CHAP. XVII. LE GRAMMAIRIEN ET LE
qui aujourd'hui est absolument établie, a savoir: le pluriel des noms en e que Dolet veut qu'on forme en ajoutant uni au lieu d'un :. Exemple: voluptés, dignités et non pas: volupl dignitez. Et cet ouvrage de Dolet n'est p importance
pour l'histoire de la langue française à un autre point de vue encore. C'est Dolet le premier, suivant Henri Estienne, qui introduisit l'expression '.faire de bons ofj ir fairt <l< bc
vices et traduisit officium par office au li<-;i de devoir1.
Le volume se termine par le dixain suivant dû a la plume de Charles de Sainte-Marthe :
Au lecteur François, Pourquoi es-tu d'aultruy admirateur, Vilipendant le tien propre langag< Est-ce (Françoys) que tu n'as instructeur Qui d'iceluy te remonstre l'usage?
Maintenant as, en ce grand advantage, Si vers ta langue as quelque affection, Dolet t'y donne une introduction, Si bonne en tout qu'il n'y a que redire : Car il t'en-, [gne (o noble invention!) D'escrire bien, bien tourner et bien dir
Ces trois petits traités eurent un succès plus vit* et plus immédiat qu'aucun autre ouvrage original1 de Dolet U seconde édition en fut donnée par l'auteur en 1541, une t sième en 1542, et une quatrième en 1543. D'autres imprimeurs éditèrent ensuite ces opuscules; avant la fin du sircle, la
1 J'enten bien maintenant ce beau trait, Faire de bons disoit auparavant / -. Or je m'asseure qu
recherche, «m trouvera que ceste manière de parler n'<
depuis la traduction des episi
latin il en fit office en François, au lieu de dire /'
in usage, premièrement enf-
autres courtisans. Deux Dialogues du non
par Henri Estienne. Paris.
Punctuation et les Accents furent publiés au moins dix fois et la Manière de bien traduire au moins trois fois.
Après avoir établi les principes de la bonne traduction et les règles que doit observer le traducteur, Dolet n'hésita pas à faire juger au public jusqu'à quel point il était bon traducteur et pouvait mettre ses règles en pratique. Deux ans après la première édition de ses opuscules il publia une traduction des lettres de Cicéron à ses amis, et un an plus tard, alors qu'il était prisonnier à Lyon, une traduction des trois premiers livres des Tusculanes.
« Si j'ai travaillé, dit-il, dans sa préface des Epitres familiaires, pour acquérir los et bruict dans la langue Latine, je ne me veulx efforcer moins à me faire renommer en la mienne maternelle Françoyse. Ce poursuivant, je ne prétends seulement produire ce qui entièrement est sorty de moy (comme desia on a veu par troys traictés de mon Orateur Françoys; et comme on le voirra entier au commencement du grand Dictionnaire vulgaire, que bien tost imprimeray: comme aussi on voirra aux Tusculanes de Ciceron, par moy traduictes) mais pareillement toutes aultres bons livres, que cognoistray sortir de bonne forge, Latine ou Italienne; soit autheurs antiques, ou modernes; naifs, ou translatés. De ce mien vouloir sera temoing ce présent œuvre de Ciceron depuis quelcque temps par moy traduict en nostre langue. Lequel œuvre je n'ignore pas avoir aultre fois este imprimé soubs aultre traduction. Mais scais tu quelle certainement faictes en despit des muses Latines et Françoyses; car oultre ce que le langaige n'en vault rien du tout, le gentil traducteur premier a si bien corrompu le sens qu'il fauldroit ung Apollo, pour deviner ce qu'il veult dire. Qui est chose par trop contraire a la divine facilité et perspicuité de Ciceron. Je croy, que le trouveras ung petit myeulx accoustré. Ly et puis tu en jugeras plus seurement...
« Au demeurant, je te veulx advertir, que la langue Françoyse n'est si copieuse qu'elle puisse exprimer beaucoup de