‹ Étienne Martellange 1569-1641Chapitre 17 sur 29 · P A VL 0 V PONT. MAX · texte numérisé non relu

P A VL 0 V PONT. MAX

L VDOVICO XIII FRANC. ET NAVAR. REGE CHRISTIANISS. AVGVST1SS. TRINIT. ÆDI FACIENDÆ FINES ET PRIMVM FVNDAMENTO LAPIDEM DEDICAVIT R. D. DIONYS. SIM. DE MARQVEMONT ARCHIEP. LVGD. POSVIT ILLVSTR.CAROLVS DE NE VF VILLE D.ü’aLINCOVRT PROREX PONENTI ADFVERVNT D . AM AT VS BARAILLON VS ,PRÆPOSIT MERC AT D. MATTÆVS GALLIAT, D. IOAN. BAPTISTA MVRARDVS D. IOAN. GOVIONVS, D. HENRICVS CABOVD,

COSS. LVGD.

A. D. XII COL. IVNII S. TRINITATI SACRVM ANNO DOM. CIO. 10CXVII IN SOLO COLLEG. LVGDVN, SOCIET. 1ESV.

En 1618, le 21 août, il avait été exécuté 199 toises 5 pieds 2 pouces et 1 ligne de maçonnerie.

L’édifice était achevé en 1 620 ; mais une difficulté s'éleva sur le toisage du bâtiment et il y eut procès par devant la sénéchaussée de Lyon.

Le 29 mars 1622, Martellange fit, à cet égard, la déclaration suivante (169) :

« Déclaration d'Eslienne Martellange, religieux et architecte de la compagnie de Jésus, lequel a faict les desseings de l’église du collège de Lion.

« Comme ainsi soit quaient faict le dessaing modelle et eslévations de l’église du collège de Lion, et estant appelé, lorsque le contraict de prifaict d’icelle sescrivoit , je représentay deux poincts au R. P. Recteur, assez importants, desquels le premier consistait, le toisage, le premier des murailles, ou tranchant la façon de mesurer, aultant plain que vuide, il fut dict, que les arcades et vuides des chapelles ne devoit estre comprises, seulement les portes et fenestres ordinaires neaulmoins, après beaucoup de conteste, on leur accordât qu’on leur toyseroit despuis le dessoubs du chapiteau aux chapelles seulement, mais pour le reste des doubleaux, qu’ils ne seroit aultrement toisées, secondement, pour la façon de mesurer les voultes, qu’elles seroient mesurées parle mitan d’icelles, comme je l’avois faict au noviciat où je leur fiz la figure, iceux refusant cette façon de toiser, comme contraire à l’usage de Lion, j’instay que l’on ne passât oultre au dict prifaict, à quoy, finalement, ils acquiesscrent, aiant donc esté appelé de Dijon pour cause du différent que l’on en foisoit à présent, je suis venu pour en rendre le témoignage susdict. Joinct qu’à la fin des mémoires que j’avois dressés et qu’ils sont obligés de garder, par acte du 17 aoust IG 1 7, il est dict, s’il y arrivoit quelques difficultés, celuy qui a faict le des-

(169) Archives du département du Rhône, portefeuille D 9. liasse 2.

seing et inesmoires, satisfera à tout, s’il en est requis. En foy de quoy, j’ai signe le susdit, le 29 novembre 1622.

«Estienne Martellange. »

« J’ai faict une saillie où est le traict de la façon de toiser. »

Cette dernière annotation semble s’appliquer au plan que nous avons cité plus haut.

Cette déclaration ne semble pas avoir suffi ; car, l’année suivante , Martellange écrivait d’Orléans, à Gabriel Solignac, de Béziers, architecte de Paris, la lettre suivante (170) :

