LS MAGASIN THEATRAL
ÉTIENîVE. Eh ben!...pour un' dispute un peu d' violon ; on n'est pas déshonoré pour ça... Vous viendriez me r'clauier, vous vous nommeriez... et tout s'rait dit
n.OBERT , avec force., Me nommer!...
(// le prend à l'écart.) Etienne !... je vais le parler, non en père... mais en ami... Si je te disais qu'en continuant de vivre comn>e (u te fais... tu seras la cause de la mort de ton père, hésiterais-tu à te corriger?"
ETIENNE, 6OTi/. Ah!... pauvr' père!...
RQUERT. Ecoute-moi encore. Tu sais si je vous aime, ta sœur et toi?... Vous êtes mon tout... Eh bien! s'il fallait qu'on
t*arrêtât loin d'aller te réclamer
retiens bien ceci... loin d'y aller... je me t»evais...
ÉTiENWE. Mais, mon père...
ROBERT. Je nte tuerais, te di,s-je... et cependant je t'aime bien, mon Etienne...
ETIENNE. Qui, moi!... jes'rais cause?..
ah! n' me dites pas ça... un si brave homme de père. - . j'en pleure comme un enfant... mais je m' mangerais les bras jusqu'aux coudes plutôt que d' vous faire une égratignure. . . C'est que j' vous aime tant... vous savez ben que j' suis comme ça... voilà, mais j' suis pas méchant... qwh? moi! vous n' le croyez pas , n'est-c' pas?. . Ah !' ça fait mal d'y penser seulement.
ROBERT , avec joie. Ah ! j'ai retrouvé mon filsT...
ETIENNE, riant et pleurant. Oui, oui, mon pauvr' pèie... et quand j' m'^oublierai, ça peut r'venir... je m' connais... rappelez-moi ça... suffit.. Wais qu' c'est bêle de pleurer comm' ça. Venez prendre un verre de vin-.
ROBERT. Non, merci, nran garçon...
ETIENNE .Rien qu'un porichinelle à deux.
ROBERT. Ca m' ferait mal.
ETIENNE. Vous n' m'en voulez pas au moins?
, ROBERT. M'oi , t'en vouloir!... mon Etienne !...
ÉTi-ENNE. Qu*^ c'est pathétique!... mon fromage en est resté d' là...
CÉCltE, (lÉtienne. Profite du raccommodement- pour...
ÉTKENNE , à Cécile, bas. Tu n'oublies pas ça, toi.... sois tranquille... (Htiiif.) Ah çà."... paptt... v'ià Pichu qui m'a dit d'' vous parler pour lui... et de vous d'mander à quand la municipalité.
ROBERT, hésitant. PicHu?
ÉTIBNNE. y sais ben qu' vous allez me d*ire qu'il est un peu bête , mais puisque Cécile l'aime comme ça...
CÉCILE, à Pichu. Prend-il tes int^'èts, c' pauvre Etienne?
ROBERT. Qu'il attende... dans six mois... un an.
CÉCILE. Ah ! mon père...
ETIENNE. Il y a déjà si long- temps qu'il attend... ma sœur s'ra si heureuse avec lui...
ROBERT. Heureuse I.. qui sait?..
ETIENNE. J' parie un litre qu' si,...
PICHU. Un litre de plus dans Y jeu
d'Etienne Qu*elle essaie, qu'elle en
goûte...
ETIENNE. Allons, père... Pichu est tel que vous les aimez... c'est pas un noceur comme moi. . , (fias.) Et puis , voulez- vous qu'il arrive un malheur?., avec ça qu'il y en a tout plein c't' année... ça n' m'irîiit fièrement guère...
ROBERT, hésitant. Nous verrons... un mariage... ça coûte.
ETIENNE. Ça ne coût'ra rien... ys'charg* de tout.
PICHU. J' casserai ma tirelire.
ROBERT. Si tu savais?...
ETIENNE. Allons, encore son diable d' secret!
CÉCILE, priant Robert. Mon bon père...
PICHU. Qu'est-ce que j' vous ai donc fait?
ROBERT , aoec contrainte^ Rien , mou Pichu... ne vous désespérez pas... il viendra un moment...
CÉCILE. Ça vous est ben aisé à dire, d'attendre. Si vous étiez à ma place.
PICHU. Ou à la mienne.
ETIENNE. Consentez donc; vrai, vous n'êtes pas raisonnable.
SCEJNE VIIL Les Mêmes, WOREAU.
MOREAC . Eh bien ! qu'y a-t-il donc encore !
ETIENNE. Ah.!. vous<v' nez à propos, bourgeois, vous qui saboulez si bien 1' fils... venez donc un peu laver la tète au père...
MOREAU, riant. Comment, Robert, tes enfans se plaignent de toi? Oh! oh!
