PLANCHE XX
FiG. 1. — Streptocoques cultivés dans une vieille culture de bacille ictéroïde. On observe les streptocoques développés en très longues chaînes, entourant les formes involutives caractéristiques du bacille ictéroïde.
FiG. 2. — Le même streptocoque cultivé dans une culture pure en bouillon lactosé.
FiG. 3. — Une plaque de gélatine où se manifeste nettement l'action protectrice des moisissures sur le développement des colonies ictéroïdes. Sur la culture de gélatine, où avait été ensemencée depuis plusieurs semaines, mais sans résultat, une abondante quantité de bacilles ictéroïdes, quatre moisissures sont tombées de l'atmosphère et, autour d'elles, les colonies ictéroïdes ont commencé à paraître en grand nombre.
l'IMMOITi ET LA SÉROTHÉMPIE CONTRE LA FIÈVRE JAUNI!
Par le D' J. SANARELLI
Directeur de l'Iastitut d'Hygiène expérimentale à l'Université de Montévidéo.
TROISIÈME M KMO 1 II K
LE SÉRUM DES CADAVRES ET DES COiN VALESCENTS DE ElfcVRE JAUNE
L'intérêt de l'étude biologique du sérum de sang dans les maladies infectieuses réside non seulement dans les relations qu'il peut présenter avec la doctrine de l'immunité, mais aussi dans l'aide qu'il est à même de prêter, pour le diagnostic, dans la pratique médicale.
C'est à cause de cela que j'ai aussi étudié cette question, mettant toujours à profit l'abondant matériel recueilli au lazaret de l'île de Florès et à l'hôpital Saint-Sébaslien de Rio Janeiro.
Sérum du cadavre. — La plupart de mes autopsies ayant été pratiquées immédiatement ou peu de temps après la mort, j'ai souvent trouvé que le sang du cœur n'était pas encore coagulé, et pouvait être aspiré en quantité abondante dans les pipettes.
Une fois la coagulation survenue dans celles-ci, il était facile d'en extraire le sérum, en introduisant la pointe d'une pipette stérilisée à travers le bouchon de ouate.
Le sérum ainsi obtenu ne présente pas toujours le même aspect; parfois transparent et clair comme le sérum normal, il est d'autres fois légèrement rougi par l'hémoglobine dissoute ou
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légèrement jaunâtre à cause de la présence dos pigments. J'ai
souvent observé que le sérum jaunâtre prenait une teinte vert olivâtre, après une exposition d'un jour à la lumière; ce fait parle indiscutablement en faveur de la présence de la biliverdine.
Dans quelques cas enfin, la coagulation survient en bloc sans séparation du sérum, ou bien elle ne se fait pas du tout, le sang restant parfaitement et constamment fluide dans l'intérieur des pipettes.
Le sérum du sang des cadavres produit nettement, dans les cultures in vitro du bacille ictéroïde, le phénomène de l'agglutination, mais l'intensité de cette réaction est assez variable.
Inoculé aux animaux, il ne présente aucun pouvoir préventif envers le bacille spécifique.
Le sérum (transsudé), retiré pur de la cavité du péricarde, a toujours un pouvoir agglutinant plus faible que celui du sérum séparé du sang par coagulation; parfois même ce pouvoir manque complètement.
Sérum des convcdescents . — J'ai pu obtenir une bonne quantité de sérum, en pratiquant une abondante saignée à un convalescent de l'hôpital Saint-Sébastien de Rio Janeiro.
Cet homme, nommé Manuel Sol, Espagnol, de 40 ans, entré à l'hôpital le 7 juin, bien qu'il fût malade déjà. depuis 4 jours, était guéri le 9 du même mois, après sept jours de maladie caractérisée surtout par d'abondants vomito negro.
Le 20 du même miois, il présentait encore une teinte ictérique générale assez marquée. Une saignée de près de ISO c. c. me permit d'obtenir, après 24 heures, une bonne quantité de sérum, couleur vert émeraude, limpide et transparent. — Ce sérum provoqua très lentement l'agglutination, mais ne montra, chez les animaux, qu'une faible action préventive envers le bacille ictéroïde.
