‹ Étienne Martellange 1569-1641Chapitre 2 sur 29 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

FAMILLE DE MARTELLANGE. — ETABLISSEMENTS DES JÉSUITES. HISTORIQUE DU COLLEGE DU PUY.

seule date, qui se trouve fixée par une lettre écrite de Paris à Rome, au moment de sa mort, arrivée le 3 octobre 1641, dans laquelle il est dit qu’il était âgé de 72 ans; toutefois, le P. Boero, archiviste de la Compagnie de Jésus, à Rome, nous a donné la date de 1568 ; cela pourrait faire supposer que Martellange est né dans les trois derniers mois de cette année.

tienne Martellange est né à Lyon, en 1 569 ; les renseignements manquent sur le mois et le jour exacts. Les registres des baptêmes des paroisses de Lyon correspondant avec cette époque, n’existant plus, nous sommes forcé de nous tenir à cette

L’orthographe que nous donnons à son nom est celle de sa signature :

Il ne convient donc pas de séparer, comme on Fa fait, le mot en écrivant : Martel-Ange, ou en le renversant ainsi; Ang-e-Martel.

Ce nom figure dans quelques actes de l’époque, porté par des citoyens qui paraissent avoir eu la même origine, s’ils n’étaient pas des parents. Claude Martellanche était capitaine des métiers (couturiers), convoqués à l’entrée du roi et de la reine, le mercredi 5 septembre 1548 (1).

Claude Martellenchi (probablement le même), tailleur d’habits, était propriétaire, rue Juiverie, en 1551 (2)

Jean Martelanche, commis au greffe, était parrain d’un enfant de Guillaume Panthot, maître chirurgien, le 6 février 1586.

André Martelenche, fils de Joachim Martelenche, maître (la qualité manque ) et de Eleyne Pascal, eut pour parrain André Martelenche, marchand, et pour marraine Marie Martelenche, le 30 mars 1608 (3).

Notre artiste était fils d’Estienne Martellange, peintre de Lyon, maître des métiers de cette corporation, en 1573 et 1576 (4). Selon divers auteurs, Martellange, le père,

(1) Registre consulaire de la ville de Lyon. BB, 68.

(2) Nommées de Lyon ; registre CC. 42.

(3) Registres de Saint-Nizicr, à Lyon,

(4) Syndicats, renseignement communiqué par M. de Valous.

fut élève de Jehan Capacin, florentin, qui suivit les leçons de Raphaël (5) .

Etienne Martellange eut trois fils, lesquels entrèrent tous dans la Compagnie de Jésus, ainsi qu’il résulte d’un acte du 10 mars 1607, dont nous donnons l’extrait suivant : « P. Benoit Martelange, prêtre religieux de la Société de Jésus, étant présentement au collège de la Trinité, en présence de R. P. Barthélemy Jacquinot, religieux delà Compagnie et recteur du collég’e, a donné au noviciat des Jésuites la tierce partie lui appartenant d’une maison qui fut de défunt Me Etienne Martelange, son père, quand vivoit Me peinctre du d. de Lyon, size à Lyon, place St-Pierre, en laquelle pend pour enseigne l’oiseau du paradis, indivise d’avec Me Estienne et Père Olivier Martelange, son frère ; la d. maison jouxte la place St-Pierre de vent, la rue de l’Asne tendant à la rue Luizerne de soir, les maisons qui furent de François- Mathieu Colomb de matin et bise (6) . »

Aucun renseignement précis ne nous est encore parvenu sur le P. Olivier Martellange.

Il est question de son frère Benoit dans la vie d’une religieuse carmélite déchaussée, qui fut présentée à ce Père « dont la vertu lui avoit acquis dans la ville le titre

(5) Voyez Breghot du Lut, Péricaud et Ménestricr (Notes inédites).

Jean Capacin peignit le portrait de Raphaël tenant un livre où étaient

écrits ces deux vers :

Quod bette discipulus depinxerit ora magistri,

Ostendit populo se didicisse bene.

