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I. Affections diathésiques

Peut-il, chez un même sujet, exister en même temps deux diathèses? Question importante et des plus discutées, au moins quant à la tuberculose. Cette coïncidence étant ^idmise, et le fait nous semble facile, doit-on reconnaître une certaine influence de l'un sur l'autre ou bien de la solidarité entre ces divers états morbides. Nous allons voir ce qui a été dit sur ce sujet à propos de la scrofule, de l'herpétisme et de la tuberculose. Et d'abord ceci ne ferait aucun doute si on admettait

rétrange théorie de M. Béchade (1), qui admeL la possibilité de la transformation des diathèses, de la syphilis en scrofule et du cancer en névralgie!

Si on s'en rapporte aux opinions émises jusqu'à nos jours, la scrofule serait souvent une cause de carcinose. Hippocrate(2) admettait un cancer de nature scrofuleuse ; pour Richerand et Vigaroux, la disposition scrofuleuse des jeunes sujets est une cause positive et fréquente. Tourtelle va plus loin, il affirme que tous les individus atteints de cancer ont toujours été affectés d'écrouelles dans leur jeunesse. Bayle range cette maladie au rang de ce qu'il a appelé les causes locales. M. Bazin nous dit que le cancer peut être une de ces lésions qui constituent ce qu'il appelle la scrofule quaternaire.

M. Constantin Paul, dans sa thèse d'agrégation (3), a émis une opinion plus en rapport avec ce que nous savons de la nature de ces deux affections. Cet auteur se demande s'il y a lieu de penser à l'exclusion du cancer chez un individu en puissance de scrofule. Quand celle-ci est grave, elle tue de bonne heure, par un procédé ou par un autre, et si elle permet à celui qui en est atteint d'arriver à l'âge auquel on rencontre d'habitude le cancer , c'est qu'elle n'était pas très-grave. (S Eh bien, même dans ce cas, c'est encore une rareté de voir des scrofuleux finir par le cancer. »

Si les rapports du cancer sont tout au moins douteux avec la scrofule, il n'en est plus de même avec la diathèse herpétique; nos plus remarquables dermatologistes sont d'accord sur ce point, que les anciens avaienS déjà parfaitement reconnu : Le Dran, Lassus, Bridault ont admis un cancer d'origine dartreuse,, surtout chez les femmes « sujettes aux acrimonies 3), Pour

(1) Béchade, De l'hérédité (Thèse, Paris, 1862).

(2) Hippocrale, in Libra prœdictorum^ no 24.

(3) C. Paul, De V antagonisme {Th. pour le concours d'agrégation, 4866).

Alibert, les ulcères cancroïdes se liaient inlirnement aux alîeclions dartreuses.

D'après M. Bazin, les organes internes subissent souvent une atteinte profonde à la quatrième période de la diathèse herpétique. « Tantôt, dit-il, on reconnaît les signes évidents d'un cancer de l'estomac, du foie, des ovaires, de l'utérus. . . (1). » Il dit encore ailleurs: a: Le cancer du foie, de l'utérus surviennent souvent comme affections ultimes de l'arthritis. » Et à ce propos nous pouvons dire que M. le professeur Hardy est plus affirmatif quant au vice dartreux, et ne semble nullement porté à admettre l'influence du vice arthritique. Notre savant maître s'exprime ainsi (2): «Il nous faut encore attirer l'attention sur ce que nous croyons être une dernière manifestation des affections dartreuses, c'est le cancer. » Il est bien évident que cette terrible affection existe en dehors de l'herpétisme, qui oserait en douter ? Cependant, tout en faisant !a part des lésions cancéreuses qui n'ont rien à voir avec le vice dartreux, nous croyons, suivant les idées de M. Hardy, que le cancer est assez souvent lié à la dartre, « qu'il dépend de celte diathèse, n'en n'est qu'une manifestation ultime, et que, par suite, les dartreux sont éminemment sujets à cette alTection. y> M. Gigot-Suard (3) est du même avis. Il a recueilli beaucoup de faits, et n'insiste pas sur les rapports de cause à efl'et qui existent entre l'herpétisme et le cancer, parce que, dit-il, ce c'est une loi pathologique suffisamment établie maintenant, 3) Les observations d'ailleurs ne manquent pas dans la science.»

Mais ce dernier auteur a remarqué que l'apparition de cette redoutable maladie coïncidait presque toujours, pour ne pas dire toujours, avec la disparition plus ou moins complète d'une

(1) Bazin, Leçons théoriques et cliniques sur les aff. culanées dartreuses, p. 48 cl 41, 1858.

(2) Hardy, les Affections cutanées dartreuses^ p. 33 el 24, 4 858. (3j Gigot-Siiard, VHerpélisme, 1870, p. 370.

dartre externe, c'est-à-dire cutanée. En voici un exemple, pris parmi les cas qu'il a rapportés dans son ouvrage. Il avait traité et guéri en 1856, par les eaux de Saint-Gervais, un malade atteint d'eczéma généralisé. Ce malade était revenu le consulter, quatorze années après, pour des dyspepsies, des vomissements, qui, vu l'état cachectique du sujet, ont fait diagnostiquer un carcinome istomacal.

Sir James Paget a remarqué également que chez quinze femmes, atteintes d'affections chroniques de la peau, localisées surtout sur l'aréole et la mamelle, il y avait eu consécutivement un cancer squirrheuxde la glande mammaire.

Pour Varthritisme, les renseignements sont bien moins nombreux, et pas assez concluants pour permettre de se faire une opicion fondée à ce sujet.

Autrefois, on avait bien admis des cancers goutteux, rhumatismaux; Ghaussier, Zimmermann ont rapporté des cas de perforation de l'estomac, à la suite de goutte remontée! Dans les auteurs que nous avons été à même de consulter, nous n'avons presque rien trouvé sur l'arlhritisme. Suivant Gintrac, Pujol et M. Bazin, il aboutirait au cancer et formerait avec lui une famille sans alliances avec le groupe des scrofulides, qui se composerait de la scrofule, du tubercule et de la dartre.

Une thèse de l'année dernière (1) nous donne les opinions de M. le professeur Verneuil à ce sujet, opinions qui demandent à être confirmées. 11 ne confond pas, comme on l'a fait, suivant lui, l'arthritisme avec l'herpétisme; car si le dernier occasionne le cancer, l'autre prédisposerait à l'épithéliome.

Nous ne dirons rien de la tuberculose , nous réservant d'en parler bientôt, lorsque nous étudierons la question de l'antagonisme.

Si maintenant, en manière de conclusion, nous jetons un (i) Chenet, Cancer du sem chez Vhomme {Th, Paris, 18'6).

coup d'œil d'ensemble sur le rôle de ces diaLhèses dans la carcinose, nous voyons qu'une seule d'entre elles, la scrofule, semble n'avoir aucune influence pathologique; nous avons assez montré l'importance de l'herpétisme, et pour ne pas préjuger la question de la tuberculose, nous remettons nos conclusions à la fin du paragraphe sur l'antagonisme.

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