L'injection simultanée du sérum et du virus n'arrivait pas à sauver les cobayes de la mort, mais on évitait celle-ci dans la plupart des cas si l'injection du sérum était pratiquée 24 heures avant celle du virus, et à la dose minima de 2 c. c.
Dans ce sérum, le bacille ictéroïde a de la peine à se multiplier, mais reste vivant longtemps.
Je dirai une fois pour toutes que j'ai expérimenté, sur le bacille
ictéroïde, du sérum humain obtenu de plusieurs individus normaux ou convalescents de maladies autres que la lièvre jaune, et que ces sérums n'ont jamais montré chez les animaux, même à très forte dose, la plus légère action préventive ou curative.
Au point de vue du phénomène de l'agglutination, on doit cependant signaler les observations suivantes : le sérum antidiphtérique préparé dans mon Institut produit très rapidement l'agglutination du B. ictéroïde ; le sérum antitijphique produit ie même phénomène, mais partiellement; le sérum anlicolique, de même que le sérum normal de l'homme et de plusieurs autres animaux, ne le produisent pas.
l'immUiNisaïion des animaux contre la fièvre jaune expérimentale
La fièvre jaune huniaine, une fois la guérison survenue, laisse le patient, au moins pour quelque temps, bien vacciné contre une attaque ultérieure; il était donc naturel de supposer qu'on pourrait aussi obtenir artificiellement l'élat vaccinal chez les animaux.
Après plusieurs essais, pratiqués suivant les principales méthodes d'immunisation appliquées jusqu'aujourd'hui, j'ai dû renoncer aux lapins, à cause de leur excessive sensibilité. — Ces animaux, en effet, peuvent tolérer pendant longtemps l'injection de doses relativement élevées de culture filtrée ou stérilisée à l'élher ou au formol (la température de 100" C. altère les propriétés de la toxine amarile), mais succombent infailliblement à l'injection consécutive du virus vivant, même à dose très faible.
Pour des raisons à peu près analogues, j'ai dû aussi abandonner la chèvre et le mouton; en effet, ces animaux sont doués d'une réceptivité extraordinaire à l'action du virus, et présentent en outre une sensibilité si exagérée du foie et du rein, que souvent, pendant le traitement, la néphrite survient, accompagnée d'insuffisance rénale et de dégénérescence graisseuse du foie.
Mes expériences d'immunisation se sont donc bornées aux cobayes, aux chiens et aux chevaux.
A. — Vaccination des cohaijes. — A l'inverse de ce qui arrive
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pour plusieurs autres maladies, dans lesquelles le cobaye représente l'animal de choix pour obtenir une immunisation rapide et solide, sa vaccination contre la fièvre jaune exige un travail difficile et minutieux.
La méthode la meilleure, et qui a surtout l'avantage d'éviter une grande perte d'animaux, consiste à employer d'abord, et pendant quelques semaines, des petites doses de culture filtrée, ou bien les exsudats pleural ou péritonéal d'une chèvre morte par intoxication amarile, et conservés stériles moyennant quelques gouttes d'aldéhyde formique.
Après un mois environ de ce traitement, en prenant soigneusement tous les jours le poids de l'animal, on parvient à obtenir une certaine accoutumance générale à la toxine amarile, et on peut par suite, quelques jours après la dernière injection, pratiquer l'inoculation d'une faible quantité de virus (0,1 c. c.) ; cette dose, ainsi qu'il résulte de mes recherches précédentes, doit être considérée comme presque sûrement mortelle.
Celte première inoculation de virus pratiquée, il faut attendre au moins 20 ou 30 jours, car, dans toute celte période de temps, l'animal peut mourir d'un jour à l'autre.
Si l'on a cependant le soin de suivre atlenlivemenl les oscillations présentées par le poids du corps de l'animal, qui habituellement diminue sensiblement dans les premiers jours, on arrive à être presque sûr de la disparition du danger, lorsqu'on constate que le poids du corps est revenu à la normale.
Une fois terminés les effets de la première inoculation de virus, on peuten pratiquerimmédiatemenlune seconde en élevant un peu la dose (0,5 c. c.)