Le portrait de Capacin figurait, à ce qu'il parait, dans la bibliothèque du college de Tournon.

(6) Protocoles de Claude Buyrin, notaire tabellion royal à Lyon, qui fut le notaire des PP. Jésuites, à la fin du xvie siècle (Archives de la cour d’appel de Lyon); communiqué par M. Brouchoud, avocat.

de saint religieux » Nous voyons encore cette reli-

gieuse amenant une protestante au P. B. Martellange, entre les mains duquel elle abjure, ainsi que son mari et six enfants (7).

Benoit Martellang’e est mort à Avignon, le 11 juillet 1619 ; il était probablement l’aîné des trois frères.

Pernetti avance que notre Martellange alla à Rome en 1676, avec François Stella (8), et l’on s’est empressé de reproduire cette date sans réfléchir que cet historien nous a montré encore ici avec quelle défiance il faut, malheusement, accueillir ses renseignements, lorsqu’ils ne sont pas justifiés par des documents. Martellang-e, né en 1569, serait ainsi allé à Rome, à l’âge de 7 ans, avec François Stella, âgé de 1 3 ans (9) !

Mais est-ce une raison pour penser que Martellange ne soit pas allé à Rome ? Cela n’est point notre sentiment, car il a pu fort bien s’y rendre vers 1586 ou 1588. A une époque où il n’existait, pour ainsi dire, pas d'école d’art en France, et encore moins à Lyon, il faut bien que notre jeune artiste ait trouvé le moyen de faire quelque part, en dehors des leçons de dessin qu’il dut recevoir de son

(7) La vie de sœur Françoise de St- Joseph, carmélite déchaussée, tirée des actes tant de son état séculier, où elle a vécu à Lyon, que de celui de Religieux dans Avignon servant de modèle aux personnes religieuses, etc.

Par le R. P. Michel-Ange de sainte Françoise, religieux du même ordre et prieur des RR. PP. Carmes de Chambéry (c’esl-à-dire Jean Durret, né à Lyon, en 1641 el mort en 1725).

Lyon , chez Antoine Briasson. M. D. L. XXXVIII.

(8) François (tci du nom) Stella, peintre, né à Malines, vers 1563, est mort à Lyon, le 26 octobre 1605. Voyez Pernetti, tome II, pages 24 et 25 ; Registre des baptêmes de Saint-Nizier.

(9 A moins que Pernetti n’ait voulu parler du pcrc de Martellange et de Jeun Stella, ne en 1525 et mort en 1601 ( Abecsdario de Mariette. T. V. page 255) j mais cela nous intéresserait beaucoup moins,

père, l’apprentissage d’un art qui exige des études longues et sérieuses.

Nous présumons, par l’emploi qu’il a fait de la canne t (mesure en usage dans le midi de la France), et par la physionomie générale de ses œuvres, qu’il a dû recevoir les premières notions à Avignon ou dans une autre ville du midi et qu’ensuite il alla se perfectionner à Rome ou dans une de ces cités italiennes, où des œuvres remarquables et des maîtres habiles constituent un enseignement complet.

Il est regrettable que cette partie de son existence soit ainsi restée complètement obscure : le nom de ses maîtres et le lieu de ses études nous eussent renseigné tout de suite sur les tendances futures de sa carrière artistique

Toutefois, ses nombreux ouvrages et l’estime générale dont il fut entouré à son époque, indiquent qu’il avait acquis un degré d’habileté dans l’architecture, qui le plaçait au-dessus des praticiens ordinaires.

Martellange fut admis dans la Société de Jésus, à Avignon, le 24 février 1590, selon ses désirs; sa profonde humilité lui nt choisir ensuite le degré de coadjuteur temporel (10), à Chambéry, le 29 mars 1603. Il refusa ainsi l’honneur de la prêtrise auquel ses supérieurs désiraient, à ce qu’il paraît, l’élever • et, quoique modeste frère, devint, ainsi qu’on le verra, une des célébrités de cet ordre qui a su constamment réunir dans ses rangs les intelligences les plus remarquables, aussi bien dans les arts que dans les autres connaissances humaines.

