instamment de me recommander à sa bienveillance. Adieu. Aimez-moi et rappelez-vous que je vous aime plus que tout autre.1 ■

Bording repondit à cette lettre dans le ton et l'esprit que premières épîtres pouvaient faire prévoir.

Jacques Bording à Etienne Dolct :

«J'ai reçu votre lettre ainsi que celle que vous avez jointe a la mienne, à l'adresse de Budé. L'assurance que vous me donne/ de la grande affection que vous avez pour moi m'a été fort agréable, vous n'en sauriez douter. J'ai lu avec bonheur ce que vous me dites sur notre reconciliation, mais j'aurais voulu, mon cher Dolet, que notre amitié n'eût jara

1 I h- ai. duce i'i Tholosam, p

été troublée et que vous n'eussiez jamais cessé de m'aimer comme au premier jour; vous n'auriez pas dû croire aux paroles de certaines personnes de mauvaise foi, mais bien plutôt aux témoignages d'hommes vertueux qui savent l'amitié toute particulière que j'ai pour vous. Si vous les aviez écoutés, nous n'aurions pas eu besoin d'avoir recours à Jean de Pins pour nous réconcilier; et j'aurais voulu m'adresser à son autorité en toute autre circonstance. Quoi qu'il en soit, rappelons-nous l'adage qui dit: Amantium irœ, amoris redintcgratio est. Je suis enchanté que vous me priiez dans votre lettre de vous faire connaître quels sont les sentiments que j'éprouve pour vous. Je vous assure, mon cher Dolet, que dès que je vous ai connu, je vous ai aimé et j'ai deviné que vous me payiez de retour; je ne me repentirai jamais de la haute opinion que vous m'avez inspirée.

« Il me reste maintenant à vous féliciter de vous être si bien acquitté de votre mandat d'orateur. Je suis persuadé que vous avez recueilli tous les éloges, tous les honneurs qu'on peut obtenir en pareille circonstance. J'aurais voulu être là, vous entendre et vous voir, mais je regretterai moins mon absence si vous tenez votre promesse et si vous me donnez le moyen de lire votre discours; aussi n'oubliez pas que j'attends anxieusement votre envoi, et tâchez de ne pas me manquer de parole, ni de tromper mon attente.

« J'ai donné votre lettre à Budé. Il l'a lue avec plaisir et a tenu à savoir où vous étiez, ce que vous faisiez et quels étaient vos amis. Lorsque je lui ai demandé s'il désirait que je vous disse quelque chose de sa part, il m'a fait savoir qu'il répondrait lui-même à votre lettre; et il m'a répété encore la même chose dans une autre entrevue que j'ai eue avec lui. Il m'a laissé entendre toutefois qu'il était plus occupé que jamais, qu'il se sentait peu disposé à écrire des lettres, et que, du reste, il n'y avait pas à se presser. Je me charge de lui rappeler de vous écrire et de l'y engager, afin que vous ne croyiez pas avoir fait une démarche inutile.

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