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HISTORIQUE

11 est évident qu'Hippocrale avait parfaitement reconnu i;i nature du cancer: cependant il ne fait mention dans ses Épidémies que de la femme de charge de Pythéas, Phaétuse, d'Abdère, qui en mourut (I). Toutefois, ayant remarqué que les femmes d'humeur morose, de caractère triste, de nature mélancolique, ainsi que celles qui étaient le plus sujettes aux suppressions utérines, étaient le terrain sur lequel se développait de préférence le cancer, il crut devoir en attribuer la cause matérielle à un levain alrabilieux, qui fermentait dans leurs humeurs, ainsi qu'à l'aberration du sang menstruel (2).

(1) Epidémies, \ih. VII, 8« scct-, § 32; liv. IFI, 6" sccl. § 22. Prénoiwns conques, 5*= section § 602.

(2) Hippocralc, iJc viorbis mriHcntin. ,

Hippocrate reconnaissait aussi pour causes la U \x ou un dérangement du ventre; si le cancer n'est pas congénital, il n'apparaît plus avant la puberté.

Après lui, Galieii (1), Celse (2), Arétée (3), et presque tous les anciens, adoptèrent la même opinion. Ils firent de l'affection des descriptions exactes, mais qui ne peuvent cadrer dans un même groupe anatomique. Leur étiologie était dominée par la bile et la mélancolie.

Galien dit qu'il provient d'une humeur visqueuse et épaisse augmentant peu à peu, naissant souvent par la faute des médecins qui ont resserré ou refroidi fortement des érysipèles et des inflammations.

Celse lui assignait pour cause le mauvais état du foie ou de la rate, et dit qu'il siège surtout aux parties supérieures. Ai^étée.

P. d'Egine dit qu'il tire son origine d'une bile noire, aussi estil en général corrosif; il s'établit partout^ mais surtout aux mamelles et à la matrice chez les femmes (4)."

Malgré les quinze siècles environ qu'il faut sauter pour retrouver, dans Ambroise Paré (5), un auteur qui traite à nouveau la question; malgré, disons-nous, ce long espace de temps, nous tombons encore sur les mêmes théories :. une humeur maligne et rongeante !

(( La cause antécédente du chancre provient d'une manière ■)■) de vivrcj produisant un sang épais, mélancolique et limo- )) neux ; )) et plus loin : € tout chancre est quasi incurable, 5 ou très-difficilo à guérir, vu que, de tout son genre, est

(1) Be arle curativa^ ad Glaucon, lib. II, cap. VI, p. 762, vol. 2*^, Édil, Daremberg, 1856,

(2; Celse, De re mecUcâ, lib. II, cap. 28, p. 156. Edition Nisard, 1840.

(3) Arélée, De causa et signis morbonim, lib. J, cap. 13.

(4) Paul d'Egine, Chirurgie, ch. 45, p. 211. lidit. Brian, iSEo.

(5) Aaibroise Paré, œuvres, lib, 1, page 363. Edit. Malgaigne, 1840,

>^ une très-mauvaise maladie, qui est ladrerie particulière. y> Ne comparait-il pas, dans son énergique simplicité, le cancer à un crabe de mer ?

1680. Dionnis, à la même époque, grâce aux principes d'une physiologie erronée, donnait pour origine à ce mal un acide coagulant que I'oiq trouve, disait-il, lorsqu'on sépare les différentes liqueurs d'un sang terrestre et visqueux (1).

Plus tard, Fa</ei et Bousquet {2), après de savantes recherches, ont cru apercevoir dans les tumeurs chancreuses une lymphe épaissie, qui s'était convertie en une sanie dévorante. Avec eux vient une suite d'auteurs qui placent la cause première dans une altération du système lymphatique. Pelletan, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Paris, admet que le cancer dépend de l'altération, de l'épaississement ou de la coagulation de la lymphe, qui stagne dans la partie engorgée. Hévin, au contraire, combat cette opinion dans son cours de pathologie, se basant sur ce fait, que ces sortes de tumeurs ont une marche généralement lente. Il serait plus porté à en voir l'origine dans un dérangement particulier des vaisseaux des glandes, oh se forment les néoplasies cancéreuses.

