‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 75 sur 133 · CHAP. XV. — L IMPRIMEUR · texte numérisé non relu

CHAP. XV. — L IMPRIMEUR

Il avait toutefois fait quelques économies qui, avec le capital avancé par Dulin et peut-être avec quelque autre argent pi par des amis, lui permirent de s'établir comme imprimeur et comme libraire — tenant boutique de libraire, comme il le dit plus tard l.

Pendant l'emprisonnement qui suivit sa condamnation à mort (1543), il écrivit au roi la lettre que voici: « Je pei Syre, que vous estes bien records, comme l'an mil cinq ctrente et huyt, après vous avoir présenté a Moulii leux

tomes de mes Commentaires sur la langue latini avoir donné à entendre que me vouloys réduire à l'art de l'imprimerie et vocation de librairie, pour oultre ma p

sans ce que le dit belayn en soit chargé ou empesché oyennant

le prix et somme de quinze cens livres que le dit Dulin promet fournir aux .fias maries Dolet pour son fonds dans cette présente compaignie sur laquelle somme de quinze cents livres les dits mariés Dolet ont confessé et confessent avoir eu et receu dudit Dulin cinq cents livres tant en cinquante escus d'or sol

qu'ils ont cvdevant receu ils ont dit et confessent quatre

livres dix sols qu'ils ont receus présentement en ducats doubles ducats ung demi

escu dor sol en partie et tellement que des cinq cents livres les sus

mariés Dolet se sont tenus et tiennent pour contents et en ont quité et q;. le dit Dulin lequel Dulin a promis et promet leur fournir et dé livres restans desdites quinze cents livres aux festes de Tuussain:

prouchains venant par égalle portion permettant les dites parties

leur serment et soubs obligations et ypothèque de tous leurs biens

avoir agréable tenir devoir tenir et accomplir des dites partL- ement et

en droyt soy tout le contenu en ces présentes sans jama enir sur pa

de tous arrests deppens dommaiges et intérêts soubmettans

ux, sénéchaussées, officialité Pri\ ;

de Champaignc Donné à Lion en la maison d'habit)

t le lundi dixième jour de juillet l'an mil V" quarante deux. 1': Millet Dr en médecine et Guillaume Lan:

I.e premier témoin, Claude Millet, était un ami par l'épitre contenue dans L'édition

par Dolet en i'?y. L'autre témoin m'est inconnu. 1 notaire, se voit dans plusieurs autre était sans doute un parent de Claude I

1 » Il aurait mis ensemble quelque peu amis, il des

faict imprimer plusieurs bcaulx Y, p. 7.

fession littéraire proffiter de plus en plus au bien public, il vous pleut (par forme de provision, que mes labeurs ne me fussent gourmandes par ung tas de gens ignorants) me donner privileige exprès pour dix ans durant ma vie sur touts livres qui par moy seroyent composés ou emendés, corrigés et dûment reveuz. Ayant obtenu cela de vous, je me mys en mon debvoir de bien exécuter mon entreprise peu a peu et commençay a imprimer plusieurs bons livres en Latin qu'en Françoys. A ce myen commencement les Libraires de ceste ville, cognoissantz que je n'avois tels fonds de biens mondains qu'eulx, se mocquayent plus de moi qu'aultrement. Mais pour cela je ne laissay de poulsir aultre, et avec l'ayde de mes amys je prins quelcque accroissement, tant qu'en réputation d'impression correcte, et en requeste de marchandise il n'y avoit Imprimeur ou Libraire en Lyon, qui fust plus adventagé que moy. Et de la conceut l'envie grande et mortelle de ceulx de ma vocation : et au lieu de leur mocquerie accoustumée ilz ont a lafin 'machiné ma mort1.»

