XIV EXTRAITS DE LA PRÉFACE DE
pagnées d'un Avant-Propos d'un grand intérêt, dû à la plume de M. Taillandier.
En 1857, M. Joseph Boulmier (qui en 1 855 avait écrit dans la Revue de Paris un article sur le même sujet) publia son Estienne Dolet, sa Vie, ses Œuvres, son Martyre (Paris, Aubry) , et il est peut-être besoin de s'excuser d'écrire une nouvelle biographie de Dolet quand un Français s'est chargé de cette tâche il y a si peu d'années. Je désire parler de M.. Boulmier et de son livre avec le plus grand respect ; je l'ai lu et relu avec grand intérêt et je ressens une vive sympathie pour l'écrivain enthousiaste qui voit dans son héros : Le Christ de la pensée libre . . . Prométhée contre Jupiter ! Son livre est, comme il l'appelle lui-même, un dithyrambe offrant à chaque page une admiration exagérée pour Dolet, laquelle rend Fauteur entièrement aveugle sur les défauts de son héros- il confesse qu'il est l'avocat et que Dolet est son client, et, dès le début, il nous avertit que ce n'est pas à lui qu'il faut demander une histoire impartiale. Mais M. Boulmier ne me semble pas reconnaître aussi complètement qu'on aurait pu s'y attendre tout ce qu'il doit à Née de La Rochelle, dont il a simplement retranscrit bien des pages l.
A tout prendre, il n'ajoute guère aux travaux de ses prédécesseurs que les indications fournies par le Procès.
On trouvera encore des détails importants dans les no-
1 Je suis heureux de pouvoir dire que dans les traductions qu'il donne des passages des Œuvres de Dolet, M. Boulmier semble avoir re'ussi. Ses traductions sont suffisamment fidèles et se recommandent généralement par une certaine \igucur et une certaine élégance.
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tices consacrées à Dolct et à ses œuvres dans les Bibliothèques de Duverdier et de La Croix du Maine, dans Nicéron, dans Goujet et dans Bayle, dans l'article de la Nouvelle biographie générale, signé Didot, et dans ceux de La France protestante, de MM. Haag, et des Hommes illustres de l'Orléanais '.
Chacun de ces livres cependant contient beaucoup d'inexactitudes, et nulle part on n'a essayé de donner une explication satisfaisante au sujet du malheureux sort de Dolet. Ses propres écrits devront toujours être le fondement de tout travail sur sa vie. Ils sont pleins de détails autobiographiques; et je crois qu'une étude approfondie et consciencieuse de ceux de ses ouvrages que j'ai pu trouver et des écrits de beaucoup de ses contemporains ou presque contemporains qui sont cités dans ce volume (et de plusieurs de ces volumes on ne connaît qu'un exemplaire existant) m'a permis de faire quelques découvertes qui ne me semblent pas dénuées d'intérêt, et d'expliquer, du moins en partie, ce qui avait paru inexplicable dans la vie de Dolet. Mais outre les livres imprimes, j'ai été assez heureux pour trouver dans la correspondance et les poésies manuscrites de Jean de Boyssone, conservées dans la bibliothèque publique de Toulouse, une source intéressante à consulter pour ce qui concerne Dolet et ses amis. Les deux lectures attentives, mais rapides, que j'ai faites de ces manuscrits et les extraits que
1 l.a vie de Dolet qu'on trouve dans les Hommes illustres Je POrléanais es: fondée sur un manuscrit de Dom Gérou, taisant partie de la bibliothèque d'Orléans, l'oiitet'ois le manuscrit n'est qu'une simple compilation d'ouvn imprimes et bien connus.
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j'en ai donnés n'ont certainement pas épuisé tout ce qu'il y a d'intéressant dans ces volumes; aussi ai-je regretté de n'avoir pas constamment sous la main ces manuscrits aussi bien que les exemplaires uniques de plusieurs livres qui existent à Lyon, à Bordeaux, à Orléans, à Dole, à Roanne et ailleurs.
Un certain nombre de livres, imprimés et édités par Dolet, ont complètement disparu, on ne peut en trouver aucun exemplaire. Des autres ouvrages, parfois un seul exemplaire existe dans une des bibliothèques publiques de France. Je possède le seul exemplaire connu de certains de ces livres, mais il en reste quelques-uns dans des bibliothèques particulières que je n'ai pas eu l'occasion de visiter.
Sur un point il est nécessaire que je m'explique et peutêtre que je m'excuse. J'ai donné d'amples renseignements, qu'on pourra trouver trop étendus, sur plusieurs des amis et contemporains de Dolet, notamment sur Jean de Boyssone, Jean de Pins et Matthieu Gripaldi, tout en laissant de côté d'autres personnages beaucoup plus importants. Il m'eût été facile d'augmenter les pages de ce volume (déjà trop considérable), en faisant des digressions à propos de Marot, de Rabelais et autres hommes éminents qui furent mêlés jusqu'à un certain point à la vie de Dolet; mais tout en m'efforçant de ne rien omettre de ce qui pouvait se rattacher à mon héros et à son histoire , j'ai cherché à éviter de fournir des renseignements qu'on pourra facilement trouver ailleurs. Les notices que je donne sur certaines personnes qui ont connu Dolet servent surtout à faire mieux comprendre les faits qui se
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rattachent à sa vie , excepté toutefois quand il s'agit d'hommes sur lesquels les biographies ou dictionnaires qui sont entre les mains de tous ne donnent aucun renseignement qui soit complet. Dans ce cas j'ai pris sur moi d'offrir des notices détaillées de quelque étendue.
