CHAT. XII. I. ACCUSATION DE ILAGIAT
Budé, Bembo et Sadol< t, et repousse avec aigreur toutes calomnies et les horreurs dont Sabinus l'avait chargé; ensuite il emploie la seconde partie de ce même livre à se laver du plagiat dont il avoit été accusé, et il termine le volume par des épigrammes contre son antagoniste, lesquelles sont, au jugement de Maittaire, plus remplie- de fiel que d'agrément. » En dehors des injure-, a l'adresse de Floridus, dont le livreest naturellement rempli, on n'y trouve rien de bien nouveau; Dolet se défend, et avec bonheur, des accusations de son adversaire qui veut le faire passer pour irréligieux, et gourmand, et qui déclare qu'il a découragé les gens de l'étude de Térence et de Virgile. Le livre, malgré tout, est surtout composé d'extraits des autres ouvrages de Dolet. Les injures sont toujours aussi violentes, elles ne valent la peine de nous arrêter que sur un point. Dolet cherchant à renvoyer le dé à son antagoniste l'accuse de s'être approprié un ouvrage du prince de Carpi (le de C. Juliï Cœsaris prœstantia) et de l'avoir publié sous son propre nom l.
Floridus ne tarda pas à répondre à Dolet. Le livre de ce dernier avait paru en octobre ou en novembre 1540. Le Ier lévrier 1541, Floridus avait terminé sa réplique; elle fut publiée à Rome chez Bladus, au mois de mai de la même année. En voici le titre : Francise/ Floridi Sabini adversus Siephani Doleti Aurelii calunuiias'1.
Il est dédié au cardinal Farnèse, et n'est à peu de chose près qu'une répétition des accusations contenues dans les Leetiones Succisivœ. La malheureuse explication du mot remuions revient sur le tapis et est présentée comme preuve de l'ignorance crasse de Dolet. Le succès des Commentaires est attribué à l'habileté typographique du très respecté Sebastien Gryphius. Les accusations d'impiété sont renouvel) l'homicide, dont il sera question plus loin, est changé en un
1 Dolet: De- Imit. Cic. adv. 1'. Sabinum, p. ?.s livre es: extrêmement rai
meurtre atroce, et, comme on devait s'y attendre, Floridus se donne tout le mal possible pour se défendre de l'accusation qui pesait sur lui de s'être approprié l'ouvrage du prince de Carpi l. Les opinions religieuses de Dolet et les accusations portées contre lui au sujet de ces opinions formeront le sujet d'un chapitre subséquent ; nous n'avons ici à nous occuper que des accusations de plagiat. Aucun de ceux qui depuis Floridus les ont répétées, et aucun des défenseurs de Dolet ne semblent avoir pris la peine de s'assurer, en comparant les Commentaires avec les œuvres qu'on dit avoir été imitées, si les accusations ont quelque fondement et, s'il en est ainsi, jusqu'à quel point elles sont vraies. J'ai entrepris cette comparaison, me contentant toutefois d'opposer un grand nombre de pages des Commentaires, prises au hasard aux articles correspondants de R. Estienne, de Nizolius, de Riccius et de Calepin. Voici les conclusions auxquelles je suis arrivé: l'accusation n'est pas justifiée ; s'il est évident que Dolet connaissait les œuvres de ses prédécesseurs, il ne s'en est pas servi plus que ne devait le faire (il le dit lui-même) l'auteur d'un dictionnaire ou de Commentaires; les Commentaires sont, quant au fond, une œuvre originale et personnelle; l'auteur n'a pas plus le droit d'être accusé de plagiat que Robert Estienne, Nizolius et Calepin. La seule édition du Thésaurus de Robert Estienne, qui eût paru avant le premier volume des Commentaires, était celle de 1532, mince in-folio, qui contenait moins de la moitié de ce que contenait le volume de Dolet, et il paraît probable que Floridus ou ses aides crurent à tort que la seconde édition du Thésaurus avait été publiée quelque temps avant le premier volume des Commentaires. En somme, les deux ouvrages parurent presque ensemble, au mois de mai 1536, ou peu après.
1 Franciscus Floridus Sabinus mourut en i54;. Je possède son exemplaire de la grammaire grecque de Théodore Gaza (In œd. Aldi i525) orné d'une reliure vénitienne du temps; le nom: Franc. Flori. Sabi. est imprimé en lettres d'or sur le plat de maroquin.