‹ Étienne Martellange 1569-1641Chapitre 25 sur 29 · CARTOUCHE TIRÉ · texte numérisé non relu

CARTOUCHE TIRÉ

DE L ARCHITECTURE DES VOUTES DU P. DERAND, pag. 11$

fions du P. Derand celles qui proviennent de Martellange, mais nos investigations ont été sans résultat. Nous ne nous arrêterons donc pas plus longtemps sur le mérite de cet ouvrage, au point de vue mathématique nous réservant de l’étudier dans la biographie de Girard Désargues, qui avait fait paraître, en 1640, un traité de coupe de pierres (258), mais dont le P. Derand semble n’avoir pas encore connaissance.

C'est une coïncidence digne de remarque que ces trois ouvrages sur le même art , paraissant d’une manière presque simultanée, au xvne siècle, dans lesquels deux Lyonnais témoignent de leurs études et de leur science, tout en reconnaissant que Philibert de l’Orme, aussi Lyonnais, a été le premier à ouvrir la voie.

Nous devons signaler, dans l’ouvrage du P. Derand, le mérite exceptionnel des cartouches qui entourent les titres de chaque planche . Quelques-unes de ces pièces, remarquables de gravure, ont été reproduites dans le premier et le deuxième volume de l'Art pour tous , de Reiber, qui en attribue une (celle de la planche 257 de Derand) à Saint-Igny, peintre et graveur.

Nous sommes fort embarrassé à cet égard , car nous nous sommes fait une loi de n’attribuer qu’avec la plus grande réserve aux artistes qui nous occupent, les œuvres dont la paternité est indécise.

Cependant nous devons faire observer que beaucoup de ces motifs ou cartouches sont d'un dessin purement archi-

(258) Brouillon prniect d’exemple d’une manière universelle du S. G. [). L. louchant la praclique du trait à preuves pour la coupe de pierres en l'architecture ; et de l’esctaircissement d'une manière de réduire au petit pied en perspective comme en géométral et de tracer tous cadrans plats d’heures égales au soleil. Paris, en aousl 1640, avec privilège.

tectonique (2S9) et que tous appartiennent au même genre ; la main du graveur varie seulement. Le P. Derand dit : (préface aux lecteurs) que « le peu de soin des graveurs paroist pareillement dans les titres des mesmes figures de nos traits, en quelques-uns desquels il se trouve des mots correctement écrits, qui en d’autres sont mal orthoguaphez. » Ces mots semblent indiquer des graveurs opérant d’après des dessins donnés : pourquoi Derand et Martellange n’auraient-ils pas aussi composé ces cartouches en même temps que les épures? Les détails de l’église Saint-Louis, rue Saint-Antoine et du Noviciat rue du Pot-de-fer, ne décèlent-ils pas des dessinateurs de premier ordre ? Puis, on remarquera sans peine, dans ces compositions, un mélange perpétuel de sacré et de profane , d’anges bouffis et de figures mythologiques qui rentre tout à fait dans la manière adoptée par les B. Pères.

Martellange était bon dessinateur, le Noviciat de Paris l’a prouvé, et, comme cet ouvrage a paru vers la fin de son existence, il n'y aurait rien d’impossible qu’il ait consacré ses derniers loisirs à ces charmantes compositions ; du reste, dans une lettre que l’on trouvera plus loin, et dans le catalogue où le P. Boero a puisé les dates qu’il a bien voulu nous fournir, cet artiste est noté comme Piclor et insignis architectns.

Martellange aurait aussi collaboré à l’ouvrage de Jousse (1626) Traduction de la perspective de Viator (260).

(259) Pages 63, 179, 189, 213, 291, 295, 299, 331, 341, 386, 397, 407, 415, 425, 431, 436 et 443.

(260) Voyez Notices sur quelques artistes français , architectes , dessinateurs, graveurs , du XVIe au XVIIIe siècles par Destailleur. Paris, mdccclxui, pages 53 et 56.

CARTOUCHE TIRÉ DE L’ ARCHITECTURE DES VOUTES DU P. DERAND, pag. 257-

Le livre original est intitulé :

De artificiali perspectiva.

j Viator : secundo.

Pinceaux, burins, acuilles, lices, Pierres, bois, métaux, artifices.

