‹ Étienne Martellange 1569-1641Chapitre 12 sur 29 · E COLLEGE DE LA TRINITÉ DE · texte numérisé non relu

E COLLEGE DE LA TRINITÉ DE

lyon, dont une partie des bâtiments actuels ainsi que Tégbse

sont dus à Martellange, tient son nom d’une confrérie établie

ment de maisons, granges et jardins, en la dite rue (rue Neuve) traversant en partie à la ruelle de Montribloud (actuellement rue Mulet laquelle, à cette époque, allait jusqu’au quai) joignant à la maison des hoirs Janin, tioulier (tuilier), devers le soir, et lagrange Estienne Chappon, devers la bize, lesquelles font le coing de la dite rue, devant le grand portail de rue Nove, devers le matin ; et se loue le tout 80 livres tournois par an (103). »

Les membres de cette confrérie établirent, dès 1519, pour leurs enfants, une sorte de petit collège qui devait, plus tard, acquérir un accroissement sérieux. Ce fait avait paru douteux jusqu’à ce jour ; il est cependant affirmé d’une manière positive dans l’acte du 14 septembre 1567, passé entre le consulat et les Jésuites :

« ......... plusieurs bons personnages et seigneurs

de cette ville de Lyon auroient dressé et mis sur

un petit collège sous le nom et titre de la sainte Trinité.

l'an mil cinq cent dix-neuf pour illec être façonné

et instruit leur postérité (104) »

. On a dit que par des lettres patentes de 1529, renouvelées par ses successeurs, François Ier supprima les confréries, qui servaient de prétexte aux agitateurs pour trou-

(103) Voyez aux archives de la ville, le registre CC 7, la série GG (non inventoriée), puis l’ancien inventaire général de Chappe, volume 20, pages 189 et 190 et enfin, collection Coste, à la bibliothèque du Lycée, u° 3056, Etablissement de la confrérie de la Sainte-Trinité, etc. Manuscrit In-folio.

La chapelle primitive de cette confrérie se voit dans le plan scénographique de Lyon au xvie siècle ; elle fut détruite par les protestants.

(107) Archives de la ville, série GG non inventoriée. Copie de cet acte, sur lequel nous aurons de nouveaux extraits à faire, existe dans un recueil factice du fonds Adamoli à la bibliothèque de l’Académie, au Palais des Beaux-Arts : Arm. 2, Tab. 2, N° 79.

bler la paix publique, en réservant toutefois que leurs biens seraient appliqués à l’entretien ou à la fondation de collèges ou d’hôpitaux.

On expliquait ainsi la cession que les confrères de la Trinité firent de leur petit collège à l’administration municipale.

Cela n’est pas absolument exact ; cette création est antérieure de deux années, ainsi qu’on le verra plus loin. Jusque là, notre ville n’avait que des maîtres d’école (105) et pas de collég'e : les jeunes gens, qui voulaiént se former dans l’étude des lettres, de la philosophie ou des langues, étaient obligés d’aller à Paris, à Montpellier, à Toulouse, à Bourges, ou même à Pavie ou à Padoue où des universités, déjà fameuses, attiraient la jeunesse.

Il paraît que François de Rohan, Claude de Bellièvre et Symphorien Champier (1 06) furent les principaux promoteurs de cette organisation. Honneur donc à ces citoyens qui comprirent la nécessité d’assurer, désormais, le bienfait de l’éducation et de l’instruction dans notre cité (1 07).

(105) On trouve dans les rôles de taxes perçues au commencement du xvie siècle: Pierre Andrc maître d’ccole, rue Confort (CC 12) 1493 ; Henri Baluffin maître d’école (CC 107) 1499 ; Jehan de l’Orme, maître d’école, rue Saint-Barlhelemy, de 1503 à 1516 (CC 1 14, 120, 126 et 131); Guillaume Rameze dirigeait, en 1509 , une école dans la rue de la Bombarde (Péricaud), etc.