« Maistre Gabriel, mon bon amy, l’occasion d’une lettre, laquelle le R. P. Recteur du collège de Lion, in’a escrit ces jours passés, afin que je donnasse quelques éclaircissements à une affaire qui est entre nous et les massons qui ont basti notre église à Lion, où je passay au mois de novembre derider, et rccognus que l’on avoit faict un toisage, du tout frauduleux et malicieux, et contre conscience, car je recognus qu’aux seulles voultes, ils nous avoit trompés de plus de mille escus, car estant dict au prifaict que les voultes seroit toisées pour muraillie courante la travée de l’esglise estant 30 pieds et la largeur entre les doubleaux de 13 pieds, les doubleaux portant 15 pieds d’haulteur eslans de leur plan plain cintres, ils ont mesurés de cette sorte: prenant la longueur des diagonales, qui font 33 piedz, adjoutant 17 piedz de montée, qui font 50 piedz, et doublant disant et multipliant 50 par 50, en sorte que le produit est 2500 piedz, qui seroit parti par 36 piedz, qui est la toise, 69 toises, au lieu qu’à mesurer conforme à l’usage de Lion, il deboit avoir prins la diagonale de 33 piedz et la largeur de 13 piedz y aioutant 15 piedz qui est la montée, qui feroit 28 multipliant l’un par l’autre, et

(170) Archives du département du Rhône, portefeuille D 9, etc. Nous avons cru devoir rapporter in extenso cette lettre qui fournit, au point de vue technique de la construction et du mode de la mesurer au xvne siècle, des renseignements précieux.

le produict est de 924 piedz. Lesquels divisés par 3G feroit 24 to'ses 2/3. Ils nous trompoit donc de 44 toises 1/3 en chasque intervalle de doubleau. Ils me confessoient dabord quils avoient mal toisé, mais ils heussent voulu que je mepartisse leur erreur contre tout et conscience. Je laissay mémoires et instructions du tout, avant mon départ, du depuis je n’en avois entendu nouvelle jusqu’à l’onziesme de ce mois que je reccus la lettre du R. P. Recteur, le P. Louis Michaelis, lequel m’escrit comme fai— soit du 30 janvier. 11 a fallu plaider contre nos massons, le toisage a esté cassé, par sentence comme aussi l’ordonnance de M. Seve et nous disputerons maintenant, s’il nous fault paier les deux arcs doubleaux du cœur, tant plain que vuide, jusqu’à terre surquov j’escrips au P. Tacon (171), de me donner avis de la pratique de Paris et si le Parlement a jamais donné quelque arrêt. Et vous prie de luy escrire ung mot pour l’informer et éclaircir de ma d. difficulté, par quels desseing que luy pourriez faire représentant les arcades du cœur comme aussi les demi doubleaux du cœur, desquels ils demanderont destre paiés en tant plain que vuide, jusqu’à toiser contre toute raison et attendant de vos nouvelles, je me recommande.

Voici le contenu de sa lettre :

Le R. P. Tacon auroit donné copie du contract qui eust été nécessaire en mesme instant que jescrivois, je me suis rescouvenu que peut estre j’aurois la copie, adioutant au bout d’iceux encore quelque chose, pour donner plus d’intelligence ; jay encore faict le plan et eslevalion par le dedans (c’est le plan que nous avons cité) de la dicte esglise, ou est à remarquer que nous avons este grandement lezés en un aultre poinct du toisage, car l’on a prins pour epesseur des muraillies la salie d’un corps qui se retrancoit, dequoy je faict a part ung papier du plan soubs les clochers proche du cœur. (Ce plan particulier se trouve

(171) Le P. F. Tacon csl mort, le 13 mars 1663, à l'âge de 94 ans ; il fui inhume dans les cavaux de l’église de la maison professe de Paris (Voyez Mènorval, page 322).

aussi sur la même feuille qui contient le plan de l’église et sa coupe longitudinale), où la muraillie estant ds 3 piedz et voulant gaigner de la place en Testage bas, j’adioutais quatre quartz de pilastres d’environ 9 poulccs, les rachetant d’un doubleau au desus, et lors qu’ils ont toisé, ils ont pris oultrc le gros de mur de 3 pieds encore les 9 poulces, ainsi ils comptent la muraillie de 3 piedz neuf poulccs, qui vauldroit pour la réduction deux toises et demie de muraillie. Ils ont faict la mesure de la salie des pilastres adiou tant au gros de mur la salie des dicts pilastres. Je vous supplie humblement me donner votre advis sur les susdicts, ou l’advis encore au R. P. Tacon, afin qu’il puisse respondre au R. P. Recteur du collège de Lion. Excusez-moy, je vous supplie, si j’abuse de vos bontés et affection que vous me pourtez. Je vous prie encore me donner quelque occasion de revanche, je m’y cmploieray de toultc mon affection, ce qu’attendant, je prieray M. d. Seigneur vous conserver en sa sainte grâce et de vous en pouvoir remercier en personne.

d'Orléans, ce 14 lévrier 1623.

