‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 67 sur 133 · CHAP. XIV. - ( :. HOMICIDE ET 5ES CON ES · texte numérisé non relu

CHAP. XIV. - ( :. HOMICIDE ET 5ES CON ES

« J'étais alors absorbé par des études littéraires, j'y connu tout mon temps, tous mes efforts, flans le dessein de produire une œuvre qui, je l'espérais, serait immortel!' serait une gloire pour la France...

«C'était dans cette ville célèbre (Lyon) que je passai ma vie, lorsque cette attaque néfaste m'obligea à riposter et à tuer un homme involontairement pour me défendre de ses coups. Aussitôt une bande armée de vauriens me poursuivit afin de me jeter en prison, malgré mon innocence. Mais i! n'i 3t pas difficile d'éviter la fureur d'une foule lâche et d'échapper à ses pièges. Protégé par quelques amis, je quittai la ville avant l'aube. Je dirigeai d'abord mes pas vers l'Auvergne, malgré la forte gelée et les vents violents de la saison. Je bientôt les frênes de la montagne couverts de neige. A travers les vallons (spectacle admirable) un torrent fougueux se précipite sonore comme la tempête, et, frappant le sol avec le bruit de la grêle qui tombe, court ensuite inonder les campagnes.

« Comme j'errais à travers les forêts d'Auvergne, l'Allier aux flots tumultueux s'offrit à ma vue. Je résolus d'abréger mon voyage en descendant ce courant. Je m'embarquai; le bateau secondé par les rames volait plus rapide que le vent. Les pays et les villes passaient devant moi; la barque agile laissait un long sillage derrière elle. Mais la rigueur de l'hiver ralentit notre course; la rivière est gelée de toute sa profondeur, les glaçons arrêtent les rames, et notre embarcation fortement ballottée reçoit plusieurs chocs et demeure immobile. Telle la flèche d'un Parthe lancée par un arc bien bandé; elle tend tout d'abord les airs avec une grande force, m; si elle entre dans le feuillage d'un taillis, elle épuise son clan parmi les branches et tombe sur le sol; notre bateau, qui avait été aussi rapide que les vagues, fut ainsi arrêté dans course. Enfin le nocher, cédant à mes instances, se fraye un passage. La glace cède aux coups répétés des ram >u-

dain nous glissons dans la Loire au large courant et pêne-

trons dans une ville célèbre dans l'histoire, — Orléans, où je reconnais le berceau de mon enfance; je couvre de baisers les bords qui m'ont vu naître.

«Puis, ayant renvoyé mon bateau, je traverse la plaine à cheval. Arriver auprès du roi est mon unique pensée. Aussi je dirige mes pas vers la grande et populeuse ville de Lutèce, où je sais trouver le roi François, le roi de France ; y a-t-il quelque chose au monde de plus auguste, de meilleur et de plus clément que tu puisses regarder, ô Soleil1?»

A la nouvelle de cet événement et de cette fuite, les amis de Dolet firent tous leurs efforts pour le sauver. Ce malheur ne fut pas plus tôt connu de Voulté, — il était alors à Toulouse et avait déjà acquis une certaine réputation par la publication de ses deux premiers livres d'épigrammes, — qu'il partit pour Lyon, où il comptait trouver son ami en prison. Il était désireux de se mettre à la disposition de Dolet, de lui offrir ses bons services et sa bourse; il voulait partager le sort de son ami si cela était nécessaire, et si, comme il le croyait, Dolet était banni, il était prêt, pour tenir une promesse qu'il lui avait faite autrefois, à l'accompagner en exil. A Lyon il apprit à sa grande joie que son ami était arrivé sain et sauf à Paris, et que, grâce à l'intervention d'amis puissants, il espérait obtenir son pardon du roi.

Une lettre écrite par Voulté à Jean de Pins (12 mars 1537) et imprimée dans le volume de ses épigrammes, nous dit l'inquiétude qu'il ressentait, et nous fait voir qu'on pouvait compter sur son affection et sur son dévouement; — il était disposé à faire tous les sacrifices pour être utile à Dolet. Il semble croire, à ce moment, que Dolet obtiendra son pardon et il avait mis en jeu sans doute toute l'influence qu'il possédait pour obtenir ce résultat. Tant qu'il resta à Lyon, ses efforts ne se ralentirent pas. « Voulté », écrit de Toulouse Jean de Boyssone, « est absent depuis deux mois. Il est parti pour

1 Doleti Cannina, p. bg.

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