(106) « Ce fut luy qui invita et conseilla, pour le profit du peuple,

l’érection de ce beau collège de la Trinité, regrettant de voir mourir l’exercice des bonnes lettres en celle ville, et s’efforçant de l’y ramener ( Histoire de l'Universitc de Lyon et du collège de médecine, par Lazare Meyssonnier, Masconnois, docteur agrégé. A Lyon, Claude Cayne, rue Noire, au Lyon d’or, 1644,) »

(107) Voyez Pernelli. Tome 1, page 374 ; P. Allut ( Recherches sur la vie et les ouvrages du P. Claude-François Meneslrier ), page ij ; Lyon ancien et moderne, tome I, pages 308 et 409 ; Péricaud, Notes et Documents, année 1 527.

C’est en vain qu'on se reporte aux registres consulaires pour trouver l’acte de la fondation du collég*e ; celui de 1527 manque dans la collection (1 08) ; mais, heureusement, les archives de la ville ont, d’autre part , une copie de ce document que l’on trouve aussi dans un recueil, appartenant à l’Académie de Lyon, en même temps que la plupart des pièces relatives au collège :

« MM. les conseillers de la ville et communauté do Lyon, à scavoir M® Pierre Cliauvcl, doeteur, M'’5 André Pcyron, Esmé de la Porte, Claude Paquclet, Claude Trie, Simon Court, André Dupeirat et Guillaume Juge, d’une part, et honorables hommes Guyot Henri, Nicolas Devaut, Pierre Régnault , Antoine Esmonet, Michel Bertaud, André Belcrben, Girardin Catheleu et Jean Roche courriers vieux et nouveaux de la présente année d’autre (part), ont fait et font par ces présentes le traité qui s’ensuit à scavoir en ensuivant les consentement, délibérations et ordonnances sur ce faites par messieurs les notables et gardes des métiers de la dite ville représentant le corps commun d’icelle aussy grand nombre et grande partie des contraires de lad. contrairie delà Sainte-Trinité qui puis un mois en çà ont été mandés et assemblés en l’hostel commun lesquels pour bonnes causes contenues esd assemblées et consentement ont voulu, consenti et ordonné ériger un collège es granges appartenant à la d. confrairie de la Trinité assises en cette ville de Lyon sur le Rhône, en la rue Neuve, lesquelles ont été longtemps et sont encore occupées par l’artillerie du Roy, à cette cause iceux courriers scachantont voulu et déclaré, veulent et déclarent et con-

(108) C’est pour nous l’occasion d’émettre le vœu que l’on fasse une analyse et une table de ces registres qui forment, en definitive, l’histoire officielle de notre cité depuis son affranchissement jusqu’en 1190. Un incendie, l’humidité, ou toute autre circonstance pourraient entraîner la perte d’un ou de plusieurs registres, ainsi qu’il est arrivé récemment, et ce malheur serait sans remède. Quelques registres sont en double ; pourquoi ne pas les déposer dans un autre édifice municipal ?

