‹ Étienne Martellange 1569-1641Chapitre 10 sur 29 · ANNO VIGESIMO · texte numérisé non relu

ANNO VIGESIMO

GENERAL ATUS R. P. MVTII VITELESCHI ANNO DECIMO QUARTO ÆDIS FACIENDÆ PRIMVM LAPIDEM POSVIT S. P. HENRICVS DE BOURBON

EPISCOPVS METENSIS S. R. I. PRINCEPS, ABBAS S. GERMANT, DECIMO APRILIS.

Germain Brice (93) explique que Martellange ne voulut rien commencer avant que le Général ne lui eût donné l’autorisation formelle de faire tout ce qu’il jugerait à propos sans être obligé de suivre les ordres d’aucun Père de la Compagnie.

Ce fut à ces conditions qu'il entreprit le bâtiment et l’ég-lise. Martellange avait raison ; car il n’est pas d’art où il soit aussi difficile que dans l’architecture de se mettre plusieurs pour ordonner. Dans ce cas, l’entente complète devient impossible, car elle serait la négation de la responsabilité.

Ces constructions étaient peu importantes : h église ne

(93) Germain Brice. Description nouvelle de la ville de Paris. 170G, tome II. page 303,

se composait que d’une nef dans les dimensions de celle du collège de Lyon , mais beaucoup plus riche d’architecture.

Les planches que J. F. Blondel a fait graver dans son Architecture française ou Recueil des plans, élévations, coupes et profils des églises, maisons royales, etc. (94), en donnent une idée exacte ; il existe aussi une élévation de la façade à la planche XI du Recueil des plus beaux portails de plusieurs églises de Paris , I b GO (95).

La description de cette église, faite par Blondel, va nous fournir quelques détails d’autant plus intéressants que le noviciat des Jésuites de Paris n existe plus.

La réputation dont il jouissait est caractérisée par le passage suivant que Blondel met en tète de sa description : « Ce monument est regardé comme un des morceaux d’architecture le plus régulier qui soit à Paris dans ce genre, et cette considération a plus d'une fois fait sentir aux RR. PP. Jésuites du dernier siècle le reproche qu’ils ont eu à se faire d’avoir refusé le projet de ce même architecte, lorsqu’ils voulurent faire bâtir leur grande église delà Maison professe, rue Saint-Antoine, et de lui avoir préféré celui du Père Derand. »

L’église avait seize toises de longueur sur sept toises

(94) Paris, Jombert, 1752. Tome II, livre III, (hop. VII. — Voir le Plan de Paris, par Brelez (1739) et celui de Dell arme (1766), qui donnent une vue cavalière et le plan de rétablissement.

(95) Nous devons faire remarquer que ce portail figure par erreur avec le nom de Le Mercier. Le frontispice du recueil porte la mention : P. Collard fecit. Van Merle, rue Saint-Jacques, à la ville d’Anvers, avec privilège du Roy; 12 planches, y compris le frontispice. Pierre Collard est un architecte français du xvne siècle, qui a fourni les dessins de l'hotel de Bizeuil, rue vieille du Temple, à Paris , devenu plus tard l llôtcl de Hollande , et le premier ordre du portail des PP. de la Merci, à Paris.

deux pieds de largeur dans œuvre et sept toises quatre pieds de hauteur sous clef. Deux murs parallèles déterminent la largeur d'une nef continue de vingt-sept pieds de largeur et laissent, à droite et à gauche, deux espaces pour chapelles de cinq pieds de largeur surmontés chacun comme d’habitude de tribunes. La nef proprement dite n’avait que deux arcades, puisqu’ensuite une croisée en bras de croix reprenait toute la largeur entre les deux mûrs parallèles. Venaient enfin une arcade semblable à celle de la nef et une abside demi-circulaire. Deux escaliers à tour ronde étaient placés derrière l’abside dans le prolongement des petits bas-côtés.

La façade était composée d’un ordre de pilastres doriques surmonté d’un autre d’ordre ionique.

Ainsi que dans les églises de Martellange, la basse nef fournit à l’ordre inférieur un entre-colonnement de plus, lequel est racheté dans l’ordre supérieur par une console. Le fronton surmontant l’ordre supérieur est triangulaire ; il renferme un écusson aux armes des Jésuites accompagné de guirlandes , décoration qui présente une ressemblance caractérisée avec celle de l’église Saint-Antoine et avec les cartouches des planches de l’œuvre du P. Derand.

