‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 2 sur 186 · WIN · texte numérisé non relu

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Les Cordiers;

Les menus Ouvriers d'étain et de plomb;

Les Ouvriers en fer (Maréchaux, Veilliers, Greffiers et Heaumiers);

Les Couteliers;

Les Faiseurs de manches;

Les Serruriers;

Les Boîtiers;

Les Batteurs d'archal;

Les Boucliers de fer ( fabricants de boucles);

Les Boucliers d'archal et de cuivre:

Les Tréfîliers de fer et d'archal; Les Attacbeurs (fabricants de clous à attacher) ;

Les Haubergiers;

Les Patenôtriers d'os, de corne, d<j corail, de coquilles, d'ambre et de jais (fabricants de chapelets et menus objets de piété);

Les Cristalliers et Verriers (Joaillers et lapidaires) ;

Les Batteurs d'or et d'argent à filer;

Les Batteurs d'étain;

Les Batteurs d'or et d'argent en feuilles;

Les Laceurs de fd et de soie (Merciers);

Les Filleresses de soie à grand fuseau;

Les Filleresses de soie à petit fuseau;

Les Crépiniers de fd et de soie;

Les Ouvrières en tissus de soie;

Les Braaliers de fd (fabricants de coutil);

Les Ouvriers en soie, en velours et en •• boursserie de lice; 53

Les Fondeurs et Mouleurs de boucles, mordants, fermoirs, anneaux, etc.;

Les Fremailiers de laiton (fabricants de fermoirs) ;

Les Fabricants de boucles à soulier en laiton, archal , cuivre, os, corne et ivoire;

Les Tisserandes de « queuvrechiers de soie?; (Bonnetières);

Les Barilliers (fabricants de barils);

Les Lampiers (fabricants de lampes el chandeliers) ;

Les Charpentiers;

Les Maçons, Tailleurs de pierre, Plâtriers et Morteliers;

Les Ecuelliers (fabricants de vases en bois);

Les Tisserands de lange (Drapiers);

Les Tapissiers «.notrez» (fabricants de tapis indigènes);

Les Tapissiers sarrasinois (fabricants de tapis orientaux);

Les Foulons;

Les Teinturiers;

Les Chaussiers;

Les Tailleurs de robes;

Les Liniers (marchands de lin);

Les Marchands de chanvre et de fil;

Les Chavenaciers (ouvriers travaillant le chanvre);

Les Epingliers;

Les Imagiers-Tailleurs;

Les Peintres-Imagiers:

Les Huiliers;

Les Chandeliers de sieu (de suif); Les Gaagniers de fouriaux (Gaîniers); Les Garnisseurs de gaines; Les Pingniers (fabricants de- peignes) et Lanterniers; Les Tabletiers;

Les Oyers (Rôtisseurs) et Cuisiniers:

Les Poulailliers (marchands de volailles); Les Deiciers (fabricants de dés):

Les Boutonniers d'archal. cuivre et laiton);

Les Eluveurs; Les Potiers de terre; Les Merciers; Les Fripiers;

Les Boursiers (fabricants de bourses); Les Peintres et Selliers; Les Chapuiseurs (fabricants d'arçons):

Les Blasonniers :

Les Bourreliers:

Les Lormiers (Harnacheurs):

Les Baudroyers (fabricants de baudriers):

Les Cordouaniers;

Les Cavetonniers de petits souliers:

Les Cavaliers;

Les Corroyeurs:

Les Gantiers;

Les Fourreurs de chapeaux:

Les Forbères (Fourbisseurs);

MARCEL

Les Feseres (fabricants) de chapeaux d'orfroi :

/ de fleurs;

] de feutres:

Les Chapeliers < ,

1 j de coton;

\ de paon;

Les Pêcheurs :

Les Archers (fabricants d'arcs j:

. (de mer:

Les Poissonniers .

( d eau douce.

Malgré la longueur de cette énumération , on peut encore relever, dans les ordonnances sur le commerce et l'industrie rendues de 1270a 1 3oo par le Prévôt de Paris, quelques métiers dont les statuts n'ont point été enregistrés par Etienne Boileau. Ce sont notamment :

Les Oubliera (Pâtissiers); Les Forcetiers (fabricants de forces ou grands ciseaux):

Les Huchers; Les Escrinicrs :

Les Brodeurs; Les Faiseurs d'aumônières :

Les Coutepointiers (fabricants de couvertures):

Les Mégissiers ;

Les Chirurgiens;

Les Courtiers de chevaux:

Les Bateliers, etc. etc.