sentent par ces présentes que le d. collège soit mis et érige csd. granges et icelles appliquées pour le logis des maîtres, iégens, bacheliers et écoliers ainsy et pour la forme et manière que par le Consulat de la ditte ville et lesd. courriers qu’ils seront pour le tems sera avisé et ordonné pour le mieux au proffit des d. collège et chose publique de la d. ville et parmi ce que le d. collège sera intitulé et nommé le collège de lad. confrairie de la Trinité et parmi ce que toutefois et quantes il adviendroit que le d. collège cesseroit ou seroit ailleurs transporté ou transmué lesd. granges seront dès lors réduites et remises à la main des courriers qui seront pour lors et à lad, confrairie avec toutes réparations et batiments qui pour lors se trouveront faits et construits esd. granges sans que lesd. courriers ou confraires soient tenus rembourser aucuns deniers pour lesd. réparations et sans que l’on puisse jamais alléguer aucune prescription pour quelque laps de temps que ce soit; aussy s’il y a quelque partie desd. granges, dont le collège se puisse passer et qui n’en soit occupé, lad. confrairie et les courriers d’icelle en jouiront comme il font de présent et faisoient auparavant lad. ercetion. Pareillement s’il avenoit que le tout desd. granges fut nécessaire pour la multitude des clercs et écoliers le tout y sera employé le cas advenant ; item les enfants et clercs dud. collège seront tenus chacuns soirs chanter avec les maîtres régens un Salve Regina perpétuellement et De profondis à l’intention desd. courriers et confraires de lad confrairie vivants et trépassés ; Item s’il advenoit que aucuns par donnation ou autrement fissent fondation aud. collège pour faire nourrir et apprendre quelques pauvres enfants pris au grand hôpital du Pont du Rhône ou ailleurs, en ce cas l’élection desd. enfants qui ne sera autrement réservée parles fondateurs appartiendra esd. conseillers et courriers, lesquels et chacuns cl’eux à chacune élection feront serment solennel d’élire les plus pauvres orphelins ou autres enfants esqucls ils connôitront avoir plus grosse pitié sans aucune affection, parenté ou affinité et des articles dessusdit seront faits épitaphes en pierre ou cuivre ainsy et quand bon semblera csd. courriers qui seront mises et affichées ès lieux des d. collèges plus apparents et

necessaires; Item s’il convcnoit que aucuns des contraires par malveillance ou autrement viennent à susciter aucuns procès à l’encontre desd. courriers pour avoir consenti à ce que dessus, en ce cas lesd. Conseillers et Consulat en ce nom seront tenus et obliges prendre les procès en main et relever de tous damages et intcrêsls les susd. courriers et en signe de vérité ont voulu lesd. parties ces présentes être laites et signées parle notaire royal secrétaire de la ville présent (109), auquel en ont requis acte être faict tant au proffict de la d. communauté desd. collège que confrairie, faites, conclues et passées et arreslées en l'hosiel Dieu du Pont du Rhône le dimanche vingt unième de juillet l’an mil cinq cent et vingt-sept et présences d’honorables hommes, Jaques Fenoil, Imbert Gimbi’e (110), Pierre Manissier et confrère Pierre Chapelain, maître chirurgien cytoyen dud. Lyon, témoins appellés et requis.

Ainsy que dessus est contenu a été consenti, conclu et arrêté par lesd. parties et expédié au profit de la dite confrairie de la Sainte-Trinité (111). »

Le collège fut remis à des professeurs séculiers et la ville accorda aux principal et régens des honoraires de quatre cents livres (1 12). Les registres consulaires de 1528 et 1529 mentionnent un différend qui exista, entre le consulat et le chapitre, au sujet de la nomination du principal et des régents de ce collège qui est dit cc nouvellement installé dans les g'ranges de la Trinité ; » ce différend eut une solution amiable (1 1 3).

(109) Claude Gravier.

(110) Imbert ou Ilamberl Gimbre , échcvin dès 1523, fut plus lard voycr de la ville ; nous préparons une notice sur cc personnage, ainsi que sur son fds, Jacques Gimbre.

(111) Série GG, non inventoriée et inventaire général de Cliappc aux archives de la ville ; volume 20, page 190.

(112) Acte passé avec B. Aneau déjà cité note 104.

(113) Registres consulaires BB 45 ét BB 46 ; archives de la ville.

Nos registres consulaires témoignent combien la première installation fut précaire ; on en jugera par le passage suivant cl’une délibération du A août 1528: « Sur la requête de M. le régent en l’escolle de la Trinité contenant qu’il pleust en plusieurs lieux en la dicte grange et ny a assez couverts pour les enfants qui sont au soleil requérant y estre pourveu, a esté ordonné que le lieu sera visité par les dicts Paquelet et Saneton qui en feront leur rapport »

Cet état de choses fut peu à peu amélioré malgré les énormes charg-es de la ville à cette époque.