Les planches fournies par Blondel consistent en : 1° un plan de l’église, g'ravé par Marot; 2° une coupe transversale et une élévation du portail faits par mi-partie et gravées par J. Marot : 3° une élévation du portail à une plus grande échelle ; 4° une planche de détails du portail.

Il existe une coupe en long, par J. Marot également (96),

(96) Celle coupe figure dans le Recueil des plans , profils et élévations de plusieurs palais, châteaux , églises , sépultures, grotes, et hostels bastis dans Paris et aux environs avec beaucoup de magnificence par les meilleurs architectes du royaume deseignez, mesurez et gravez par Jeun

M.C/iarpet d-et, J.Seorv^o.

que Blondel n’a pas jugé à propos d'intercaler dans son recueil.

La boiserie de la porte du Noviciat a été aussi gravée, toujours par J. Marot, ainsi que nous l’avons sigmalé déjà ; elle témoigne du mérite de Martellang’e et de la haute estime que ses contemporains eurent pour lui. Cette porte était formée d’un chambranle couronné d’un fronton brisé, dans lequel était placé un de ces gracieux cartouches dont est rempli l’ouvrage du P. Derand, que nous aurons à examiner à la fin de cette étude. Les panneaux latéraux sont décorés d’une chute de feuilles et la porte est surmontée elle-même de deux médaillons à bordure de lauriers dans lesquels figurent les bustes de profil du Christ et de la sainte Vierge. Mais c’est dans les vantaux que Martellange s’est montré dessinateur ; les panneaux, fort simples, sont enrichis de gracieux rinceaux et de feuillages en forme d’arabesques.

Il règne dans toute cette composition une grande finesse de détails alliée aux plus élégantes proportions.

Si l'on considère la vue cavalière des bâtiments dans le plan de Bretez (1 739) et dans celui de Jouvin de Rochefort, on voit que les bâtiments du Noviciat faisaient l’angle des rues du Pot-de-fer et de Mézières. L’église est sur la rue du Pot-de-fer avec une rotonde en face ménagée au détriment des bâtiments joignant le séminaire Saint-Sulpice. Du côté de l’épitre est la salle de congrégation se reliant avec les bâtiments d’habitation situés le long de la rue Mézières. La toiture de l’église est aigue ; à l’intersection

Marol, architecte parisien. Demeurant au faubourg Saint-Germain à la rue Guizarde , à l'enseigne de la ville d' Amsterdam. 110 pl.

On y remarque, pour le No\iciat des Jésuites, 1° le plan, 2° la planche avec mi-parîie de la façade et mi-partie de la coupe transversale , cuivres qui ont été utilises par Blondel, et 3“ la co jpc longitudinale.

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des bras de croix est un clocheton octogone couronné par un petit dôme. Les tourelles accompagnant l’abside et renfermant des escaliers s’élèvent au-dessus de la toiture de l’église et sont également surmontées d’un petit dôme.

Nous complétons la description de l’église en puisant à pleines mains dans celles données par les auteurs des xvne et xvme siècles.

Le premier autel , dessiné probablement par Martellange , était en menuiserie très-simple, orné seulement de colonnes corinthiennes. Mais le g'oût des Pères tendant à la richesse, on le remplaça par un autre, en '1709, entièrement en marbre, et d’un dessin compliqué, dont les défauts soulevèrent la désapprobation de quelques amateurs de l’époque. Ce dernier, de la composition de Jules-Hardoin Mansart, fut exécuté sous la direction de Robert de Cotte. Les colonnes étaient de marbre vert-campan avec chapiteaux et bases de marbre blanc ; le reste des revêtements était en marbres variés d’une grande richesse. La pointe du fronton était couronnée par un crucifix de Sarrazin. Le devant de l’autel était décoré par un bas relief de bronze doré fait par Villiers orfèvre des Gobelins, qui avait aussi exécuté les ornements du tabernacle.

Le plus bel ornement du premier autel consistait en un tableau de Poussin représentant saint François-Xavier faisant un miracle en présence d’un grand nombre de personnes. Il est probable que ce fut pour donner à cette œuvre importante un cadre plus riche que l’autel fut modifié en 1709.