« Votre très-humble et affectionné serviteur,

« Estienne Martellange.

« J’estime qu’en ceste affaire, fauldra retoiser justement que s’il avoit occasion de sestre plainct et mériter quelque récompanse, c’est à la prudence du R. P. Recteur, et non pas le condamner de la paier, fauldra qu’il se tienne touiours à son contract ainsi que je luy ai escript. »

Au dossier se trouve la réponse de Solignac, qui estime que l’avis de Martellang-e est équitable.

Les toisages de Daurollës étaient faits par un nommé Jehan Rabot, qui se qualifie « Me arithméticien. »

Voici, du reste, quelle fut la marche de cette affaire, d’après le « livre de procès » des R. PP. (172).

(172) Archives du dép. du Rhône, portefeuille D 196.

Le 24 janvier 1623; sentence fut donnée aux Pères, par laquelle il fut dit qu’on retoiserait toute l’église aux dépens de Daurolles et qu’on nommerait dans la huitaine des prudhommes et experts.

Le 4 février, les maçons nommèrent MeNeyret et Charles Gay et les PP. Me Picquet et M. Jacques de Valdore, qui furent récusés par Daurolles, comme ayant fait le premier rapport.

Le 11 , les Pères nommèrent M. de Lourdes et M. Etienne Michallet. Le 23 mars 1624, le lieutenant du Forez fut député commissaire à la dite affaire et le sac des Pères lui fut remis. Le 5 décembre 1624, il fut dit par sentence que le rapport fait par MM. Picquet et Laure (173) devant M. Sève, en 1622, serait maintenu. Enfin, le 31 décembre de la même année, on s’accorda à 835 livres.

Hugues Trippier ou Treppier et Jean Berthelier firent la couverture de l’église par marché du 1 er octobre 1 621 (1 74) . Le prix-fait était de 950 livres pour fourniture et pose de tous les bois et pour la charpente de quatre tours ou clochers aux quatre coins de l’église. On a de la peine à se rendre compte, de nos jours, comment un travail aussi important a pu être exécuté, par ces entrepreneurs,

(173) On trouvera plus loin, chapitre VIII, un Picquet qui fit le plan de l’hospice de la Charité, probablement d’après un premier projet dressé par Martellangc ; est-ce le même ?

Un César Laure fonda, en 1625, la chapelle des Pénitents de la Miséricorde, concourut, dans une certaine mesure, à la construction de l’ancien hôpital du Pont de Rhône, en 1620, et mourut en 1636 ? L’épitaphe suivante se trouvait dans l’église des Augustins, démolie en 1755 : Blasio a S. Jacob. Janucns. qui obiit 24 septemb. 1592 el Claudinœ D. Codevile 2 Jaiiuar. 1605 Cœsar Laurus Mediol. grains progener. et alternis fidus uxoribus. m. h. p.

(174) Archives du dép. du Rhône : portefeuille D 9, liasse 8.

pour un prix si peu élevé, même en tenant compte de la différence de la valeur de la monnaie.

Il existe entre la voûte de l’église et la charpente un étage complet éclairé par des fenêtres, lequel sert de dépôt à la bibliothèque de la ville.

Les livres reposent par travées sur des rayonnages qui portent sur la voûte et dénotent ainsi la solidité exceptionnelle de cet ouvrage. La coupe en long, dessinée par Martellange, indique très-clairement cet étage.

Claude Chanal, M° maçon, exécuta le clocher à dater de 1620. Il fut placé au nord-est de l’église, et il paraît qu’on avait l’intention de hausser la tour qui lui fait symétrie au sud, autant que celles de la façade, ainsi qu’on vient de le voir dans le marché des charpentiers. Il n’a pas été donné suite à cette combinaison et elle n’a été élevée que jusqu’à l’arasement des murs de la nef de l'église. Le plan de Maupin indique que le clocher n’avait pas encore, à cette époque, le couronnement avec dôme qui a été construit depuis à une date que nous ne pouvons préciser (175).