Quel effectif pouvait bien présenter cette masse de gens de métier? Il est assez difficile de le préciser, même en consultant les livres de la Taille et les commentaires dont les éditeurs modernes les ont accompagnés. Cependant, si l'on en croit Godefroy de Paris, cherchant à évaluer le nombre des Parisiens qui assistèrent à une rr monstre », ou revue, passée par Philippe le Bel trente ans environ avant la Prévôté d'Etienne Marcel , rr tretous les rr mestiers, » c'est-à-dire les maîtres, valets et apprentis , formaient une troupe de cinquante mille hommes Moins de trente ans après Marcel, la révolte des Maillolins mit sur pied, dit Froissart, rrgens d'armes plus de soixante rr mille et plus de cinquante mille maillets, et autres gens, comme arbalesrrtriers et archers (9). » Enfin Guillebert de Metz, qui écrivait en 1/107, uii demi-siècle après la bataille de Poitiers, dit que rrl'en souloit estimer à Paris -plus de quatre mil tavernes de vin, plus de quatre vingt mil mendians.

(2' Chronique métrique de Godefroy de Paris, édit. (2) Chronique de Froissart, Lyon, i5£6,a' vol.

Buchon, p. 19/i. p. 175.

INTRODUCTION. xxxi -r plus de soixante mil escripvains (copistes), item de escoliers et gens de -mcstier sans nombre(1). » C'était donc une véritable armée de travailleurs et déjeunes gens que Marcel avait sous la main, en même temps qu'il exerçait, comme chef des six Corps, une influence décisive sur la haute bourgeoisie.

Quel usage fit-il de cet immense pouvoir? 11 ne nous appartient point de le dire; c'est le sujet du livre de M. Perrens. Nous devons nous borner à indiquer les conséquences municipales de la lutte qu'il soutint contre le pouvoir royal, et de la défaite qui suivit de près ses entreprises. Ici, comme dans tout le cours de cette étude sommaire, il convient de laisser parler les faits et les documents authentiques.

Il existe aux Archives nationales deux pièces qui ont été écrites à huit mois d'intervalle, et dont le rapprochement est saisissant. La première est un acte d'Etienne Marcel, en date du 18 avril 1 3 5 8 , ordonnant de remettre 'ren la maison de la 'Ville n une quantité d'armes et de munitions, que les sergents royaux devaient faire conduire à Meaux pour combattre les Jacques. C'était transformer la maison aux Piliers en arsenal. Les lettres du Prévôt rebelle sont scellées du sceau de la Marchandise, sans fleurs de lys, c'est-àdire sans aucune attache du pouvoir royal qu'il combattait. Huit mois plus tard, Marcel a succombé; l'autorité prévôtale est entre les mains de Tristan Gentien, qui liquide les dettes de la guerre civile et établit, étrange analogie avec les temps modernes, les états d indemnités à payer aux Parisiens. Les lettres du nouveau Prévôt, en date du 1 1 décembre, sont scellées également du sceau de la Marchandise; mais, cette fois, les fleurs de lys apparaissent à côté de la barque des Nautes parisiens. Le Roi a mis, moralement du moins, la main sur le pouvoir municipal, et le premier échec sera bientôt suivi d'un second. Vingt-cinq ans plus tard, Charles VI confisquera purement el simplement les droits et privilèges de l'Echevinage, nommera un simple garde de la Prévôté bourgeoise, et annexera, pour un temps, cet antique office à la Prévôté royale.

