‹ Étiologie et pathogénie de la fièvre jaune [electronic resource]Chapitre 15 sur 27 · Ce mémoire a été reçu en juin ISO?, n. n. i. n · texte numérisé non relu

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674 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUIl. (2)

cutanée ou intraveineuse de cultures filtrées, ne sont pas concluants.

Les cobayes meurent dans les 24 heures, si les doses injectées sont très élevées : 15-20 c. c. Les doses plus faibles de 2-5-10 c. c. ne déterminent qu'une diminution progressive de poids, qui s'accentue pendant 10-12 jours, après lesquels, en général, les animaux se rétablissent en reprenant leur poids primitif.

Si, au lieu d'employer les cultures filtrées, on emploie les cultures stérilisées à l'éther, le pouvoir toxique est beaucoup plus élevé; une dose de 1 ce, injectée sous la peau, fait diminuer de 15 à 20 grammes, en 24 heures, lepoids d'un cobaye de 300 grammes, mais cet elïetest passager. Pour tuer les cobayes de 300 grammes, il faut au moins 10 c. c. injectés en une seule fois : la mort arrive alors après 10, 20 ou 30 jours.

Les lésions qu'on trouve à l'autopsie, aussi bien après une intoxication aiguë qu'après une intoxication chronique, n'offrent aucun intérêt. Dans les cas aigus, ce sont des phénomènes congeslifs généraux; dans les cas chroniques, c'est le tableau de la cachexie.

Chez les lapins, la résistance est un peu moindre.

La meilleure voie pour proiluire l'intoxication est la voie intraveineuse. Les doses de 2-5 c. c. de culture filtrée restent sans effet; mais, à partir de 10 c. c, les lapins d'un kilogramme meurent régulièrement en 7-8 jours, sans présenter cependant aucun phénomène qui puisse nous intéresser.

l'intoxication chez le chien

La toxine reproduit dans ces animaux les mêmes symptômes elles mêmes lésions que le virus. Ici encore, la quantité de toxine capable de rendre malade ou de tuer un chien est extrêmement variable. Elle est toujours considérable, et ses efl'ets diffèrent suivant qu'on l'injecte sous la peau ou directement dans les veines.

L'injection sous-cutanée, même aux doses de S-lOc. c, pro-

duit des tuméfactions locales énormes, dont la résorption est lente, et, d'autre part, elle est absolument incapable, môme en grande quantité, de déterminer chez le chien l'apparition des symptômes caractéristiques de la fièvre jaune. 11 est probable qu'il se fait, au point d'injection, unprocessus inflammatoire ou nécroliqne excessivement rapide, qui empêche ou entrave beaucoup la dilTusion de lu toxine dans l'organisme. Le même fait s'observe chez d'autres animaux et même chez l'homme.

Si, au lieu des cultures simplement filtrées, on inocule sous la peau des cultures stérilisées à l'éther, les phénomènes locaux sont bien plus graves et plus accentués; mais, en dehors de la fièvre, qui peut durer quelques jours, et d'un malaise facile à expliquer par la grande tuméfaction et la forte douleur locale qui l'accompagne g-énéralement, on n'observe jamais de phénomènes intéressants.

Il semble que la toxine inoculée sous la peau soit presque neutralisée, digérée et anéantie par l'énorme quantité de leucocytes qui se groupent immédiatement autour du point d'inoculation, arrivant bien souvent à former de gros amas purulents, qui avec le temps ulcèrent la peau et s'ouvrent au dehors.

Même si l'on répète plusieurs jours de suite les inoculations sous-cutanées de fortes doses, on n'arrive jamais à provoquer le vomissement, la gastro-entérite, la photophobie, etc., qui se produisent si facilement par les injections intraveineuses du virus, et qui peuvent aussi, comme nous le verrons, se reproduire par les injections intraveineuses des toxines.

Ce qu'on peut observer à la longue, chez les chiens qui ont reçu pendant long-temps la toxine par voie sous-cutanée, c'est une diminution du poids du corps, un coryza opiniâtre accompagné d'un abondant catarrhe de la muqueuse nasale, et une tuméfaction diffuse et douloureuse de tout le tissu sous-cutané, autour du point d'injection.

Les injections intra-veineuses peuvent être facilement faites par l'une quelconque des veines qu'on voit à la face interne des cuisses. Une dose de 24-4-0 c. c. est suflisantc pour provoquer immédiatement les phénomènes les plus graves chez un chien du poids de 3 k 4 kilogrammes.