En ce moment, les Jésuites rentraient en France et se

(10) Il y avait à celte époque cinq degrés : 1° Les profit faisant quatre vœux solennels J 2° les prof'es faisant trois vœux; 3° les coadjuteurs spirituels et 4° les coadjuteurs temporels ; ces deux derniers degrés pouvaient, avec le temps faire certains vœux et formaieat alors le 5e degré.

trouvaient appelés à la direction de nombreux établissements d’instruction publique ; le rôle de Martellange était donc tracé : de fait, il devenait l’architecte g-énéral de l’ordre dans les provinces de Lyon, de Toulouse et même de Paris et accompagnait les P. Provinciaux dans leurs visites, au moment où les traités étaient passés avec les administrations municipales, pour l’ organisation des collèges.

C’est ainsi qu’il a fourni, dans un grand nombre d’établissements, des plans et mémoires dont l’exécution fut laissée aux entrepreneurs et gens compétents de la localité ; il se bornait à y revenir de temps à autre, lorsqu’il se présentait une difficulté ou lors que de nouveaux plans étaient nécessaires.

Nous ferons donc tour à tour l’historique succinct et la description de ceux de ses collèges où nous avons pu trouver son concours, qui sont ceux des villes suivantes: Le Puy, Moulins, Vienne, Carpentras, Vesoul, Dijon, La Flèche, Roanne, Lyon, Orléans, et enfin le noviciat de Paris.

Nul doute qu’il y ait nombre d’autres édifices qui puissent lui être aussi attribués ; mais nous reconnaissons que nos investigations à cet égard n’ont donné aucun résultat absolu ; il faudrait des voyages longs et coûteux, ou des correspondances interminables pour reconstituer entière l’œuvre de Martellange. Constatons toutefois que nous l’avons singulièrement augmentée et que le soi-disant « essai de son talent d’architecte àla construction du collège de Lyon, en 1 617 (11) » est précédé d’une série d’ouvrages qui suffiraient, eux seuls, à une existence d’artiste.

Pour mettre nos lecteurs au courant de la division ad-

(11) D'Argenville. Vie des fameux architectes et sculpteurs, 1787.

ministrative et de l'importance des collèges des Jésuites, qui furent, tour à tour établis en France, nous fournissons, ci-après, le catalogue de ceux qui se trouvaient régis par eux, en 1710.

Nous l’avons rédigé à l’aide de I’Historiæ societatis Jesu (Rome e MCCX. Pars quinta), et des renseignements qui nous ont été fournis par les soins des maires de la plupart des villes indiquées.

Cette division de provinces remonte à 1608 environ, lorsqu’on forma la province de Toulouse. Périgueux, Ag-en, Limoges, Poitiers et Saintes restèrent à la province d’Aquitaine ; Billom, Le Puy, Béziers et Aubenas furent enlevésà celle de Lyon pour aller former celle de Toulouse avec Toulouse, Mauriac, Rodez, Auch et Caliors. Moulins, qui appartenait à la province de Lyon, fut donné à celle de Paris et Dole et Besançon qui étaient à celle-ci revinrent à celle de Lyon.

La date simple est celle de leur fondation antérieure, celle entre parenthèse est l’époque de leur remise entre les mains des Jésuites.

Province de Paris :

Alençon ; Amiens (1607); Arras (1 599) ; Eu (1 581 ) ; Orléans (1617); Bourges; Blois; Caen (1609); Compiègne ; Dieppe (1616); La Flèche (1603); Hesdin (1613); Moulins 1556 (1605); Nevers (1577); Paris (1609); Quimper; Rennes ; Rouen 1570 (1583); Tours ; Vannes; ensemble 20.