La correspondance de Poussin (97) nous indique que ce

(97) Piganiol (le la Force (tome VI, page 359) a donné la description de ce tableau. Nicolas Poussin, ne en 1594, est mort à Rome, le 19 novembre 1665. Il arriva à Paiis dans les premiers jours de janvier 1641 . Il écrivait au commandeur dcl Pozzo, à Rome, en 1641 , le 6 septembre :

maître travaillait à ce tableau en novembre 1641 ; Martellange, quoique étant mort la même année, n'a sans doute pas été étranger à cette commande qui fut faite par Sublet de Noyers, qui était le protecteur des deux artistes.

« Il m’a fallu aussi, par nécessite, outre mes aulnes ouvrages, ter-

!. miner, pour le mois de novembre prochain, un grand tableau de seize pieds de haut, dont M. de Noyers a fait présent au Noviciat des Jésuites. « Les figures y sont en assez grand nombre et plus grandes que nature.. ; » le 20 septembre : «.... Je travaille à celui du Noviciat des Jésuites; c'est u:i « gvand ouvrage ; il contient quatorze figures plus grandes que nature ; c t « c’est celui qu'on veut que je finisse en deux mois... ; » le 21 novembre : Je finis à présent un grand tableau pour le maître-autel du Noviciat « des Jésuites, mais je le fais trop à la hàlc; autrement il pourrait réussir

« quant à la disposition. Il sera fini pour les fêtes de Noël s Parlant

enfin de ccitaines critiques qui avaient été faites sur cet ouvrage, il écrivit

à de Noyers ; « Que ceux qui prétendent que le Christ ressemble joins

« à un Jupiter tonnant qu’à un Dieu de miséricorde, devraient êtrepersua- » dés qu’il ne lui manquera jamais d’industrie pour donner à scs figures « des expressions conformes à ce qu’elles doivent représenter ; mais qu’il v ne peut et ne doit jamais s’imaginer un Christ, en quelque action que ce « soit, avec un visage de torticolis, ou d’un père douille!, vu qu’étant sur « la terre parmi les hommes, il était même difficile de le considérer en « face ; on doit me pardonner de m’énoncer ainsi, parce que j’ai vécu «avec des personnages qui ont su m’entendre par mes ouvrages, mon

« métier n’étant pas de savoir bien écrire » En ce moment, Poussin

était singulièrement aigri par les contrariétés que la jalousie dos autres artistes lui avait suscitées (Voyez biogr. Didot, Poussin , par H. Bouchilté, i t le Itecneil de lettres, de L. J. Jay, 1817). Nous reviendrons sur ce sujet dans notre biographie de Le Mercier. Poussin a aussi fait un dessin des armoiries de M. de Noyers pour le Noviciat.

Ce tableau est au Louvre (n° 434), sous ce titre : Saint François Xavier rappelant à la vie la fille d'un habitant de Cangorimci (Japon), fl. 4,44. L. 2,34. Figures de grandeuj naturelle. M. F. Villot nous explique qu’il fut acheté, en 1763, par la caisse des bâtiments du roi, moyennant 3,800 livres. Ce fut probablement le renvoi des Jésuites de France, vers celte époque, qui motiva l’aliénation de celle toile, qui a pu ainsi cire sauvée.

Les deux chapelles des côtés étaient décorées de tableaux : La sainte Vierge qui prend la Compagnie de Jésus sous sa protection , par Vouet , et Jésus-Christ prêchant et enseignant, par Stella.

Lag-rande chapelle latérale à l'église, qui servait pour la réunion des Pères, était ornée d’une menuiserie dorée, avec des tableaux disposés d’espace en espace, lesquels représentaient les portraits des papes qui ont donné des bulles en faveur de la Compagnie.

Le plafond de cette chapelle avait une Assomption, ouvrage médiocre d un peintre de l’école italienne, Gerardini.

Le tableau placé sur l’autel, représentant la Salutation angélique , était de Philippe de Champagne.

Il paraît que les jours de fêtes on ornait cet autel d'une riche argenterie.

Il y avait aussi dans cette maison deux tableaux de Mignard d’une grande beauté : un saint Jérôme et l'Apparition de la sainte Vierge à saint Ignace (98).