Dernier feuillet recto : Sumo. Faber. reru. qui. perspicis. oce. solus. ad. te. directo. calle. viator. eat. -}• Amen.

Dernier feuillet verso : Impressum Tulli anno catholice veritatis quigetesimo nono ad millesimu II1I Idiis Marcias. Solerti opéra Pétri Iacobi pbri Incole pagi Sancti Nicolai. f Sola fides sufficit.

(Petit in-folio gothique, bibliothèque nationale).

Cette publication, extrêmement curieuse, est faite complètement dans l’esprit et dans les traditions du moyen âge: costumes, édifices, intérieurs de ville et d’habitations.

Son analyse nous entraînerait tout à fait en dehors du cadre que nous nous sommes tracé.

M. Anatole de Montaiglon, dans une notice bibliographique sur Jean Pelerin, chanoine de T oui, auteur de cette perspective, paraît révoquer en doute l’existence de cette édition citée par M. Destailleur : « On a vu, « dit-il, u que Pelerin était mort en 15214. Il serait donc naturel de penser que son livre ne fut pas reproduit. On se tromperait cependant et le milieu du xvne siècle lui réservait cette résurrection inattendue. Mathurin Jousse co-

pia d’une pointe fine les planches de la troisième édition qu'il réduisit à la grandeur d’un in-12. Son recueil, composé de cinquante-trois feuillets, comprenant soixante-une figures, reproduites en contre-partie et parfois modifiées au goût, du jour, a pour titre : La perspective de Viator, traduite du latin en françois, augmentée et illustrée par

maistre Estienne Martellange , de la compagnie de Jésus, avec les figures gravées à La Flèche , par Mathurin Jousse. 1626.

Comme on le voit, ce titre promet un texte qui ne fut sans doute pas imprimé alors, car celui qu’on rencontre joint aux planches est postérieur de neuf ans et il n’est plus question du P. Martellange (261). »

La perspective positive de Viator latine et française, reveue, augmentée et réduite de grand en petit, par Mathurin Jousse, de La Flèche. A La Flèche. George Griveau, imprimeur ordinaire du Roy et du collège royal. M. DC. XXXV. Avec privilège du Roy.

Ce privilège est du 30 mars et l’achevé d’imprimer du 16 juillet 1635, et cela, dit M. de Montaiglon, fait penser qu’il n’y a pas eu d’impression antérieure.

Dans l’exemplaire de la bibliothèque nationale, que nous avons vu, sont ajoutées aux soixante-une figures de Pèlerin, six planches représentant cinq tabernacles et une perspective d’intérieur d’église (262). Il paraît que dans l’exemplaire de la bibliothèque de l’Arsenal on ne trouve que cinq pièces, quatre de tabernacles et la cinquième des ruines par le maître J. G. Nous n’avons pas eu occa-

(261) Nos recherches personnelles sur celte édition de 1626 n’ont pas abouti ; elle ne se trouve même pas dans la bibliothèque du Prytanée militaire de La Flèche , laquelle, étant en même temps bibliothèque de cette ville, devrait posséder toutes les éditions des ouvrages des Fléchois.

(262) 1° Un rétable avec tableau de la Nativité, p. lxii ;

2° Un autre en forme de miroir, p. lxui ;

3° Un autre rétable dont l’ornementation se rapproche considérablement de celle de la Renaissance, p. xlii (sic) ;

4° Un autre en forme de lucarne et dans le même style que le précédent, p. oxv ;

5° Un autre dans les mêmes conditions, p. lxvi ;

6° Des ruines d’un temple, p. lxvii.

sion d’examiner ce dernier exemplaire et de le comparer avec le premier

La planche du vaisseau qui termine la troisième édition

de Pèlerin, n’a pas été reproduite par Jousse; mais toutes

les autres planches sont dans le même ordre ; il a aussi

supprimé les inscriptions. Remarquons aussi que les plan-

ches de Jousse sont loin de valoir celles de l’œuvre de Pèlerin.

Enfin M. Destailleur explique que par une singularité qu’il ne sait comment expliquer, le titre de 1 626 serait supprimé sur une planche de Ducerceau, représentant un reliquaire ; M. de Montaig’lon estime aussi que les tabernacles qu’il a vus ajoutés aux soixante-une planches, dans l’exemplaire de la bibliothèque de l’Arsenal, sont copiés sur Ducerceau.