Province de Lyon :

Aix 1583(1621); Apt; Arles; Avignon (1564); Besançon; Bourg (1644); Châlons (1634); Chambéry 1564; Carpentras 1582 (1607); Dole (1582); Embrun (1583); Gray;

avec les monuments exécutés, que les collèges devaient se composer, réglementairement, de deux cours entourées de bâtiments sur leurs côtés. La première, servant aux classes, a presque toujours l’un de ses côtés formé par l’église à laquelle est accolée, en conséquence, une galerie couverte. 11 résulte de cette combinaison que la porte d’entrée est forcément dans l’axe de cette galerie et que l’église y a un accès par le flanc latéral. Les trois autres côtés de la cour ne reçoivent pas de portique afin de laisser libres les fenêtres des classes, ainsi que leurs portes, un peu basses, surmontées aussi elles-mêmes quelquefois d’une petite ouverture.

La deuxième cour, plus ou moins grande, servait au logement des pères et quelquefois aussi au pensionnat qui accompagnait le collège d’externes principalement destiné aux enfants de la ville. Cette cour reçoit rarement un portique sur toutes ses faces; il y en a toujours uii en prolongement de celui de la première cour et souvent un autre sur la façade opposée.

La construction générale est ordinairement simple et économique; les villes faisant, du reste, presque toujours, les frais de ces constructions, n’auraient pu subvenir à des ornementations dispendieuses. En conséquence, les embellissements qu’on peut constater appartiennent, pour la plupart, à la fin du xvne siècle ou au commencement du xvme. Alors ce furent les Jésuites eux-mêmes qui opérèrent ces travaux avec leurs propres ressources ou avec des dons particuliers.

Il faut reconnaître aussi, et en dehors de toute idée préconçue, que la création des collèges, à la fin du xvie siècle et au commencement du xvn®, répondait à un besoin impérieux. Les villes, peu nombreuses, qui possédaient déjà des établissements, se trouvaient en face de

difficultés inextricables pour leur administration et souvent dans l’impossibilité absolue de se procurer des recteurs et professeurs. Les Jésuites se firent prier et supplier pour consentir à régir les collèges existants ou à en établir de nouveaux.

Qu’on n’oublie pas surtout d’observer que ces créations ne purent s’opérer qu’avec la ratification spéciale du souverain et que les parlements, hormi celui de Paris, s’y montrèrent très-favorables.

Constatons enfin, à la honte de notre époque, que ces vieux édifices, tant et tant décriés et critiqués, nous sommes heureux de les posséder. La plupart servent encore, tels quels, de lycées, avec peu — trop peu — d’agrandissements ou de restaurations I

On parle aujourd’hui beaucoup de développer l’enseignement : comment y arriver avec le peu de considération et d’encouragements dont on entoure la position de professeur et la pénurie constatée des locaux ?

Honneur donc aux municipalités du xvne siècle, qui se sont imposées de lourds sacrifices pour créer d’une manière sérieuse l’enseignement public. La voie n’a pas été suivie d’une manière progressive ; les édifices, nous le répétons, le témoignent trop contre l’enseignement officiel en présence de l’accroissement de l’enseignement secondaire libre.

Les habitants du Puy, selon Arnaud (13), avaient songé, dès 1571, à former dans leur ville un établissement public, pour l'instruction des jeunes gens ; le Con-

(13) Histoire du Velay , jusqu’à la fin du règne de Louis XV ; par J.-A.-M. Arnaud. D. M. M. Au Puy. 1816, I. pages 360, 423 et 431.

IG

seil de ville acquit une maison et ses dépendances dans le quartier de la Chêvrerie et nomma Pons Bordel, dit Irail, commissaire, pour ordonner les constructions et réparations qu’il jugerait nécessaires pour en faire un collège ; il paraît que l’édifice ayant été rendu propre à sa destination, l’on fit venir de Paris un jeune docteur qui y enseigna quelque lemps.