Le voyer Humbert Gimbre, notamment et quelques années plus tard, fut préposé à des travaux d’installation ; ses comptes, pour cet objet furent arrêtés le 1er février 1537 (114). Cela nous entrainerait trop loin que d’entrer dans les détails d’ouvrages qui n’existent plus.

Le premier principal fut, à ce qu’il paraît, Guillaume Durand; après lui on trouve Jehan Canapé, jusques en 1530 (115), Heloy ou Loys du Vergier jusques en 1531,

(114) Série GG non inventoriée et inventaire général de Chappe aux archives de la ville ; volume 20, page 101.

(115) Jehan Canapé se plaignit le 9 novembre 1529 de l’cxiguité du local, du bruit des ateliers adjacents de l’artillerie du roi et du découragement des bacheliers en voyant l’école désertée par les écoliers à la suite de ces inconvénients ; quelques jours après, le Consulat prit à celle occasion une délibération dont nous fournissons un passage digue du plus grand intérêt et sur la proposition de Jehan Sala et Symphorien Champier : « Aussy qu’il y a plusieurs pauvres gens qui n’ont de quoy envoyer dehors leurs enfans ne aucuns pour paier tous les moys leur escollaige pour l’entretcnement et peine des régens et bachclliers, considérant que la liberté et exemption de ne riens paier à tous le moins des habitans de la ville sera cause que plusieurs continueront leslude et se tairont gens de bien que sera plus le proufit des pauvres que du riche, à ccste cause, etc. » Le Consulat prit en louage pour le collège les granges de Varcy (13 no-

us

puis les rég*ents Jehan Renyer, Jacques Vassuel et Jacques Bobynet. Le collège était entièrement désorganisé et désert par suite de la peste et de la famine. On trouve aussi, vers cette époque, un Claude de Cublize que sa mauvaise administration fit destituer et remplacer, en 1540, par le célèbre Barthélémy Aneau. Celui-ci avait été quelque temps régent au même collège lorsqu’il fut chargé de remplacer Cublize, en 1540, et de nouveau en 1 542.

Après dix années d’exercice, il désira se démettre de sa charge; on y établit, en 1551, Jacques Freschet (Frachet ou Franchet), Lyonnais aussi, qui dirigeait une école rue de la Lanterne (116),

Mais en 1555, Freschet disparut en emportant des meubles; on le remplaça, en juin, par Charles Fontaine, puis le 9 juillet , par Jacques Dupuy, maître-ès-arts. Cet homme tint une conduite repréhensible et mérita d’être révoqué.

L’établissement débutait, on le voit, d’une manière déplorable ; aussi on renvoya Dupuy, le 21 juillet 1558, et

vembre 1529, registre BB 49, folios 78 et 79, présents Jehan Sala, Benoit Rochefoit, Claude Renaud, Edouard Montaignat, Guyot Henry, André Delcrbcn, Rolin Faure, Jehan Mornay, conseillers, Mathieu de Vauzcllcs, Svmphoricn Champicr, docteur, le grenctier Jehan Dolhon, Estiennc Bertholon, Georges Loridcau et Mc François Fournier notables).

(116) Aneau se plaignit plusieurs fois pendant son exercice de l'insuffisance de son traitement (Reg. BB61, 1542-1543). Le college de Moulins, régi aussi par des laïques, éprouva les mêmes difficultés à se procurer des régens ; le dernier ami 1531, on délibérait au conseil de ville d’écrire au régent de Lyon pour le mander et qu’il lui serait « donné logis commode pour tenir les écoles et pension honnestc au despens de la ville pour une année ou deux sans tourner en conséquence ( Histoire du collège de Moulins, par Bouchard, pages 9 et 10). »

l’on fit redemander Aneau qui accepta et avec lequel on passa un traité le 29 septembre (1 17).

Le collège, dit ce traité, était presque sans enfants et devenait inutile si on ne mettait à sa tête un homme intelligent, actif et honorable.