Charles V, régent du royaume pendant la captivité de son père, homme plus circonspect qu'entreprenant, n'ose pas pousser les choses à l'excès; mais il témoigne, d'une façon extrêmement significative, son mécontentement envers les Bourgeois qui ont pactisé avec Etienne Marcel. Sans parler des

(1) Guii.lebert de Metz , Description de Paris sous Charles VI, flans Paris el ses Historiens, par MM. Le Roux de Lincy et L. -M. Tisserand, p. 23g.

mn ETIENNE MARCEL.

exécutions et autres mesures de rigueur qui sont le triste épilogue des guerres civiles, il exige d'eux, par l'intermédiaire de Tristan Gentien, qu'ils lui rendent des comptes et qu'ils établissent l'emploi des deniers municipaux. ffNous avons entendu que pluseurs personnes de la Ville de Paris ont à -compter de pluseurs et très grandes sommes de deniers qu'ils ontreceues, rrtant des aydes faictes et octroyées à ladicte Ville, comme des emprunts rcfaicts pour les forteresses, gendarmes et autres choses nécessaires à la ir garde, deffense et seureté d'icelie, et aussi de pluseurs revenus et autres •choses apartenant à ladicte Ville, et de pluseurs missions, frais et despens -pour eulx faicts desdicles receptes, tant en la fortification de la Ville

-comme aultrement. Si vous mandons et commettons que vous éliziez,

rrordeniez et commettiez aulcunes bonnes et souffisantes personnes pour

croir et recepvoir lesdicts comptes Et se il advenoit que aulcun de

-ceulx qui ont à compter, comme dit est, fussent, en aulcune manière, recuisant et dilayant de rendre leursdicts comptes commettons, se mes-

rctier est, au Prévost de Paris, ou à son lieutenant que il les con-

-traingne à rendre compte par devant les dessusdicls(1). ^ Voilà donc le Prévôt royal chargé de poursuivre ces fiers Bourgeois qui avaient fait trembler le Régent du royaume.

Dix-neuf ans plus tard, la comptabilité de la guerre civile n'était point encore apurée : plusieurs personnes, se prétendant créancières d'Etienne Marcel, insistaient pour être payées; mais cd'ainsné du Roy de France, le cf Dalphin de Viennois, v arrivé à la fin de son règne, n'avait point oublié c: le tems que ledict Estienne entreprint follement , par son grant oultraige cret par manière de monopole et rébellion, le gouvernement d'icelie Ville. n \ussi défend-il absolument au Prévôt en exercice de faire honneur à la signature de Marcel, ce Si vous mandons et estroitement enjoignons, dit-il. rque desdictes debtes vous ne païez ne ne souffriez estre païé aucune chose, r nonobstant quelconques mandemens (2). -

Ainsi, condamnation, au moins pour un temps, de la mémoire de Marcel, amoindrissement sensible du pouvoir municipal, apposition de la fleur de lys, c'est-à-dire do la main royale, sur le vieux sceau de la Marchandise.

1 Vidimus du Garde do la Prévôté de Paris, du ig décembre i358, dans les Preuves de la Dissertation <lc Le Roy, p. gxvi. Cotte pièce significative esl postérieure, de huit jours seulement , aux

lettres de Tristan Cenlien que nous avons citées plus haut.

[2) Lettres patentes de Charles V, du 2 juillet 1 377, dans les Preuves de Félihien . t. III , p. 320.

INTRODUCTION. xxxm

surveillance inquiète des actes de la Bourgeoisie parisienne, tendance manifeste de la Royauté à diminuer ou à supprimer les droits et privilèges de l'Echevinage , dès qu'il semble vouloir renouer les traditions révolutionnaires de 1 3 5 8 , telles sont les conséquences historiques de et l'entreprinse n du célèbre Prévôt. Ces conséquences, comme les actes qui les ont amenées, peuvent être jugées diversement; mais elles restent à l'état de faits, et il n'est guère possible d écrire l'histoire de la Prévoté d'Etienne Marcel sans les indiquer.

L'étude sommaire que nous venons de faire, et dont nous sentons, mieux que personne, toutes les imperfections, n'a d'autre but que de préparer le lecteur, par une sorte d'introduction plus municipale que politique, au récit des événements qui remplissent le livre de M. Perrens. Quelques-uns de ces événements ont Paris pour théâtre; d'autres, et c'est le plus grand nombre, se passent sur tous les points du royaume, et Marcel en est presque toujours l'agent ou le promoteur; ils sont la conséquence plus ou moins directe de l'attitude qu'il a prise et des idées qu'il a cherché à faire prévaloir. Les limites ordinaires du gouvernement municipal sont donc dépassées; la mesure s'agrandit; la scène se déplace, et, pour accommoder à cette situation un vers resté célèbre, la Prévôté des Marchands n'est plus à Paris: elle est partout où est Marcel, partout où s'exerce son influence.