Il existe un petit in-folio de AO pages sous le titre de : Basilica in iionorem S. Francisci Xaverii a fundamen-

TIS EXTRUCTA, MÜNIFICENTIA ILLUSTR1SSIMI VIRI DOMINI

D. Francisci Sublet de Noyers , baronis de Dangu,

REGI AB INTIMIS CONSILÏIS ET SECRETIS, ETC., A C0LLEGII CLAROMONTANI ALUMNIS SoCIETATIS JeSU LAUDATA ET DES- CRIPTA. M. DC. XLIII.

C’est un plat éloge de Sublet ; la pièce VIII est sur le tableau du grand autel par Poussin, la IXe sur celui du petit autel par Vouet et la Xe sur celui du petit autel par Stella.

(98) Ces deux tableaux furent commandes à Mignard par le P. de Valois, son ami inlime, qui en fit don à la maison (Piganiol t. VI, p. 363).

La création du college de Roanne ne remonte qu’à l’année 1 6 1 I ; il ne semble pas qu’il y ait eu auparavant dans cette ville un établissement d’instruction publique.

C’est au célèbre P. Coton, originaire de cette localité, qu’est due cette fondation, et le Père Jésuite fit mieux encore ; il réussit à y faire contribuer considérablement sa famille (99).

(99) Pierre Coton , né à Nérondc, le 7 mars 1564 , est mort à Paris le 19 mars 1626. Il se fit Jésuite malgré ses parents , réussit à s’attirer la confiance de Henri IV, dont il devint le confesseur, et il profita de sa situation pour s’occuper des intérêls de son ordre. Il conserva la même prépondérance sous le règne de Louis XIII, dont il fut aussi le confesseur. M. Vaclicz, notre honorable collègue de la Société littéraire, nous communique quelques détails sur la famille Coton , que nous insérerons ici Los Coton commencent avec Guichard , secrétaire de la reine Catherine de Médicis, député, en 1560, avec Jean Papou aux états-généraux du tiers état pour le pays de Forez, seigneur de Chenevoux. Sa tombe est dans la chapelle du cimetière de Ncronde. De sa femme Philiberle de Champrond il eut : 1° Jacques Colon, seigneur de Chenevoux ; 2° Pierre Coton, dont il est question plus haut ; 3° Jeanne-Marie Coton, épouse de Guillaume de la Chaizc ; 4° Philiberle, épouse de Pierre Gayardon. Jacques Colon se rallia au parti de Henri IV pendant les guerres de la Ligue, fournit, une somme considérable pour le rachat de Montbrison (1595) et reçut en récompense, de Henri IV, la noblesse par lettres- patentes d’avril 1610 (archives du Rhône, c. 424). Les enfants de Jacques Coton furent : 1® François , qui continua la paternité; 2° Ignace, Jésuite; 3° Marie, religieuse de la rue Saint-Jacques, à Paris ; 4° N. religieuse. François n’eut que deux fille s, dont l’une, Marthe, épousa François-Antoine Dulicu.

On peut consulter, sur les Coton et le collège de Roanne : liecherches histoi'iques sur Roanne et le Roannais, faisant partie des œuvres de M. Jacques Guillicn , etc. , publiées par M. Alph. Coste. 1863 ; Notes et documents de Péricaud, années 1603, septembre, et 1626 ; Revue du Lyonnais, tome XIV, 2e série, page 411 ; Histoire du Forez , par Lamure, pp. 395 et 445 ; Historiœ Societatis Jesu, pars V, liber XII, n, 54 à 56, 66 et 70, XIV n. 22, XVII n. 7 et 9, et enfin l’extrait suivant :

In eu parle Lugdunensis agri, quæ Forcsium dicitur et quam oüm Sega

A l'endroit où existe encore le collège il y avait, au xvie siècle, un petit château qui passa, en 1569, dans la famille Coton par le mariage de Philiberte Champrond avec Guichard Coton, seigneur de Chenevoux, châtelain de Néronde.

