RACE
ien que la publication des Commentaires et les attaques et les querelles suscitées par cet ouvrage nous aient conduit jusqu'en 1541, il nous faut maintenant revenir à l'année 1536. Les huit mois qui suivirent la publication du premier volume se passèrent presque sans incident; ce fut pour Dolet une période de travail assidu et incessant. Dolet s'appliqua surtout, comme nous L'avons vu, à achever et à imprimer le second volume. Mais il est certain qu'il étudiait toujours et qu'il préparait en même temps quelques-uns des nombreux ouvrages qu'il devait bientôt après faire paraître; il y a un livre qui, probablement édite et sans nul doute composé en partie par Dolet, fut publié alors et qu'on ne doit point passer sous silence, sur-
tout parce que jusqu'ici aucun de ses biographes n'en a parlé. Le 10 août 1536, le jeune dauphin mourut à Tournon, pour avoir eu l'imprudence de boire un verre d'eau glacée à Lyon, quatre jours auparavant. Cette mort, comme c'était l'habitude, fut attribuée à un empoisonnement, et Sébastien Montecuculi fut victime de cette accusation imaginaire. Un petit volume de poèmes latins et français intitulé : Recueil de vers Latins et vulgaires de plusieurs poètes Francoys , composés sur le trespas de feu Monsieur le Daulphin (il comprenait des épitaphes dues à Marot, à Saint-Gelais et à Macrin), fut publié à Lyon trois mois après chez François Juste, par les soins de Dolet, si mes suppositions sont fondées. L'avant-propos est écrit dans un style qui ressemble au sien, et la première ode du livre, adressée par lui aux poètes de France, sert en quelque sorte de préface poétique à l'ouvrage entier, qui de plus contient trois autres pièces de Dolet1.
Il est probable en effet que Dolet travaillait à cette époque pour François Juste, aussi bien que pour Gryphius. Ses services chez ces deux imprimeurs restaient absolument distincts. Juste s'occupait avant tout des livres français, tandis que Gryphius se bornait presque entièrement à imprimer des livres latins. Il n'est pas douteux que celui-ci regardait, sinon avec mépris, du moins avec un certain sentiment de supériorité, les Juste, les Nourry et les Arnollet, qui imprimaient en langue vulgaire la littérature populaire du temps; il ne pouvait y avoir de rivalité entre lui et eux. L'unique livre français que Gryphius
1 La plus grande partie de ce volume comprend des compositions de Dolet et de ses amis. Parmi les collaborateurs, on peut citer Voulté, les deux Scève (Maurice et Guillaume), Marot, N. Bourbon, Jean des Gouttes (Janus Guttanus), Pierre du Châtel, Claude Fournier, J. Canappe et A. du Moulin. Leurs compositions et celles de Dolet occupent vingt et une pages sur les trente-six du livre ; le reste est réservé à des odes de S. Macrin, Mellin de Saint-Gelais, Gilbert Ducher, Guillaume Mellier, H. Appianus, P. Piochetus, J. Gagnius, Lateranus et C. Elvamus. Les cinq derniers noms me sont totalement inconnus. Macrin devint sans nul doute l'ami de Dolet un peu plus tard, mais je ne sais s'ils se connaissaient à ce moment.