CIIAP. XIII. — TRAVAIL ET LOISIR
ou plus tôt, et je trouve que cette dernière est bien plus belle comme impression et comme papier que celle de Juste, qui n'offre du reste que de légers changement- '.
Un troisième imprimeur pour lequel Dolet travailla à cetteépoque fut Scipion de Gabiano; il édita pour lui, en 1538, Le Guy don des Practiciens, livre de droit pratique qui devint bientôt populaire aupn notaires et des avocats. I
courte préface qu'il adresse au lecteur nous offre un spécimen de son style ordinaire : « Lecteur, écrit-il, si tu as veu ce que déjà est sorty de nos mains, tu ne peux ignorer l'affection et vouloir que avons au bien public et honneur litéraire. Ce qui m'a meu de vouloir estre mis en lumière ce présent œuvre a moy envoyé par ung mien amy. Donc après avoir cogneu le dict œuvre estre utile et proffltable, j'ay donné ordre qu'il vînt entre tes mains en la sorte que tu vois. » Surveiller l'impression d'un livre de près de neuf cents pages imprimées en caractères gothiques serrés n'a pas dû être une légère besogne, mais il semble que Dolet se contenta d'écrire la courte préface et de corriger les épreuves -.
Bien que Dolet méprisât les plaisirs et vécût une vie laborieuse, il n'était rien moins qu'un anachorète ou un ascète. Nul plus que lui ne jouit davantage de la société des hommes de lettres, et il n'était pas contraire à une jouissance modérée des plaisirs de la table. Il était pauvre non pas parce qu'il voyait quelque mérite dans la pauvreté, mais parce qu'il aimait la science plus que la richesse. Il dédaignait toutes les vertus ascétiques, tout en en pratiquant quelques-unes jusqu'à un certain peint. La pauvreté, la chasteté, l'humilité, l'obéissance, la solitude oisive, la mortification n'étaient point en elles-mêmes des vertus à ses yeux, pas plus qu'aux yeux d'Aristote, de Platon ou de Cicéron, pas plus qu'aux yeux de
1 Voyez sur cotte édition la note de M. Yemeniz, dans le t livres, n° 5
2 Voyez sur ce livre et sur ses éditions l'appendice bibliographique.
Luther ou d'Érasme, de Bembo ou de Rabelais. Mais il y avait une chose qui le charmait surtout et qui nous le montre sous un aspect inattendu. Il aimait passionnément la musique. « La musique et l'harmonie », nous dit-il *, « sont mes seuls plaisirs. Quoi de mieux fait pour émouvoir et adoucir l'âme, pour apaiser ou calmer ou même inspirer la colère? Quoi de plus efficace pour rafraîchir l'esprit fatigué des hommes de lettres? Peu m'importent les délices de la table, du vin, du jeu, de l'amour, — j'en use en tout cas avec une grande modération. Mais il n'en est pas ainsi de la musique, qui est le seul des plaisirs qui me captive, me charme et me repose. A la musique je dois ma vie et tout le succès de mes efforts littéraires. Il est certain que je n'aurais jamais pu supporter les travaux incessants, immenses, infinis, que représente la compilation de cet ouvrage, si le pouvoir de la musique ne m'avait délassé, s'il ne m'avait aidé à faire de nouvelles tentatives et à oublier la fatigue qui m'a obligé à abandonner pour un temps mes Commentaires. »
Une autre source de distraction pour lui était alors la natation. Il nous parle de son habileté de nageur, et nous informe que son endroit favori pour se baigner était dans le voisinage de l'église Saint-Laurent, à la jonction du Rhône et de la Saône2.
Ses études et ses plaisirs ne lui faisaient pas oublier les devoirs de l'amitié. Il continuait à correspondre avec Jean de Boyssone, et fut à même de rendre quelques services au professeur de droit en retour de ceux que ce dernier lui avait rendus. Le bannissement de Dolet n'eut pas pour effet de mettre un frein aux disputes entre les étudiants (surtout ceux de la nation française) et les autorités de la ville de Toulouse. Le parlement, grâce à une prudente concession, avait quelque peu calmé l'excitation causée par le décret contre
1 2 Com. 1294.
2 2 Com. 170.