On imposa à Aneau les conditions suivantes : 1° d’avoir trois régents et au besoin quatre, sur lesquels, le premier et le second devaient enseigner le grec et le latin jusqu’en rhétorique , le troisième bon grammairien , de telle façon que les enfants puissent monter de classe le jour de la saint Bémy selon la coutume parisienne, et le quatrième bachelier; il exercerait les élèves à une bonne prononciation. C’est surtout à ce dernier que devait incomber le soin de commencer les plus jeunes enfants;

2° On ne devait parler dans le collège que le grec ou le latin , excepté toutefois dans les basses classes où « les petits enfants lesquels vault mieux qu’ils parlent bon fraiir cois que s’accoustumer au mauvais et barbare latin. »

3° Le principal n’était affecté à aucune classe particulière mais devait faire une leçon tous les jours à sa volonté dans Tune d’elles ou en commun ;

4° Les élèves pensionnaires devaient être nourris suffisamment sans superfluité et habillés « lionnestement. »

5° Le local ne pouvait être loué ni affecté d'aucune manière indirecte à des particuliers ; le principal devait le meubler convenablement.

6° Il devait entretenir « un portier à garder une seule porte (la porte moyenne de l’allée vers rue Neufve), lequel

(117) Dupuy mourut peu après. On trouve aussi un principal du nom de Claude Platct qui reçut 46 livres, pour avoir fourni utie horloge nécessaire aux exercices et un lavoir pour les mains.

Pendant l'administration d’Aneau on planchcia les salles avec du Lois qui restait des fortifications ; ce principal recevait 400 livres pour l'entretien du college [Registre consulaire RB 61).

portier se tiendra en la log-e qui pour ce a esté faicte ...»

7° Les régents à admettre devaient être préalablement présentés au Consulat « pour être ouys et interrogés s'ils seront capables, suffisants et ydoynes, de bonnes mœurs et conversations pour avec eux accorder leurs gages et sallaires ainsy que par le Consulat et dont ils seront payés par les mains du receveur des deniers communs de la ville et par ordonnance du Consulat sur les gages ci-après ordonnés et constituez au d. M. Barthélémy Aneau. ...»

Cet article nous semble avoir dû présenter des difficultés inextricables dans l’exécution.

8° Le principal devait faire dire, chaque semaine, les lundi, mercredi et vendredi, une messe basse.

9° Aneau recevait 400 livres tournois de gages par an et le prêtre qui disait les messes quinze livres tournois.

1 0° Le principal pouvait exiger deux sous et six deniers par mois pour les enfants dont les familles en avaient le moyen ; ceux pauvres, dont le nombre et la réception étaient. attribués au Consulat, devaient être enseignés gratuitement.

La pratique de la gratuité dans les écoles pour les enfants moins favorisés de la fortune, remonte donc (118) jusqu’au xvie siècle et, peut-être qu’en cherchant bien, on la trouverait à une époque plus ancienne.

Les anciens magistrats municipaux de nos cités, élus et changés ordinairement tous les deux ans par un suffrage à deux degrés, ont généralement peu parlé , encore moins écrit et, surtout, ne se sont guère préoccupés de se préparer des piédestaux dans l’opinion publique ou dans la postérité. Qui sait les noms des conseillers, des prévôts des marchands et des échevins aux siècles passés? Quelques érudits dont les livres ne sont lus que par d’autres

(118) Voyez ci-dessus aussi h note 115.

érudits, et la mémoire de ces magistrats, qui devrait être vouée à la reconnaissance publique, reste enfouie dans les registres poudreux ! Cependant ces hommes, avec une persévérance infatigable, au milieu des embarras de toutes sortes : absence de professeurs, la guerre, la famine, la peste, des impôts d’une rentrée difficile, ont pu, sans se décourager, élever des édifices, constituer l’enseignement public et aller jusqu’à la gratuité!

11° « Tous les gens de lettres passants, allants et venants tant deçà que delà les monts ou à Tholoze venant aud. collège seront reçus par honneur et aux pauvres sera aydé de la passade ... »

Voilà certainement une clause qui fait honneur à l’esprit littéraire du xvie siècle plus qu’on ne saurait le démontrer. La difficulté des voyages rendait cette cliarg'e moins onéreuse qu’elle le serait à notre époque ; néanmoins c’est pour nous un exemple à imiter en réservant l’accueil le plus hospitalier aux littérateurs, aux savants et aux artistes qui passent dans notre ville.

