‹ Étiologie De La Sclérose En PlaquesChapitre 20 sur 33 · PROTOCOLE · texte numérisé non relu

PROTOCOLE

Dans les coupes de deux cas de sclérose en plaques, les cellules argentiques se sont montrées très nombreuses. Dans le premier de ces cas, elles ant constitué la majorité des cellules des espaces adventices des vaisseaux. Dans certaines plaques, plus du quart des vaisseaux étaient infiltrés -de ces cellules, le plus souvent dans la périphérie de la plaque. (Y a-t-il là une relation avec le processus de démyélinisation qui est plus actif dans les parties péri-

phériques de la plaque ?). Dans les plaques où le

processus de démyélinisation a progressé par des cercles concentriques, les cellules argentiques étaient présentes en plein centre de la plaque. Les cellules argentiques, en nombre variable (6 à 20) dans les espaces péri-vasculaires, sont beaucoup plus rares en plein parenchyme où elles sont à proximité d’un vaisseau sans toutefois participer à l’infiltration de ces vaisseaux.

La forme de ces granulations argentiques fut étudiée de près. Elles sont le plus souvent distribuées le long du bord de la cellule, et apparaissent plus volumineuses et en nombre plus grand vers un des pôles de la cellule. Là, l’on observe parfois des formes en boucle, ou en disque. Ces formes paraissent être en dehors ou sur le bord même de la cellule, le reste des granulations étant dispersé dans la cellule (fig. 8 a) où parfois elles simulent des formes ondulées ou à spirales.

Dans les coupes sous-jacentes, les autres colorations ont mis en évidence: des cellules à noyau rond ou légèrement ovalaire, mesurant 6 à 8 mi-

crons de diamètre, à contenu chromatique peu abondant et dispersé. Le protoplasme se colore légèrement par le crésyl violet et varie d’une légère bordure au double du diamètre du noyau (fig. 8 b). Le protoplasme contient aussi des particules à coloration jaune ou bruünâtre.

Les colorations pour les graisses et là myéline n'ont montré aucuné de ces substances dans ces cellules. Ceci corroboré les constatations déjà faites paï Steiner. Les cellules chargées des vacuolés graisseuses ont été nombreuses dans le parenchyme de la pliqué et autour des vaisseaux, mais il n’y avait aucune correspondance entre la forme ou le nombre de ces cellules et le nombre des cellules argentiques. L'hypothèse selon laquelle ces granulations représenteraient des substances lipoïdiques doit être définitivement écartée.

Dans au moins deux de ces cellules, des structures extrêmement évocatrices de spirochètes ont été observées. L’une d'elles (fig. 9) possèdé une boucle mesurant 2,5 microns de diamètre à l’une de ses extrémités, le reste paraissant légèrement ondulant. Constatation curieuse, la nature spirochétosique de cette structure est moins certaine lorsqu'on l’'examiné avec des objectifs à ouverture plus grande. |

Quelques coupes ont été soumises au traitement par la micro-incinération. Ces cellules montrenit un contenu granulé, des particules jaunes et blanches (fig. io et 10 b) qui indiqueraient la présence de fer et de sels calcaires.

Les caractères généraux de ces cellules paraissent indiquer qu'elles sont des phagocytes d’origine mésogliale plutôt qu’elles n’appartiennent à la lignée hématique.

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>. Série à lésions hémorragiques.

Dans toutes les coupes provenant de cette série de huit cas, les globules rouges et les phagocytes contenant du pigment sanguin ont été imprégnés par l'argent. Des cellules argentiques typiques ont été retrouvées dans trois cas. Pour répondre à l'objection possible que ces cas pourraient être dus à des maladies d’origine spirochétique ou microbienne quelconque (susceptible de rendre compte de la présence des cellules argentiques), nous croyons bon de donner de courts résumés de ces trois cas.

J..— Cas N. P., 35-53 (C.H.).

Il s’agit d’une femme de 50 ans qui se serait plaiut de

‘céphalées et de perte de la mémoire pendant l’année précé-

dant sa mort. Etat comateux ro jours avant la mort. L’histoire clinique avait permis de penser à un hématome subdural de la fosse postérieure, et une exploration sous-occipitale révèle une hémorragie dans le cervelet. La malade mourut trois jours après l’intervention, après une légère poussée thermique le jour précédant la mort. Aucun antécédent syphilitique, Wassermann négatif dans le sang et le L. C. R.

À l’autopsie : Poumon : indique léger degré de broncho-pneumonie. Vaisseaux sanguins dans l’encéphale nettement en étät de sclérose. Dans le cervelet, existence d’un kyste hémorragique.

Examen histologique : Au voisinage de la région hémorragique, on observe une dégénérescence active du tissu noble. La région ramollie contient un mombre modéré de larges phagocytes et quelques agglomérations de leucocytes polymorphonucléaires. Dans la substance blanche ävoisinant le kyste, on observe une infiltration intra-adventitielle autour de plusieurs vaisseaux. Les cellules qui composent cette infiltration paraissent être d'origine gliale, quoique quelques-unes d’entre elles puissent être prises pour les lymphocytes (fig.rrb). Dans les coupes colorées par le bleu de méthylène, on ne voit päs de leucocytes, ni de microbes,

C'est autour de ces vaisseaux, dans le voisinage du kyste, que les cellules argentiques ont été trouvées (fig. 11 a). Elles apparaissent comme des sphères chargées à leur surface de granules fins, de précipitation noire. Ces granulations, après mise au point critique, paraissent constituer des cercles en pointillé. Ces cercles sont séparés l’un de l’autre par une zone large de plusieurs microns, indiquani l'existence d’un bord de protoplasme. Dans les vaisseaux de la zone périkystique, la moitié au moins des cellules des espaces périadventitiels est chargée de ces anneaux en pointillé. Nulle part ailleurs sur la coupe on ne voit de précipité argentique, et il ne s’agit sûrement pas d'un artefact de coloration.