Le collège fonctionnait en 1580, puisque André Dujeune, seigneur de Montgiraud, conseiller du roi et lieutenant particulier en la sénéchaussée du Puy, établit, par un testament du 30 juin de la même année, des prix pour « deux écoliers étudiant au collège de cette ville. »

Le collège fut remis aux Jésuites, le 9 mai 1 588 : nous trouvons dans i 'Histoire de La Compagnie de Jésus quelques détails relatifs à cette circonstance, lesquels nous rapporterons tels que nous les avons trouvés, le latin de ce recueil pouvant être facilement compris par nos lecteurs :

« ( Anno Christi 1588, Societatis 49 j unicumin

Lugdunensi Provincia Collegium datum Aniciensibus . Merebantur id flagrantia, et perantiqua Civium studia. Quippe ab annis viginti eam curam coquebant, et Antonius Senneterius Prœsul anno seculi septuagesimo sua sponte domicilii œdificationem inchoarat, insignibus nomini i'ESU appositis. Est præterea Civitas Velaunorum caput, frequens, et ad omnem pietalem paratce indolis. Urbem habent in Clivo sitam , unde vernaculum illi nomen Puy ex podio factum. Inclytum stat in sommo Clivo Deiparœ templum, donariis, præsentique Virginis adjutorio laie clarum per Gallias. Igilur cum multis legationibus ad Visitatorem Magium, et ad Provincialem Richeomum , tum etiamad Generalem Clau-

dium literis ; tandem cuncta in asus necessarios suppedilatura inslaret Civitas, rôti compos est facta. Locus Collegio captus est opportunior, quamubi designarat Autistes. Quoad ibi novum extruerefur domicilium, temporariœ Sedis die S. Michaelisad extremum Septembrem inita possessio, ibidem que familia capilum quatuordecim conslituta Michacle Coyssardo Redore. Sexto idus Novembris consueto cum preludiorum honore præceptores quinque, quibus mox sextus accessit, patefecere ÏÏJusarum Sacraria, quœ cum initio frequentare circiter ducenti cæpissent, ita brevi alu super alios afflnxere,ut anno post facile numerare esset quingi.iios (\ A). »

Afin de pourvoir à la dotation indispensable à cet établissement, la vicomtesse de Poligmac, femme de De Chaste, sénéchal du Puy (15), s’engagea par contrat, passé le 1 1 janvier 1588, avec les consuls de cette ville, à faire remettre les prieurés de Polignac et de Soligmac pour être unis à ce collège, sous la condition qu’elle serait déclarée et regardée comme ayant doté cet établissement, qu’elle et ses successeurs auraient à perpétuité le droit de désigner un nombre convenu de jeunes gens ayant peu de bien, qui seraient instruits et nourris par les soins des consuls et autres stipulations.

(14) ÎIiSTcmiÆ Societatis Jësu. 1661. pars xv, lib. vu, 11“ 108, p. 393 à 394.

Antoine de Senectère, évèque du Puy, depuis 1561, est mort dans son

abbaye du Monaslier, le 3 novembre 1593.

Louis Riciieome, né à Digne, en Provence, en 1538, mort à Bordeaux, le 15 septembre 1625, fut nommé vice-provincial de la province de Lyon en 1586. Nous aurons à citer de nouveau ce personnage, ainsi que le P. général Aquaviva elle P. Coyssard.

(15) Françoise de Moxtmorin de Saint-ÏIerem, veuve de Louis Armand, vicomte de Poligmac, épousa, en 1587, François de Clermont, sieur df. Chaste ou Chattes et de la Brosse, dans le Vclay. Ce dernier fut pourvu, par le roi, de la charge de séncclial du Puy, le ltr mars 1587; son prédécesseur, Pierre, sieur de Ciiateaunecf de Rociiebomne, s’etant demis.

Les consuls se réunirent les 9 et 10 mai pour traiter l'affaire avec les Jésuites; à cette assemblée se trouvèrent le P. Louis Richeome, provincial, Jean Bertrand, jugemage à la cour du sénéchal, Gabriel Desarcis, Jean Bernard, Mathieu Triolenc, Jean Dasquemye (16) conseillers et Julien Bonniol, avocat du roi à la même cour, Jacques Dulac, sieur de Gratuze, Claude Morgues, sieur de Saint- Germain et Claude Guigon, second, troisième et quatrième consuls et plusieurs notables de la ville.