Mathurin Jousse est né à La Flèche, le 27 août. 1607 ; sa vie est peu connue ; mais ses ouvrages dénotent un artiste habile et un esprit cultivé et ing*énieux.

La seule circonstance qui pourrait indiquer une collaboration quelconque de Martellange à l’ouvrage de 1626 , c’est que Jousse n’avait que 19 ans à cette époque ; il fut peut-être encouragé par le Jésuite, parce qu’il travaillait de son état au collég'e de La Flèche.

J. Clève l’a cité comme s’étant occupé de l’ornementation de la chapelle de cet établissement ; toutefois, cet auteur n’indique pas où il a pris ce renseignement.

La fidèle ouverture de l'art du serrurier et le Théâtre de h art du charpentier , suivis d’ un Bref traité des cinq ordres de colonnes ont paru, aussi à La Flèche, en 1627.

On ne connaît pas l’époque de la mort de Jousse.

Le caractère de Martellange était fort obligeant ; tous ceux qui le consultaient pour la construction de leurs édifices l’éprouvaient journellement. Des communautés

religieuses et plusieurs personnes de la première distinction l’honoraient de leur confiance et de leur estime. Il en reçut des témoignages bien flatteurs en 1633: Les douleurs de la pierre qui l’incommodaient depuis quelques années, le déterminèrent à se faire opérer. On fit alors pour lui des prières dans beaucoup de communautés et nombre de personnes s’intéressèrent à sa conservation. Après cette douloureuse opération, il ne s’occupa plus que de petits ouvrages de peinture jusqu’à sa mort, arrivée le 3 octobre 1 641 , à Paris , dans le Noviciat qu’il avait fait construire (263).

Les restes de Martellange, qui ont dû être transportés à la rue Saint-Antoine, reposent probablement encore et paisiblement dans les cryptes de l’église Saint-Paul et Saint-Louis, qui subsistent toujours, les révolutions les ayant ignorées. Ils sont au nombre de deux cents, en pleine terre, sans autre marque extérieure qu’une plaque de plomb ou une ardoise accrochée au mur. On a trouvé 173 noms, parmi lesquels on a rencontré bien des célébrités, depuis le premier inhumé, le P. Ignace Armand (8 décembre 1638), jusqu’au dernier, le F. Morice Watien

(263) In domo Parisiensi probalionis obiit F. Stephanus Martetange, Lugclunensis , coadjutor temporalis, a nnum agens œlalis 72 sic à Deo dimis ornalus vt cœteris in exemptai' statui posscl. Eral pietalis cultor , laboris amans , silentii tenax , humilitatis seclator eximms, ut noluerit ad ordines sacros promoveri cum id ci a superioribus liberum esict. Ann os egit in Sociétale 51 , nostris externisquc of/icium ipse suam lubcns impendebal in iis artibus quibus exccllebut picturœ et architecture. Multa lempla, multa œdipcia Deo et Societati extrahit operamque suam hue in parle commodavit religionis ordinibus non paucis , quos Societati co nomine devinxit ; mullis eliam viris insignibus qui cjus in œdificando induslriam requirebant. Obiit 3 octobris sacramentis omnibus cum magno animi sensu sanoque judicio susceptis ( Ex Litt. ann. prov. Franc, anni 1041). Communique par le R. P. Périé.

(4 août 1762), dix jours avant l’expulsion des Jésuites de leur maison professe. Puisque tous n’ont pas d’inscription , l’humble frère doit être là Pour nous consoler

de cet oubli, nous trouvons au moins le P. C. F. Ménestrier (21 janvier 1705) !

Il nous reste à compléter cette étude par l’examen du talent d’Etienne Martellange. Ainsi que nous l’avons fait remarquer déjà, il sut éviter l’exag’ération décorative et les formes maniérées. Si donc les Jésuites sont tombés plus tard dans ces défauts, qu’on leur reproche à juste titre, on ne saurait faire supporter à notre artiste une part de responsabilité dans cette voie regrettable. Nous n’hésitons pas à affirmer, qu’au contraire, ses ouvrages ont été d’une influence salutaire pour l’art architectural dans les constructions nombreuses pour lesquelles il fut consulté.

