CIIAP. XX. PRÉSAGES DE LA FIN
référé au parlement de Dijon, capitale de la province dont Guise était gouverneur, et l'accusation fut discutée devant le second président Baillet, créature de Guise (et qui avait acheté sa charge à prix d'argent), et devant certains conseillers, instruments passifs de la volonté du second président. Le résultat ne pouvait être douteux. Le 8 août 1551, les accusés furent déclarés coupables; Boyssone fut dépossédé de sa charge, condamné à une lourde amende et retenu en prison jusqu'à ce qu'il l'eût payée. Mais l'opinion publique lui était favorable. Le chancelier Bertrandi ne fut pas satisfait de cette condamnation et l'université de Grenoble se hâta d'offrir unechaire de droit au conseiller disgracié. Boyssone et Pellisson eurent la permission d'en appeler au parlement de Paris, et après un long procès fatigant qui souleva de violentes disputes au sujet des juridictions respectives des deux parlements et au sujet des droits qu'avait celui de Paris de revoir le jugement d'une cour suprême comme Dijon, une commission spéciale, nommée par le roi, et composée d'un nombre égal de conseillers de Paris et de Dijon, rendit leur poste à Pellisson et à Boyssone, condamna Taboët aux frais, et ordonna que ce dernier fût promené, tête et pieds nus, avec une corde autour du cou, dans les rues de Chambéry1.
A partir de ce moment Boyssone disparaît de l'histoire. Sa correspondance et ses poèmes nous renseignent jusqu'à cette date; mais son biographe n'a pas pu découvrir sa trace après sa réhabilitation, ce qui nous permettrait de supposer qu'il mourut peu de temps après.
Sur ces entrefaites Dolet se préparait à augmenter considérablement son commerce d'imprimeur. Nous ne savons pas où il installa sa presse au début; quelques-uns de ses premiers livres portent sur le titre cette mention : Au logis dé Monsieur Dolct , mots qui semblent avoir donne prise à bien des mo-
1 Guibal. Rev. de Toulouse, août 18 . D< l hou : i. p. 88a et buîv.j Epist, Bnyss. passim.
queries. Mais au commencement de 1542 il se transporta dans la maison de la rue Mercière, où il vécut jusqu'à son dernier emprisonnement. A la dernière page de plusieurs des livres imprimés par lui cette année-là on lit : A Lyon cites Estienne Dolet, pour lors demeurant en Rue Mercière à l'enseigne de la dolouere d'or.
La rue Mercière était l'une des rues les plus importantes de la ville, les imprimeurs et les libraires y étaient en grand nombre. De même qu'au-dessus de la boutique de Gryphius il y avait un griffon et au-dessus de celle de Tournes des serpents enroulés, au-dessus de la boutique de Dolet on voyait, comme enseigne, une hache d'or ou dolouere, semblable sans doute à celle du titre de ses livres1.
Pendant les cinq années que fonctionnèrent les presses de Dolet, plus de quatre-vingts volumes en sortirent, comprenant toutes sortes de sujets : théologie, histoire, poésie française et latine, grammaire, critique, classiques latins, traductions, médecine ; plusieurs livres grecs figurent au nombre de ces publications. Le quart de ces ouvrages environ était dû à la plume de l'imprimeur; pour un autre quart il avait fait fonctions d'éditeur et avait écrit une préface, une dédicace ou une ode. La plus grande partie de ces publications (plus de soixante) parurent avant l'arrestation de Dolet, à la fin de juillet ou au commencement d'août 1542. Dans l'appendice bibliographique j'ai consacré une note détaillée à tous ces volumes, et j'ai mentionné les autorités qui citent ceux (environ un septième) dont je n'ai pu découvrir un exemplaire.
Pendant les trois années qui suivirent la publication du Cato Christianus, Dolet montra une prudence extrême pour lui. Ses querelles avec les maîtres imprimeurs ne cessèrent
1 M. Boulmier semble n'avoir pas remarqué que la boutique et la maison de Dolet se trouvaient dans la rue Mercière, et ne connaissant peut-être pas Lyon, il a mal compris un passage du Second Enfer, et a dit par erreur que la maison de Dolet était l'un de ces hauts édifices qui se trouvent sur le quai de la Saône.