ETIENNE. Vous m'avez tout-à-l'heure habillé de taffetas pour quarante sous; mais c'est égal... je vous prends poui* juge... v'ià la question d' la chose : ma. sœur, qu'a pus d' qualités dans son petit doigt que moi dans tout mon corps , aime ce jeune homme dont auquel il n'y a rien à vous dire, vous avez l'honneur de l' coninaîlrc... ils s'aiment tous deux du grand tra la la de l'amour... Eh beu!... v'ià notr'' brav' père... lia meilleure pâte , d'homme qu'il y ait sous la calbtte- dtr
cieux, et qui a aussi plus d' qualités dans tout son corps que moi dans mon p'tit
doigt Non, c'est pas ça il a pus
de
MOREAU. C'est clair.
ÉTiEMVE. Eh benl... i' n' veut pas les marier ensemble...
MOREAU. Quelles sont ses raisons?
ÉTIEMNE. Ah! voilà... Il n'en a pas de raisons... I' r'fuse sous prétexte qu'i' n' veut pas... Vous sentez ben que j' dirais des bêtises jusqu'à dimanche, ça Trait comme une paire de lunettes sur 1' nez d'un caniche... Tandis qu' vous qu'êtes jmy dans les tribunals, vous comprenez l'ognon et vous arrang'rez les épinards...
MOREAU , riant. Tu parle* comme un livre...
PICHU, à part. De cuî.sine.
ETIENNE. >'ous m' flattez... mais je 1' sais bien... ( Ici IMureau prend une prise , Etienne en prend une dans la tabatière de Morean.) D'amitié, bourgeois...
PICHU. Qu'il est hardi !
MOREAU. Au fait, Robert, pourquoi ne pas consentir à ce mariage?...
ROBERT, hésitant. Elle est si jeune !..
ETIENNE. Si jeune!... Vous m'en direz des nouvelles dans neuf mois.
MOREAU. Piclm est un boa swjef. ..
ÉTIE^NE. Pas faignant
CÉCILE. Nous serions si heureux!...
Toujours près de vous... Nous aurions tant de soins de vos vieux jours!
PICHU. Vous seriez un vrai coq en pâte.
ROBERT. Mais ils n'ont rien...
MOBEAU , m<>eiuent. Ce n'est que cela?. .. Eh bien!... pour lever toutes difficultés,, je me charge du mobilier, des dépenses de leur petit ménage... et le mariage se fera le jour de celui de mon Eugène...
TOUS. Que de bontés!...
ETIENNE. Quel brave homme !^.. et j' n'aurai pas 1' bonheur qu'on vienne chercher dispute à un homme comme ça?...
Mais voyous donc, cherchez-lui donc dispute, quelqu'un.
MOREAU. Je le remercie de l'intention. {A Robert.) J'espère que tu n'as rien à ni'opposer, à présent?...
ROBERT. Croyez, monsieur Moreau', que je n'ai rien à vous refuser, et qu'il me faut un motif puissant pour ni'opposer.. •
ETIENNE. Comment. .. l'opposition n'est pas finie?...
MOREAU. Tu me STirprends, Robert —
tuas toute mon estime et je pensais
avoir toute ta confiance... Quel est donc ce motif puissant?...
BOBERT. Eh bien! apprenez... (Vive-
ment à part.) Qu'allais-je faire?... devant mes enfans!...
MOREAU, montrant Pichu. Parle, ce jeune homme aurait-il commis quelque faute?..
ROBERT, vivement. Lui!... ohl non, non... c'est un brave, un excellent garçon I {A lui-même.) Et moi, je le ferais soupçonner!,., je causerais leur malheur !.. (^)ui, mon parti est pris... {Haut.) J'avais tort, monsieur Moreau. .. c'était une idée... une crainte... sur... leur avenir... je n'avais pas le sens commun...
PICHU, a^^ec joie. Cest c' que j' disais , 1' père Robert n'a pas...
CÉCILE. Taisez-vous donc!.,
ROBERT, à Picliu et à Cécile. Mes enfans, je ne m'oppose plus à votre union...
TOUS. Ah!... quel bonheur !
ETIENNE , à Pic/m. Mon vieux , touche là,..
5I0REAU. Robert... tu passeras chez M. le président, qui te remettra quelques papiers que j'attends; il fauit aussi que tu ailles recevoir de rarge^it dans diverses maisons...
ROBERT. Mais votre g.a.rçon de caisse?...
MOREAU. Ce sera toi «désormais... tu es le plus honnête homme C[ue je connaisse... et je compte sur toi comme sur uloi... Viens...
ROiîERT, ému. Orii, m onsieur Moreau...
vous pouvez avoir confiance... ( D'un, ton pénétré.) Je suis un hofinète homme...
MOREAU. Allons , je Xi 'aime pas à perdre de temps... viens...
(Us entrent -àans le pavillon.)