Sa position, qui l’enfouit actuellement au milieu des constructions du collège, démontre surabondamment que d’après les plans primitifs l’établissement ne devait se composer que d’un grand quadrilatère ne dépassant pas au sud le prolongement de la rue Neuve.

L’aile au levant, le clocher et le chevet de l’église avaient vue sur le Rhône et sur la plaine du Dauphiné, bordée par les Alpes.

Voici les renseignements que nous avons pu recueillir sur les ouvrages exécutés, au xvne siècle, dans l’église, pour sa décoration et pour le mobilier.

(175) Ce clocher a etc restauré avec du ciment, en 1869, par les soins de l’architecte delà ville, T. Desjardins.

Le grand autel était élevé en août 1 622 et sa dorure fut achevée le 17 octobre (176) ; il a été refait au milieu du xvme siècle par un Delamonce (177).

Il est probable que cette époque est celle de l’inauguration de l’église puisque saint François de Sales y prêcha le i décembre (2e dimanche de l’Avent). On sait, à cette occasion, que Mme de Blonay, supérieure du couvent de la Visitation , dans lequel l’évêque de Genève logeait, lorsqu’il séjournait à Lyon, lui avait fait préparer un carrosse ; le prélat le refusa en disant : « Il me feroit beau veoir aller en carrosse prescher la pénitence de saint Jean et la pauvreté évangélique (4 78) ! »

Les org-ues, exécutées en 1623, furent fournies pour le prix de 1350 livres par Symon du Pré (179).

Les rétables des chapelles paraissent avoir été, pour la plupart, ordonnés d’après un modèle uniforme par un nommé Beauregard (180) ; nous ne pouvons affirmer si les détails historiques que nous avons trouvés, se rapportent exactement à ceux qui subsistent. Martellange avait projeté six chapelles , trois à droite et trois à g-aucbe. Au centre, en correspondance avec l’entrée latérale de l’église sur le collège, était une sortie sur la rue Neuve, ces deux issues occupant chacune une chapelle. Les autels étaient

(176) Archives du dép. du Rhône, portefeuille D 9, liasse 8.

(177) Ayant l’espoir de consacrer un jour aux Delamonce des notices spéciales, nous ne faisons que citer les ouvrages qu’ils ont fait exécuter dans l’église du Collège.

(178) Histoire de ta fondation du monastère de la Visitation de Sainte- Marie de Bellccour, de Lyon (Bibliothèque de la ville de Lyon), page 3^. Saint François de Sales moutul vingt-quatre jours après, à Lyon, le 28 décembre 1622.

(179) Archives du dcp du Rhône, portefeuille D 9, liasse 5.

(180) Habile (?) architecte, et élève de Blanchet, selon Clapassom page 83.

placés, selon l’usage ancien, non contre le mur latéral de l’église, mais contre les murs séparatifs du côté de l'orient. Cette disposition dut être changée lors de l’embellissement de l’église, au xvme siècle, et il est fort possible que, dans ce remaniement, quelques rétables aient été trans portés d’une chapelle à une autre, circonstance qui rend très-difficile la coordination des vocables et descriptions du xvne siècle, avec ceux du siècle suivant et avec l’état actuel.

Toutefois , sans nous arrêter à cette difficulté, nous allons fournir, à l’aide du Lugdunum Sacro-prophanum du P. Bullioud et de nos propres observations, la nomenclature des chapelles, et même, pour ne plus y revenir, leur description sommaire , en commençant par l’entrée de l’église côté de l’évangile.

1° Chapelle, actuellement sous le vocable de sainte Blandine. Le rétable est composé de quatre colonnes d’ordre corinthien, en pierre rouge, supportant un fronton circulaire coupé à l’aplomb des deux colonnes formant avant-corps et cantonnant une niche cintrée.