Jacques Coton, sur les instances et les conseils de son frère Pierre, donna cet immeuble aux Jésuites pour y fonder un collège. Du reste ceux-ci n’avaient pas attendu pour agir l’acte de fondation qui est du 2 août 1614; en janvier 1607, Henri IV avait signé des lettres patentes adressées au bailliage de Forez, pour permettre l’établissement des Jésuites à Roanne ; ces lettres furent enregistrées le 5 décembre J 609 et, par délibération du 12 octobre 1608, les habitants de la ville s’engageaient à •employer 7,500 livres pour acheter une maison et un emplacement pour bâtir le collège. Enfin le P. Coton avait aussi, dès les 9 janvier 1608 et 23 août 1609, obtenu du pape Paul V des bulles pour la réunion au nouveau collège des prieurés de Riorges en Forez et d’Aigonnay en Poitou.

siani Icnuere, oppidum haud ignobde csl Rhodwnna , ducalus caput. Suas ad collegium in hac urbe ponendum a ‘des donavit Jacobus Colotius , Pair i s Pétri Co/oni frater, ab ipso idenlidem admonilus , ni auctori bonorum omnium Dco, a quo se fort unis audit n haud modicis intelligeret, graliam rejarre conarelur, et earum parlem aliquam religioni , ac bonis artibus in palria fovendis impenderct : nihil aiocplius Numini ab ipso fieri posse , nihil in quo publicis commodis servirct iliuslrius, vel ctiain suis. Simulquc plurima sacrificiorum r.üllia commcmorabat, quœ , fundato collegio , essrt conscculurus. Horla/ore Jacobus Colonus non rgebat, qui jam /ilium suum, lgnalium Cotonum , Dco ac Socielale noslrœ , in qua vilain paucis post annis pie clausit, oblulerat. Ilaque non tanlum œdes , qitas dixi, sociis concessit ; verum e liant iisdem vecligal necessarium prolixe altribuit, ac tcmplum a fundamenlis erexit. (Histomæ Societatis Jesu. lib. XV, pars V , »i. 28. p • 313.)

Les Jésuites prirent possession de ce prieuré le ! •> décembre i ii i i>, quoique n’ayant encore aucune existence officielle et ne paraissent avoir commencé à enseigner qu’en 1641.

Voici les passages les plus importants de l’acte de 1614, dans lequel nous trouvons le nom de l’artiste auquel cette notice est consacrée :

« Au nom de Dieu, amen, comme ainsi soit que, par concession du Roi très-chrétien Henry le grand, d’heureuse mémoire, accordée par ses lettres patentes signées de sa main et scellées du grand sceau en cire verte, au mois de janvier mil six cent sept, ait été permis d’établir un collège de religieux de la compagnie de Jésus en la ville de Roanne, et, sur la supplication faite par noble Jacques Coton, sieur de Chenevoux, aux Révérends Pères Général et Provinciaux de la dite compagnie, il ait été dressé, dès l’année mil six cent onze, une résidence pour

faire essai des éludes avant que effectuer ce sien désir les

révérends pères supérieurs de ladite compagnie... Antoine Suffrin, provincial... de Lyon, assisté des RR. PP. René Ayrault son compagnon, Joseph de la Réaulle, supérieur, Adrien de Montby, procureur en ladite résidence de Roanne, et le dit noble Jacques Coton, — ont accordé sur le fait de la dite fondation... savoir : que le dit P. provincial... promet et s’oblige de dresser et entretenir perpétuellement un collège de la dite compagnie... que le dit sieur de Chenevoux a promis et promet d’ajouter à sa maison paternelle , qu’il a déjà dédiée au dit usage, une église grande et capable et Sa sacristie, et où il conviendrait, pour la construction de la dite église, abattre les deux petites classes qui ont été de nouveau construites, promet le dit fondateur celles deux classes seulement faire réédifier ailleurs, le tout selon le plan et dessin qui en sera dressé parElicnno Marlcllangc, religieux delà dite compagnie, ou autre...