Ce développement anormal d'un pouvoir réduit, avant et après, à des proportions infiniment plus modestes, a conduit la plupart des écrivains qui se sont occupés d'Etienne Marcel à ne voir en lui qu'un homme de circonstance, et dans ses actes qu'un accident historique. Il semble que ses fonctions régulières aient disparu devant l'énormité de son pouvoir d'un jour, et que son rôle normal se soit fondu dans le personnage excessif qu'il a joué. Marcel, homme politique, a complètement effacé Marcel, chef de l'Echevinage parisien, et cette absorption a eu pour résultat, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, de jeter dans l'ombre plusieurs générations de magistrats municipaux.

La monographie que M. Perrens a eu la pensée d'écrire fournissait une occasion toute naturelle de replacer les personnes et les choses à leur juste niveau. Si mêlé qu'il ait été aux faits généraux de notre histoire, Marcel est resté Parisien, Bourgeois , Echevin par un certain côté; c'est à ces fonctions municipales qu'il a dû son élection aux Etats de î 355 ; c'est aux droits.

titres et privilèges de la Prévôté, que se rattachent l'influence énorme qu'il a exercée et les moyens d'action qu'il a mis en œuvre. Il était impossible de le taire, au début d'un livre destiné à prendre place dans la collection de V Histoire générale de Paris , et à former la tête d'une nouvelle série : Les Prévols, les Echevins et leur administration.

Les lecteurs, plus soucieux des idées que des faits, et plus enclins à étudier le mouvement général des esprits en France que les phases diverses par lesquelles a passé l'Édilité parisienne, regretteraient peut-être que la haute personnalité de Marcel fût abaissée à la taille ordinaire d'un magistrat municipal. Habitués à ne voir dans l'ami de Charles le Mauvais, dans l'antagoniste passionné du Dauphin, que le représentant hâtif d'un certain ordre d'idées politiques, que le précurseur impatient de certains principes sociaux, dont l'éclosion exigeait encore une incubation de plusieurs siècles, ils craindraient sans doute de diminuer cette hautaine figure, en la descendant de son cadre pour la ranger dans la galerie commune de l'Echevinage parisien. Qu'ils se rassurent: Marcel gardera son rôle étrange, exceptionnel, parce que ce rôle est dans l'histoire, et que nul n'a le droit de supprimer les faits, ou les personnages, du grand drame qui s'est joué, en notre pays, vers le milieu du xive siècle.

Mais cet autre rôle, plus modeste, plus effacé, dont ses prédécesseurs s'étaient contentés, et qui a suffi à l'ambition de ses successeurs, n'offre certainement pas moins d'intérêt. Nous avons essayé d'en indiquer les traits principaux et les grandes lignes; on nous permettra de signaler, en terminant, à la sagacité du lecteur, les périodes véritablement caractéristiques de notre histoire municipale, et d'appeler l'attention des hommes d'étude sur les Prévôts qui, comme Marcel, sont la personnification vivante des vérités et des erreurs de leur temps. Ces époques et ces hommes-types, autour desquels un historien peut grouper toutes les idées et tous les faits dont se composent les annales de notre Hôtel de Ville, sont en petit nombre : il y a là matière à cinq ou six monographies , que nous osons recommander aux amis des études sérieuses.

Antérieurement à Étienne Marcel, la Prévôté des Marchands est une magistrature de famille, qui se personnifie dans les membres les plus distingués de la Bourgeoisie parisienne. Les Bourdon, les Popin, les Barbette, représentent exactement l'influence du riche négoce sur les choses municipales, au xne siècle, ainsi que dans la première moitié du xinV

INTRODUCTION. xxxv Avec Étienne Marcel commence la période orageuse, qui a pour terme l'expulsion des Anglais et la reconnaissance de Charles VII par les Parisiens (i436). Dans cet espace de quatre-vingts ans, dont il faut retrancher trente anne'es de confiscation, le gouvernement municipal a des alternatives de faveur et de disgrâce; il est tour à tour parisien et navarrais, anglais et bourguignon, national et étranger. La garde de la Prévôté, mise en la main du Prévôt royal et administrée en sous-ordre par un bourgeois délégué, constitue même une période à part, qui a pour représentants deux hommes appartenant aux plus vieilles et plus honorables familles parisiennes : Charles Culdoé et Jean Xouvenel des Ursins.

