CHAPITRE CINQUIÈME
efforts dans notre histoire, on en trouve du moins la preuve dans un précieux document de nos archives, où l'on rencontre un de ces aveux qui échappaient quelquefois aux rédacteurs officiels. Les lettres de rémission accordées à la ville d'Amiens contiennent cette phrase : «Pour cause desquelles assemblées les dits "échevins et communauté aient encouru l'indignation d'aucuns nobles qui s'elïorrrçoient de défaire le fait d'icelles assemblées qui faites csloient par les dites gens - des trois états n
L'éloigncment où se tenaient les nobles, par crainte des entreprises que pour- convocation des raient faire contre eux la bourgeoisie et les états, avait du moins cet avantage que le duc de Normandie ne pouvait plus céder à leurs conseils; mais Etienne Marcel ne put le réduire à un isolement si complet, qu'on ne continuât de lui dire et de lui écrire qu'il était entouré d'ennemis qui en voulaient à son pouvoir et à sa vie, et que ses vrais amis étaient hors de Paris. Ce ne fut donc que dans les premiers moments de son retour, et parce qu'il crétoit si mené qu'il n'avoit denier de checrvance,» que le dauphin se laissa arracher des lettres de convocation pour les états et un ordre de rappel pour l'évêque de Laon. Les chroniqueurs disent avec affectation que le duc de Normandie permit à Robert Le Coq de revenir à Paris. L'expression manque d'exactitude, puisque ce prélat, comme on l'a vu, était parti de son plein gré. 11 serait plus juste de dire qu'il fut prié de revenir, et il paraît qu'il n'y consentit qu'avec beaucoup de difficulté, «par fiction, n disent ses ennemis, mais persuadé en réalité qu'on n'obtiendrait rien du jeune duc, et n'ayant encore, quoi qu'on en ait dit, aucun projet sur le roi de Navarre (2).
Etienne Marcel croyait Robert Le Cou très-nécessaire à l'exécution de ses des- Retour
. . . . , . de RoDert Le Coq.
seins. Comme il devait diriger lui-même l'assemblée des états, sans négliger pour cela les devoirs de sa charge, il ne lui restait point de temps pour assister aux séances du conseil royal. D'ailleurs, il n'aurait pu y paraître sans y prendre la première place, et il ne craignait pas sans raison, s'il faisait tout par lui-même, d'être accusé de n'avoir d'autre pensée que d'établir sa domination. Il lui suffisait que l'évêque de Laon le remplaçât : personne n'y était plus apte, par l'expérience qu'il avait acquise; ce précieux allié pourrait presque commander en maître, sans porter ombrage à ses collègues, tant il semblerait naturel qu'un évêque, un des plus anciens conseillers, qui était en même temps le plus populaire et le
(l) Trésor des Charles, reg. 80, t'° 78 v".
•~] Les Grandes Chroniques ne présentent pas ainsi les choses; mais elles supposent qu'en cette circonstance Robert Le Coq joua en quelque sorte la comédie : n- Et pendant la dite journée, fu le dit "monseigneur le duc si mené que il n'avoit démet-
te chevance, pourquoy il convenoit qu'il féist tout rrce que les dessus dis de Paris vouloient; et con- " vint que il mandasl , à leur requestc, le dit evesque ff de Laon , qui estoit en son eveschié , lequel , par «fiction, fist dangier (difficulté) de retourner, et -néant moins il vint lanlost. n (T. VI, p. 62.)
plus capable, prît la direction de la politique. La confiance absolue que Robert Le Coq inspirait au prévôt des marchands rendait cet arrangement très-désirable pour la cause qu'ils servaient tous les deux.
Conférence secrète. Le 7 novembre était le jour fixé pour la réunion des états. Avant de s'y retrouver au milieu des députés, Etienne Marcel voulut s'entendre avec ceux dont il connaissait les dispositions favorables. Il les invita donc à une conférence secrète où se trouvèrent, entre autres, les quatre échevins, Robert Le Coq et Jean de Picquigny, c'est-à-dire les premiers représentants de la bourgeoisie, et les deux hommes du clergé et de la noblesse qui avaient toujours marqué leur dévouement aux intérêts populaires.
Délivrance du Ravamis On ne sait qu'une chose des délibérations de cette poignée d'hommes, c'est qu'ils décidèrent de demander au duc de Normandie la délivrance du roi de Navarre. Il ne faut pas faire honneur de cette résolution à leurs sentiments d'équité naturelle, car ils se conduisaient surtout par les nécessités de la politique, et l'on a vu qu'après avoir, une fois, stipulé que ce prince serait remis en liberté, ils avaient renoncé, dans une autre session, à insister sur ce point, pour ne pas rompre leur accord avec le lieutenant du roi. Etienne Marcel avait même promis au dauphin, pour le ramener à Paris, qu'il ne serait plus question de cette demande.
Mais il arriva ce qu'on devait attendre, que les députés des bonnes villes ne pensèrent pas qu'un engagement pris sans leur concours pût les enchaîner, et, avec les idées du temps, Marcel ne fit point difficulté de se soumettre à la volonté commune. Ce fut sans doute Jean de Picquigny qui parla le premier pour le roi de Navarre. Il vivait dans une étroite amitié avec ce prince, et l'histoire de sa vie n'est que celle d'un long et absolu dévouement. S'il est un homme qui puisse être accusé de n'avoir trempé dans la révolution populaire que pour servir l'ambition de Charles le Mauvais, c'est assurément ce gentilhomme, gouverneur de l'Artois, dont tous les actes ne semblent pas avoir eu d'autre objet. L'évêque de Laon lui vint en aide, mais dans un autre dessein. Il pensait que le Navarrais, étant trèspopulaire, pourrait avec avantage être opposé au duc de Normandie, non pour renverser l'un au profit de l'autre, mais pour les tenir l'un par l'autre en échec. Quel moyen paraissait plus efficace, si l'on voulait que la bourgeoisie poursuivît ses progrès, que de lui donner un chef capable, en cas de rupture avec le dauphin, de la conduire vers ses destinées? On verra plus loin que telle fut la pensée qui prévalut dans cette conférence, car, loin de brouiller entre eux ces deux jeunes princes, Etienne Marcel et ses amis firent de louables efforts pour les réconcilier.
Retraite Ce qui paraît fort extraordinaire, c'est que les députés de Champagne et de
île plusieurs députes. „ . il) 1 r
bourgogne retournèrent dans leurs provinces, sans attendre 1 ouverture des états.