SCE.NE VII
Les Mêmes , excepté les Ouvriers.
ROBERT. Eh bien! Etienne... lu viens d'entendre ce que t'a dit ]M. Moreau... Qu'est-ce que tu en penses?
ETIENNE. J' pense qu'y ni' tire aux jambes, qu'il est un peu sciant, mais qu'il a raison... J' suis pas d' ces gens qui disent c'est pas ça, quand c'est ça. Moi, quand c'est ça, je dis c'est ça... Mais c'est plus fort que moi... j' suis un enfant d' la jubilation, né, natif d' la jubilation; vous, c'est différent, papa, vot' conduite est superbe, vous êtes rangé comme un papier d' musique , vous n' ribottez jamais... sans compter qu' vous trouvez moyen, eu n' gagnant guère, d' mettre encore d' l'argent de côté...
ROBERT. Moi, comment?...
ETIENNE. J' vois tout ça... et je dis: Père estimable, va, mais j' fais la noce... j' suis un noceur fini, quoi I j'ai la bosse de la noce...
Air : Faisons la paix.
Je suis noceur {bis) , Faire la noce est mon système ; La noce fait tout mon bonheur...
Nocer est mon bonheur saprème ;
Je suis noceur! [bis) A mort, à mort, je suis noceur !
CÉCILE,. Ainsi tu ne te corrigeras donc jamais , Etienne?
ETIENNE. Ah!... si... dans une dizaine d'années... je m' rang'rai... des voitures... je r'nonc'rai à la noce en faisant la mienne...
ROBERT. Te marier?... y penses tu?
ETIENNE. Pas à présent... Ah ben ! ce s'rait du gentil!... pauvr' femme!... va... eir pourrait bien s'attendre à c' que j' lui r'passerais à manger par le trou d'une chaufferette...
(Robert s'e'loigne en haussant les ëpaules.)
PICHU. Y vous fait rire malgré vous, c' satané farceur!...
ETIENNE. Tu ris d' ça, toi, Pichu?..
PICHU. Oui, je me dilate un peu...
CÉCILE, regardant ta veste d'Etienne. Tu t'es donc encore battu?
ETIENNE. Eh bien! merci! t'es gentille?... c'est pour ton amoureux qu' j'ai fait des armes.
CÉCILE, vivement à Pichu. Vous seriezvous battu, monsieur?
ETIENNE , prenant le même ton qu'elle.
Vous seriez-vous battu?... Eh! non, il n'en sait seulement rien , c' pauvr' garçon... V'ià c' que c'est. {A Pichu.) Tu sais ben, quand nous parlions ensemble ce matin?....
Piciiu. Oui, beau-frère.
ETIENNE. Un individu t'a bousculé en passant ; je m' dis : C'est bon, j' te perds pas d' vue! j' te laisse partir, j' cours après notr' homme, et j' dis : A nous deux... y
n' se rappelle pas pourquoi c'est
égal... crotté... ( // jette Pichu par terre, en faisant une répétition de ce qui s'est passé.) Soufflez la chandelle, monsieur se couche.
PICHU. Si tu voulais bien faire attention?..
ETIENNE. C'est pour te montrer un coup qu' tu n' connais pas... bêta...
Picnu. Qu'est-c' qui te 1' demande , brutal?...
ETIENNE. On rit avec vous, tu te fâches?... Après ça c' pendant, si tu n'es pas content, voilà.
PICHU , fièrement. En qualité d' beaufrère, je r'çois tes excuses!... Mais j'ai beau chercher , personne ne m'a bousculé.
ETIENNE , étonné. Bah I
PICHU. Ah! si... si...
ETIENNE. J' savais ben.
PICHU. C'est moi qui , au contraire, ai , sans le vouloir. . .
CÉCILE. Là, vois un peu ce que tu as fait.
ETIENNE. Qu'est-c' qu'il y a? c'est une erreur, et j' lui dois une réparation.
CÉCILE. A la bonne heure.
ETIENNE. Si on r rencontre on lui offrira sa revanche.
PICHU. A-t-il le cœur sur la main?
ROBERT,, qui rei>ient. Songe donc à l'avenir, Etienne... pense à t'amasser du pain...
ETIENNE. Du pain?.,, toujours du colifichet sur la planche... est-c' qu'on en manque jamais?...
ROBERT, avec force. Oui, oui... on en manque... (Se remettant.) Et puis, quand tu te bats pour un oui, pour un non... si on t'arrêtait!...