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LA SÉROTHKKAPIK DE LA FIÈVRE JAUNE EXPÉRIMENTALE

Il résulte, de ce que nous venons d'exposer sommairement, que l'immunisation des animaux contre l'infection produite par le microbe de la fièvre jaune constitue une tâche non seulement difficile, mais de longue durée.

Ceci explique qu'il m'ait fallu un traitement de plusieurs mois pour arriver à retirer des animaux immunisés un sérum doué de propriétés préventives et curatives.

En réalité, ces propriétés du sérum, même lorsque l'animal, ayant toléré des doses plusieurs fois mortelles de virus spécifique, doit être considéré comme bien vacciné, ne se montrent pas très actives dans les expériences sur les animaux.

Il faut pour cela qu'on ait prolongé la vaccination pendant

longtemps, el que l'animal ait reçu des quantités élevées de cultures virulentes.

Je crois donc superflu de rapporter les résultats obtenus avec le sérum retiré des animaux insuffisamment vaccinés.

Les animaux hypervaccinés et en état, par conséquent, de fournir un sérum actif ont été les suivants :

1" Sérum de cobayes vaccinés. — Près de 30 cobayes ont survécu à un traitement commencé au mois d'août 1896; chacun de ces cobayes avait reçu, à l'époque où ils commencèrent à fournir un bon sérum préventif et curalif (11 mars 1897), près de 20 c. c. de culture virulente dans l'espace de 7 mois *.

Le sérum de ces animaux, inoculé sous la peau des cobayes neufs 24 heures avant ou 24 heures après l'injection d'une dose de virus qui peut être considérée comme plusieurs fois mortelle (1 c. c), suffit à empêcher la mort, qui arrive, comme on le sait, chez les animaux témoins, dans l'espace de 7 à 8 jours.

Ce résultat peut être obtenu, même en employant le sérum à la dose de 1 c. c.

Les animaux qui donnèrent les premiers succès sérolhérapiques furent 26 cobayes, dont 20 furent traités avec le sérum, et les 6 restants gardés comme témoins; ces derniers succombèrent tous, comme d'habitude, entre le 6^ et le 12« jour; sur les 20 cobayes traités, 3 succombèrent entre le 10*^ et le 16*^ jour, et les 17 restants se remirent tout à fait, après un amaigrissement progressif dont la durée fut de 14 h 15 jours.

2" Sérum des chiens vaccinés. — Je possède actuellement 3 chiens parfaitement vaccinés; le premier est celui sur lequel j'ai expérimenté pour la première fois, chez les chiens, l'action pathogénique du microbe spécifique de la fièvre jaune.

En effet, le 12>oût 1896, ce chien, qui pesait 10 kilogr. 200, fut inoculé par voie intra-veineuse avec 10 c. c. d'une culture en bouillon datant de 24 heures. Consécutivement à celte injection, l'animal tomba g-ravement malade avec tous les symptômes les plus imposants de la fièvre jaune (vomissements, albuminurie, ictère, etc.); ces symptômes persistèrent pendant près d'un mois, durant lequel l'animal diminua de 3 kilogr. 400; malgré cela, il se rétablit complètement et fut réservé pour la

4. La dose de virus ordioairement mortelle pour les cobayes comme pour les lapins est de 0,1 ce.

vaccination. Le 14 octobre suivant, c'est-à-dire 03 jours après la première injection de virus et 16 jours après le commencement de la convalescence, je lui pratique une saignée qui me permet d'obtenir une certaine quantité de sérum lactescent, doué envers les animaux d'un pouvoir préventif assez faible.

Je crus donc devoir renforcer la vaccination, en pratiquant des injections successives intra-veincuses de culture vivante en bouillon ou sur gélose.

Le 3 mai 1897, ce chien, bien qu'il eût reçu, dans l'espace de 8 mois, près de 300 c. c. de culture virulente, avait cependant atteint le poids de 15 kilogr. On lui pratique donc une saignée de près de 250 gr., qui fournit un sérum doué d'un pouvoir préventif et curatif presque aussi énergique que celui des cobayes hypervaccinés.

Si on ajoute quelques traces de ce sérum à une culture fraîche en bouillon de bacille ictéroïde, on provoque en quelques minutes, avec la rapidité d'une réaction chimique, le phénomène de l'agglutination.

Le sérum de ce chien, au commencement (mars 1897), sauvait en moyenne 8 cobayes sur 10, même lorsque ceux-ci étaient inoculés avec des doses plusieurs fois mortelles du virus. Aujourd'hui (juillet 1897), son activité est notablement augmentée, l'animal ayant reçu, par injection intra-veineuse ou péritonéale, autres 100 c. c. de culture en bouillon et 20 cultures sur gélose.