2° Chapelle de saint Sabin et des saints Martyrs. Les reliques de ces saints avaient été apportées de Rome par Mgr d’Halincourt, en 1 608, et déposées dans un reliquaire d’argent. La chapelle fut élevée, par Jérôme de Cotton, pour y élire sa sépulture. Il ne faut pas confondre cette famille avec celle des Coton, dont nous avons parlé plus haut, à laquelle a appartenu le célèbre P. Coton ; elle portait pour ses armes : d'azur, au chevron d'or , accompagné de deux roses et d'un croissant d'argent fl 81 J. La con-

(181) Armorial général du Lyonnais, etc., par Slcyert. Cet auteur dit que Jérôme de Cotton, cchevin en 1 635, fonda, en 1610, cette chapelle, qui était la cinquième, du côte de l’Evangile, et obtint, en 16*22, pour lui et sa femme Anne d’Osseris, l’autorisation de s’y faire enterrer. Cette

cession fut faite en 1623, par le P. Miciiaelis, recteur. L’autel et le rétable, qui paraissent appartenir à cette époque, sont remarquables par une sorte de marqueterie en stuc d’un travail très-soigné, où l’on observe des arabesques gracieuses de diverses couleurs ; la voûte présente quelques peintures de l’époque. Le cadre est veuf de sa toile.

La 3e chapelle n’a pas d’autel ; c’est l’entrée de l’église sur la cour du collège.

4°. — Chapelle de la Nativité de la sainte Vierge.

Elle fut fondée par Henri Forendal, oreginaire de Lille en Flandres. Ce personnage, selon M. Steyert (182), possédait une maison, quai Saint-Vincent, dans laquelle s’établirent les religieuses de Saint-Benoit. On trouve dans le rétable quatre colonnes d’ordre corinthien en pierre rouge, supportant un fronton aigu et coupé de même que dans le rétable delà première chapelle. L’autel, en forme de tombeau et d’un dessin robuste, est en pierre noire de Saint-Cyr. Le cadre rectangulaire, entourant une Nativité de la sainte Vierge , qui n’existe plus, est surmonté d’une partie cintrée. Il est couronné par un écusson coupé miparti au 1 d. . . h r aigle d. . . au 2 et 3 d . . . à la tour d . .

5° — Chapelle dont le vocable ancien ne nous est pas connu. L’autel et le rétable sont à peu près semblables aux précédents ; cependant on y remarque une certaine recherche.

La 6e chapelle, plus petite que les précédentes, et qui ne rentrait pas, pour cette destination, dans le plan de Martellange, n’a pas d’autel et est occupée par un confessional.

désignation s’accorde avec le P. Bullioud et les papiers conservés aux archives du département du Rhône, sauf les dates.

(182) Armorial général du Lyonnais , page 40.

Revenant vers l’entrée de l'église, nous trouvons du côté de l’E pitre :

7° Chapelle dont le vocable ancien ne nous est pas connu.

C’est toujours à peu près le même système de rétable et d’autel que dans la chapelle en face ; pas de toile dans l’encadrement ménagé.

8° — Chapelle de saint Ignace, présentement de la sainte Famille. Selon le P. Bullioud, elle fut fondée le 18 février 1623, par noble Jean Sageot, seigneur de Chavagmeux en Dombes et Romanesche, avec le concours de son épouse Suzanne Cléberg ; un écusson de leurs armes qui nous sont inconnues, en ce qui concerne Sag’eot, y figuraient. Les Cléberg portaient de gueules au mont de trois pointes d'où sortent trois trèfles tiges ; le toid d’or.

Clapasson signale l'autel de cette chapelle ; nous observons toutefois qu’il n’offre rien qui puisse le faire remarquer plus que les autres.

9° — Chapelle de saint Louis, roi de France, présentement de la sainte Vierg*e. Nous savons qu’elle fut commencée, mais non achevée, par un premier fondateur, et qu’en 1 625 on donna le prix fait de ses travaux qui devaient la faire en tout semblable à celle de la sainte Vierge fondée par Forendal auparavant. Nul doute ne peut subsister sur la position de cette chapelle, qui est celle en symétrie avec 1 entrée de l’église par le collège, attendu qu’elle ne devait pas, comme nous l’avons dit plus haut, comporter d’autel, une sortie sur la rue Neuve y ayant été ménagée par Martellange. Or, il est très-bien expliqué, dans le marché avec Claude Martin, que celui-ci devra murer cette porte, puis creuser un caveau. Le deuxième fondateur, Prost de Rouville, appartenait peut-être à la famille d’un chanoine de Saint-Nizier, du même nom, en

1677, qui portait : d'azur, au lion d'or, et une fasce de gueules, brochant sur le tout, selon l’armorial de la Généralité de Lyon (183).

