I HAP. XX. - PRÉSAGES DE LA FIN
à Lyon; nous, au contraire, qui sommes entourés de tous côtes par de hautes montagnes, nous n'avons que de ra communications avec la Gaule. Aussi vous seriez bien aimable si, de temps en temps, vous pensiez à me donner des nouvelles de Lyon l. »
A la fin de 1540 Boyssone fit un voyage à Paris, et à son retour nous apprenons quelque chose sur Dolet par une lettre adressée à Guillaume Bigot, écrite de Chambéry <i'r décembre 1540). «A Lyon», dit Boyssone, «Dolet a soupe avec moi. Nous avons surtout parlé de vous et de vos travaux, et nous avons décidé tous les deux que vous devez achever vos études médicales2.» Mais, quoique ce soit là le dernier témoignage direct que nous ayons des rapports de Dolet et de Boyssone, leur amitié se continua jusqu'à l'époque de l'arrestation de Dolet (1542), on le sait, grâce à une lettre de Boyssone à Bigot (30 juin 1542), laquelle se termine ainsi: «J'admire beaucoup vos vers, et je tâcherai de trouver moyen de les faire lire à Dolet3.» Après cette lettre le nom de Dolet disparaît de la correspondance de Boyssone. Dolet fut arrête peu après, et le reste de sa vie, quelques mois exceptés, se passa en prison.
Nous nous serions certainement attendu à ce que quelques mot> de sympathie pour les malheurs et pour la fin tragique de Dolet se fussent rencontrés dans les lettres que Boyssone adressa à ceux de ses amis qui étaient lies avec Dolet, mais on n'y trouve aucune allusion au sort de L'infortuné. K>; comme le suggère M. Guibal*, parce que Boyssone avait abandonné son ami malheureux par une de ces lâchetés que l'on déguise sous le nom de convenances, et qui sont le péril des haute-, positions officielles, ou bien est-ce qu'en revoyant sa correspondance , avant de l'envoyer chez l'imprimeur,
1 Corr. Mon. fol. In.
* Id. fol. Ixv.
s Id. fol. Irai.
1 Rev. de Toulouse, août 1864, p.
Boyssone supprima, par mesure de prudence, tout ce qui avait trait au procès, à la condamnation, à la mort de Dolet, et tout ce qui pouvait indiquer quelque sympathie pour lui? Il ne nous est pas possible de donner une opinion à cet égard.
Nous devons, en quelques mots, dire ce que devint Boyssone. D'abord il trouva qu'après Toulouse, Chambéry était un séjour très agréable. Ses devoirs de magistrat lui plaisaient; il jouissait de la société de ses collègues, les conseillers de Savoie, dont plusieurs, son ami Maurice de Scève, entre autres, étaient des gens cultivés et intelligents, et il était dans les meilleurs termes du monde avec le président Pellisson. Cicéronien par la foi, sinon par le style latin, Boyssone consacra la villa qu'il habitait, aux portes mêmes de Chambéry, à la mémoire de son maître, et c'est dans un Tusculum savoyard qu'il occupa ses loisirs à étudier et entretenir une correspondance avec ses amis littéraires. Dix années se passèrent, il était devenu le membre le plus influent du Conseil de Savoie après le président, et les services qu'il rendit dans l'administration de la province nouvellement annexée ont été considérables. Mais il se fatigua d'occuper ses fonctions. La chute du chancelier Po}^et le priva de son protecteur; plusieurs de ses anciens collègues étaient morts ou avaient quitté la Savoie, il désirait abandonner ce pays comme eux, lorsqu'un grand malheur lui arriva, causé en partie par l'inimitié d'un subordonné, et en partie par la cupidité d'un haut personnage. Ni ses services, ni son intégrité ne purent le protéger de l'inimitié de Taboët, le procureur du roi, soutenue par la cupidité du duc de Guise. Taboët avait été sévèrement réprimandé par le président au nom du Conseil ; Pellisson et Boyssone étaient tous deux très riches; le duc de Guise, malgré l'étendue de ses possessions, avait besoin d'argent, et était désireux d'obtenir du roi la concession des biens confisqués aux criminels opulents.
Une accusation de corruption fut intentée par Taboët contre Pellisson , Boyssone et plusieurs autres conseillers. Il en fut