Le local proposé ne parut pas convenable au provincial, qui indiqua le doyenné comme plus commode en y joignant les maisons circonvoisines, ainsi que l’église de St-Agrève. Les consuls représentèrent qu’ils auraient désiré voir accepter le collège existant, pour lequel il avait été déjà fait de grandes dépenses ; mais il paraît que les Jésuites persistèrent à obtenir un nouveau local.

Les négociations tramèrent jusqu’au 7 novembre, époque à laquelle fut passé, par devant Jean Chilhac, notaire, le contrat définitif, auquel intervinrent le juge-mage, le juge pour le roi en la cour commune, les consuls et plusieurs habitants et notamment Gui Deliques, sieur de Ferraignhe, bourgeois, avec le P. Richeome, provincial, le P. Michel Coyssard, destiné recteur du nouveau collège (17) et Alphonse Chabanes, procureur stipulant pour le P. général, qui avait donné son consentement.

Peu après arrivèrent au Puy une vingtaine de Jésuites qui furent logés dans la maison d’André Mage, bourgeois, située à la place du Pla de la Monède. La ville y fit cons-

(16J Nous retrouverons un peu plus loin ce personnage, lié d’une manière plus intime aux affaires du college.

(17) Le P. Coyssard fut plus lard recteur du collège de Vienne, ainsi qu’on le verra plus loin. Né à Bosse, diocèse de Clermont, le 25 septembre 1547, il est mort le 10 juin 1623.

traire six classes et une chapelle. Cet établissement ayant réussi, les bâtiments furent accrus par l’acquisition d’environ douze maisons contiguës dans Vile de Chambon ou la Fave Frèze ; les élèves attinrent le chiffre de six à sept cents ('1 8).

Après le renvoi des Jésuites en suite de l’attentat de Chastel, l’élablissement du Puy fut l’une des six maisons conservées par autorisation du roi en iff o.9 (19).

L’édit de rappel fut daté de Rouen, septembre 1603.

Au début, les frères ne devaient résider et avoir des collèges que dans douze villes du midi: Toulouse, Beziers, Agen, Auch, Rodez, Bordeaux, Périgueux, Limoges, Tournon, Aubenas, Le Puy et Lyon et dans deux villes du centre : Dijon et La Flèche. C’était réserver l’enseignement de l’Université dans Paris et dans les trois quarts de la France (20).

Nous insisterons ici un peu sur la rentrée des Jésuites en France sous Henri IV, parce que ce fait se lie d’une manière intime à notre travail.

Des sollicitations nombreuses réclamaient leur rétablissement dès 1601 ; Fouquet de la Varenne, favori du roi, natif de La Flèche (1560), y joignit la sienne et elle fut décisive ; mais dans sa pensée comme dans celle du roi, leur rappel n’était qu’en vue d’un autre projet préalable, la fondation d’un collège à La Flèche, comme on le voit par ce fragment d’une lettre, du 20 janvier 1 601 , au car-

(18) Histoire du Velay, par Arnaud. I, pages 431 à 433.

(19) Historiæ Societatis Jesu. 1710. Pars V, liber X II, par/. 63.

(20) Voyez : Les Jésuites de la p.ue Saint-Antoine , l’Eglise Saint- Paul-Saint-Louis et le Lycée Charlemagne. Notice historique, par E. de Menorval, chef d'institution. Paris. Aubry , 1872, page 37.

dinal d'Ossat, ambassadeur de France à Rome. « J'ai « proposé au cardinal Aldobrandini l’essai d’un certain « prieuré, assis auprès de ma maison de La Flèche, à un « collég’e que je désire fonder audit lieu, auquel je fais « état de log’er les Jésuites, comme les estimant plus pro- « près et capables que les autres pour instruire la je u-

« nesse » Dans un voyage du roi à Verdun et

à Metz, en 1603, les jésuites sollicitèrent eux-mêmes leur retour ; Henri IV leur fit bon accueil et, au mois de septembre de cette année, il rendit à Rouen l’édit qui les rappelait et qui, de plus, leur donnait à La Flèche non pas seulement un prieuré, mais son propre palais pour y établir un collég’e.