La menuiserie, dont il ne reste plus rien et pour d’excellentes raisons, comme on le verra plus loin, fut exécutée par Benoît Serve.

Le tableau, représentant saint Louis, était d’Horace Le Blanc, qui toucha pour ce la somme de 200 livres. Le reçu est donné à de Rou ville et au P. Recteur Anthoine Mil-

II paraît que le rétable fut refait, en 1704, par un nommé Jean Richeran, au prix de 1 400 livres, et dans ce cas, il serait celui qui existe encore et qui était loué parClapasson, attendu probablement qu’il présente, avec la même sorte de décoration que les autres , une plus grande richesse de contournements en saillie. Cependant on y remarque, au lieu d’un encadrement de tableau, une

(183) Communiqué par M. Morel de Voleine.

(184) Archives du département du Rhône, portefeuille D 9, liasse 6.

Le reçu de Le Blanc est du 2 décembre 1627. Cet artiste fut peintre de la ville et exécuta, en dehors des édifices religieux, entre autres ouvrages, les portraits des échevins et des rois Henri IV et Louis XIII, etc. (1614- 1634). Voyez les Beaux-Arts à Lyon, par Pariset, et 1 ’Abccedario de Mariette. Il y a eu aussi un peintre du nom de Louis le Blanc, qui a travaillé à Lyon et qui fut reçu maîlre pciulre, à Paris, le 7 sept. 1646.

lieu (184).

niche occupée par une Assomption en sculpture ; c’est, peut-être, un remaniement postérieur à 1761 .

10° — Chapelle de Saint-Michel. C’est la première décrite par le P. Bullioud ; elle fut fondée par Lucas et Philippe de Sève, le 1 5 janvier 1 61 9 . On remarque leurs armes à la clef de voûte, qui sont : fascé d'or et de sable à la bordure componée du meme. La décoration du rétable et de l’autel est analogue à la quatrième chapelle, c’est-àdire à celle de Forendal ; la toile n’existe plus dans l’encadrement.

11° — Chapelle dont l’ancien vocable ne nous est pas connu. Le rétable est à peu près semblable aux autres ; le coffre de l’autel présente au centre un panneau vide qui devait recevoir quelque motif en bronze dans le genre de celui de la huitième chapelle.

12° — Chapelle dont l’ancien vocable ne nous est pas connu. La décoration du rétable appartient à la fin du xvme siècle ; il n’en subsiste plus guère que deux anges agenouillés; l’autel n’offre rien de remarquable.

Laquelle des première, cinquième, septième et onzième chapelles, dont nous n’avons pu déterminer les vocables, était celle de saint François-Xavier? En 1703, Claude Virignin, dit Laplante,fut chargé d’en exécuter le rétable. Cet entrepreneur, qui faisait de la maçonnerie et de la marbrerie, était employé, vers la fin de la même année, par le Consulat, à remettre en place les pierres de taille du frontispice de l’Hotel- de-Ville destinées à la statue de Louis XIV et aux autres motifs qui raccompagnaient à sculpter par Chabry, lesquelles avaient été posées avec trop de négligence.

La chaire du prédicateur fut exécutée en 1699, sur les plans de Jean Delamonce, peintre et architecte, et inaugurée le jour de Pâques 1700. L’entreprise en fut donnée

à Pierre Orset et Jean Alerand, son beau-père, tous deux tailleurs de pierre, à Lyon. Le prix fait fut passé pour la somme de 1900 livres, comprenant avec ce travail, où devaient être divers marbres de couleur, la tribune de la chapelle, où se trouvait provisoirement la chaire (tribune qui, probablement, n’avait pu être achevée), semblable à celles des autres chapelles exécutées antérieurement à une époque que nous ne pouvons préciser, sauf les deux piédestaux de clôture.

Les marbres étaient fournis par les RR. PP. , eu dehors de ce prix. Delamonce reçut 200 livres pour l’inspection et direction de l’ouvrage (185).

N. Chrestien fut le menuisier employée pour les revêtements. Cette chaire n’existe plus, ou du moins celle qu’on y remarque aujourd’hui n’en est plus qu’un débris.