En effet, aussitôt après l'injection, l'animal ne présente rien

do particulier; mais, 10-14 minutes après, il est pris d'un frisson général ininterrompu; bientôt des évacuations diarrhéiques apparaissent, accompagnées d'une sécrétion lacrymale; enfin le vomissement entre en scène, impétueux et continuel, alimentaire d'abord, muqueux ensuite, de telle sorte qu'en peu de temps l'animal évacue totalement son contenu gastrique, et on observe des hématuries précoces.

Si la dose a été modérée, le chien se rétablit assez vite de cette violente attaque, qu'on peut comparer à un empoisonnement produit par un vomitif énergique ; mais si la quantité de toxine est forte (130-200 c. c.) ou si elle est répétée les jours suivants, en l'augmentant progressivement, le chien finit par succomber, en présentant les mêmes lésions anatomiques que nous avons décrites comme étant produites par le virus vivant.

Ces lésions sont habituellement les suivantes : thorax avec exsudât séreux parfois abondant (60-100 c. c.) constitué en grande partie par un liquide transparent, de couleur rouge-, vin (hémoglobiniqiie) ; dégénérescence graisseuse du myocarde. — Abdomen : foie desséché, avec de grosses taches de couleur jaunâtre, que l'examen microscopique montre constituées de cellules hépatiques complètement dégénérées en graisse , et d'innombrables gouttes de graisse libres ; rate d'aspect normal; les reins présentent les signes de la néphrite parenchymaleuse aiguë; la vessie est contractée et contient quelques gouttes d'urine albumineuse ou hématurique. — La muqueuse gastrique a une teinte brunâtre, et son contenu, comme celui du canal intestinal, est constitué par du liquide couleur café.

Le résultat de l'examen bactériologique est aussi intéressant. Il est rare que le sang et les viscères des chiens qui meurent d'intoxication, surtout si celle-ci a duré quelques jours, se montrent stériles. Presque toujours, on obtient des cultures très abondantes de streptocoques, plus rarement de colibacilles ou de staphylocoques dorés. On constate en un mot une analogie complète avec ce que nous avons signalé chez l'homme.

Dans un prochain chapitre, nous nous occuperons du mécanisme de CCS infections secondaires, si intéressantes au point do vue clinique et au point de vue bactériologique.

Annales de l'Institut Pasteur.

Pl. XVIII . hi

Fig, 4

l'intoxication chez le chat, la ciiiiVRE, l'ane et le cheval

Le chat est très résistant à l'action du virus, de même qu'à celle de la toxine ictéroïde.

On peut lui injecter des doses vraiment formidables, aussi bien de l'un que de l'autre, sans obtenir d'autre résultat qu'une diminution de poids plus ou moins accentuée, suivie d'un processus inflammatoire au point d'injection.

Cet animal doit donc être considéré comme le plus réfraclaire parmi ceux que j'ai eu l'occasion d'expérimenter jusqu'ici.

En ce qui regarde la chèvre, Vâne et le cheval, mes recherches n'ont pas été faites d'une manière systématique, mais j'ai pu étudier l'action du poison amaril chez eux pondant les essais multiples de vaccination que je pratique depuis longtemps, et qui ont été suivis parfois de la mort de ces animaux.

La chèvre est très sensible au virus de même qu'à la toxine amarile. Nous avons vu que de petites doses de virus suffisent pour tuer une grande chèvre adulte. Par rapport à la toxine, il est impossible d'établir une mesure fixe.

J'ai vu quelquefois de petits chevreaux tolérer plusieurs jours de suite des closes très fortes (15-20 c. c.) de toxine, sans présenter autre chose qu'un amaigrissement passager, tandis que des chèvres adultes et en excellent état de santé ont succombé après l'injection sous-cutanée de petites doses fractionnées.

Voici, par exemple, le résultat intéressant d'une de ces intoxications chez la chèvre, suivie de mort.

Chèvre adulte no 2 ; kg. 20.

Le 2 et le 5 août 189(3, elle fut inoculée sous la peau avec 1 ce. de culture fdlrée. Elle présenta localement une légère tuméfaction avec cndolorissement manifeste de la région; le 8 août elle reçut 2 autres c. c. ; le il du même mois, 3 ce; le 13 et le 17, 5 autres ce; enfin le 19 et le 21, 11 ce; elle avait donc reçu en 18 jours, 37 c c. de culture filtrée.

Mais le jour même de la dernière injection elle tombe malade et ineurl pendant la nuil. Le résultat de l'autopsie fut le suivant : Thorax : 500 ce. d'exsudal séreux, transparent, sans leucocytes, de couleur rouge-vin, dans

les deux cavités pleurales : cet exsudât conlienl 2,70 0/00 d'urée, c'est-à-dire la même quantité (juc dans le sang des animaux néplirotomisés. Etudié au point de vue biologique, en l'ajoutant dans la proi)ortion de 1 : 5 ù un bouillon-cuUuro frais de bac. icléroide, il produit en l h. ;{0 l'immobilisation et l'agglutination de tous les microbes.