Aneau n’acheva point la période pour laquelle il s’était engagé à régir le collég’e (119); il fut massacré , le 5 juin 1561, dans une sédition populaire occasionnée par l’acte de démence d’un ouvrier de la religion réformée qui , à la procession de la paroisse de Saint-Nizier, pour la Fête- Dieu, foula le Saint-Sacrement à ses pieds.

Il paraît que le collège fut indiqué à la populace comme étant un foyer de réforme ; on s’y porta en tumulte, l’infortuné Aneau se présenta, cherchant à calmer cette foule exaspérée, sa voix fut méconnue et il fut massacré impitoyablement (120).

Cet événement a été raconté de diverses manières et

(119) Jusqu’au 1er octobre 1562.

(120) Registre consulaire, BB 82, 1561. fol. 45 et 46,

fixé à d’autres dates par plusieurs historiens anciens de la ville ; l’on a surtout avancé que la foule se rua sur le collège parce que, au moment où la procession tournait à l’extrémité de la rue Neuve sur la place du Collège, une pierre fut lancée du collège sur le prêtre portant le Saint- Sacrement.

S’il peut rester quelque doute sur les détails qui amenèrent l’assassinat d’Aneau, il ne doit en subsister aucun sur la date.

Les registres consulaires déjà cités, un acte de reconnaissance consenti, le 2 août 1561 , en faveur de l’abbaye de Saint-Pierre par « honnête femme Claudine Dumas, veuve de M. Barthélemy l’Agneau en son vivant principal du collège de Lyon, » et les délibérations capitulaires des 15 et 24 juillet et 4 novembre 1561 , énonçant que le 5 juin de cette année , les hérétiques portèrent la main sur le Saint-Sacrement , fixent irrévocablement la date au 5 juin 1561 (121).

André Martin succéda, en novembre 1561, à Aneau et remplit cette place jusqu’en 1565 époque de sa mort.

Nous devons noter ici trois littérateurs qui furent professeurs au collège avant que celui-ci passât entre les mains de la compagnie de Jésus : Christophe Milieu ou Millet, Gilbert Ducher (122) et Claude Bigotier (123).

(121) Ba^ptolomy ou Barthélemy Aneau naquit à Bourges dans les premières années du xvie siècle ; il vint à Lyon en 1528. Son premier cours, comme régent, eut lieu en 1529. Il prononça en 1531 et 1540 l’oraison doctorale d'usage pour l’installation du corps municipal à Saint-Nizier. Les ouvrages de cet écrivain, en nombre fort considérable, sans véritable mérite littéraire, atteignent dans les ventes modernes un prix fort élevé, cela probablement en raison de leur rareté,

(122) Gilbert Duciiei\, dit Yulton, né à Aigueperse en Auvergne, vers la fin du xve siècle (Catalogue des Lyonnais dignes de mémoire), fut professeur d’humanités; il est mort en 1538 (Notice sur Ducher , par Brcghot du Lut).

(123) Claude Bigotier a fait paraître ses ouvrages en 1540; il était bressan.

Cependant les protestants s’étant rendus maîtres de la ville dans la nuit du 30 avril au 1or mai 1562, le collège se trouva de nouveau désorganisé; la nouvelle administration municipale donna ordre au secrétaire de la ville de réviser le bail de cette institution et d’y stipuler expressément que « les prières seront faites «... selon la coustume et ordonnance de l’Eglise réformée, sans que par cy après soit dict ne célébré aucune messe ny cérémonies papalles (124). » Il avait même été fait une requête, au Consulat, pour obtenir -qu’il ne fût toléré dans la ville de Lyon ou les faubourgs aucun autre établissement de cette nature (125). On voit, à toutes les époques, l’esprit de parti se glisser même dans les questions d’instruction publique.