« De tous lesquels bâtiment maison, église, jardin et verger, leurs appartenance et dépendances le dit sieur de Chenevoux fait don à la dite compagnie pour en jouir perpétuellement,....

lOli

leur bit don semblablement de tous les meubles qui sont de présent au dit collège, église, sacristie, et toute sorte de meubles et ustensiles, des livres qui sont en la bibliothèque, pour l’accomplissement de laquelle il fournira encore la somme de deux cents livres et pour l’entretenement des dits Pères.... donne le

dit sieur de Chenevoux outre le revenu des priorés des

Riorges en Roannais et de Saint-Pierre d’Aigonnay en Poitou qui montent à mille quatre cents livres... encore mille six cents livres.... qui se prendront sur ses deux granges et métairies situées en ce dit lieu de Roanne... plus... pour le service du dit

collège une horloge de moyenne grandeur Fait et passé à

Roanne dans le dit collège le samedi second jour du mois d’août, avant midi, l’an mil six cent quatorze. . (100) »

Les travaux de l’église que le sieur de Chenevoux s’était obligé à construire furent commencés, à ce qu’il paraît, en 1617, et ne furent achevés qu’en '1626; ils coûtèrent 4 1 ,700 livres qui furent payées en partie par le sieur de Chenevoux et en partie par le Roi, lequel le Père Coton avait su intéresser à cette fondation.

Les Jésuites continuèrent à recueillir dons et fondations pour leur établissement qui paraît avoir prospéré et même acquis une certaine célébrité (101); et enfin Jacques Coton de Chenevoux lui-même continua ses libéralités envers sa création à laquelle il légma la plus g-rande partie de ses biens. Pour mieux consacrer la qualité réelle du fondateur l’on fît poser, sur la principale entrée l’inscription suivante qui existe encore :

RELIGIONI ET BONIS ARTIBVS POSVIT JACOBVS COTON DE CHENEVOVX AN. MDCXIV.

(100) Recherche s historiques, etc., pages 264 « 267.

(101) On cite parmi les élèves du college de Roanne , Jean-Marie de la Mure, l’historien du Forez, André Falconnet, médecin du roi, et le Père François de La Cliaizc d’Aix, confesseur de Louis XIV.

On voit aussi en diverses parties des bâtiments les armoiries des Coton, qui sont : d'azur, a la croix d'argent, cantonnée de quatre étoiles d'or.

L’ancienne maison étant devenue insuffisante, ou put procéder, en 1679, à la reconstruction des bâtiments, g’râce aux libéralités du P. de LaCliaize; ces travaux, qui constituent l’ensemble des bâtiments actuels, ne furent terminés qu’en 1687 et coûtèrent plus de 90,000 livres.

Au renvoi des Jésuites de France le collège fut dirigé d'abord par des laïques qui ne fonctionnèrent pour ainsi dire pas, puis, en 1763, par les prêtres de la congrégation de Saint-Joseph dit Joséphistes, qui y restèrent jusqu’en 1792; on sait qu’un lycée national est actuellement installé dans ces bâtiments.

Le collège de Roanne se compose d’un seul et vaste quadrilatère dont l’église forme un des côtés. On peut y signaler le portique, adjacent à celle-ci, qui est exactement composé du même motif architectural que celui de Lyon, c’est-à-dire de piliers carrés accouplés à petite distance par une imposte en pierre supportant des retombées d’arcs plein-cintre. L’entrée de l’établissement est sur l’axe de ce portique, ainsi qu’au Puy, à Carpentras et à Lyon; le grand escalier est à son extrémité, c’est-à-dire contre le chevet de l’église. On remarque dans la cour un cadran solaire qui date de 1683, accompagné encore des inscriptions suivantes; d’autres ont dû disparaître.

ORIETVR VOBIS TIMENTIBVS NOMEN MALACH. 4. II.

» HORÆ ASTRONOMICÆ

CVM FASTIS SOCIETATIS IESV.

SPLENDENTI RADIO FASTI SIOrNANTVR ET HORÆ

On lit encore sur l’une des portes des classes :

B. Y. PVRTFICATÆ PHILOSOPHIA

L’église forme un parallélipipède enfermant une nef avec transsept, flanquée aux quatre coins de petites tours quarrées pouvant servir de clocher, et cela comme à l’ég'lise de Lyon ; la nef principale est de quatre travées donnant antant de chapelles ; l’abside est composée de cinq côtés. Toute l’église est voûtée par des lambris en bois formant des pans qui se rapprochent de très-près avec la courbure d’un arc plein-cintre.

On peut signaler une chaire en bois, qui a pu être construite à la même époque que l’ég'lise. Elle est supportée par un piédouche en forme de gros balustre , au-dessus duquel viennent se réunir des consoles ornées de mascarons. Le coffre est cantonné de pilastres composites ; l’abat-voix est moderne. Le buffet d’orgue nous a paru appartenir à la même main.