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Il s’agit d’une femme de 54 ans, dont l’hypertension s'était manifestée au cours des deux dernières années. Elle avait de nombreux ictus avec coma et convulsions. Elle fut admise à l’hôpital en raison de l’aphasie, de la turbulence et

- de difficulté avec son entourage. L’examen neurologique ne

montra rien d’anormal. Le L.C.R. contenait g lymphocytes ; protéine totale : 68. Les réactions de Kahn et de Hinton étaient négatives dans le sang ainsi que dans le L.C.R. Fièvre modérée les ro jours précédant la mort.

Autopsie (Dr. Raskin) : Légère congestion pulmonaire, cirrhose du foie, lithiaäse biliaire. Infarctus ancien à parois pigmentées dans la première circonvolution temporale.

Examen histologique : Autour de l’infarctus, on constate des lésions banales de dégénérescence du tissu nerveux, ainsi qu’une réaction considérable de gliose. De nombreuses veins dans le voisinage du kyste montrent une infiltration cellulaire intra-adventitielle intense. Ces cellules semblent être d'origine gliale (fig. 12 b). Ce n'est que rarement qu'on y voit un lymphocyte. Pour la plupart, ces cellules contiennent du pigment jaune ou brunâtre (d’origine hématique P). Sur les coupes colorées par le crésyl violet, on n’observe pas de bactéries.

Des pièces des parois du kyste ont été colorées pat là méthode dé Steiner. La coloration fut satisfaisatite, avéc üun minimum de précipitation sur la coupe, et les coupes du tissu syphilitique colorées eñ même temps montrèrent des spirochètes. Dans lés cotpes provenant du voisinage du kyste un petit nombré dé cellules argentiques ont été visibles (fig. 19a). Ellés se trouvaient dans l’adventice des pétites veinulés de la substance blanche. Quelquéfois la granülation argentique occupait presque le quart de noyau de la cellule. En plus on voyait des cellules plus volumineuses à contenu argentique de plüs grande taille, représentant en quelque sorte des agrégats amorphes de substante imprégnée par l’argent. Maïs en général ces agrégats étaient d’étendue bien moins considérable que des coupes colorées au crésyl violet ne le faisaient prévoir.

IT. — Cas 1955:35 (B. 8 H.).

Il s’agit d’un homme âgé de 68 ans, admis à l’hôpital sans histoire détaillée. Le malade est en état de confusion, dé désorientaätion. L'examen neurologique révèle une hémiplégié, des signes d’aphasie, de l’incontinence. Tension artérielle : 19-11. Tension du L.C.R. : 550 mm. Aspect hémor: ragique du liquide. Réaction de Kahn négative dans le sang et dans le L.C.R.

Le malade mourut trois semaines après l'admission.

Aultopsie (Dr. Raskin :)

Myocardite chronique. Broncho-pneumonie. Artériosclérose. Hémorragie cérébrale dans l'hémisphère droit. Tout le centre ovale droit est occupé par une thrombose sanguine.

Examen histologique :

| Les coupes provenant des régions du voisinage de la zone de ramollissémernt montrent une réaclion de réparation précoôce. On observe très peu de vaisscaux infiltrés. Les cellules de linfillration sont d'origine glale et contiennent des par: ticules à peine visibles de pigment jaune. Pas de bactéties visibles sur es coupes colorées par le crésyl violet.

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La coloration de Steiner, sur les coupes provenant de ces régions, a montré plusieurs cellules argentiques dans l’adventice des veines de la substance blanche. Ces cellules argentiques constituent quelquefois plus de la moitié des éléments contenus dans les espaces périvasculaires.

En résumé

L'histoire clinique de ces trois cas, ainsi que le résultat d’autopsie et l'examen microscopique, éliminent tout doute possible quant à la nature spécifiquement hémorragique de ces lésions. Aucune affection spirochétique ou microbienne quelconque ne peuvent être incriminées dans aucun de ces cas. il nous semble donc que nous pouvons éxclure la possibilité d’une phagocytose locale dés microorganismes par ces cellules argentiques. Sont-elles donc d’origine hématique ? Leur constatation dans les lésions hémorragiques, la présence de pigment jaune dans les cellules semblables colorées au crésyl violet, la micro-incinération sont autant de raisons pour soutenir cette hypothèse.

Mais pourquoi sont-elles absentes dans les cinq autres Cas ? Pourquoi cette topographie si caracté: ristique dans les espaces périvasculâires ? Nous essayerons dans le chapitre suivant de donner une explication de ces phénomènes. Cependant, d'ores et déjà nous voulons insister sur la valeur de ces méihodes argentiques dans la recherche du facteur étiologique, même si pour le moment les résultats obtenus peuvent sembler peu concluants. Sur un sujet aussi difficile et embrouillé que celui des recherches sur la sclérose en plaques, nous ne devons négliger aucun moyen d'investigation, quelque soit notre propre point de vue. La solution définitive reste encore à établir, sans qu'il en soit préjugé.

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