‹ Étiologie de la carcinoseChapitre 3 sur 26 · CAUSES INTERNES · texte numérisé non relu

CAUSES INTERNES

Influence des conditions étiologiques inhérentes à Vindividu

lui-même.

L'étude des causes internes est, sans contredit, la partie la plus intéressante, pour le médecin, de l'étiologie de la carcinose. Il nous faut avouer cependant que nous n'avon.> sur ce point, comme sur bien d'autres, que des notions peu exactes, oiî tout au moins peu complètes.

Cependant, nous n'en sommes plus au môme point que Velpeau, qui nous a laissé cette phrase décourageante : « Pour ceux qui ne veulent pas se repaître d'illusions, ou se payer de mots vides de sens, le mieux est d'avouer que la science ignore

encore complètement la nature de la cause prédisposante du cancer (1). 5)

Notre travail sera donc surtout une œuvre de critique, notre expérience personnelle ne nous permettant pas de juger la question.

Nous examinerons successivement la part qu'il faut attribuer aux âges, aux sexes ; quels sont les organes le plus souvent atteints, et quel est Tàge d'élection du cancer dans ces derniers; la grossesse, la constitution jouent-elles quelque rôle, et lequel; enfm viendra la question de l'hérédité, qui semble dominer toute la scène morbide.

Disons^ avant de commencer, que les recherches statistiques que nous avons faites portent sur trois années seulement, 1861, 1862 et 1863 ; le temps ne nous ayant pas permis de les pousser plus loin. Tous les renseignements sont tirés de la Statistique des hôpitaux de Paris, publiée par les soins, de l'Assistance publique. Nous savons que, généralement, il ne faut pas prendre ces statistiques à la lettre, car il se glisse toujours des erreurs, quelque soin qu'on mette à faire les relevés des bulletins statistiques remplis par les médecins traitants. De plus, dans nombre de cas, les malades succombent à quelque autre affection intercurrente, et par suite, la carcinose peut ne pas figurer, avec sa frécjuence, sur les listes de décès. Cependant, comme les tableaux de ces trois années sont très-détaillés et ne présentent pas de chiffres en contradiction trop- grande avec ceux admis jusqu'à présent par les différents auteurs, nous avons cru qu'il serait bon d'apporter notre faible contingent aux chiffres déjà publiés.

Le cancer est une maladie de tous les âges; non pas qu'il se rencontre avec autant de fréquence dans l'enfance que dans

(I) Yelpeau, Maladies du sein. I^aris, 1854.

l'âge adulte ou dans la vieillesse; mais on le peut trouvera tout âge, même chez le fœtus ; le professeur Friedereich en a rapporté un cas, nous en reparlerons plus loin.

C'est donc à tort que Gendrin (1) a pu dire que jamais le cancer ne se manifestait dans les premières années ; il se basait, pour défendre son opinion, sur la prépondérance, à cet âge, de l'activilé delà circuialion et des fonctions nutritives. Les âges ont pour lui la propriété de ret nir les maladies à l'état d'incubation : (n Potestfieri ut seminia morborura primis staminibus

confermentatai sileutio per puerum, mutalione sanguinis )) lymph^que per œtatcm factam, actuatu in morbum erum- )) pant. »

Et pour prouver l'influence préservatrice de l'activité nutritive, il mettait en parallèle le cancer et la tuberculose. Il est à remarquer, en effet, que ces deux affections se comportent d'une manière directement opposée quant aux âges, la carcinose répondant aux conditions de l'atrophie des organes par cessation des fonctions. c( A cette époque le système veineux 3) tend à devenir prédominant, taudis qu'à l'âge ou surviennent •r? les tubercules, la vie se distingue par une expansion plus » prononcée de l'appareil artériel- »

Quoi qu'il en soit de cette explication, vraie dans le fond, il n'en existe pas moins des cas, assez nombreux même, où la carcinose s'est attaquée à déjeunes enfancs. On en trouve même des exemples dans les auteurs du commencement de ce siècle: Lassus et Dubois avaient vu deux enfants, l'un de cinq, l'autre do six ans, atteints de cancer à l'œil; Bridault affirme avoir guéri un cancroïde de la lèvre chez un enfant de sept mois. Cette dernière observation peut cependant être mise en doute, la guérison ayant été obtenue par l'usage des cataplasmes de carottes!

L'âge auquel il apparaît semble exercer .sur lui une influence (1) Gendriu, Thèse d'agrégation : Influence des âges sur its maladicf^ I8i0,

assez marquée, tant au point de vue de la forme qu'à celui de la marche. Plus il parait tôt, en effet, plus sa rapidité de déveioppement augmente.

La fréquence des cas est à peu près égale de 0 à 20 ans ; elle augmente de 30 à 40, pour atteindre son summum de 50 à 70 ans. Ces chiffres ne sont qu'approximatifs, et résument assez bien les chiffres différents donnés par les diverses statistiques.

Dans les 1 0 premières années le cancer est plus fréquent que dans les 10 suivantes, mais cette fréquence se fait surtout sentir dans les 5 premières. Puis la proportion va en croissant de plus en plus de 30 à 70 ans, en faisant un saut très-marqué entre chacune des périodes. A partir de 70 ans, le nombre en décroît, pour devenir rare vers 80 ans, et disparaître à partir de 90.

Le cancer chez l'enfant est donc plus fréquent qu'on ne croit; ainsi sur les 3,144 cas de décès par cancer rapportés dans la statistique deBreslau, on en trouve 26 de 0 à 10 ans, dont I l de 0 à 1 an. — Moore, sur 60,196 décès pour l'Angleterre, n'en signale que 559 cas dans les B premières années, dont 178 pour la première. — Cette mortalité présente un fait important à signaler, c'est qu'elle semble diminuer; ainsi de 1851 à 1855, toujours suivant Moore, 361 enfants au-dessous de 5 ans sont morts de carcinome, tandis que de 1855 à 1861, ce nombre est descendu à 498.

La statistique de Lebert (1), portant sur 37.7 cas, en donne 13 jusqu'à 10 ans, dont 7 de 0* à 5. — Marc d'Espine (2), pour une période de 13 années sur lesquelles roule sa statistique, n'a trouvé que 2 cas, de 3 à 10 ans, sur 889 décès. Pour le même nombre de décès, observés en Angleterre en 1847, on en

(1) Lebert, Traité pratique des maladies cancéreuses^ ISSI.

(2) Marc d'Espine, Essai critique et analutiquc de statistique mortuaire

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