Le contenu de ces lettres de rappel trahit, de la part du roi, une très-grande méfiance pour la Compagnie de Jésus, méfiance que le P. Jouvency a reconnue lui-même en ces termes : « Le roi, dit-il, estima qu’il valait mieux avoir les Jésuites pour amis que pour ennemis (consullius judicavit habere amicos quam infensos). L’opposition du Parlement et les remontrances d’Achille de Harlay, son président, ajournèrent quelque temps l’exécution de l’édit, qui fut enfin enregistré le 2 janvier 1 604. « Ce jour là, dit Mezeray, l’ig-nominie du bannissement des Jésuites servit à accroître la gloire de leur rappel et à leur former un plus g’rand établissement. Ils se virent installés dans une maison royale dont ils ont fait le plus beau de leurs collèges. »

« Ainsi commença l’année 1 604, dit aussi Favyn, par le rétablissement des pères Jésuites, en faveur desquels le roi fonda un collège royal, en sa ville de La Flèche, leur donna son château, où il avoit été conceu, y fit jeter les fondements d’un bastiment admirable, lequel étant parachevé, reviendra à plus de cent mille écus, en intention

qu’après sa mort, son cœur y soit porté, comme il y avoit pris vie et mouvement, cor primum vivens, ultimum moriens (Histoire de Navarre, livre 18, page 1210). »

(Jette disposition testamentaire se trouve en effet dans l’édit de fondation du collège de La Flèche, donné à Fontainebleau, au mois de mai 1607, par lequel Henri IV régla lui-même les matières d’enseignement (21).

Par le contrat du 7 novembre 1588, il avait été convenu que la ville du Puy paierait pour l’entretien du collège la somme de 4,000 livres de pension annuelle, à condition toutefois que ce chiffre serait réduit si le collège augmentait ses revenus par un autre moyen. En effet, quelque temps après, on réunit, comme nous l’avons déjà dit, les prieurés de Polignac (22), de Solignac et de Maclieville, valant 1500 livres de rente annuelle. La ville se réserva le revenu des boutiques des maisons appartenant au collège, sur la rue de la Chaussade.

Nous croyons que les Jésuites faisaient bâtir, sauf à réclamer le remboursement parla ville, puisque, en 1 634, le collège avait emprunté de fortes sommes et qu'il y eut lieu à transaction avec l’administration consulaire, le 3 novembre. Les consuls consentirent à payer 32,250 livres de diverses manières (23); mais ils ne purent faire droit à ces paiements et il en résulta une série de difficultés et de procès que nous n’avons pas à raconter ici.

(21) Henri IV a la Flèche, par Jules Clore. La Floche, juin 1857 ; pages 41 et 42.

Nous fournirons plus loin des details intéressants sur le college de La Flèche, à la construction duquel Martellangc a aussi coopéré.

(22) La prise de possession du prieuré de Polignac est du 13 juillet 1594.

(23) Savoir : 6,250 livres en 1635, 8,000 en douze ans, à raison de 666 livres, 13 sous, 4 deniers par an, à commencer en 1626, et enfin 18,000 livres en 24 ans, pour la jouissance du prieuré de Monlregard, estimée à 7 50 livres par an.

Nous trouvons, toutefois, dans un mémoire sans date, mais postérieur à 1659 et dressé pour les consuls, les renseignements suivants : la ville avait dépensé plus de 150,000 livres aux constructions, outre les terrains, 3,000 livres pour la bibliothèque et 3,000 livres pour le mobilier. (24).

(24) Ces renseignemcnls cl les suivants, relatifs au collège du Puy, proviennent des archives de la Haute-Loire, lesquelles ont été mises à notre disposition par le savant et dévoué archiviste, 51. Ayinard.

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