Viennent ensuite cent quarante années d'une administration paisible, pendant lesquels le pouvoir municipal tend à se dégager insensiblement de la Marchandise de l'eau et à accroître ses privilèges propres, en cessant de les identifier avec ceux de l'antique Hanse parisienne. Soit que les bourgeois, enrichis par des siècles de commerce, aient poussé leurs enfants vers la magistrature, les offices et la noblesse de robe, soit que les électeurs restreints du corps électoral parisien aient vu, pour eux et pour la Ville, une protection plus puissante dans les gens en place, les hautes charges municipales sont confiées à des conseillers du Roi, à des grands officiers de la Couronne, à des magistrats du Parlement et de la Cour des comptes, à des savants et à des lettrés. L'élément bourgeois et marchand n'est point exclu, mais il est subordonné; les membres des six Corps, jadis en possession de tous les offices municipaux, n'arrivent plus qu'aux fonctions d'Echevin. C'est l'époque des Baillet, des Bureau, des Violle, des de Marie, des Roger Barme, des Spifame , des Budé, des de Thou , etc. On sent que les anciennes influences se déplacent; la direction des affaires semble appartenir plus légitimement au rang, au savoir, à l'expérience acquise dans les hautes fonctions, qu'à la fortune amassée dans la boutique ou dans le comptoir.

Avec les guerres de religion, reparaît la passion politique transformée. L'esprit de parti se cache sous les dehors de l'orthodoxie, et les mauvais jours de Marcel et des Maillotins se lèvent de nouveau sur la ville agitée. Cette fois encore, Paris, son administration, son histoire propre sont absorbés par l'histoire générale de notre pays; la Prévôté et l'Echevinage semblent entraînés dans le mouvement qui emporte la royauté et la dynastie; les Quarteniers, officiers municipaux subordonnés, prennent la tête des affaires; au Prévôt, aux Echevins ont succédé les Seize. Cette période orageuse a eu, comme celle d'Etienne Marcel, ses historiens politiques; son histoire muni-

xxxv, ÉTIENNE MARCEL.

cipale est heureusement tout entière dans les Registres du Bureau de la Ville; il ne s'agit que de l'en dégager.

Enfin, avec les Luillier, les Miron, les Sanguin, le pouvoir prévôtal reprend le cours régulier de ses destinées, et rien, sauf la Fronde, — qui écrit, comme toutes les émeutes parisiennes, sa page d'histoire à l'Hôtel de

Ville, ne vient troubler la paisible succession des choses municipales.

Seulement, on voit s'accentuer davantage la tendance que nous avons signalée plus haut : l'antique Prévôté des Marchands, devenue familière de la Couronne, s'y rattache chaque jour davantage par le nom, le rang, la qualité des personnages qui se succèdent à l'Hôtel de Ville. La vieille Bourgeoisie marchande, refoulée de partout, cède la place à la noblesse de robe; elle ne conserve même plus les fonctions d'Echevin; c'est dans les charges subalternes de quarlenier, de cinquantenier et de dixenier qu'il faut aller chercher ses derniers représentants. Cette exclusion explique, dans une certaine mesure, la réaction bourgeoise de 1789, qui créa la Mairie de Paris, et le mouvement populaire d'où sortit, peu après, la Commune.

Le programme que nous venons d'esquisser à grands traits est bien imparfait sans doute, mais il embrasse toute l'histoire de l'Echevinage parisien: c'est un cadre dans lequel les hommes de science et de goût peuvent faire entrer non-seulement ces graves figures de Prévôts et d'Echevins qui ornaient jadis l'une des salles de l'antique Maison de Ville, mais encore les idées si diverses dont le gouvernement municipal a été l'expression, et les actes si nombreux qu'il a su accomplir. Les hommes, les principes, les faits, c'est, en réalité, toute l'histoire, aussi bien dans le domaine de l'administration que dans le monde de la politique, et les écrivains auxquels le Bureau de la Ville confiait, il y a un siècle et demi, le soin d'écrire son histoire, n'en jugeaient pas autrement.