Le foie présentait, au microscope, l'aspect de la noix muscade; les préparations, faites par dilacération dans l'acide osmique, démontrèrent une dégénérescence graisseuse complète de toutes les cellules hépatiques. Les lésions de l'organe fixé dans le liquide de Flemming sont identiques à celles qui se trouvent indiquées dans une des planches qui accompagnent le présent Mémoire. La raie était de volume normal, mais moins compacte et résistante qu'à l'ordinaire. Les reins étaient atteints d'un processus inflammatoire tellement intense qu'à la surface de la coupe on ne distinguait plus la partie corticale de la partie médullaire, sinon qu'elle présentait une couleur lie de vin; les préparations à frais dans l'acide osmique révélèrent aussi la présence dans le rein d'une certaine quantité de gouttes de graisse. Les coupes pratiquées sur des morceaux fixés dans le licjuide de Flemming révèlent, comme lésion fondamentale et très diffuse, une nécrose de l'épithélium des canalicules urinaires, à cause de laquelle cet épithélium parait trouble, granuleux, sous forme de moites, et ses cellules privées de noyaux ou avec des noyaux incapables de se colorer. La vessie, fortement contractée, présentait plusieurs taches ecchymotiques et contenait environ 10 ce. d'un liquide couleur rouge-sang. L'examen microscopiciue démontra l'absence complète de globules rouges, mais l'examen à l'hémomètre de Flcischl donna un contenu d'hémoglobine égale à 30 0/0.

Les intestins se trouvaient en grande partie congestionnés, hyperhémiés et ecchymotiques.

Le poids du cadavre était de kg. 15,371 ; la diminution dans les 18 jours avait donc été de kg. 4,630.

Les recherches bactériologiques furent négatives.

En résumé donc, nous pouvons conclure que chez la chèvre la toxine ictéro'ide reproduit exactement, à l'exception du vomilo. les mêmes altérations que nous avons déjà signalées chez le chien et chez l'homme.

Il faut surtout remarquer chez la chèvre la grande tendance à l'hématolyse (exsudais hémoglohiniques, hémoglobinurie) et l'extrême sensibilité du rein à la toxine. La mort de l'animal est donc due en grande partie aux profondes lésions du rein ; la quantité considérable d'urée qu'on trouve dans les humeurs de l'organisme témoigne en faveur d'une intoxication urémiqne.

Je n'ai expérimenté que sur un seul âne.

11 s'agissait d'une vigoureuse Anesse créole qui fournissait de grandes quantités de lait.

(7) SUll LA FIÈVRE JAUNE. G79

Le 2G décembre 1890, on lui inocula sous la peau S ce. de loxine filtrée. Le lendemain, une large luméfaclion douloureuse parut au point d'injection. Après deuxjours, quelques gouttes de sang commencèrent à couler des tôtins des mamelles gonflées, et l'iininial se montra triste, abattu et inappétent.

La lempth-ature rectale avait monté de 38o2'-38n6' à 40^. Le 2 janvierl897, la température étant devenue normale, l'Anesse fut inoculée de nouveau avec 10 ce. de loxine. La tuméfaction se renouvela au point d'injection et le lait commença à disparaître des mamelles. Le 5 du même mois, nouvelle inoculation de 15 ce. de culture filtrée, et, le 8, nouvelle injection souscutanée de 5 ce. de culture en bouillon, stérilisée avec de l'éther. La disparition du lait devint alors complète, et les tuméfactions localisées au point d'injeclion se manifestèrent avec une intensité relative.

Le 12 janvier, à 3 h. s., après avoir par conséquent reçu en tout 30 ce de culture filtrée et 5 ce de culture stérilisée avec de l'éther, la bête fut inoculée par voie intra-veineuse avec 10 ce de culture en bouillon, stérilisée avec de l'éther.

Aussitôt après l'injection, l'animal éprouva de la dyspnée qui disparut bientôt; mais, pendant la nuit, il mit bas un petit embryon, longd'environ 8 centimètres, et mourut vers la pointe du jour.