En agissant ainsi et en surveillant soigneusement la diminution du poids du corps, on peut toujours apprécier l'opportunité d'une injection ultérieure, de même que sa dose. De nouvelles injections de virus doivent être absolument évilées, tant que l'animal n'a pas repris son poids primitif.
Malgré cela, les vaccinations, même les plus lentes et les mieux conduites, produisent chez les cobayes une morlalilé assez élevée.
En réalité, c'est seulement après 6 ou 7 mois qu'on peut avoir un cobaye bien vacciné contre le bacille de la fièvre jaune. J'ai actuellement plusieurs cobayes qui ont reçu à plusieurs
reprises l'injeclion sous-cutanée de 2 c. c. de culture virulente, dose qui tue infailliblement en 7 ou 8 jours.
On doit cependant observer que, malgré une vaccination aussi solide contre le virus, les cobayes restent encore assez sensibles à sa toxine et que, par conséquent, lorsqu'on injecte en une seule fois la forte dose de 2 c. c, on doit toujours attendre au moins un. mois avant de la répéter.
A cette vaccination-ci, comme à toutes celles des animaux contre la fièvre jaune, on peut appliquer, mieux que dans toutes les autres maladies expérimentales connues jusqu'ici, l'avertissement suivant : en allant lentement, on gagne du temps.
Si l'on se rappelle qu'une bonne vaccination d'un cobaye contre le choléra, la fièvre typhoïde, etc., no demande guère plus de 2 ou 3 mois, on voit de suite la difficulté d'une vaccinalion contre la fièvre jaune, qui exige, comme nous l'avons vu, au moins 6 ou 7 mois d'un travail assidu et délicat.
B. — Vaccination des chiens . — Le chien peut être immunisé, contre la dose mortelle minima de Bac. ictéroïde, bien plus rapidement que le cobaye.
En effet, il suffit de pratiquer pendant près de deux mois, à intervalles relativement courts, une série d'injections souscutanées d'abord, intra-veineuses ensuite, de cultures filtrées et stérilisées simplement avec de l'éther, pour pouvoir procéder à l'injection du virus.
Celui-ci est toujours représenté par une culture en bouillon datant de 24 heures; il doit être injecté d'abord dans le tissu sous-cutané.
Bien que ce procédé, comme je l'ai déjà signalé, provoque toujours des infiltrations qui peuvent donner lieu à de vastes collections purulentes, je considère ce traitement comme indispensable avant de passer aux injections intra-veineuses.
Ces injections intra-veineuses peuvent être pratiquées dans une quelconque des nombreuses veines superficielles du corps ; il est cependant préférable d'éviter autant que possible les veines du cou, car elles doivent servir aux saig'uées ultérieures.
Habiluellement, lorsqu'on commence à pratiquer les injections intra-veineuses, les chiens se montrent extraordinairement sensibles. Le vomissement surtout survient presque sans exception, et, après la première injection, les animaux restent abattus
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ol fébricilanls pendant plusieurs jours. Peu ù peu cependant, l'accoutumance à des doses toujours croissantes de culture virulente s'établit do mieux en mieux, et le chien arrive à tolérer, au bout de 7 à 8 mois, des quantités plusieurs fois mortelles du virus amaril.
Il faut cependant faire remarquer que, malgré leur tolérance indiscutable envers le virus, les chiens, même solidement vaccinés, ne s'habituent jamais totalement aux doses élevées de toxine; en elîet, tout de suite après l'injection intra-veineuse, surtout lorsqu'elle est pratiquée avec une culture en bouillon, le vomissement survient toujours, et l'animal reste pendant quelques heures très abattu.
Il est donc plus utile, quoique moins commode, de remplacer les cultures en bouillon par des cultures sur gélose, étendues d'eau stérilisée.
C. — Vaccination des chevaux. — Si Ton veut utiliser les propriétés préventives et curatives du sérum des animaux vaccinés, pour la prophylaxie et le traitement de la fièvre jaune humaine, il est clair qu'il faut s'adresser aux animaux de grande taille.
Le bœuf et le cheval se prosentent alors en première ligne.
