‹ Étiologie De La Sclérose En PlaquesChapitre 21 sur 33 · VII. — DISCUSSION · texte numérisé non relu

VII. — DISCUSSION

DM

Le rôle de notre contribution n’est pas de faire une revue complète de nos connaissances sur la sclérose en plaques. Mais il nous a semblé qu'une mise au point, même brève, des divers aspects de cette maladie pouvait être utile et mettre à sa place ce modeste travail. L'interprétation étiologique des symptômes anatomo-cliniques, en faveur d’une origine infectieuse, ne constitue pas en fin de compte une direction précise pour des recherches.

Cependant la nécessité d'établir l’étiologie de la sclérose en plaques s'impose à nous de façon d’autant plus impérieuse que les progrès de la clinique augmentent le nombre des scléroses en plaques diagnostiquées.

En rapportant les résultats obtenus par les méthodes argentiques nous avons essayé de vérifier la présence d’un facteur infectieux. Un résumé des travaux faits antérieurement, notamment des recherches sur la transmission aux animaux, était nécessaire. Des travaux pourtant étendus, surtout ceux de Gournand, Géraud, Cornwall, n’ont pas donné malheureusement de résultats positifs. On peut donc se demander s’il ne faut pas envisager autrement le problème.

Nous rappelons que la recherche des spirochètes, aussi que des inclusions de Guiraud, est avant tout une œuvre de patience. Dans l’application de ces méthodes argentiques à l'étude de la sclérose en

plaques, ce principe de persévérance doit guider les chercheurs. ù

À plusieurs reprises les travaux de Steiner n'ont pu être critiqués que parce qu'une application moins rigoureuse, où une impatience un peu trop vive avait empêché les chercheurs d'obtenir des résultats semblables. C'est peut-être un jugement trop rapide de la part d'auteurs insuffisamment pénétrés de l'atmosphère des recherches de ce genre, que l'on doit rendre responsable du septicisme dont ces recherches ont souffert jusqu'à ce jour.

La méthode de Steiner, reprise par nous, et au même degré toutes les méthodes argentiques, demandent une pratique que nous n’obtenons que par un long entrainement. Nous nous sommes imposé ce travail en ce qui concerne la coloration des tissus syphilitiques, avant d'aborder la sclérose en plaaues. |

Pour résumer nos résultats pratiques, nous insisterons sur le fait que les cellules argentiques, à morphologie et à distribution si caractéristiques, ont été rencontrées dans tous les cas, sauf un, de sclérose en plaques qui faisaient l'objet de nos recherches spéciales. Cependant, dans notre dernière série de huit cas de lésions hémorragiques, nous avons pu mettre trois fois en évidence la présence de ces cellules. Nous avons indiqué les raisons qui nous font croire qu’elles possèdent une action phagocytaire sur les produits de désintégration hémoglobinique. Et ce dernier fait sans infirmer l'hypothèse de leur rôle phagocytaire vis-à-vis des agents microbiens, apporte une nouvelle explication de la présence de ces cellules et de leur apparition à la suite de lésions, irritatives ou autres, du cerveau.

Les cellules argentiques, dont l’origine micro-

RS

glique nous semble bien établie, doivent être considérées comme des éléments de la réaction réticulo-endothéliale dans le cerveau. La nature réticulo-endothéliale de la microglie souffre actuellement très peu de discussion. Nos recherches nous semblent en apporter une preuve supplémentaire.

Del Rio Hortega (53) divise le troisième élément (les deux premiers étant constitués parles cellules nerveuses et les cellules névrogliques) en deux groupes bien distincts

I. L'oligodendroglie — dont les cellules ressemblent aux cellules névrogliques, mais qui sont beaucoup plus pauvres en prolongements.

2. La mésoglie — dont les cellules possèdent des expansions uniquement décelables par les méthodes argentiques.

Ce sont ces cellules de Ia mésoglie, d'origine mésenchymateuse, qui sont douées de fonctions de phagocytose et de migration qui les rapprochent du système réticulo-endothélial.

Nous rappellerons que le système réticulo-endothélial comprend des formations cellulaires et fibrillaires, d’origine mésenchymateuse, à travers tout Forganisme. Ge système est représenté dans le foie, Fa rate, la moelle osseuse, le tissu lymphatique ; il est encore représenté par les cellules sanguines et endothéliales, la microglie, les monocytes tapissant l’arachnoïde et les parois des vaisseaux de la pie-mère, ainsi que les espaces péri-vasculaires dans le cerveau.

La présence des lymphocytes et clasmocytes dans le tissu périvasculaire du système nerveux

central est décrite par Kubie (54). L'auteur emploie dans ces recherches sur le système réticulo-endothélial les colorations supra-vitales. Ces clasmocytes sont vacuolisés même en l’absence de tout processus histo-pathologique décelable. Au cours de l’infection herpétique, ces vacuoles se multiplient et deviennent plus grandes. La même hyperplasie de ces vacuoles se produit à la suite d’une ponction stérile du cerveau. Kubie croit que les vacuoles sont un indice de l’activité fonctionnelle des clasmocytes ; ces vacuoles s’hypertrophient au cours d’une infection ou irritation provoquée, et cela même avant que l’on puisse constater les lésions histologiques. Les cellules endothéliales, par contre, ne se multiplient pas et ne montrent non plus de vacuolisation.

Nous serions en droit de supposer que les cellules argentiques, mises en évidence par Steiner et retrouvées par nous dans les lésions hémorragiques, aussi bien que dans la sclérose en plaques, sont assimilables à ees clasmocytes vacuolés. Leur distribution péri-vasculaire, leur hyperplasie en l'absence de cause infectieuse décelable, ainsi que leur apparition à la suite d’une irritation secondaire à la sclérose, pourrait alors recevoir une explication.