L’autel, dont le tabernacle est assez remarquable, se compose de marbres de diverses couleurs.

Martellange laissa à Orléans un ouvrage de sa main,

LA FAÇADE DE l’ÉGLÏSE DE SAIUT-MACLOU, édifice qui fut

démoli en 184-8, ainsi qu’on le verra plus loin; ce travail doit remonter à 1 622 ou 1 623. En effet, nous ferons remarquer au chap. VIT qu’une lettre qu’il écrivait à Gabriel Solignac, j architecte, au sujet de difficultés élevées pour le toisage de l’église du collège de Lyon, est datée d’Orléans, 14 février 1623. De plus, cette église fut consacrée la même année ; ainsi on ne saurait s’écarter de beaucoup. Peut-être notre artiste fut appelé dans cette 'ville pour

quelques aménagements à exécuter au collège ; toutefois il n’a pas eu ici occasion d’ordonner quelque chose d’important puisque le collège d’Orléans fut établi dans les anciens bâtiments d’une abbaye de chanoines réguliers de Saint Augustin, du nom de Saint-Symphorien et Saint- Samson, cédés aux Jésuites, en 1619, autorisés depuis deux ans (par lettres patentes de mars 1617) à fonder cet établissement. L'église de Saint-Maclou , contiguë au cloître de l’abbaye, était l’église du collège.

M. de la Buzonnière, heureusement pour nous, a donné une description de l’église de Saint-Maclou que nous reproduisons ci-après (102):

« L’église Saint-Maclou fut consacrée en 1623; elle subsiste encore ; mais elle va être démolie, en 1848, pour faire place aux bâtiments du collège qui formeront façade sur la rue Jeanne-d’Arc. Elle se compose d’une grande nef et de deux bas-côtés parfaitement réguliers. Les ar-^ cades plein-cintre de la nef reposent sur des piliers carrés ; les gros murs sont en moellons. Les voûtes, construites en bois, sont peintes de grandes arabesques dans lesquelles le ton brun domine. Il y avait primitivement, au-dessus de la porte ouvrant sur le cloître Saint-Samson, des fresques attribuées à Coypel; quelques tableaux de Vouet et de Vignon ornaient l’autel.

« La façade, qui est en pierre de taille, ne fait pas honneur au Père Martel-Ange, jésuite, qui en a conçu le dessin; c’est un mélange inconcevable d’ornements de style grec et de forme moderne plaqués sans goût sur un pignon qu’ils écrasent. Le portail se compose d’une ouverture plein-cintre, de deux colonnes adjacentes détachées, posées sur piédestaux et d’un fronton à rampants

(102) Histoire architecturale de la ville d’Orléans.

cintrés, interrompus et contre-profilés en retrait à l’aplomb des corniches des colonnes; au-dessus, deux larges fenêtres plein-cintre accolées sont coiffées d’une seule corniche un peu convexe. L’oeuvre se couronne par un fronton écrasé, dont les extrémités s’appuient sur deux étag-es de pilastres superposés aux angles du pignon. Des sculptures lourdes et de mauvais goût brochent sur le tout. Une'petite porte latérale, ouverte dans la nef méridionale, est ornée de deux pilastres corinthiens cannelés et surmontés d’une frise et d’un fronton d’un style un peu meilleur. »

N’ayant pas été à même de voir cet édifice, il nous devient impossible de contrôler le jugement de M. de la Buzonnière, qui nous paraît empreint de quelque exagération ou plutôt de mépris pour le genre d’architecture en honneur au commencement du xvne siècle.

D’un autre côté', nous ne savons sur quelle preuve M. de la Buzonnière s’est appuyé pour attribuer ce portail à Martellange. Quoi qu’il en soit, sa présence à Orléans, en 1623, vient corroborer cette attribution, et en définitive, il y a lieu d’ajouter cette construction à toutes celles dont cet actif architecte s’est occupé.

Le portail latéral de Saint-Maclou, dont il a été question, existe encore. M. Clouet, architecte de la ville d’Orléans, en fit recueillir les débris qui gisaient dans une cour du collège, et les employa à former la porte principale du cimetière Saint-Vincent qui est sur la belle promenade du Mail.

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