Étienne Martellange 1569-1641
a Compagnie des Jésuites à laquelle appartint celui dont nous allons donner la notice, ramène notre pensée vers ce g-enre particulier d’architecture que les membres de cet ordre célèbre importèrent dans la plupart de leurs établissements.
Les critiques qu’on a adressées, avec quelque raison, à certains de leurs ouvrages, ne doivent pas empêcher de reconnaître que cette manière posséda des qualités incontestables d’effet et souvent aussi d’exécution.
Les Jésuites nous ont semblé faire toujours une g-rande part à cette idée que le temple de l’Eternel ne saurait jamais être trop beau : tous les luxes sont, par conséquent, compatibles avec sa décoration, de même que toutes les pompes intérieures doivent contribuer aux cérémonies du culte.
Dans des périodes d’art, comme celles des xme et xvie siècles, ces principes eussent fourni toute une série
de chefs-d’œuvre : on n’y eût épargné ni argent ni peines et les architectes étaient merveilleusement servis par leurs collaborateurs, ouvriers et artistes.
Il ne put en être ainsi au commencement du xvii6 siècle parce que l’architecture religieuse était dans une nouvelle phase de transition et que les interprètes hésitaient dans leurs productions. Les idées classiques, inspirées de l’étude des monuments de l’antiquité, puis les nombreuses églises construites pendant le siècle précédent, en Italie, avaient fini par réagir sur l’art religieux en France.
Toutefois, il convient de rappeler ici que les types inspirés par l’architecture og'ivale conservèrent une certaine influence dans notre pays, pendant tout le xvie siècle et une partie du xvne, dans les édifices religieux. Philibert de l’Orme fut un des premiers à s’en écarter dans les chapelles d’Anet, de Villers-Coterets et du bois de Saint- Germain-en-Laye ; ce qui n’empêcha pas à quelques-uns de ses contemporains et successeurs, d’achever le chœur de Saint-Eustache, vers le milieu du xvne siècle, dans le genre qui avait été adopté, un siècle auparavant, fait qui se reproduisit à peu près, à Lyon, pour l’église de Saint- Nizier.
A quoi attribuer ce retard de l’art religieux qui, jusqu’à cette époque, avait marché le premier?
Nous n’hésitons pas d’avancer que la réforme en fut la principale cause, parce qu’à dater de son apparition, les forces vives du clergé et des esprits religieux se concentrèrent pour la lutte, négligeant de construire de nouveaux édifices.
Il en résulta ceci que le petit nombre de ceux qui durent être complétés, le furent généralement par les soins des maîtres-maçons encore imbus des traditions du xve siècle, transmises par les corporations, lesquels, opérant sur des
édifices commencés, ne purent rompre en visière avec les anciens procédés.
Lorsque les guerres civiles, occasionnées par les di vergences religieuses, se furent calmées par les succès de Henri IV et par sa conversion, il y eut un retour vers les édifices religieux pour restaurer ceux qui avaient été dégradés et surtout pour remplacer ceux qui avaient péri dans la tourmente. En 1603, les Jésuites rentraient en France et l’on établissait le collège de La Flèche.
Faut-il donc s’étonner qu’alors des architectes laïques et religieux, ayant à construire des églises, aient pris leurs inspirations dans cette Italie, où l’on venait d’élever tant de beaux édifices et qu il se soit rencontré, en même temps, de la persistance pour les anciens types chez les uns et des tâtonnements chez les autres, hésitations plus caractérisées encore chez les Jésuites, dont les artistes n’étaient architectes que par circonstance ?
Salomon de Brosse, François Mansart, Jacques Le Mercier , les pères Derand et Martellange ont attaché leurs noms à cette nouvelle transformation de l'art religieux en France.
Les ordonnances de Michel-Ange, de Vignole et de San-Gallo, assez sobres du reste, avaient prévalu depuis longtemps, en Italie, dans les ensembles ; mais celles de Maderno et de délia Porta, un peu plus riches, furent, de préférence, les modèles des édifices construits par les Jésuites.
C’est ce dernier architecte qui mit en vogue ces longues niches cintrées, enclavées elles-mêmes entre deux pilastres couronnés par un fronton, genre de décoration dont les Jésuites ont abusé même pour les ouvertures de fenêtres
Ce serait trop nous éloigner de notre cadre que de rap-
peler ici comment ces architectes en étaient arrivés peu à peu aux types de Saint-Pierre de Rome, du Gesù, de Saint-Andrea délia Valle et de Saint-Louis des Français.
Constatons seulement que les églises de Jésuites se composaient généralement d’une seule nef accompagnée de chapelles avec transsept(et quelquefois un dôme à l’intersection), décorées de colonnes ou de pilastres dans la hauteur des arcades des chapelles. La façade était formée le plus souvent d’une ordonnance de deux ordres. Celui du bas, et le plus g-rand, décorait avec quatre pilastres la largeur de la nef et des chapelles ; celui du haut, moins grand, encadrait la surélévation de la nef avec deux pilastres accostés d'immenses consoles servant de contrefort ; cet ordre supportait enfin un fronton accusant ainsi le prolongement de la toiture. La porte d’entrée, plus ou moins décorée, était ordinairement surmontée d’une rosace ronde.
C’est, du reste, sur ce type, qu’en dehors des Jésuites, avec ou sans bas côtés, les architectes de l’Europe ont travaillé jusque vers la fin du xvme siècle.
Nous ajouterons un dernier mot à ce préliminaire,
Martellange, architecte et lyonnais, devait avoir sa notice complète, quoique Jésuite. En conséquence, nous déclarons avoir entendu faire avec impartialité une œuvre d’historien de l’art et non une dissertation pour ou contre une opinion politique ou religieuse. Nous supplions donc nos lecteurs de ne chercher dans ce travail que ce que nous avons voulu y mettre.