L’intérieur de l'église fut décoré par des peintures dont l’exécution fut confiée à un peintre du nom de Virys(186)

(185) Archives du dép. du Rhône ; portefeuille D 9, liasse 4.

On tro jve dans les registres de dcccs de la paroisse de Saint-Pierre et Saint-Saturnin : « Sr Jean Ds Lamonce, architecte, âge de soixante-treize ans, demeurant rue Puits-Gaillot, décédé hier ; ce 14e août 1708. Ont assisté au convoy sieur Ferdiuand-Sigismond De Lamonce, son fils, architecte, qui a signé, etc., etc. » Jean Delamonce était donc âgé de 64 ans quand il fit exécuter la chaire de l’église du Collège.

(186) Un Antonio Vuws, Jésuite, peignit, en 1652, des perspectives sur les murailles du jardin de l’Hôtcl-dc- Ville et fut le maître de Claude Audran, le peintre, selon Guillet-Sainl-Georges.

et à un autre religieux de la Cie de Jésus, le frère Labbé ou l’Abbé (187).

Nous ne pouvons déterminer d'une manière exacte l’époque de leur exécution ; elles doivent, à notre avis, remonter au milieu du xvne siècle.

En 1700, comme on avait reconnu que la tribune du fond de l’église exécutée dans la largeur de la première travée, conformément au plan de Martellang*e, lui enlevait du jour , on exécuta celle qui existe aujourd’hui d’après les plans de Jean Delamonce; ce fut Claude Virignin, dit Laplante, qui fut aussi l’entrepreneur de ces travaux (1 88).

L’église fut embellie considérablement, en 1737, par un autel nouveau et par l’addition aux pilastres et dans le clueur de revêtements en marbre dont l’exécution fut confiée à Michel Perache d’après les plans de Delamonce.

Ce dernier artiste fut en même temps chargé de la restauration des peintures de L’Abbé et Paul Peracliefils, maître

(187) Y aurait-il quelque rapport entre ce frère Labbc et Pietro Paolo (JeU’Abbalte ou Labbé (1592, mort en 1630), petit-fils de Niceolo dell’Abbate, dont parle ‘de Labordc dans la Renaissance des arts à la cour de France, page 776, ou un autre membre de cette famille de peintres ?

(188) Archives du dép. du Rhône, portefeuille D 9, liasse 3.

charpentier, dressa les échafaudages indispensables pour ce travail (189).

Delamonce, dans cette circonstance, ne fit pas seulement de la peinture décorative ; des quittances sig'nées par lui, les 2 février et 24 novembre 1738, témoignent qu’il exécuta diverses peintures à l’huile et notamment Y Apothéose de saint François Régis. Cette toile existe encore et se trouve placée sur la niche du chœur côté de l’Evangile ; elle est au-dessous du médiocre pour ne pas dire mauvaise.

(189) Archives du dép. du Rhône, portefeuille D 9, dossier 8.

Les signatures autographes que nous donnons sont celles de Delamonce en date du 10 novembre 1737, du reçu de Michel Perache, sculpteur, en date du 11 octobre 1737 et du reçu de Paul Perache, en date du 21 août 1738. Michel Perache, né le 12 juillet 1686 et mort le 21 décembre 1750, est le père d’Antoine-Michel Perache, aussi sculpteur, le directeur de la presqu’île de ce nom. Antoine-Michel, plus tard, signe son nom avec deux 7V Pcrrachc.

On trouve dans les registres de décès de la paroisse de Saint-è'arlind’Ainay : « Le premier octobre mil sept cent cinquante-trois, a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse, par moi, vicaire soussigné, Ferdinand-Sigismond-lgnace-Joseph de la Monsse, architecte, peintre et graveur, âgé d’environ quatre-vingts ans, décédé hier, muni de ses sacrements, etc., etc. «

Ferdinand Delamonce était, en conséquence, âgé de 64 ans quand il fit les décorations et l’autel de l’église du Collège.

Un tableau de H. Le Blanc représentant le Mystère de la Sainte-Trinité composa la décoration des entre-pilastres du fond ; il s’y trouve encore.

Ces restaurations firent effacer dans la nef des peintures placées au-dessus des arcades des tribunes qui représentaient les Apôtres et les Evangélistes.

