AMAVIT VT PATREM
HIC VENERE TVR VT CŒLITEM.
ANNO MDCXXVII.
Aux angles de cette pierre on mit quatre médailles d’argent sur lesquelles se trouvaient : i° La tête de saint
Louis : 2° le dessin de la façade de l’église ; 3° le portrait de Louis XIII et 4° une inscription commémorative (248).
Le portail portait cette inscription gravée en lettres d’or sur la frise du premier des trois ordres : sancto
LVDOVICO REGI, LVDOVICVS XIII, REX BASIEICAM : ARMANDVS CARDINALIS, DVX DE RICHELIEV, BASILICÆ FRONTEM P0SV1T.
On rappelait ainsi que Louis XIII avait commencé l’ég-lise et que Richelieu l’avait achevée.
Le portail fut tourné suivant les conseils de Le Mercier « au jugement duquel » dit Sauvai « se rapportèrent tous les Jésuites du monde, » sans tenir compte de l’orientation habituelle.
Cette petite critique de Sauvai contre Le Mercier tombe d’elle-même en examinant le plan du quariier (249'. On voit que pour orienter l’église, il eût fallu ou la placer sur une rue moins importante, ou lui faire présenter le flanc à la rue Saint-Antoine. Le Mercier a donc ici, comme ailleurs, fait preuve d’un jugement très-sûr.
Nous ne nous étendrons pas plus longuement sur cet édifice, achevé en 1641 , dont la description serait longue et compliquée. On peut consulter : Sauvai, Brice, Piga-
(248) Sur line des médailles, en souvenir de la prise de La Rochelle, on mit aussi : Vicit ut David, ædificat ut Salojio!
(249) Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, tome I, page 464.
« Depuis, comme à Rome, à l’occasion de l’église Saint-Louis, on ne put décider, dans toutes les conférences qui furent tenues exprès, lequel valoit mieux, ou d’assujettir la face du portail à la rue Saint-Antoine ou à celle de la Coulture-Sainte- Catherine ; on lui fit honneur de s’en rapporter à lui (Le Mercier) et même l’on voulut qu’il traçât le plan de cette grands église et en jettât les fondemens (Tome I, page 330). »
niol de la Force (250), le Magasin pittoresque (251), de Guilhermy (252), et de Ménorval (253).
Il existe de nombreuses gravures dans les auteurs que nous venons de citer et dans d’autres recueils.
Les voûtes sont un chef-d’œuvre d’appareil et il semble bien là que le P. Derand a voulu prouver ce dont il était capable en fait de coupe de pierres.
Le duc de Ohaulnes conservait dans son cabinet deux grands volumes in-folio , qui étaient remplis de dessins de Martellange ; ils avaient été exécutés d’après nature dans les différentes localités de la France où notre artiste avait été appelé.
Si l’on en croit le comte de Caylus (254), ils représentaient, surtout des vues de villes et ils étaient précieux en ce sens qu’ils en donnaient la physionomie exacte, surtout pour Paris, vers le commencement du xvii0 siècle.
Comme un certain nombre d’antiquités y figuraient, Caylus s’en servit, avec l’autorisation du duc de Chaulnes, et en reproduisit quatre dans son recueil . Ce sont ceux du monument dit de l’Aiguille, à Vienne, en Dauphiné , (planche XCV et XCVI , le monument des deux amants h Lyon (planche XCVII), la porte Saint- André à Autun (planche C et la porte d’Arroux à Autun (planche Ci),
Le savant archéologue prétend que Martellange « était peu sensible aux antiquités » ; ses dessins cependant prouvent que s’il n’en faisait pas l’objet spécial de ses re-
(250) Tome IV, page 369.
(251) Tome IV, page 107 : Eludes d’architecture en France , par Vaudoyer.
(252) Description archéologique des monuments de Paris, page 210.
(253) Page 53 et suivantes.
(254) Recueil d'antiquités égyptiennes , étrusques , grecques , romaines et gauloises. Paris, mdxxlu et mdxxlxvii, tome III, pages 349, 356 et 369.
cherches, du moins, il les appréciait assez pour prendre la peine d’en relever le croquis.
Les gravures que fournit Caylus, si elles sont la reproduction fidèle du dessin, indiquent une main un peu timide. La perspective et les proportions laissent à désirer; l’ensemble est cependant satisfaisant et donne une idée exacte des monuments représentés (255).
Martellange employa, du reste, la fin de sa vie à des ouvrages de dessin et de peinture qui furent conservés auNoviciat. Le cardinal de la Rochefoucauld les admirait et disait que les peintres de Paris devraient les prendre pour modèles ; il ne faut point oublier aussi de dire que notre artiste fut l’ami de Salomon de Brosses et que cette relation avec l’auteur si distingué du Luxembourg n’a pu qu’être utile au développement du goût du Jésuite.
En 1643, paraissait à Paris un ouvrage sur la coupe de pierres d’un collègue de Martellange, le P." Derand :
L' architecture des voûtes ou l’art des traits et coupe des voûtes , traictè très-util, voire nécessaire à tous achitecles, maîtres massons , appareil-leurs , tailleurs de pierre, et généralement a tous ceux qui se meslent de V architecture, mesme militaire, par le le R. P. François Derand de la compagnie de Jésus. A Paris, chez Sébastien Cramoisy , imprimeur ordinaire du Roy , rue S ainct- Jacques , aux cicognes, MDCXL1II. A vec privilège de sa majesté.
La dédicace de cet ouvrage est adressée à M. de Noyers, baron de Dangu, surintendant des bâtiments du
;255) Il est probable que les dessins contenus dans le volume que possédait le duc de Chaulnes existent encore ; nos recherches pour les trouver n’ont pas abouti. Cette notice apprendra peut-être un jour à leur possesseur qu’il a entre les mains un recueil précieux , surtout pour la ville de Lyon.
roi, qui avait confié à Martellange la constructioa du noviciat de Paris.
On y remarque ce passage qui a trait à ce Jésuite et
indique sa collaboration : « ce travail, où ayant
employé, à l’imitation de ceux qui ont toutes les sciences, ce que mon esprit m’a peu fournir ; j’y ai d’abondant inséré ce que j’ai rencontré des plus judicieuses inventions de ceux, qui ont eu quelque connaissance de ses secrets ; mesmement de l’un de nos religieux, qui a l’ironneur d'estre connu de vous (256); lequel ayant depuis plusieurs années joint la théorie à la pratique, a tiré non moins de la bonté de son esprit, que de son expérience quelques traits d’entre ceux que je vous présente en cet ouvrage »
Dans la préface aux lecteurs, le P. Derand paraît se préoccuper beaucoup d’un livre sur le même sujet qui venait de paraître six mois auparavant : Le Secret d’architecture, de Mathurin Jousse, de la Flèche (257).
Il ne se fait pas faute de le déclarer erroné et incomplet et de faire remarquer que cet ouvrag-e, ainsi que celui de de l’Orme, l’unique qui l’ait précédé, est, avec le sien , tout ce qui a été écrit sur l’art de la coupe des pierres.
Nous avons cherché à reconnaître parmi les défini-
(256) Ces mots semblent prouver aussi que Martellange vivait encore lorsque le P. Derand écrivait sa dédicace et que le livre ne fut imprimé que plus tard.
(257) Le secret d’architecture découvrant fidèlement les traits géométriques, coupes et desrobemens nécessaires dans les bastiments, enrichi d’un grand nombre de figures adioustées sur chaque discours pour V explication d'iceux, par Mathurin Jousse, de la ville de La Flèche. A La Flèche, George Griveuu, imprimeur ordinaire du Roy et du College Royal.