Lyon resta au pouvoir des protestants pendant treize mois; enfin, par suite de la pacification du 18 mars 1563, un corps de troupes catholiques, sous les ordres du maréchal de Vieilleville, y entra le 15 juin.

Une réaction fut la suite inévitable de l’exclusivisme qu’avaient malheureusement montré les protestants et une des premières préoccupations des consuls fut de rétablir l’instruction publique dans un sens absolument catholique.

Il y avait alors à Lyon, un père Jésuite dont les prédications très-suivies faisaient sensation, le père Edmond Auger (126) ; c’est à lui qu’on s’adressa. Il faut penser que les pères, dont l’influence se répandait alors dans le monde entier, ne furent pas étrangers à cette proposition et .surent habilement se la faire adresser, ceci soit dit sans aucune intention désobligeante. Les termes mêmes de la

(124) Registre BB 83, 1562-1563.

(125) Id. id.

(126) Edmond, dit Emond, Auger, né en 1530, à Alleman, près Sezanc en Bric (diocèse deTroycs), est mort à Corne, le 19 janvier 1591.

délibération municipale, du 1er mai 1565 (127) remplie aux trois quarts de considérations sur la nécessité d’un enseignement catholique, notamment que ce collège serait « remis et dressé pour servir de séminaire à la jeunesse sous la charge, direction et conduite de docteurs et régents de l’ordre du nom de Jésus, » l'indiquent assez.

Quoi qu’il en soit, Auger sans refuser, sut se faire prier; il déclara ne pouvoir prendre un engagement définitif qu’après l’autorisation du Pape et du Général.

Un bref du pape Pie V, du 1 5 août 1 565, leva toutes les difficultés et il ne s’agit plus que de régler le contrat à intervenir. On fonctionna dans ce but à titre d’essai et dans le provisoire, jusqu’au 14 septembre 1567, époque où intervint l’acte important qui confiait, d’une manière définitive, l’établissement au pères Jésuites.

Le motif probable qui guida les pères dans ces négociations fut d’obtenir une augmentation de l’indemnité de 400 livres tournois, chiffre antérieur et, tout à fait insuffisant qui fut doublé, et enfin d’avoir une concession à perpétuité, laquelle seule pouvait permettre à la congrégation de faire de ses propres deniers, les dépenses indispensables pour des constructions et pour le mobilier.

L’acte dressé par le notaire royal, secrétaire du Consulat, et fort long’ et diffus ; on y sent, de même que dans la délibération du 1 er mai 1 565, la dictée des pères.

Après un préambule très -long, devenu précieux cependant pour nous en ce qu’il relate l’historique de l’éta-

(127) Registre consulaire BB 87. Voir le procès-verbal de la remise des clefs du college, lesquelles étaient encore entre les mains de la veuve d’André Martin, par Néry de Tourvéon, conseiller du roi, lieutenant et magistrat civil en la sénéchaussée et siège présidial, du 1er mai 1565 (Recueil factice déjà cité note 104).

blissement, viennent les clauses essentielles. Le Consulat remettait à perpétuité :

« Le lieu, place, bâtiments ja fails dud. collège, ensemble toutes les granges et clos y ajoutés dernièrement par sentence de monsieur M. Nicolas de Langes, lieutenant particulier en la sanéchaussée en date du dixième jour de ce présent mois de septembre (128) avec leurs entrées, aux appartenances etc

aux charges toutefois établir et entretenir en iceluy col-

lège un recteur et principal accompagné de personnes doctes et idoynes de leur profession en nombre suffisant pour régents ,

enseigner et endoctriner la jeunesse en tous arts libéraux

accroître le nombre des régents selon cpie la capa-

cité et la bonne espérance des conseillers et auditeurs le requerront endoctriner en toute piété et en la foi catholique

tous les d. écoliers soit de la ville ou étrangers portionistes et autres qui viendront au d. collège pour être enseignés aux lectures, le tout gratuitement et selon leurs saintes constitutions et ordonnances, et la d. sentence donnée par le sieur de Langes. . .