Le sérum ne paraît pas doué de propriétés antiloxiques, puisqu'il n'empêche pas l'amaigrissement marqué qu'on observe les premiers jours après l'injeclion des cultures microbiennes. On doit plutôt penser qu'il agit comme le sérum des animaux vaccinés contre le bacille typhique, le vibrion aviaire, etc., lequel, comme on le sait, n'agit pas en détruisant la toxine, mais en provoquant directement la deslruclion du microbe, grâce à l'intervention énergique des cellules de l'organisme.

Les deux autres chiens qui, aujourd'hui, fournissent aussi un bon sérum thérapeutique, furent soumis aux vaccinations le 1*"' septembre 1896; on commença par des injections souscutanées de cultures filtrées, puis de cultures stérilisées à l'aldéhyde formique, et enfin de cultures vivantes; sous-cutanées

d'abord, les injections furent faites plus tard par voie intraveineuse.

Le premier de ces chiens pesait au commencement 12 kg. 200 ; le jour où je pratiquai chez lui la première saignée de 200 c. c. (22 février), il pesait 15 kilog. et avait reçu, en six mois environ de traitement : par voie sous-culanée, 180 c. c. de cultures filtrées, 100 c. c. de cultures stérilisées à l'aldéhyde formique, et 55 c. c. de cultures vivantes; par voie intra-veineuse : 360 c. c. de cultures en bouillon et plusieurs cultures sur gélose.

Le sérum de ce chien, inoculé à la dose de 2 c. c, au moins 24 heures avant le virus, avait une action préventive chez les cobayes; injecté comme moyen curatif, à la dose de 2 ou 3 c. c. deux jours de suite, il réussissait à sauver près de la moitié des animaux.

Aujourd'hui (juillet), l'activité de ce sérum est remarquablement augmentée, l'animal ayant reçu périodiquement des inoculations de virus vivant, par voie péritonéale ou intraveineuse.

Le second chien pesait au début 18 kg. 100; quand il a été saigné pour la première fois (l<^'^mars 1897), son poids était de 19 kg. 200. Il avait reçu dans le même espace de temps que le précédent : par voie sous-cutanée, 460 c. c. de cultures filtrées, 120 c. c. de cultures stérilisées au formol et 50 c. c. de cultures vivantes; par voie intra-veineuse 290 c. c. de ces dernières.

Le sérum de ce second chien se montra alors assez faible : son action préventive chez les cobayes était seulement perceptible à la dose de 5 c. c. injectée deux jours de suite ; son action curative était presque nulle.

Du l^"" mars au l'^'' juillet, cet animal a reçu successivement, et en tout, l'injection péritonéale de 29 cultures sur gélose et de 70 c. c. de culture en bouillon; mais à partir du commencement de ce mois-ci, il a présenté une telle diminution de poids, que nous avons été forcés de remettre la seconde saignée à une époque ultérieure.

De ceci on peut déduire que la détermination chez les chiens d'une forte tolérance au virus amaril est lente et difficile ; et, d'autre part, que des animaux appartenant à la même espèce réagissent cependant d'une façon fort diff"érente.

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L'el'licacil6 préventive et curative de ce sérum fut toujours essayée chez les cobayes, parce que je ne possîide pas encore un sérum assez actif pour pouvoir sauver los lapins, lesquels sont doués d'une sensibilité vraiment exceptionnelle envers le bacille ictéroïde,

3" Sérum des chevaux vaccinés. — Tout ce que nous avons dit plus haiit, sur la vaccination des chevaux contre le virus amaril, n'est que le fruit de nos observations personnelles ; je crois donc superflu d'insister sur des détails ultérieurs, relatifs à la méthode à suivre pour conduire à bonne fin une solide vaccination chez ces animaux.

Le premier cheval soumis au traitement fut un solide métis, auquel, le 24 juillet 1896, on inocula pour commencer 2 c. c. de culture filtrée, sous la peau.

Le 15 septembre suivant, il avait reçu en tout, par voie sous-cutanée, 760 c. c. de toxine filtréq; on commença alors de suite les injections intra-veineuses de cultures stérilisées à l'éther.

Le 21 novembre, il avait déjà reçu 2,040 c. c, et le 24 du même mois, on lui pratique la première injection intra-veineuse de culture vivante.

Chaque injection de 10 à 20 c. c. était suivie d'un accès fébrile qui disparaissait habituellement après 24 heures.

Le 14 février 1897, après avoir reçu en tout, dans l'espace de près de 7 mois, 760 c. c. de cultures filtrées, 2 litres et 40 c. c. de cultures stérilisées et 240 c. c. de cultures vivantes, ce cheval mourut subitement, bien que son état général fût excellent et qu'il n'eût jamais été saigné.

Le second cheval, qui fournit actuellement un sérum doué d'un bon pouvoir préventif chez les cobayes, fut soumis au traitement le 1" octobre 1896.