crM. Bignon, dit Lobineau, désiroit que le P. Félibien pust transmettre crà la postérité la connoissance générale de tout ce qui s'étoit passé dans tr cette capitale, tant par rapport à elle-mesme que par rapport à la mor narchie d Trudaine, son successeur, engageait le contrôleur Le Roy à faire ressortir rr la fausseté des opinions sur la nature et sur l'antiquité de "lllôlel de Ville de Paris, et à éclairer ces points qu'il regardoit comme ccimportans pour l'histoire de la Ville (2). - Turgot, le père du célèbre écono-

Histoirede la Mlle de Paris, préface, p. 1. — m Dissertation sur l'origine de l'Hôtel de Ville, p. n.

INTRODUCTION. xxxvn

miste, se persuadait, ditLebeau, rc que les monuments littéraires ont encore r plus de vie et plus de force, pour résister aux injures des temps, que les cr plus solides édifices; et, comme plusieurs citoyens avaient déjà composé l'histoire de cette grande cité, il crut que la capitale du royaume, distinct guée des autres villes par tant d'offices et d'emplois divers, devait avoir son ce historiographe -n Et lorsque l'académicien Bonamy, nommé à cet emploi, fut chargé d'exposer ses vues au Bureau de la Ville, ce nous n'avons « point, dit-il, d'histoire qui regarde en particulier l'Hôtel de Ville, et qui ce ait pour objet principal ce qui est émané de l'autorité de ces magistrats; ce c'est pourquoi on a cru devoir s'appliquer plus particulièrement à cette r dernière, et se renfermer dans les faits qui ont un rapport direct au Corps ce municipal et à chacun de ses membres (2)." Enfin une délibération du Bureau de la Ville, en date du 1 1 avril 173/1, pose, dans les termes les plus explicites, le principe des monographies administratives, tel que nous le concevons : crUne partie de nos obligations, qui n'est pas la moins essentielle, consiste dans la transmission à la postérité des événements les plus cr importants qui intéressent cette capitale du royaume, et en particulier ccl'Hostel de cette Ville. . . A l'égard d'une histoire particulière de cet ccHostel, il est de notre devoir d'en procurer une qui, quoique la première rren ce genre, peut estre un chef-d'œuvre, pour y placer tant de faits glo- 'erieux qui caractériseront, d'une manière unique, et le lieu et les officiers -qui ont eu et auront l'honneur d'être choisis ou préférés pour l'admicc nistrer *3'. n

L'histoire est donc de tradition à l'Hôtel de Ville de Paris, et l'ancien Echevinage a indiqué lui-même sous quelle forme et dans quelles limites on devait raconter ses actes. L'Edilité moderne n'est pas moins sympathique à ces travaux. Les érudits auxquels elle en a confié la direction supérieure , les écrivains dont elle utilise les savantes recherches, les travailleurs plus modestes quelle charge de recueillir les éléments de ses grandes publications, sont tous unis dans une même pensée : sauver de l'oubli, de la destruction, de l'interprétation personnelle, les documents originaux de notre histoire, et en faire la base de toute composition sérieuse. Il semble que les dures épreuves du présent soient un nouveau motif d'étudier les choses

(l) Histoire de l'Académie royale des Inscriptions, tefeuille I : Note raisonnes des ouvrages de l'histo-

t. XXX.VI1L p. 229 et 2oo. riographe de la Ville.

2> Papiers de Bonamy, recueillis par Ameilhon (3) Archives nationales. H 1 855 , fol. 483 v°.

et conserve's ù la bibliothèque de l'Arsenal, por-

KXXv„i ETIENNE MARCEL.

du passé, et que le souvenir de ce que nous avons perdu nous rende pîus cher encore le peu que nous a conserve la Providence. Sans être proprement une œuvre documentaire, la monographie d'Etienne Marcel est appelée à seconder ce mouvement de conservation historique; l'écrivain distingué auquel nous la devons, la Ville qui lui donne place dans sa collection naissante, auront atteint leur but, s'ils contribuent à développer le goût des études originales et à grouper sur le même terrain les historiens et les chercheurs.

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