Gendron vient, qui rejette le levain acre d'Hippocrate et regarde le cancer, dans son origine, comme dû à l'engorgement d'un ou de plusieurs grains glanduleux, qui peu à peu se durciraient, et deviendraient ensuite squirrheux.

Ledran aussi (3) parle du vice de la lymphe comme cause du cancer, indépendamment des coups et de la cessation des règles, qui le produisent si souvent.

Nous devons citer ici quelques-unes des théories les plus bizarres qui aient été mises en avant.

(1) Dionnis, Cours d'opérations de chirurgie. Paris 1773, 7« édition, p. 452. (,2) Mémoire de l'Académie.de Chirurgie, t. I. (3) Mémoire stir le cancer.

Crawford assure que le cancer dépend d'un gaz hépatique animal, de la nature de l'hydrogène s alfuré, et d'une substance qu'il croit être de l'ammoniaque. Ce qui rapprocherait beaucoup le cancer des altérations produites par la gangrène , la pu« {réfaction.

1786. Huntei' (1), célèbre anatomiste anglais, explique le développement des affections cancéreuses par l'existence d'un ver globuleux, nommé par lui hydatide cancéreuse; il alla jusqu'à admettre trois espèces de ces hydatides ; suivant lui, les unes étaient aqueuses ou sanguinolentes, les autres gélatineuses, et celles de la troisième espèce sanguines ! Ce n'était que pure supposition; aussi Burns et Hm??/ firent-ils prompte justice de cette hypothèse, n'ayant jamais reconnu l'existence d'aucun animal dans les tissus cancéreux qu'ils soumirent à leurs recherches.

Slahl admet une certaine corruption acide ou putride; Uelve^ tins attribue tout à la coagulation de quelques gouttes d'humeur dans une glande irritée.

Tourielle, dans ses éléments de médecine, dit que le cauciir dépend d'un dérangement qui a lieu dans un organe principal, et qu'il est l'effet d'un effort spasmodique local, agissant sympalhiquement sur une autre partie du système.

Lieutaud (2) en attribue la formation à une humeur mélancolique chez la femme de 45 à 50 ans ; Richerand (3), à la coagulation des matières concrescibles contenues dans les voies de circulation des glandes ou ganglions lymphatiques.

Bell (4), chirurgien anglais d'un certain renom, nie l'existence d'un fluide acre circulant dans nos humeurs. Pour lui les accidents externes, les trauinatismes seuls peuvent produire,

(1) Hunier, œuvres trad. Richelot, 1839, t. I, p. 690.

(2) Lieutaud, Précis de la médecine pratique, 4761, p. 424.

(3) Richerand, Nosografhie chirurgicale^ 4 821, t. I, p. 520.

(4) Bell, Traité des wicem, traduit par Bosquillon, 1803, p. 197.

sur certaines parties, un effet tel, qu'il so forme alors une matière aussi âcre que celle du cancer.

Jusqu'à présent nous n'avons rencontré "dans les auteurs que des suppositions, et quelles suppositions! Rien ne nous en est resté, elles n'ont servi en rien au progrès des connaissances étiologiques du cancer. Nous entrons maintenant dans une autre phase d'hypothèses, basées cette fois sur l'expérience et sur les recherches; nous verrons que parmi celles-là nous en avons retenu ; les unes, qui aujourd'hui encore tiennent le premier rang entre toutes ; d'autres sur lesquelles le jour n'est pas encore fait : j'ai désigné la diathèse, l'antagonisme et la dégénérescence, qui pourraient imprimer à une tun^ieur quelconque le caractère malin spécifique du cancer.