Le bœuf a sur le cheval l'avantage de tolérer les injections sous-cutanées de cultures ictéroïdes sans jamais présenter ces énormes tuméfactions, accompagnées de long-ues réactions fébriles et suivies d'ulcérations, qui constituent la règle chez le cheval, et rendent impossible sa vaccination par voie sous-cutanée. Mais, en dehors de la plus grande difficulté technique, le bœuf présente l'inconvénient de ne pouvoir tolérer, sans de graves désordres, les injections intra-veineuses de toxine ou de virus stérilisé.
En général, ces injections intra-veineuses sont mal tolérées, même par le cheval, et exigent un ensemble de précautions que suggèrent seules une longue habitude et l'expérience.
Pour vacciner un cheval contre la fièvre jaune, on procède de la façon suivante :
Après avoir choisi un bon animal, jeune et de race mélisse (les chevaux créoles doivent être rejetés, étant trop sensibles à l'action de la toxine), on le soumet d'abord aux injections souscutanées de petites doses ( 5 à 10 c. c.) de culture filtrée.
Ces injections sont habituellement suivies d'élévation de la
température, qui peut parfois durer plusieurs jours. Une fois terminée cette première période, qu'on pourrait presque considérer comme une période préparatoire, on doit abandonner les injections sous-cutanées, parce qu'en produisant une fièvre presque continue et des ulcérations qui guérissent difficilement, elles amènent un amaigrissement remarquable de l'animal.
Les injections intra-veineuses (tlans la jugulaire externe) doivent être commencées par de petites doses de culture filtrée; elles sont bien tolérées, en général, et ne provoquent qu'une légère élévation de température, dont la durée est de quelques heures.
Si l'on commence à augmenter la dose, ou si l'on remplace les cultures simplement filtrées par des cultures stérilisées à l'éther, dont l'activité est plus grande, l'animal est pris d'un malaise général assez grave pour mettre souvent sa vie en danger.
Habituellement, tout de suite après chaque injection, le cheval ressent les efi'ets généraux du poison amaril ; il se tient à peine debout, est pris d'un tremblement général et est enfin obligé de se coucher par terre en proie à des accès de dyspnée, souvent très intenses, et qui peuvent parfois provoquer la mort.
Cette première période de profond malaise finie, Survient la fièvre; elle ne manque jamais, dure près de 12 heures, H est accompagnée d'inappétence, de tristesse et de faiblesse générale.
C'est à cause de cela que les injections ne peuvent être répétées qu'à de longs intervalles et en se guidant chaque fois sur l'étal de l'animal.
Je dois encore faire une autre observation, très importante au point de vue de la technique de la vaccination du cheval.
On doit éviter soigneusement de pratiquer l'injection hors de la veine. On provoque alors des œdèmes tellement étendus et profonds sur les côtés du cou, que non seulement ils rendent impossible, pour quelques semaines, toute injection inlra-veineuse ultérieure et amènent un état fébrile très dangereux, mais finissent par se propager aux parties déclives du thorax, en envahissant parfois les membres antérieurs, et mettant ainsi lo cheval dans l'impossibilité de remuer.
Après deux mois de traitement au moyen des cultures fil trées, on peut employer les cultures simplement stérilisées à
l'élher; c'est seulement S ou G mois après le début du traitement qu'on peut se hasarder à pratiquer la piomière injection d'une petite quantité de culture vivante.
Cette première injection détermine une réaction générale, caractérisée surtout par l'inappétence, l'amaigrissement et la fièvre qui durent entre 8 et 10 jours.
Cette période de temps finie, on peut répéter l'injection de virus en emploj'ant peu à peu de 5 à 10 c. c. de cultures en bouillon, datant de 24 heures.
Comme on peut le voir, dans la vaccination des chevaux contre la fièvre jaune, nous sommes loin de la technique facile et des résultats rapides qu'on obtient dans la vaccination antidiphtérique.
Pendant la vaccination des chevaux contre la fièvre jaune, bien d'autres accidents peuvent se produire qui mettent parfois l'existence en sérieux danger. Le bacille ictéroïde doit, en réalité, être compté parmi les plus difficiles et surtout les plus lents à produire dans l'organisme l'apparition des principes immunisants.
En effet, sur les cobayes, c'est seulement après un traitement (le plusieurs mois que ces principes commencent à se montrer dans les expériences sérothérapiques, ainsi que nous le verrons plus loin.