Mais tout en admettant franchement plus d'une fois qu'il chercha à s'assurer, à l'aide de ses presses, un certain revenu nécessaire à sa situation de chef de famille, il ne se proposa, cependant, que d'imprimer des livres d'un mérite réel. «Je m'efforcerai», «écrit-il, d'augmenter, par tous les moyens possibles, les trésors de la littérature, et j'ai résolu de me concilier les mânes sacrés des anciens par la scrupuleuse exactitude de mes éditions de leurs œuvres, et aussi d'apporter tous mes soins, toute ma diligence, aux ouvrages contemporains. Mais tout en accueillant de tout cœur, et même avec empressement, les œuvres de mérite, je refuserai impitoyablement les méchants écrits de vils barbouilleurs de papier qui sont la honte de notre époque2. »

1 Cette épître est imprimée en guise de préface en tête de la traduction des Tusculanes de Dolet, Lyon i5-|.3.

- Lettre au cardinal du Bellay placée en tcte du : De Jure Militum de Cottereau, Lyon i53g.

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Ce fut vers la fin de 1538 que ses presses commencèrent à

fonctionner, et, dans Les six années suivantes, soixai I ouvrages au moins en sortirent; quinze de ces livres étaient des traductions ou des traités originaux dus à la plume de l'imprimeur lui-même, pour beaucoup d'autres il fit fonction d'éditeur, et écrivit une préface, une dédicace ou une 1 Plusieurs de ces ouvrages furent réimprimés par Dolet luimême, ce qui fait un total de plus de quatre-vingts volumes.

Le premier livre qu'il imprima est un court traité de trentehuit pages intitulé: Cato Christianus, — c'est une explication sommaire du Décalogue, du Credo, de l'Oraison Dominicale, suivie de deux odes à la Vierge qui avaient déjà paru dan volume des discours. L'ouvrage est dédié au cardinal Sadolet, et, dans la préface, l'auteur dit qu'il a été l'objet de reproches et de calomnies pour n'avoir jamais parlé de la religion dans ses livres, sujet qu'il sait être dangereux et qu'il préférerait ne pas aborder. «Je montrerai du moins», ajoute-t-il, «en publiant ce traité, que non seulement mes actions et ma manière de vivre, mais encore mes paroles attestent ma foi religieuse. »

Parmi les pièces de vers qui accompagnent ce volume trouve une de Guillaume Durand, premier principal du col) de Lyon. Elle est écrite dans le même esprit que le livre :

Cessate, crêpantes, invidia obtrectat Cessate diceiv Doletum relligione Vaccuum: et ut relligionis sit doctus docl Hoc libro ab eo dicite, iniqui obtrectat Hoc discite libro Christiane vivere.

Dolet semble avoir souhaité tout spécialement que ce livre fit une bonne impression, et, l'année suivante, écrivant à Claude Cottereau, il dit: « Dites-moi, je vous prie, comment mon Cato Christianus a été reçu par les gens de la coui

1 Dédicace du Genethliacum.

La même année furent publiés deux autres volumes portant la marque de Dolet; sur le titre de l'un d'eux figure son nom, mais aucun de ces livres ne fut imprimé par Dolet; l'un est une édition des œuvres de Clément Marot dont je parlerai plus loin; l'autre, un petit in-40 de 175 pages, contenant les poèmes latins de Dolet en quatre livres; je crois avec M. A. F. Didot que ce dernier volume sortit des presses de Gryphius, les caractères et l'aspect général du livre étant identiques avec ceux du De Rc Navali, imprimé la même année.

Ces Carmina sont au nombre de cent quatre-vingt-quinze, ils sont divisés en quatre livres et comprennent toutes les pièces publiées auparavant dans le volume des discours. Le premier livre est dédié à Claude Cottereau; le second, au cardinal de Tournon ; le troisième, à Jean de Boyssone, et le quatrième (composé uniquement d'épitaphes), à Sébastien Gryphius. Le volume est accompagné de poèmes à la louange de Dolet, lesquels sont de Salmon Macrin, de Nicolas Bourbon, de Honoré Vérace et de Godefroy Bering. Ce livre offre un grand intérêt, mais il ne doit pas nous retenir plus longtemps ici, puisque toutes les pièces qui ont quelque valeur biographique ou littéraire ont été mentionnées dans d'autres chapitres.

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