SCENE V
Les Mêmes , ETIENNE, qui a sa i>este déchirée.
ETIENNE. Et oui... le v'ià... Qu'est-c' au'on lui veut?
PICHU. Avance, Etienne... viens recevoir ta graisse.
ÉTIl:^NE, Qu'est-c' qui me la donn'ra? {Vojanl M. Moreau , à part) Ah!
l'bourgeois!.. paumé!
MOREAU. Dis donc, Etienne, quand seras-tu raisonnable?
ETIENNE. Toujours, bourgeois... Bonjour, papa .
MOBEAU. Vois l'inquiétude que tu lui causes, à ton vieux père.
ETIENNE. Il a tort de s'inquiéter... Estc' qu'on n' peut pas s'amuser sans qu' la Frant-e soit perdue? {A part.) D'ailleurs, si je ne l'ai pas encore vu, j'y ai pensé.
MOREAU. On peut s'amuser autrement.
(Lui montrant sa j'este.) Tiens! regarde comme tu es fait.
ETIENNE Ah! ça! c'est qu' j'ai eu des mots.
MOREAU. Je comprends. Voilà pourquoi je voudrais te voir prendre une autre route ; lu es un bon ouvrier... et iu ne travailles pas.
ETIENNE. Je travaille dans la s'maine.
MOREAU. Oui, mais les semaines n'ont souvent que trois jours pour toi. Ensuite, tu parais n'aimer, ne rechercher que les plaisirs les plus communs.
ETIENNE. Je sais pourquoi vous m'dites ça... c'est parce qu'au lieu d'aller au café, j' vas à la Courtille ou au p'titCharonne... Ah ! p'tit Charonne ! séjour des dieux et des marchands de vin!., t'es l'hémisphère de l'ouvrier; là, il peut y aller sans qu'on r montre au doigt.
MOREAU. L'ouvrier peut aller partout.
Ceux pour qui on a du mépris ne le doivent qu'à eux seuls. ... à leur conduite... Quand j'étais ouvrier, on ne me montrait pas au doigt... Il est vrai que je pouvais boire sans me griser. . . m'amuser sans me battre.
ETIENNE. Bien touché. .. Quoiqu'ça...
vous n' pouvez pas dire que l'ouvrier gagne des journées comm' dans vot' temps.
MOitEAU. Je sais qu'il est des pères de famille qui, loin de penser au plaisir, ne gagnent pas même de quoi manger au bout de la journée.
ROBERT, à part. J'en ai connu. . .
MOREAU. Mais toi, tu passes ton temps avec un mauvais sujet que personne ne connaît ici...
ETIENNE. Un mauvais sujet!.. {A part.) Ahl pauvre Alexandre, comme on t'abîme... Mais, plus tard, tu t' montreras...
MOREAU. Je sais bien que ta conduite ne me regarde pas... {Etienne se tait.) Tu le penses, peut-être?...
PICHU. r r pense, le mali,n.
MOREAU. Réponds donc, Etienne!
ETIENNE. Bourgeois, pouvez-vous m'avancer une pièce dix francs ?. . .
MOREAU. Quelle tête!... Tout ce que je t'ai dit était dans ton intérêt... Ne perds pas de vue que c'est ma bonne conduite qui m'a rendu maître de cet établissement... qu'avec de la bonne conduite on peut arriver à tout. . .
(Il sort.)