CHAPITRE ONZIÈME
Le régent devant Paris. — Ravages des nobles. — Sorties des Parisiens. — Conduite douteuse du Navarrais. — Bref du pape. — Conférence des deux princes. — Traité de l'abbaye Saint- Antoine (8 juillet). — Les princes refusent de communier. — Rupture du traité. — Discorde entre les deux princes. — Lettre de Marcel aux bonnes villes (1 1 juillet). — Sorties des Parisiens. — Attaque de Corbeil (1 k juillet). — Nouvelles négociations. — Entrevue des deux princes. — Traité conclu à Vitry (19 juillet). — Mécontentement des Parisiens. — Conjuration contre Marcel. — Désordres et massacre des mercenaires. — Marcel sauve le plus grand nombre (21 juillet). — Incendie du bourg Saint-Laurent. — Assemblée du peuple à l'Hôtel de Ville (2a juillet). — Expédition contre les Navarrais. — Les Parisiens sont massacrés. — Accusation contre Marcel. — II fait sortir les derniers Navarrais.
On était encore au mois de juin, que ie régent campait déjà devant Paris avec u régent devant Pa trois mille lances, c'est-à-dire avec trois mille gentilshommes suivis de leurs valets et de leurs écuyers, en tout, selon les auteurs du temps, trente mille hommes environ'1'. Les chroniqueurs nous apprennent que tout ce monde recevait régulièrement sa solde. Ainsi, ce même prince qui n'avait pas su trouver d'argent pour combattre les ennemis du royaume, et qui faisait un crime aux états de ne lui en avoir point donné, n'était pas embarrassé de s'en procurer pour attaquer ses ennemis. Il brûlait autour de la ville tous les villages qui n'étaient pas fermés, r-pour mieux châtier ceux de Paris, n C'est Froissart qui l'avoue, sans être choque de cette singulière justice. On vit alors quel service Marcel avait rendu à ses concitoyens en relevant, en fortifiant les murailles, cr Si Paris, dit le même chronirrqueur, n'eût été adonc fortifiée , ainsi qu'elle étoit, elle eût été sans faute dérr truite (2). 11 Etabli aux carrières, vers Gharenton, et non loin de la porte Saint- Antoine, le régent bloquait la ville du côté de l'est, car il commandait le cours supérieur de la Seine, et rien ne pouvait entrer ni sortir de ce côté. Ce blocus, si rigoureux qu'il fût, laissait les communications libres, quoique fort gênées encore, du côté de l'ouest; il ne fallait donc pas se flatter de réduire les Parisiens par la lamine. C'est pourquoi il semble inexplicable, au premier abord, que le régent
(1) Ce chiffre est contestable. Il supposerait dix était de quatre ou cinq par lance. Peut-être, cepen-
valets ou écuyers par gentilhomme ; et les mêmes dant, les seigneurs faisaient-ils avec toutes leurs
auteurs disent ailleurs, au sujet de la bataille de aises cette guerre contre les bourgeois. Poitiers, par exemple, que le nombre de ces valets 2) Froissart. liv. i, part. 2. ch. lxix.
restât si longtemps dans l'inaction sous les murs de la ville; mais la raison de ses lenteurs, c'est qu'il comptait sur une diversion prochaine de ses partisans à l'intérieur de Paris. C'est à ce moment, en effet, que remontent les sourdes menées et les intrigues de quelques hommes que les historiens appellent cr hommes de ce mérite et de considération , r> et qui, selon les pratiques du temps, se proposaient de rétabli)- l'autorité royale par le meurtre et la trahison.
Ravagea des noble». Le régent attendait avec patience le succès de leurs manœuvres, sans rien donner au hasard des combats. On a donc lieu de s'étonner de l'admiration complaisante de Secousse, qui le loue de n'avoir pas, dans ces circonstances, retardé d'un jour l'expédition des affaires. D'abord le prince avait des loisirs, et, en outre, à en juger par les documents qui nous restent, dans une période de six semaines il aurait délivré seulement trois lettres royaux, tandis que le nombre en est bien plus considérable aux autres années de son administration. Comme les gentilshommes dont il était entouré se résignaient moins facilement à attendre, il leur avait permis, pour occuper leur impatience, de piller et de brûler tous les villages aux environs de Paris. Cette œuvre de destruction s'accomplissait avec un zèle que la noblesse n'apportait plus, depuis longtemps, à la défense du royaume, et les moines eux-mêmes n'étaient point épargnés; pour les punir de leur dévouement à la cause populaire, on ne leur laissait rien de ce qu'ils possédaient.
sorties des Parisiens. Ces dévastations ruinaient les principaux citoyens de la ville, qui avaient de riches propriétés aux environs, et c'est à peine si le prévôt gardait sur eux assez d'ascendant pour les empêcher de faire des sorties et de se précipiter sur les pillards, cr Et n'osoit homme issir de Paris de celle part ni entrer aussi; mais par tr plusieurs fois en issoit-on en bataille; mais toujours perdoient plus qu'ils ne ergagnoient, et y en eut plusieurs morts Par prudence et peut-être par un reste de respect qu'il conservait encore dans ce danger extrême, Marcel ne voulait point attaquer le prince qu'il appelait toujours rc son seigneur ®. r> Mais les incursions et les ravages des gentilshommes parurent à la fin intolérables; pour surcroît de maux, le régent, ayant fait jeter un pont sur la Seine, près de Charenton, commandait le fleuve et ses deux rives; le prévôt dut alors céder quelquefois à l'ardeur des Parisiens, afin qu'elle ne se tournât pas contre lui-même, et leur permettre de sortir en ordre de bataille. L'issue de ces expéditions fit bien voir que ce n'était pas sans raison qu'il hésitait à les permettre : les bourgeois n'en obtenaient aucun résultat, et, chaque fois, ils y perdaient quelques-uns des leurs.
Conduite douteuse Le roi de Navarre , qui était toujours leur capitaine, quoiqu'il se fût retiré à
du Havanais.
(,) Grandes Chvonirjues, I. VI. p. 120. — ,2i Ibid. j>. 119.