Pouieau (1) admet deux grandes origines du cancer, l'une externe, l'autre produite par un vice intérieur. Ainsi par exemple : un coup est porté ; il y a déchirure vascuiaire, épanchement sanguin, en un mot ecchymose. Ce sang épanché se dissout, il devient âcre, irrite les filets nerveux autour desquels il se répand, puis fait naitre une petite tumeur, qui, avec le temps, acquiert une dureté assez considérable. « Effets plus 3) difficiles à prévenir, si le sang, avant la contusion, péchait en 3) qualité, ou si les nerfs avaient une sensibilité vicieuse. ))

1774. Peyrilhe (2) repousse l'idée d'une diathèse primitive. Il existe, selon lui, un certain mouvement spontané qui, une lois né dans une concrétion glandulaire, ne s'arrête que quand la masse des humeurs extravasées est transformée en un ichor putride âcre et corrosif.

Sabatié (3) pense que les manifestations cancéreuses sont l.i suite fréquente d'engorgements laiteux, de coups reçus, mais,

(1) Pouteau, Recherches sur le vice cancéreux, 1760.

(2) Peyrilhe, Dissertatio de cancro (Mémoire couronné par l'Académie Je Lyon), 1774.

(3) Sabalié, Médecine opératoire^ t, III, 1832, p. 36^,

plus ordinairement, l'effet de dispositions intérieures qui se développent à l'approche de la cessation des règles.

Selle (1) n'ose pas décider si le cancer est une affection purement locale, ou s'il dépend de quelque virus particulier préexistant dans les humeurs.

/îo«£c (2) a émis des proposilions importantes, et je crois nécessaire de transcrire ici celles qui nous intéressent le plus particulièrement. « Le cancer est constamment précédé de quelque

altération organique, dont il constitue un mode spécial de 5) dégénérescence. î

— Le cancer, affection identique et toujours la même, est » tout à fait inconnu dans sa nature. y>

— « Quoique le cancer ne puisse affecter primitivement qu'un 3> petit nombre de parties, il s'étend cependant, et se propage, )) à mesure qu'il fait des progrès, à beaucoup d'autres parties )> différentes, qui ne sont pas disposées à être son siège pri- 3) milif. D

Bayle (3) pense que le cancer est une maladie primitive, de nature spéciale, et que si, chez un même individu, il se trouve uni à d'autres dégénérations organiques, cela ne prouve nullement que Tune soit une transformation de l'autre. C'est une simple coïncidence !

Quand nous traiterons cette question de l'antagonisme, nous verrons ce qu'il faut prendre de cette hypothèse.

Pour Marc-Antoine Petit {^), il y a trois groupes de causes, donnant trois sortes de cancers : — \ ° Trauraalismes, maladies laiteuses, irrégularité du flux menstruel; — 2° Age critique; —

(1) Selle, Médecine clinique, 1787, t. I, p. 217.

(2) Roux, Mélanges de ehinvrgie et de physiologie, 1809, p, 148 et 149.

(3) Bayle, Recherches sur la phlkisie pulmonaii'e, p. 304. 1810.

(4) M. A. Petit, Discours sur les maladies ob^-ervées à l' Hôtel-Dieu de. Lyon.

3° Vice scrofuleiix, Cette dernière classe est la cause la plus fréquente.

Fearon (1), à l'exemple àeBoerhaave (2), regarde l'inilamniatiou des parties glanduleuses comme la cause fréquente du squirrhe.

Boyer (3) voyait dans les traumatismes, coups ou chute, la cause îiabituelle des cancers, ces accidents, mal traités, pouvant produire à la fin une infection générale.

Biessy (4), chirurgien de i'Hôtel-Dieu de Lyon, admet, comme Petit, trois sortes de cancers, avec causes différentes, mais qui ne sont plus les mômes que celles de cet auleur. C'étaient : — 1» Les changements survenus dans les propriétés organiques d'une glande; — 2° La diathèse cancéreuse; — 3" La dégénération particulière d'une tumeur qui n'avait, au début, aucun caractère de tumeurs cancéreuses.