Si je m'étais efforcé , suivant l'habitude d'un grand nombre de biographes modernes, de mêler à la vie de Dolet l'histoire générale de la littérature et de l'érudition française pendant la période qui nous occupe, j'aurais fait un livre d'un intérêt plus populaire, mais je me suis contenté de donner le résultat de mes études personnelles, désirant, avant tout, fournir des renseignements nouveaux.
J'ai apporté un grand soin à la chronologie de la vie de Dolet; tout ce qu'on a publié sur lui jusqu'ici contient des erreurs de dates dont quelques-unes, on le verra, sont spécifiquement relevées et corrigées; en tout cas, jamais une date n'est donnée dans ce livre sans avoir été soigneusement contrôlée, et partout où une date diffère de celle donnée par un autre écrivain je n'ai rien cha à la légère. Ce livre eût été beaucoup plus long si j'avais toujours expliqué les raisons qui m'ont porté a n'être pas de l'avis de mes prédécesseurs au sujet de la chronologie. Quiconque connait l'histoire de cette période saura combien il est difficile de dire exactement l'année, quand les événements ont eu lieu en janvier, en février ou en mars. Je ne puis pas espérer avoir toujours réussi à arriver à la vraie conclusion; mais si l'on découvre des erreurs de chronologie, on ne pourra pas du moins les imputer à ma négligence. Les dates de ce livre, a moins
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d'indications contraires, sont indiquées d'après le nouveau style, l'année étant considérée comme partant du Ier janvier.
Je ne puis terminer cette préface sans dire combien je dois de reconnaissance à M. 'Baudrier *, président à la Cour d'appel de Lyon. Avec une bonté et une générosité dont je lui serai toujours redevable, M. Baudrier a mis à ma disposition le chapitre intéressant (malheureusement encore en manuscrit) qu'il a écrit sur Dolet, une partie d'un ouvrage qu'il se propose de faire sur les imprimeurs lyonnais du seizième siècle , sa liste des livres imprimés par Dolet, son exemplaire de la vie de Dolet, par Née de La Rochelle, avec les additions et corrections manuscrites de l'auteur, et il m'est venu en aide en bien d'autres manières. N'était son obligeance, j'aurais entièrement ignoré l'existence de deux livres, et je n'aurais pas pu voir les exemplaires de deux autres ouvrages.
Il me reste à dire quelques mots au sujet des illustrations de ce livre ; il existe deux gravures sur bois du seizième siècle qui passent pour être des portraits d'Etienne Dolet. L'une d'elles est exactement reproduite sur le titre de ce volume, elle provient de la première édition de la ProsopograpJiic de Duverdier (Lyon 1573) ' ; ce livre fut imprimé vingt-sept ans seulement après la mort de Dolet par Antoine Gryphius (le
1 J'ai le regret de dire que M. Baudrier est mort en 1884.
2 La seconde édition |i6o5 , quoique augmente'e à bien des égards, ne renferme ni le portrait ni la notice de Dolet.
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fils de son vieil ami Sébastien), qui, clans sa jeunesse avait du voir Dolet fréquemment; et, au moment où ce volume fut publié, il devait se trouver à Lyon plusieurs personnes qui se souvenaient de lui. La calvitie et l'aspect de cette figure prématurément ravagée concordent avec la description don: de sa personne par Odonus ', lorsque Dolet n'avait que vingtsix ans, alors qu'Odonus le prit pour un homme de trentecinq ans 2.
L'autre portrait fut gravé par Tobie Stimmer pour les Icônes de Reusner (Basileae 1589), et n'est certainement qu'une simple esquisse de fantaisie dans laquelle on n'a même pas cherché la ressemblance. A la fin de ce livre on trouvera la marque de Dolet entourée de sa bordure. Les lettres initiales des différents chapitres sont, à une seule exception près, la reproduction des initiales gravées sur bois qu'employa Dolet. Les lettres A, D, L, O, viennent du De Officio Legati, les lettres G, N, T du De huit. Ctc. adv. Fïoridum Sabinum, le B et l'H du De Ant. Statu Burgundtœ de Paradin, l'I une lettre initiale de Seb. Gryphius empruntée à son édition (1rs Adagia Erasmi 11529, in-folio).
1 Voir page i\b.
* M. Boulmier ne fournit aucune indication au sujet du portrait qui sert de frontispice à son Estienne Dolet; mais dans les annonces qui furent faites de son livre, il était donne comme gravé d'après l'original de la Bibliothèque Impériale. On ne trouve pourtant à la Bibliothèque aucun portrait de Dolet qui soit identique à celui-là. le portrait de M. Boulmier est plus ou moins fan tais on voit bien qu'il est t'ait d'après celui de Duverdier; mais on en a change l'expression, et la bordure qui entoure le médaillon est empruntée, à ce que m'a dit teu M. Aubn , l'éditeur du livre, à un autre portrait du seizième s.