‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 84 sur 133 · XVII. LE GRAMMAIRIEN ET LE TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

XVII. LE GRAMMAIRIEN ET LE TRADUCTEUR

vie n'est plus guère qu'une suite d'emprisonnements et de pro<

Quelques exemplaires seulement de la traduction ont dû être mis en circulation et il est probable que l< fut

confisqué et brûlé avecl< 3 autres livres de Dolet1. Il n'y avait personne pour faire valoir le privilège du roi, et les douze réimpressions qui furent publiées pendant le laps de temps que ce privilège garantissait, enrichirent les imprimeurs de Paris et de Lyon.

La traduction des trois premiers livres des Tusculanes suivit bientôt. Quoique d'un plus grand mérite que les l Familiaires, elle n'eut pas la popularité de ce dernier ouvn Achevées et publiées pendant que l'auteur était en prison à la Rouane à Lyon, attendant l'exécution de sa condamnation à mort, les Tusculanes portent la marque de la façon hâtive et négligente avec laquelle on les imprima. Il est probable que cet ouvrage ne fut jamais mis dans le commerce, mais que toute l'impression, à l'exception de quelques rares exemplaires, fut confisquée et brûlée; du reste l'épître peu judicieuse (adressée au roi) que Dolet mit en tête du volume en guise «le préface n'eût pas manque de vouer son ouvr g ce malheureux sort. Pendant trois siècles la première édition du livre disparut, et l'on se fonda simplement sur les éditions de Ruelle (1544) et de Sabon (1549I pour suppose]- qu'elle existât. Il y a quelques années, on découvrit, à Dole, un mplaire de l'édition originale; feu M. Baudrier était l'heureux | ur d'un autre exemplaire de cette même

édition -.

L'épître au roi, qui jusqu'ici n'a jamais été mentionnée par aucun écrivain, est pour nous la partie la plus intéressante du

1 In exemplaire brûlé dans les mat .1 bibliothèque vie l j

-' J'ai découvert cinq réimpressions au moins «.les Tuscu publiées avant i55o. Chacune de ces éditions ne contient qui >ers

livres, ce qui montre clairement, je crois, que Dolet n'avait imprime partie de l'ou> i

livre; ce document jette une vive lumière sur les causes des malheurs de Dolet et sur son procès1. La traduction ellemême fut faite cou amore. Toute creuse et peu scientifique que paraisse la philosophie de Cicéron, elle était acceptée par Dolet, non seulement comme vraie, mais aussi comme une théorie rationnelle et adéquate de la vie et de la mort; et les consolations qu'il ne pouvait trouver dans le christianisme, il les trouvait dans les Tusculanes. Le principe qui domine dans tout l'ouvrage, à savoir que l'homme possède en lui les moyens de s'assurer le bonheur, était bien fait pour Dolet, et encore que nous puissions taxer de déplacée et d'outrée l'enthousiaste admiration accordée aux Tusculanes — par Erasme aussi bien que par des hommes qui lui étaient inférieurs, — nous pouvons fort bien comprendre la popularité dont elles jouissaient à bon droit. L'épître au roi est suivie du huictain que voici :

Iectez ici l'œil Touts passionnés, Et serez de dueil Tost abandonnés; Les biens ordonnés Par philosophie Icy sont donnés A cil qui s'y fie.

Outre les traductions de ces deux ouvrages de Cicéron et des traités d'Axiochus et d'Hipparchus (dont il sera parlé plus tard), on a attribué à Dolet une grande quantité d'autres traductions — pour quelques-unes on a peut-être raison, mais pour d'autres on se trompe, il les imprima, ou les édita simplement. Il ne lui suffisait pas d'être imprimeur, pour la plupart des livres qui sortirent de ses presses il fit fonctions

1 Voyez plus haut (p. 32?) et plus bas chapitre XXI passim.

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d'éditeur, ajoutant des p (des épîtres liminaires, suivant

l'expression du procès), d< , des notes marginales,

autres additions. Il n'est pas toujours commo faire la

part de l'auteur et celle de l'imprimeur. /.< ( h valier Chrestien, traduit du latin d'Erasme et imprimé par Dolet en 1542, lui a ét( souvent attribué, mais ce n'est que la réimpression de la traduction de Louis de Berquin. Le vrai moyen de bien it catholiquement se confesser, traduit aussi d'Erasme, peut être dû à Dolet, quoique cela suit peu probable. Il ne réclame nullement cet ouvrage comme sien, et il figure au procès comme un des livres damnes et erronés, imprin non écrits) par

Dolet avec épîtres liminaires excitatives à la lecture cficeux. Barbier a montre «pie l'édition de UinierneUe Co)isolati< une traduction du De Imitatione ChristiJ, dont il n'avait eu qu'un exemplaire incomplet, n'est qu'une réimpression d'une ancienne traduction. La traduction française de la paraphr. des psaumes de David de Campensis, imprimée par Dolet en [542, lui est attribuée par Duverdier et par Boulmier, □ il est évident que ni l'un ni l'autre n'ont vu un exemplaire de l'ouvrage. Après le doute exprimé par Née de la Rochelle, M. Boulmier aurait pu hésiter avant d'affirmer que ce livre avait été « imprime et traduit par Dolet». Cet ouvrage r pas rare au point qu'on ne puisse en trouver un exemplaire; aurait pu alors voir par la préface que la traduction était due a une autre plume que celle de Dolet. Du Verdier évidemment l'a confondue avec une traduction des Psaumes imprimée par Dolet en même temps que les Cantiques et qu'un court opuscule de saint Athanase (certainement traduit du latin par Dol< t), la même année que la paraphrase de Camp. nsis. Il se peut que Dolet ait été le traducteur de tous. ces ouvrag toutefois pour Ce qui concerne les psaumes 1 t les cantiques, il évident que la traduction n'est pas une auvre personnelle, mais simplement une version antérieure revue et rigée, et il n'y a rien a dire sur cet ouvrag d'un mérite jjatif. Quant au traite de saint Athanase sur les psaun

Dolet nous dit qu'il le traduisit non pas d'après l'original grec, mais d'après la traduction latine qu'en avait donnée Poli tien1.

1 II n'existe aucune trace des Philippiques de Cicéron attribuées par La Croix du Maine à Dolet, et il est probable que le mot Philippiques a été pris par erreur pour Tusculanes, puisqu'il n'est pas fait mention de ce dernier ouvrage dans la Bibliothèque Françoise.

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