Les résultats de l'autopsie, faite le matin de bonne heure, furent les suivants : Thorax: exsudât séro-hémorragique dans les deux cavités pleurales. — Abdomen: foienn peu dégénéré engraisse; l'examen microscopique à frais, avec de l'acide osmique, montre les cellules hépatiques remplies dé petiles granulations graisseuses; la raie est de volume normal, mais flasque et friable; les reins présentent les signes d'une néphrite aiguë diffuse, très grave; la vessie est contractée et contient une petite quantité d'urine, de couleur rouge, et où l'examen microscopique démontre la présence d'une énorme quantité de leucocytes, de globules rouges et de cellules épithéliales ; le chauffage en détermine la coagulation en bloc, comme s'il s'agissait d'albumine pure. La cavité péritonéale contient une abondante quantité de sérosité limpide, mais colorée en rose. La muqueuse de l'estomac et des intestins se trouve par places considérablement congestionnée.

L'analyse chimique du sang y révèle 1,29 0/00 d'urée.

Le résultat bactériologique fut le suivant: le sang, la rate et les reins se montrèrent stériles, mais le foie contenait une certaine quantité de colibacilles et de staphylocoques dorés, et l'urine présentait une très grande quantité de staphylocoques blancs et dorés, mêlés à trois autres espèces microbiennes indéterminées.

Par conséquent, le même mécanisme palhog-énique habituel se renouvelle chez l'âne : processus inflammatoire et dégénéralif du foie et des reins; lésion des muqueuses; phénomènes hémorragipares dans les parenchymes, les cavités séreuses, les muqueuses, les organes glandulaires (mamelles), et enfin le tableau final dominé par l'intoxication urémique et l'invasion des microbes dans l'organisme.

680 ANNALES DE L'INSTITUT PASTEUll. (8)

Passons enfin aux eiïels de la loxine chez le cheval.

Nous serons très bref sur ce point, parce que, ces animaux élant destinés à la production d'un sérum spécifique, nous nous occuperons ailleurs des effets produits sur eux par les inoculations de toxine ictêroïde.

Le cheval est extraordinairement sensible, même à l'injection de petites quantités de toxine.

L'injection sous-cutanée, même de petites doses de culture filtrée (5-10 ce), détermine toujours une forte tuméfaction locale, suivie de fièvre, qui dure 12-24 heures.

Cette tuméfaction est excessivement douloureuse et lente à disparaître.

Lorsque l'injection estplus abondante, ou qu'au lieu d'injecter des cultures filtrées, on injecte des cultures stérilisées avec de l'éther, qui sont beaucoup plus actives, la tuméfaction produite devient volumineuse et est constamment suivie de l'apparition de vastes œdèmes sous-cutanés, qui s'étendent dans les parties déclives du ventre, atteignent les membres, et finissent parfois par gêner pendant plusieurs jours les mouvements.

Presque toujours, à la surface de la peau anormalement distendue, apparaissent des ulcérations sanguinolentes qui suppurent et qui guérissent difficilement. Ces œdèmes, de même que les tuméfactions qui se produisent au point même d'injection, ne disparaissent qu'après plusieurs jours, durant lesquels les animaux présentent très souvent une fièvre presque continue.

Les injections intraveineuses sont mieux tolérées, mais elles ont de graves inconvénients.

Après chaque injection, l'animal présente régulièrement un fort accès de dyspnée, et est atteint d'un tremblement général qui l'oblige à se coucher. La fièvre apparaît, et l'animal reste un peu abattu pendant quelques heures. Mais, le lendemain, la température revient à l'état normal, et il n'y a d'ordinaire aucun incident à déplorer.

Pendant mes expériences, cependant, j'ai perdu quelques chevaux, dont un appartenant à la race créole, qui résiste bien moins que la métisse aux toxines en général et aux toxines diphtérique et amarilligène en particulier.

L'autopsie très sommaire de ce cheval créole, qui avait eu avant la mort quelques rares entérorragies, montra une forte

lumofaction de la rate, uae légère dégénérescence du foie, la néphrite, l'albuminurie el quelques signes d'entérite.

Je n'ai pas cru nécessaire d'insister davantage sur ces recherches, qui ne donnent autre chose que la reproduction plus ou moins atténuée des lésions que nous avons déjà étudiées avec le virus : la question de la spécificité de la toxine amarile, résulte beaucoup mieux des expériences sur l'homme, faites dans un but de protection, et que je vais raconter.

LA FIÈVRE JAUNE EXPÉRIMENTALE CHEZ l'hOMME, REPRODUITE AVEC LA

TOXINE AMARILE

Mes expériences sur l'homme sont au nombre de cinq. Pour des raisons faciles à comprendre, je n'ai pas employé des cultures vivantes, mais simplement des cultures en bouillon de 15-20 jours, filtrées à la bougie Chamberland et après, par excès de précaution, stérilisées avec quelques gouttes d'aldéhyde formique.

J'ai pratiqué sur deux individus des injections sous-cutanées, sur /rois autres des injections intraveineuses.

Je résume brièvement de mon protocole de notes :

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