Dans nos recherches, nous avons cru avoir décelé la nature des granulations argentiques. Nous avons discuté leur provenance à partir des pro-. duits du métabolisme ferrique.

Si nous examinons à présent les fonctions physiologiques dut système réticulo-endothélial, nous constatons que ce système a pour attributions principales la phagocytose et la colloïdopexie des ions anodes. La phagocytose doit être considérée comme une réaction dynamique de la cellule qui se déplace, se déforme et utilise ainsi son arsenal physico-

on

dynamique total. La colloïdopexie peut être envisagée comme un état de stabilisation de nouvel équilibre électro-chimique, pendant l'élaboration duquel aucun changement n’a lieu dans l’architecture cellulaire. Au cours de ce phénomène de colloïdopexie, les cellules n’excrètent pas. L'absorption des granules colloïdaux ‘provoquent au maximum une hypertrophie des cellules, qui peuvent devenir secondairement géantes.

Parmi les substances qui peuvent provoquer cette réaction colloïdopexique, citons le groupe de colloïdes électro-négatifs d’origine exogène : saccharate de fer, métaux lourds colloïdaux, sérum antitoxique, venin divers, substances protéiques, mi- croorganismes (spirochètes et bactéries) ; les colorants, tels que le carmin, l'encre de Chine, etc., utilisés pour le blocage du système réticulo-endothélial.

Parmi les colloïdes d’origine endogène : l’hémoglobine, les pigments biliaires, la cholestérine et les graisses, les substances protéiques.

Le rôle du système réticulo-endothélial dans le métabolisme du milieu humoral de l'organisme est à peu près bien fixé. Et cela non seulement en ce qui concerne les processus physiologiques normaux, mais aussi quant aux métabolismes pathologiques (maladie de Gaucher ou celle de Niemann-Pick, ou encore diabète gras).

Métabolisme du fer.

Le rôle du système réticulo-endothélial quant au métabolisme du fer est connu depuis fort longtemps. Il exerce une action qui ne se limite pas à l'hémolyse, mais qui consiste aussi dans l’accumulation du fer dans les cellules. Le fer peut être ou

bien puisé dans la réserve minérale spontanément mise en liberté dans l’organisme, ou bien reçu de l'extérieur. Que cette accumulation de fer ait lieu dans les autres formations réticulo-endothéliales nous paraît certain. L'action colloïdopexique de cellules du système réticulo-endothélial sur les anodes libérés de l’hémoglobine par l’'hémolyse, sa dissociation en fer et pigment biliaire, la mise en réserve du fer dans ces cellules, ont fait l’objet de démonstrations par divers auteurs. Ainsi Hueck (55) considère que la plus grande partie de l’hémosidérine mise en réserve dans les organes hématopoïétiques n'est pas constituée par le pigment même, mais plutôt par du fer sous forme d’albuminate, ou encore à l’état colloïdal.

Ce rappel des fonctions du système réticulo-endothélial nous permet un rapprochement nouveau entre ce système et le rôle vraisemblable des cellules argentiques. Nous avons en effet indiqué que les granulations argentiques peuvent être en rapport avec le métabolisme du fer. Cette hypothèse, en tout état de cause, nous semble devoir être retenue et sera vérifiée au cours d’études ultérieures.

Nous nous proposons dans l’avenir d’approfondir l’étude des réactions réticulo-endothéliales dans le système nerveux. Ces études, si elles ne nous permettent pas d’élucider l’étiologie même de la sclérose en plaques, pourront peut être expliquer la pathogénie de ses lésions et faciliter des progrès dans la thérapeutique.

Dans une maladie à infection connue, la syphilis, nous avons la preuve de l’action des arsénicaux sur le système réticulo-endothélial. Il a été démontré (56) que le médicament s’accumulait dans les cellules réticulo-endothéliales de la rate, du foie,

en |

des ganglions, où la présence de l’arsenic cause l'hypertrophie et la mobilisation de ces cellules.

Le mécanisme même de l’action de l'impaludation dans le traitement de la paralysie générale est expliqué par Davidson (57) comme un processus de réactivation du système réticulo-endothélial. La pyrexie, l'hypertrophie splénique, la monocytose conduisent à une régénération histiocytaire, à une augmentation du pouvoir métabolique, et à un rétablissement de l'équilibre neuro-humoral. Selon Davidson les symptômes de la paralysie générale seraient dus, dans l’ensemble, outre les lésions macroscopiques, à un état d’hypofonctionnement réticulo-endothélial. C'est cet hypo-fonctionnement qui serait amendé par la malaria-thérapie.

Les exemples de l’utilisation thérapeutique de la réactivation du système réticulo-endothélial sont nombreux (58), quoique pour la plupart un peu empiriques. Nous ne savons pas encore graduer l’effet désiré, qui peut être soit de stimuler, soit de restreindre l’activité physiologique des cellules du système réticulo-endothélial. Notons l'efficacité si surprenante des injections de substances colloïdales diverses dans un grand nombre d'infections. Les injections intraveineuses d'alcool dans les suppurations pulmonaires n’agissent que par stimulation du système réticulo-endothélial. Rappelons encore le rôle de l’éphédrine, qui, en faisant contracter la rate, chasse les éléments phagocytaires dans le sang el augmente la résistance et la combativité de l'organisme. La réaction vasculaire après l'injection de ces substances colloïdales, la leucopénie que l’on observe au moment de la défervescence ne peuventils pas être expliqués comme une réaction de réac-

& Le

GE Pa 26°

Page 1