‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 62 sur 133 · CHAP. XIII. — TRAVAIL ET LOISIR · texte numérisé non relu

CHAP. XIII. — TRAVAIL ET LOISIR

avait jusque-là daigné imprimer1, — les Arrêts d'Amour de Martial de Paris, — était accompagné d'un savant commentaire latin de Benoît Court, qui à lui seul peut-être recommandait l'ouvrage au docte typographe. Le père de Colonia* nous dit que Benoît Court écrivit trois livres; le premier fut un conmentaire en latin sur les Arrêts ({Amour, ouvrage « frivole, s'il en fut jamais, et qui ne méritoit certainement pas d'avoir pour imprimeur le célèbre Sébastien Gryphius». Pernctti:{ dit presque dans les mêmes termes que la plus grande gloire de cette production « est d'avoir eu pour imprimeur Sebastien Gryphius ». D'un autre côté, ces deux écrivains s'accordent à déclarer que «le troisième ouvrage auroit pu suffire à lui seul pour immortaliser son auteur». C'est l'histoire naturelle des arbres et jardins. Mais les vicissitudes des temps amènent leur vengeance. Les classiques latins de S. Gryphius sont depuis longtemps descendus dans les limbes des « vieux bouquins »; on les chercherait en vain dans les catalogues de Fontaine, de Bachelin-Deflorenne ou de Quaritch, tandis que les livres français imprimés par lui sont encore avidement recherchés, et ses trois éditions des Arrêts d'Amour, avec les Commentaires de Benoît Court, sont parmi les rares publications sorties de ses presses, qui trouvent toujours des acquéreurs et assez fréquemment des lecteurs. L'immortalité accordée à Benoît Court pour son histoire naturelle des arbres n'a pas été de longue durée; les commentaires sur les Arrêts et Amour sont admirés par les juristes pour la science et les recherches, par les lettrés pour le badinage amusant quoique

1 On cite dans le catalogue de I a Vallière une édition du premier livre Métamorphose d'Ovide, translaté en français, par Marot, comme étant de Gryphius (i534 ; ce même ouvrage est cité par Brunet comme «sans date, vers i533», mais M. Guifirey: Œuvres de (". Marot. II. 261-262, n'en fait pas mention et dit qu'il ne connaît pas d'impression «du premier livre antérieure à l'édition donnée par Estienne Rofiet, en i??4.-\

- Hist. litt. de Lyon, II, ^5.

Les Lyonnais dignes de mémoire, I.

28o ETIENNE DOLET

peut-être involontaire; le livre a été réimprimé au moins huit

fois.

Le contraste n'est pas moins frappant entre les livres de Gryphius et ceux de Juste ou de Nourry. Les savants ouvrages latins imprimés par le premier ne trouvent guère d'acheteurs aujourd'hui, tandis qu'un poème ou un roman français qui porte le nom de Juste ou de Nourry ne manquent jamais d'être fortement disputés dans les ventes; on les achète ioo fr., iooo fr. ou même 2000 francs1. En 1538, Dolet entreprit pour François Juste de reviser et d'éditer une traduction française de l'un des livres les plus populaires de l'époque — le Cortegiano de Balthazar Castiglione. Il y eut peu d'ouvrages qui furent plus du goût du seizième siècle. Imprimé d'abord par Aide en 1528, il n'eut pas moins de treize éditions publiées en Italie dans les vingt années qui suivirent. Peu après son apparition, le livre fut traduit en français par Jacques Colin et imprimé à Paris. Mais, suivant Dolet, cette traduction est pleine de fautes que lui et Mellin de Saint-Gelais relevèrent et corrigèrent, et, ainsi revue, la traduction fut imprimée par François Juste en 1538, avec une préface de Dolet adressée à Saint-Gelais, dans laquelle il réclame pour ce livre le privilège qui venait de lui être accordé par le roi. A la fin du livre se trouve une dédicace de François Juste à « Monseigneur Monsieur Du Peirat, Lieutenant-Général pour le Roy à Lyon» écrite dans le style de Dolet; les nombreuses erreurs de l'édition de Paris sont attribuées « à la faute, il est aisé de le veoir, de l'imprimeur. » Juste dit que pour cette édition il a eu recours aux bons services de « Monsieur maistre Estienne Dolet pour certain en litérature, éloquence et scavoir, une des* principales lumières de France ». J'ai soigneusement comparé l'édition de Juste avec celle de Le Long et De Harsy publiée sans indication de date, mais probablement en 1537

1 L'Adolescence Clémentine, Juste, i534, se vendit 1800 fr. et l'Ogier le Danoys, Nourry, IÔ25, 2200 fr. à la vente Yemeniz.

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