Terrier (5), cité par Pme/ (6), pense que le cancer attaque les deux sexes, dans la proportion de 10 femmes contre 1 homme ; — que le cancer est de nature inconnue ; ■ — qu'il n'est, dans le principe, qu'une maladie locale pouvant constituer dans quelques cas une maladie générale ; — le produit de la suppuration chancreuse est un virus, mais il n'est pas démontré qu'il préexiste dans les humeurs.

Strack (7) donne au cancer, surtout à celui des mamelle?, une série de causes que nous ne ferons qu'énumérer : l'inflam-

(1) Fearon, kTreatise on cancers, 4790.

(2) Boerhaave, Aphorismes de chirurgie,n° 492. Commentaire de Van Swiefcn, 4778, t. Y, p. 363.

(3) Boyer, Clinique externe à la Charité, '1803.

(4) Biessy, Considérations physiologico-médicales sur le cancer, avec tumeur pnmrtwe, 4 806.

(5) Terrier, Observations sur le cancer, 4 806.

(6) Pinel, Nosographie philosophique, 8.

(7) Stracii, Annales de la société de médecine pratique de Mont^idlier, t.. IV.

maiion, la contusion, l'épaississement de la lymphe, les boissons styptiques, les fièvres intermittentes, la syphilis, le virus arthritique, la goutte, la croûte de lait, la galle, les écrouelles, toutes affections aussi dissemblables que possible, mais sur quelques-unes desquelles nous aurons cependant à revenir dans le courant de notre travail.

BrtW7?2e5 (1) admet un virus cancéreux^ une diathè e cancéreuse. Vigaroiix (2) , un autre professeur de Montpellier, émet une opinion toute contraire. Pour lui, la seule cause est le mouvement accéléré ou retardé de la lymphe dans les vaisseaux, sous l'influence de compressions, contusions, frottements, usage inconsidéré de topiques répercussifs, résolutifs, stimulants (influences externes), ou bien d'un mauvais régime, aliments crus, eau froide, abus alcooliques^ défaut d'exercice, dessiccation d'un ulcère extérieur (influences internes),

Choppart et Desault (3) sont du même avis que l'auteur précédent.

En somme, jusqu'en 1812, deux idées ou théories seulement se sont partagé le domaine étiologique de la carcinose : — 1" Le cancer dépend d'un vice dans les humeurs. Il y a une infection générale et préexistante, une diathèse ; — 2» 11 n'y a aucun virus circulant dans le sang. Le cancer est une maladie purement locale dans le principe, et ne donnant lieu à une diathèse cancéreuse que par les progrès plus ou moins rapides d'une suppuration devenue « acrimonieuse. '>)

A côté de cette existence ou de cette non-existence d'unç diathèse sont venues se placer les causes occasionnelles : iraumatismes, troubles menstruels, etc., qui vont bientôt nous occuper.

Depuis, nous avons eu les grands noms des premières années

(1) Baume.-?, Annales de la société de médecine pratique de MontpelUer .

(2) Vigaroux, Maladies des femmes.

(3) Desault, Traité dea maladies clw-urgkaki', 13^3, S, III, p. 413.

de ce siècle, Laënnec, Andral, Criiveilhier, Lebert et Velpeau, qui n'adraetlaient pas la diallièse et défendaient, avec beaucoup de chirurgiens^ l'opinion que le cancer était une affection primitivement locale.

Bonnet, de Lyon, au contraire, pense qu'il faut admettre une diathèse préexistant à toute manifestation locale. Et il se base sur les troubles qui apparaissent dans les fonctions cutanées, précédant le cancer, au sein, par- exemple, ainsi que dans rabaissement de la calorification normale de la région, ce qui serait dù à une insuffisance de la circulation capillaire.

Plus près de nous, Virchow, Gubler, Robin et tant d'autres se sont occupés de très-près de la carcinose. Nous ne dirons rien, dans ce chapitre, de leurs travaux, nous réservant de les mettre en avant chaque fois que le besoin s'en fera sentir dans le courant de notre travail.

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