C’est, sans doute, pour cette simplicité de goût qu’il fut, quoique religieux d’un ordre fortement discuté à toutes les époques, tenu en haute estime par les écrivains des xvne et xvme siècles, qui ont connu ses œuvres, mais auxquels on peut, encore une fois, adresser le reproche de n’avoir pas pris la peine de nous les faire toutes connaître.

Peut-être ils ne prévoyaient pas qu’en France des jours de haines et de discordes civiles renverseraient peu à peu les ouvrag-es patiemment élaborés et que, monuments, statues, tableaux, orfèvrerie, manuscrits précieux, collections et recueils de dessins et d’estampes, seraient entraînés avec la chute des gouvernements ou sacrifiés à des représailles implacables !

Ainsi s’expliquent ces lacunes regrettables que nous

devons laisser çà et là dans nos études biographiques, ces longues listes d’édifices pour lesquels nous sommes réduits à de simples conjectures, ces tristes mentions d’ouvrages qui n’existent plus et, enfin, cette ardeur moderne et impatiente des érudits à reconstituer, par des livres et des estampes, un passé d’art et d’histoire qu’on peut encore entrevoir avant qu’il se soit accumulé de nouvelles ruines !

Au point de vue architectural des églises conçues par Martellange, c’est à Rome (264) que se trouvent des édifices où, sans hésitation, nous admettons qu’il a puisé ses inspirations. C’est pourquoi, au commencement de cette notice, en contestant qu’il fût allé dans cette ville, à l’âge de sept ans, nous ne doutions pas que, plus tard, il y eût cherché à compléter ses études.

Martellange n’employa ce qu’on nomme les ordres d’architecture que lorsque les ressources, qui étaient mises à la disposition de la maison à construire, le permettaient et qu’il y avait, par suite, prétexte à une plus grande richesse décorative ; le Noviciat de Paris en est un exemple.

En effet, nous devons le dire pour ceux de nos lecteurs qui ne sont pas absolument instruits de l’art de l’architecture, les ordonnances d’ordres ne sont qu’une décoration accessoire , imitée des Romains , appliquée aux pilastres ou contreforts nécessaires pour donner plus de solidité aux murs ou sous la corniche qui doit les abriter. Aussi, dans la pratique la plus usuelle de la construction, un édifice ne se compose, à l’extérieur, que de portes ou

(264) Parmi les églises de Rome dont l’imitation me semble incontestable, nous citerons celle de S. M. de Monti, commencée en 1579, sous le pontificat de Grégoire XIII, par Giacomo délia Porta. Entre le plan et la façade de ce charmant édifice et l’église du Noviciat de Paris existent des analogies sensibles qu’on remarque aussi avec diverses autres églises du même architecte milanais.

de fenêtres bordées d’un chambranle qui n’est autre chose que la pierre de taille nécessaire à l’encadrement, de contreforts, ou angles et de corniches. Tirer parti de ces formes indispensables à la stabilité et à la bonne construction, en leur donnant une certaine élégance de détails ou de proportion, est faire une œuvre peu dispendieuse, simple et sage ; c’est ce qu’on appelle accuser la structure.

Un très-grand nombre d’édifices du commencement du xviie siècle sont des types excellents de ce genre de construction et Martellange doit en être considéré comme un des principaux auteurs.

O11 l’a dit depuis bien longtemps, c’est se risquer dans une œuvre bien plus laborieuse que de construire avec peu d'éléments décoratifs : la simplicité et les proportions parfaites n’appartiennent qu’aux organisations réellement douées du sentiment de l’art et d’une g’rande dose de sens raisonné, puis complétées par de longues études.

Il ne faut jamais s’y tromper ; la richesse, ces accumulations de niches, de statues, de pilastres, de ressauts et de frontons qui caractérisent certains genres d’architecture, sont la marque de l’infériorité des praticiens qui s’y sont laissés entraîner.

Puisque nous avons réédité cette critique contre les PP. Jésuites, tout en leur accordant que leur but était, comme il est encore, de faire la maison du Seigneur aussi belle qu’elle le mérite , du moins nous devons dire aussi que notre Martellange n’a jamais eu une seule défaillance dans ce sens. C’est donc un nom de plus à inscrire, avec honneur, dans les Annales des arts.

Juillet 1871,

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