Les dits échevins donnent et transportent lad. pension

et provision annuelle de huit cents livres tournois pour

les principal, recteur et régents elle leur sera payée

annuellement en deux termes et si longuement

que le d. exercice et collège sera régi et gouverné par eux en la orme sus écrite, défaillant laquelle et que les s.d. sieurs de la d. congrégation vinssent à délaisser, que Dieu ne veuille, l’exercice du séminaire d’iceluy collège les lectures et enseignements, il sera loisible aux dits sieurs conseillers de retenir et dénier le paiement de la d. somme de huit cent livres tournois ensemble permis de rentrer en la possession et jouissance du d. collège. . .

Et les d. sieurs contractants .... ont convenu et arresté que

(128) L’ordonnance d'application des granges de la Trinité au collège ligure aussi dans le recueil précité. On y rappelle la fondation de la confrérie en 1306, l'acte de cession de 1527 et ses conditions, dont la principale est d’instruire les enfants pauvres et adeptifs de l’Aumône générale.

chacun an à perpétuité au jour et l'este de la Sainte-Trinité, que le d. recteur présente le d. cierge (de cire blanche) avec les armoiries de la ville durant le service divin auquel assisteront si

bon leur semble les seigneurs conseillers et échcvins

et le même jour sera lu en leur présence le présent contrat de fondation »

Quelques difficultés s’étant élevées sur l’exécution de ce contrat, elle furent réglées par-devant M. de Mandelot, gouverneur, le 6 août 1571 (129),

A Auger succéda le P. Bernardin Castor (130), puis le P. Codret (131), sans que nous puissions préciser l’ordre de leur rectorat.

On trouve aussi le père Guillaume Creyton (1 32), écossais, qui exerça pendant plusieurs années bien que le P. Possevino (133), paraisse avoir alterné avec lui. C’est sous le

(129) Recueil déjà cité note 104.

(130) Bernardin Castor professa pendant onze ans la rhétorique au collège de la Trinité. Il est ne à Sienne, en 1544, et est mort à Rome le 15 mars 1634 (Notes et documents par Péricaud, 9 novembre 1589, 4 mai 1592 et 15 mars 1634). Voyez plus loin le passage relatif au collège de Sistcron.

(131) Annibal Codret, né à Sallanches (Savoie), en 1525, est mort à Avignon, le 19 novembre 1599. 11 était regardé comme un des plus savants professeurs de son temps. Voyez Jules Philippe: Les gloires de la Savoie, page 137.

(132) On trouve dans un catalogue d’autographes de la vente Desforges, par Charavay, une lettre d’un Guillaume Creyton, qui paraît cire le même, datée de Lyon, 26 mars 1580, laquelle indique les tentatives qu’il faisait pour arriver à la destruction de livres calvinistes qu’on introduisait à Lyon ; il aurait été enfermé à la Tour de Londres, en en 1585, pour le même motif.

(133) Antonio Possevino, né en 1534, àMantoue, est mort le 26 février 1611 à Ferrarc. Il a marqué d’une manière considérable dans les affaires religieuses de son époque et a composé un grand nombre d’ouvrages . Voyez Notes et documents de Péricaud, 1594, 1595 et 1611. Il avait un ficrcdu prénom de Jean-Baptiste.

P. Creyton, le 12 mars 1579, que fut passé entre le Consulat, 1rs recteurs cle l’Aumône générale et les Jésuites pour la cession par l’Aumône générale au collège de deux granges neuves, ayant appartenu à René Laurencin, sises entre les rues Montribloud et Pas-Étroit joignant cette dernière au nordfet celle de Montribloud au sud, les granges et maisons Henry du côté du levant et le jardin du nommé Marchand du côté du couchant ; dans le traité, Creyton prend le titre de « Monsieur maître Creyton. »

Voici quelques renseignements sur la nature de l’enseignement qui était donné à cette époque.

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