On a dù entreprendre, en 1861 , une nouvelle restauration de cette église et surtout des peintures qui tombaient en poussière.

Ce travail a été exécuté sous la direction de l’architecte en chef de la ville, T. Desjardins. Un peintre décorateur, habile et expérimenté, Alexandre Denuelle (190) fut alors chargé de la tâche difficile de relever ce qui restait de ces peintures, afin de pouvoir rétablir l’enduit qui se détachait, et ensuite, de les restituer; il l’a remplie de telle façon que ce qui existe est la reproduction fidèle de ce qui s’y trouvait antérieurement. Pour y arriver, il reproduisit par des calques tout ce qui subsistait et en fit faire une reproduction exacte, à un dixième, que l’on confronta avec le monument avant de faire tomber l’enduit. C’est ainsi que ces anciennes décorations ont pu nous être conservées,

Labbé exécuta aussi des peintures décoratives dans la chapelle, dite des Messieurs, sous la bibliothèque, lesquelles existent encore.

Pendant la nuit du 20 janvier 1644, le feu prit au Collège et y causa des dommages considérables. Le Consulat se hâta de faire réparer les bâtiments et fournit des fonds pour la reconstruction de ceux incendiés (1 91 ).La reine ré-

(190) Nous donnerons plus loin une nomenclature exacte des figures représentées dans cette décoration, laquelle nous a été fournie par M. Denuelle.

(191) Délibérations des 5 décembre 1652 et 30 décembre 1670.

gente, Anne d’Autriche, contribua aussi à cette restauration.

Ces libéralités importantes permirent de décorer, en 1662, la grande cour des classes, par des peintures dont l’exécution fut confiée à Blanchet et à Dupuy.

Ménestrier, qui nous en a laissé la description fl 92) indique, dans une épître aux échevins, qu’elles furent exécutées surtout pour effacer toute les marques « de l’in- « cendie qui consuma le collège il y a près de vingt ans « et le rendre plus magnifique après cet in signe malheur. »

Cette décoration se composait de quatre ordres d’architecture sur les trois faces et sur celles des galeries : toscan, dorique, ionique et corinthien. Dans les parties où il y avait plus d’élévation on avait mis des Termes avec les ornements du composite. Sept grandes montres solaires étaient aussi établies sur les diverses faces.

Nous ne suivrons pas le P. Ménestrier dans le détail de toutes les allégories qui caractérisent l’emphase de la flatterie de l’époque et qui .sont excessivement variées. C’était à la fois un tableau de lettres, de sciences et de l’histoire lyonnaise.

Un des camaieux représentait la visite du roi Louis XIV et de la reine sa mère à qui le collège devait la réparation : « C’est par le secours de cette princesse libérale et magnifique qu’il s’est relevé de ses ruines et nous l’avons voulu représenter elle-même voyant l’ouvrage de ses bienfaits. »

(192) Le temple de la sagesse ouvert à tous les peuples. Dessein des peintures de la grande cour du collège de la Sainte-Trinité . A Lyon , chez Antoine Molin, vis-à-vis le Grand College. MDCLX11I. Avec permission.

Moulin reçut 110 livres tournois du Consulat « pour les frais et dépenses qu'il fit pour l’impression et reliure de ce livre (Actes consulaires, registre BB 218. 1663). »

Il est excessivement regrettable qu’aucun dessin de ces peintures n’ait été conservé ; alors même que l’exécution en eût été ordinaire, il est certain qu’elles présenteraient de nos jours un intérêt puissant.

Il y avait des combinaisons savantes de cadrans solaires dans lesquelles les Pères de la société de Jésus ont excellé et notamment les Pères La Hire et Babynet.

Au point de vue de l’enseignement général et de la gaieté, d’une cour fréquentée par des élèves, ces peintures présentaient un avantage très-utile. On commence seulement à comprendre de nos jours quelle importance les représentations figurées, les tableaux et les peintures largement exécutées, peuvent avoir dans l’enseignement.

C’était un livre sur toute matière ouvert aux loisirs des enfants attendant l’ouverture des classes.

Voici l’inscription générale qui témoignait la reconnaissance des Jésuites à ceux qui avaient doté le collège, et surtout au consulat qui avait fourni les fonds avec lesquels ces peintures avaient pu être exécutées, 1662 :

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