Le 3 mai 1897, jour où je lui pratique une première saignée d'un litre, il avait reçu au total, et toujours par voie intra-veineuse : 29 c. c. de cultures filtrées, 2,640 c. c. de cultures stérilisées à l'éther, et 35 c. c. de cultures vivantes.

Le sérum obtenu par cette saignée fut essayé longuement dans le traitement préventif de l'infection amarile chez les cobayes; il se montra doué d'un pouvoir assez faible.

Pour sauver un cobaye après injection d'une dose mortelle

de virus amaril, il fallait injecter au moins, 24 heures auparavant, 5 c. c. de sérum; cette dose devait être considérée comme vraiment excessive.

A celte époque, le sérum de ce cheval n'était pas en état, comme celui des cobayes et des chiens, de guérir la maladie une fois celle-ci développée.

Il se montrait donc doué d'un pouvoir préventif presque identique à celui du sérum des convalescents, dont nous avons parlé plus haut.

Du 3 au 4 mai on continua à pratiquer, tous les 4 ou 5 jours, des injections de culture en bouillon : on arriva ainsi à inoculer en une seule fois 35 c. c. de bouillon-culture. Pendant ce temps l'accoutumance se faisait rapidement, les réactions fébriles consécutives à chaque injection étaient plus faibles etne duraient guère plus de 12 heures.

Le 10 mai on lui pratique la première injection intraveineuse d'une culture sur gélose ; le 17 du même mois 2 cultures, et le 22 et le 29 du même mois 3 cultures chaque fois. Ces dernières doses furent cependant reconnues excessives à cause de la réaction fébrile et du malaise général grave présenté par l'animal après chaque injection ; on admit donc que la dose maximum pour chaque injection devait être limitée à 2 cultures sur gélose et que le nombre d'injections ne devait pas dépasser cinq par mois.

Le 31 juin, ce cheval avait reçu en tout, dans l'espace de 9 mois, les quantités suivantes du virus :

Injection sous-culanée de culture filtrée, 29 c. c.

— — — stérilisée. 3S0 —

— intra-veineuse de culture stérilisée. 2,640 —

— — — vivante. 345 —

— — — sur gélose. 19 —

Le 1" juillet on lui pratique une seconde saignée de 500 grammes, et le sérum fut essayé immédiatement sur les cobayes contre la dose mortelle de cultures virulentes.

Ce sérum, injecté 24 heures avant, à la dose de 0,5 c. c, donnait l'immunité ; à la dose de 2 c. c. il réussissait à sauver les cobayes déjà malades, même si on l'inoculait 48 heures après.

Ces doses sont encore loin de représenter la dernière expression du pouvoir préventif et curatif du sérum anti-amaril, surtout si l'on tient compte de celui des autres sérums préventifs et curalifs, préparés jusqu'à aujourd'hui.

Il résulte cependant de ceci qu'une bonne vaccination des animaux contre le bacille de la fièvre jaune est bien plus difficile et demande plus de temps que pour les autres espèces de virus connus.

Tels sont les résultats fournis jusqu'ici par les expériences de laboratoire au point de vue du traitement spécifique de la fièvre jaune.

L'action préventive et curative du sérum du cobaye, du chien et du cheval, vaccinés contre le bacille ictéroïde, doit être considérée comme absolument démontrée chez les animaux.

Des expériences analogues, pratiquées avec de fortes doses du sérum normal de l'homme et d'autres animaux, de même qu'avec du sérum anLidiphthérique, anlilyphique, anlicholérique et antivenimeux (du D"" Calmette) n'ont donné aucun résultat au point de vue d'une action spécifique contre le microbe de la fièvre jaune.

Il est probable que ce même sérum, qui empêche de mourir un certain nombre d'animaux condamnés à succomber par fièvre jaune expérimentale, sera efficace dans la lièvre jaune spontanée de l'homme ; celle-ci oiïre, dans ces dernières années, surtout à Rio-Janeiro, un pourcentage de mortalité d'environ 43 0/0 et se trouve par conséquent dans des conditions bien meilleures pour profiter de l'action curative d'un sérum spécifique.

Ce fait ne pourra être vérifié que lorsque le cheval qui est actuellement le plus avancé en traitement' sera assez immunisé pour fournir un sérum encore plus actif, et en quantité suffisante pour permettre d'entreprendre des expériences de sérothérapie chez l'homme malade.

Montévidéo, 24 juillet 1897.

1. (Je pourcentai^e de mortalité dans la fièvre jaune est loin d'être constant; il varie beaucoup suivant les épidémies et suivant les endroits atteints ; on a signalé, en effet, dos oscillations allant de 13 0/0 à 96 0/0.

2. 11 y a encore dans mon Institut un second cheval et un bœuf, en traitement depuis quelques mois, mais dont le sérum n'a pas encore été essayé chez les animaux.

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